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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 23:31

L'Europe a préoccupé bien des citoyens durant les semaines qui ont précédé le vote sur le Traité constitutionnel, rejeté par une majorité d'entre eux. Depuis cette flambée d'intérêt fort pour un texte pourtant totalement abscons, on ne peut pas écrire que c'est une folle passion qui est née. Bien au contraire , le concept s'enfonce inexorablement dans l'indifférence ou l'opposition. Il est même associé à de nombreux échecs, comme si une malédiction frappait une idée véritablement exaltante. Quand on parte Europe, certaines catégories sociales sortent leurs banderoles ou se préparent à « casser » du CRS ou du garde mobile. Extraordinaire revirement d'une opinion dominante ayant vu jusqu'à ces dix dernières années un espoir de progrès dans cette construction progressive d'une entité de plus en plus incohérente ! En fait, ce n'est qu'un changement progressif de génération. Celle qui avait connu les guerres entre les peuples voisins soutenait forcément une Europe la protégeant de pareille calamité. Elle oubliait les mauvais côtés, pour ne retenir que la paix durablement retrouvée. Tout a commencé à se gâter avec l'éclatement de l'ex-Yougoslavie puisque le bruit des armes a retenti sur le territoire européen, en faisant oublier que l'unité était encore instable.
Le grand débat autour de cette construction de l'UE avait tourné sur des visions globales. On a parlé durant longtemps de « L'Europe des Peuples » qui débuta sous de Gaulle et Adenauer pour s'achever sous Mitterrand et Kohl. On avait bâti par exemple l'office Franco-allemand de la Jeunesse (OFAJ), on échangeait les enseignants, on monta des jumelages, on tenta d'enraciner les notions de pardon et de partage après avoir longtemps parlé de coopération économique de première nécessité (charbon notamment). Ces périodes successives ont été vite estompées par l'Europe normative qui a pondu des milliers, des dizaines de milliers de pages, consacrées uniquement à des approches technologiques pures : dimension des mailles des filets de pêcheurs, contenu de certains aliments, couleurs destinées à formaliser des interdits, grosseur des écrous... et cette Europe-là, contraignante, bureaucratique, a commencé à tuer les rêves. On passa donc à l'Europe des profits, avec une inégalité technique sur la fiscalité, sur les charges sociales, sur les contraintes réglementaires.
Le temps s'est vite gâté, car a surgi le spectre redoutable des délocalisations. Lentement mais sûrement il n'y a plus eu qu'une confiance limitée dans un empilage successif de bonnes intentions, qui ne se concrétisaient que par des actes négatifs. Cette Europe-là n'a plus aucune crédibilité face à celles et ceux qui ont eu le courage de répéter qu'elle devait être sociale ou qu'elle serait condamnée à survivre ! Bizarrement, dans le débat sur le fameux Traité européen cette proposition fut réfutée par les obsédés du oui, faisant confiance à la loi du marché et aux bonnes résolutions chrétiennes pour sauver des pans entiers des garanties légales obtenues par de fortes luttes dans des pays démocratiques. Or, il se trouve que maintenant que les désastre menacent, les syndicats ayant soutenu les vertus du traité constitutionnel reviennent sur des discours oubliés !

REVEIL SYNDICAL
La Confédération européenne des syndicats (CES) a demandé hier à Nicolas Sarkozy de « remettre l'Europe sociale sur de bons rails », face à une conjoncture économique dégradée et à l'euroscepticisme manifesté par certains peuples. Incroyable. Voici des structures pourtant réfléchies qui s'adressent au chantre du libéralisme pour lui demander de prendre des mesures... que même certains socialistes ont oublié dans leurs programmes électoraux ! Au début de sa présidence tournante de l'Union européenne, du 1er juillet au 31 décembre, la France s'est fixé quatre domaines d'action prioritaires: l'énergie, l'immigration, la défense et l'agriculture... mais rien pour l'évolution par le haut du statut des employés ou des ouvriers. Cependant, « au vu de la conjoncture économique et sociale dégradée, l'Europe a besoin d'un agenda social fort » et « l'Europe sociale doit être remise sur de bons rails », estime la CES.
Mais diable, pour quelles raisons ne se sont-ils pas exprimé aussi franchement quand on débattait de ce sujet dans les partis politiques de gauche ? Pourquoi avoir traité de sociaux-traitres les partisans d'un refus de textes alignant par le bas, comme c'est incontestablement le cas en France, les garanties sociales. Une « Europe sociale bloquée » (tiens donc !) explique en partie les refus néerlandais, français et irlandais du Traité de Lisbonne », a souligné le secrétaire général de la CES, John Monks, en arrivant à l'Elysée pour remettre un mémorandum syndical énumérant les sujets sociaux prioritaires. Avec les dirigeants de syndicats français membres de la CES (CGT, CFDT, FO, CFTC, Unsa), M. Monks a notamment réaffirmé sa volonté de voir inclus dans les traités européens un « protocole de progrès social ». Et c'est à Nicolas Sarkozy qu'il va présenter une telle requête !

