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MAIS JE DEBLOGUE...

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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 07:17

Frédéric Lefebvre, député, protégé de Nicolas Sarkozy a une vision du journalisme qui peut étonner les véritables professionnels mais qui traduit en fait le sentiment réel de la mouvance élyséenne vis à vis des médias. Il bombarde l'AFP de communiqués de presse car il estime que cette agence, diffusant environ 80 % de l'information nationale quotidienne, reprise avec plus ou moins d'importance dans les journaux écrits ou radios, se doit de mettre son réseau au service de l'UMP. En fait, la déontologie oblige, dans un pays démocratique, la presse à ne pas se contenter d'un « communiqué » officiel, mais à vérifier, à résumer ou à améliorer son contenu. Ancien proche conseiller de Nicolas Sarkozy et porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre est particulièrement remonté contre l'agence de presse française. Il l'accuse d'avoir, à quatre reprises, "censuré" (sic) des communiqués ou des commentaires de son parti à propos de l'affaire de non-respect du code du travail par Ségolène Royal.
Le 1er mai dernier, il s'est même fendu d'une lettre ouverte au PDG de l'AFP, Pierre Louette. "Pourquoi y a-t-il un blocage dès qu'on prononce le nom de Ségolène Royal ?" s'interroge, sans se moquer des gens qui le lisent, le député des Hauts-de-Seine. Cette envolée vengeresse aurait mérité un meilleur traitement par les journalistes, car elle pose le très grave problème de l'indépendance d'un système pouvant influer fortement sur les rouages de la démocratie. Essayez donc, avec votre quotidien régional, si vous avez une position particulière à développer, d'imposer au nom d'un parti politique la publication d'un « communiqué » dans son intégralité. Impossible. Interdit. En effet, contrairement à une « croyance » trop répandue, ce n'est pas l'auteur d'un texte qui risque d'être condamné pour son contenu, mais le directeur de la publication qui l'aura diffusé. En général, les communiqués n'ont pas leur place dans des colonnes devant accueillir des informations mises en forme par celles et ceux dont c'est le métier.
Or hier, le pourfendeur de l'AFP a adressé un énième communiqué à démultiplier par l'Agence. Il concerne, cette fois encore, une entorse au droit du travail, et donc il est fort intéressant d'en étudier le contenu. Il s'en prend bien évidemment aux... socialistes, comme celui qu'il avait antérieurement rédigé sur le fait que, le 10 avril dernier, la cour d'appel de Rennes a condamné Ségolène Royal, pour licenciements abusifs, à verser les salaires de ses deux anciennes collaboratrices. L'information a été largement reprise par les différents médias, à droite bien sur, mais blogs et quotidiens de gauche ne se sont pas privés non plus. Ce n'était pas suffisant, puisque l'AFP n'avait pas diffusé la vérité révélée par Frédéric Lefebvre. Il s'en est donc directement pris à la rédaction de l'Agence, la menaçant d'un procès en sorcellerie médiatique.
Il ne faisait que reprendre une consigne antérieure, venue de l'Elysée. Sa diatribe avait été précédée d'une violente charge de Nicolas Sarkozy contre les médias, devant ses fidèles, nommant directement des journaux réputés hostiles. Ce comportement est assez inhabituel. Jamais, sous la Ve République, on n'avait eu de mise en cause aussi directe de la presse de la part d'un président; mais dans le fond, le citoyen moyen ne se soucie guère de cette évolution, du moment que le matin il a son « gratuit » dans les grandes villes et son Pernod en apéritif quotidien dans la ruralité.
UNE PROCEDURE PRECISE
Hier, on a eu droit à un exercice de haute voltige, puisque le Zorro de l'AFP a dégainé une nouvelle prise de position officielle. Rappelons les faits. Trois clandestins bâtissaient leur propre prison puisqu'ils œuvraient à l'extension du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot. Ils étaient salariés de sous-traitants de l'entreprise attributaire d'un marché public. Deux d'entre eux, de nationalité turque, ont été aussitôt placés de l'autre côté de la barrière... ce qui, pour une fois, a limité les frais policiers. Le centre, tout proche des pistes de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, accueille depuis des mois tous les « recalés » du visa ou de la carte de séjour... Le premier a été libéré mercredi. L'autre est toujours en rétention : Itikt Tuma travaille pour une agence d'intérim du Loiret. Le troisième sans-papiers avait été laissé en liberté, avec un arrêté de reconduite à la frontière. Ce sont des faits, et pas des « communiqués », rapportés par un journaliste ayant vérifié son information.
Il aurait peut-être fallu, à ce moment-là, préciser aux lectrices et aux lecteurs, aux auditrices et aux auditeurs, quelle est la procédure extrêmement coercitive des « marchés publics », car elle engage la responsabilité du maître d'ouvrage, c'est-à-dire en pareille circonstance... L'Etat, et de celles et ceux qui ont en charge le contrôle de la légalité des... marchés publics. En l'occurrence, le Ministère de l'Intérieur, si sourcilleux des procédures conduites par les collectivités locales, a oublié que dans un premier temps, avant d'examiner la proposition financière d'une entreprise, il est impératif d'ouvrir ce que l'on appelle la « première enveloppe » pour décider de la recevabilité de l'entreprise.
Celle-ci doit fournir une attestation sur l'honneur de son dirigeant, indiquant qu'il n'emploie pas d'ouvriers en situation irrégulière, et déclarer ses sous-traitants, dont il est responsable. Si ces documents ne sont pas fournis, l'acte d'engagement n'est même pas examiné !
ET LES PATRONS ?
Il est donc certain que cette procédure a été scrupuleusement respectée... et que le maître d'ouvrage ayant accordé le marché a veillé à ce que les termes du « contrat » signé soient respectés. Bien évidemment, l'UMP a vite demandé à l'AFP de publier un communiqué rappelant ces règles élémentaires de la gestion publique que Brice Hortefeux et ses services avaient oubliées.
D'ailleurs, ce n'est même pas la police nationale (probablement faute d'effectifs) qui a décelé les pauvres bougres en faute, mais un organisme privé, en charge de la sécurité des lieux. Incroyable. Les « vigiles » ont alerté les policiers du commissariat de Mitry-Mory, qui sont venus cueillir les ouvriers en faute que leur patron employait à l'insu de son plein gré. L'entreprise attributaire d'un marché travaille de plus en plus avec des sous-traitants, en sachant fort bien que les prix pratiqués par ces derniers ne tiennent jamais compte des contraintes sociales. Ce n'est donc pas sur un chantier, mais sur des centaines, ouverts par l'Etat lui-même, que l'on pourrait découvrir les mêmes pratiques.
Dans son premier communiqué, Frédéric Lefebvre aurait pu préciser que l'un des malheureux ouvriers travaillant à développer les capacités d'accueil de leur future prison, avait été spécialement recruté par une agence d'intérim du Loiret. Celui-ci confirme, depuis le Mesnil-Amelot : «Je suis en France depuis deux ans et demi. J'ai été embauché par cette agence d'intérim pour venir travailler sur l'extension du centre de rétention.» La précision aurait eu son importance, car elle démontre que sans les immigrés... la France aurait bien du mal à faire face à son développement. Vous remarquerez que l'on évite soigneusement, dans les dépêches, de donner le nom des entreprises, alors que l'on sait que ce brave Turc de 35 ans se nomme ltikat Tuma. Tant pis pour lui, il n'est ni PDG, ni fonctionnaire devant contrôler un marché public. Il est sans papiers !
PAS DE REPONSE ARGUMENTEE
Si le PS et diverses associations ont réagi après cette découverte, c'est qu'elle illustre parfaitement un système économique qui place le profit avant toute autre préoccupation. En l'occurrence, le marché a probablement été attribué au plus bas prix, et avec des délais de réalisation réduits. Il faut donc se tourner vers des salariés sous-payés, travaillant plus pour gagner peu ! Face aux simples demandes d'explication : « Brice Hortefeux doit s'expliquer immédiatement sur l'emploi de ces étrangers en situation irrégulière sur un chantier public, dans des conditions illégales », a estimé M. Lamdaoui au nom du PS. « Ce nouvel épisode illustre l'absurdité de la politique migratoire du gouvernement, qui criminalise des étrangers intégrés qui gagnent dignement leur vie dans des secteurs où ils sont indispensables », a estimé ce représentant socialiste dans... un communiqué ! Bien évidemment ! Une atteinte à l'honneur du Ministre Hortefeux qui applique à la lettre les consignes du « Surgé » de l'Elysée : « action... réaction ».