BOLKESTEIN EN A REVE
En affirmant que « les droits sociaux fondamentaux ne peuvent jamais être considérés comme 'inférieurs' aux libertés économiques », un tel protocole répondrait à certains arrêts de la Cour européenne de justice (Laval, Viking, Ruppert), « sources particulières d'inquiétudes » pour les syndicats. Avec l'arrêt Laval, la juridiction luxembourgeoise a notamment autorisé une entreprise lettonne à payer certains de ses salariés détachés en Suède à un tarif inférieur à celui d'une convention collective sectorielle, sans provoquer de séisme social dans les autres pays ! Même Frits Bolkestein n'avait pas rêvé un pareil succès !
L'ouverture réciproque des marchés de services sans harmonisation préalable avait pourtant suscité de vives critiques au sein de l'Union, particulièrement en France, au printemps 2005. Frits Bolkestein, qui n'est plus commissaire européen au moment du débat, pense que « ceux qui contestent son projet sont des xénophobes, pour ne pas dire pire ». Les syndicats ont demandé que soit révisée la directive sur le détachement des travailleurs, une « question importante » pour l'Elysée, qui estime que,  après analyse, il « conviendra d'examiner si des mesures correctives sont souhaitables ». Ce sujet, comme celui du temps de travail, fera l'objet d'actions particulières des syndicats auprès des parlementaires européens. Les dirigeants de l'UE, dont la France, ont en effet autorisé en juin les possibilités de déroger individuellement à la durée légale du travail (48 heures/semaine) jusqu'à 60 ou 65 heures hebdomadaires. Encore une fois, le réveil est bien tardif, car la mesure qui a broyé une bonne part du code du travail est passée totalement inaperçue dans l'opinion publique. Beaucoup se souviendront des arguments développés par les partisans du Traité constitutionnel qui osaient affirmer que ce serait la déréglementation qui sauverait la croissance européenne ! Pour y croire, il faut être véritablement d'une naïveté exceptionnelle, car tout ne vise qu'à augmenter les profits pour les actionnaires, en Europe comme ailleurs.

LA FLEXIBILITE REINE
« La directive sur le temps de travail est l'une des pierres angulaires de l'Europe sociale. La CES ne permettra pas qu'elle soit sacrifiée sur l'autel des intérêts commerciaux et des idéologistes de la flexibilité », expliquent les syndicalistes ayant viré de bord avec un peu de retard tout de même.
La révision de la directive sur les comités d'entreprise européens (CEE), que le mémorandum juge primordiale n'a, en revanche, pas été abordée, faute de temps. Monsieur Monks s'est également prononcé pour « une relance de l'économie européenne par des investissements dans des emplois verts », comme le propose le candidat démocrate à la présidence américaine Barack Obama. La présidence française a indiqué qu'elle consacrerait tous ses efforts pour que le paquet « énergie-climat », dont les objectifs sont particulièrement ambitieux, soit adopté par le Conseil des ministres compétents dans les prochains mois.
Il faut raccrocher les wagons entre le peuple en Europe et les décideurs politiques, mais jamais on n"en a été aussi loin. Personne ne se rend compte que le fossé se transforme, jour après jour, en précipice dans lequel tombent les espoirs d'une Europe qui reposerait sur autre chose que des déclarations bancales de principes. Hier, la prise de position sur la Georgie a dû terroriser Poutine... qui n'a pas dormi sur ses deux oreilles. On approche du ridicule, mais comme il ne tue que les autres, dans les pays marginaux, on ne s'inquiète pas trop. Quelle position a-t-elle pris face au retour sur le sol européen des missiles américains et sur un alignement généralisé sur l'OTAN ? Quelle est la véritable capacité de l'Europe à se réformer quand on constate qu'elle ne peut même pas se mettre d'accord sur un problème aussi grave que le retour de l'expansionnisme russe ? Monsieur muscle, basé à l'Elysée, à fait une déclaration canon : « Yalta c'est fini » . Vous le savez maintenant, il dépasse Staline, Roosevelt et Churchill réunis !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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