Philippe Lefevbre est d'ailleurs aussi un adepte de ce concept sarkozyste venu du film les « Choristes ». Il a donc pondu un... communiqué, que l'AFP s'est sentie obligée de publier. Il répond à la place de son ministre favori : « Le PS devrait se féliciter de la mise en rétention de travailleurs clandestins qui ont été contrôlés (NDLR : pas par des fonctionnaires, puisqu'ils existent de moins en moins) alors qu'ils étaient employés dans une entreprise sous-traitante (NDLR : déclarée ? Pas déclarée ? En règle socialement ?) , sur un chantier au CRA du Mesnil-Amelot, au lieu de demander à l'Etat de rendre des comptes. Il faudrait savoir ! Soit le PS condamne l'Etat pour les avoir mis en détention suite à un contrôle (NDLR : pas initié par l'Etat, mais par des vigiles privés), soit il condamne l'Etat (NDLR : le PS ne réclame que des explications !) pour avoir fait travailler des clandestins (NDLR : les embaucheurs seront-ils condamnés ?) par l'intermédiaire d'un sous-traitant (NDLR : légal ou illégal ?), mais pas les deux ». Quel est le rapport ? Nul ne le sait... Mais l'essentiel c'est que l'AFP publie ce type de baratin fallacieux, en citant son auteur Frédéric Lefebvre ! Pour le contenu ? Non, mais pour démontrer que l'Ump a bien mis sa patte sur l'AFP. Il suffit pour cela de trouver des journalistes complaisants. Heureusement qu'ils sont rares par les temps qui courent.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

annie PIETRI 14/08/2008 16:46

Que Frédéric Lefbvre, député UMP, ami de Nicolas Sarkozy, trépigne parce que les communiqués de l'UMP, dont il est le porte-parole, sont "en partie censurés" par l'AFP, cela n'a rien de très étonnant.... ces gens-là se croient tout permis, et il faut que tout le monde soit à leur botte. Mais ce monsieur se demande-t-il ce qu'il advient des communiqués  du parti socialiste ou des autres partis d'opposition.... qui sont le plus souvent totalement ignorés ?Quant au fait que les administrations d'Etat ne fassent preuve d'aucune vigilance, et n'exercent aucun contrôle sur le respect des règles en matière de marchés publics.... cela dure depuis belle-lurette, et l'attention des donneurs d'ordre a été attirée à maintes reprises sur la présence d'ouvriers en situation irrégulière sur pratiquement tous les chantiers confiés à des entreprises de travaux publics importantes, qui travaillent pour l'Etat.....C'est ainsi que lorsqu'a été construite , à Nice, la "nouvelle Préfecture", il y a plus de dix ans, le Préfet des Alpes Maritimes avait été mis en cause sur les conditions de construction de cet édifice... et même Nice Matin (!) avait titré sur le sujet..... sans que rien ne change. Et ces pratiques ne font que croître et embellir!Mais ce qui me paraît le plus inquiétant, ce sont les réactions de nos concitoyens - voir les blogs du Monde et du Nouvel Obs de ces derniers jours - qui semblent trouver cela on ne peut plus normal, qui ne voient pas pourquoi on s'en prend à ce brave Monsieur Hortefeux, sans même évoquer le paradoxe de sa situation, à la fois censeur et ...coupable , en l'occurrence; qui ne se demandent pas si les charges fiscales et sociales sont acquittées, si les difficultés de la sec soc n'ont pas un rapport avec la croissance de ce travail au noir, et qui ne voient même pas pourquoi on pourrait inquiéter les employeurs, qui, sur les chantiers de Travaux Publics, n'ignorent nullement que leurs sous traitants, et par voie de conséquence eux-mêmes, sont en infraction....Les lois, en France, désormais, ce sont ceux qui devraient les faire appliquer, et donc les respecter, qui les traitent avec le plus de désinvolture ! Et on voudrait que les jeunes respectent des pouvoirs publics incapables de s'appliquer à eux-mêmes les lois qu'ils votent ? Et on s'étonne qu'ils n'aient plus envie d'aller voter ni de participer à la vie publique?Rien ne sert de sévir et de faire des lois ultra coercitives, comme sait si bien le faire le sieur Hortefeux, si on ne donne pas l'exemple d'un minimum de rigueur....