Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 074 692

PAGES LUES

7 113 288


MAIS JE DEBLOGUE...

Archives

6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 23:17

La laïcité reste la valeur la plus sûre de la République. D'ailleurs elle devrait figurer, selon moi, au frontispice des mairies a l'instar de la solidarité car il ne saurait y avoir de véritable égalité, de véritable liberté et de véritable fraternité sans un respect strict du principe de séparation entre tout pouvoir politique et toute prise de position reposant sur une religion ou une autre. Personne n'avait, à ce jour, remis en cause un principe fondamental pour la mise en œuvre concrète de la démocratie en France. Cette spécificité française s'effrite depuis maintenant des années, sous l'influence permanente de vagues réactionnaires, voulant ramener vers un obscurantisme planétaire dangereux. Impossible de croire que des décisions, apparemment ponctuelles, ne sont pas des sabotages des bases d'un système seulement mis en cause sous le régime de Pétain.
Désormais, il faut savoir que tout sera fait pour revenir sur ce principe, considéré comme néfaste aux intérêts de la France, car susceptible de les mettre en opposition frontale avec des mouvances religieuses, de toutes obédiences, réputées extrémistes. Les difficultés viennent surtout du fait de la banalisation de certaines décisions, de déclarations de Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran, ou des tendances à l'indulgence sur des sujets qui mériteraient une fermeté idéologique sans faille. Depuis quelques jours les signes forts se multiplient, de telle manière que, mis en synergie, ils constituent une batterie de sabordage de cette laïcité détestée par toutes celles et tous ceux qui tentent de remplacer la raison par la croyance. Ils sont envoyés par des responsables de tous bords, comme si la tendance devenait une appropriation générale d'une culture permettant d'atténuer les malheurs du monde présent par des promesses d'un « ailleurs » virtuellement meilleur. Cette évolution des politiques fait le bonheur des religieux de tous poils. Ces derniers jours, on a accéléré le pas, comme si le temps pressait.
« Aimez-vous les uns les autres, ou disparaissez! », a lancé par exemple la semaine dernière à son parti la présidente de Poitou-Charentes, en ouverture de l'université d'été du PS à la Rochelle. « La France a besoin de nous, nous attend, elle nous appelle, nous cherche », a affirmé Ségolène Royal, appelant les socialistes à « unir toutes les intelligences pour dessiner une alternative. Oserai-je vous dire malicieusement, ne le prenez pas au premier degré : les Français nous parlent comme Juliette Greco nous le chante : aimez-vous les uns les autres ou alors disparaissez ! », a-t-elle ajouté sous les bravos et les applaudissements. Elle n'a pas cité l'Evangile d'où était extrait cette parabole. Dommage, car elle aurait eu plus de force politiquement.
On a vu également, il y a quelque temps, la course à la bénédiction médiatique du Dalaï Lama, qui a atteint des sommets avec une file d'attente, comme lors des audiences papales, destinée à diffuser une belle photo pour les magazines. On a accrédité, une fois encore, l'idée que le pouvoir religieux restait un dispensateur de brevets de bonne conduite. Une écharpe blanche, offerte par le premier des moines tibétains, vaut tous les autres signes extérieurs de richesse morale. La laïcité aurait dû imposer un peu plus de recul et un plus net soutien au peuple tibétain, plutôt qu'à son porte voix, aussi paisible fût-il; mais il semblait important qu'un acte d'allégeance soit fourni à un peuple avide de fausses certitudes car les marchandages avaient rendu inutiles ces entretiens creux. On en arrive, jour après jour, à des accrocs de plus en plus inquiétants à ce principe indispensable au vivre ensemble !

UN RENVOI AMBIGU
Après le mariage annulé de Lille, le procès annulé de Rennes, la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine vient de reporter un procès pour cause de ramadan, alors que l'autre l'avait été pour des motifs purement religieux et masqués par un faux débat sur la nécessité de dissoudre un mariage malmené par les réalités de la vie. Cette décision rennaise, prise « pour une bonne administration de la justice », semble bel et bien motivée par un souci extrajudiciaire inavoué : l'un des accusés, musulman, qui doit être jugé pour des braquages, a demandé l'ajournement au motif que les débats tombaient en plein jeûne religieux. Interrogée la ministre de la Justice, Rachida Dati, a indiqué que « le ramadan n'est pas un motif de renvoi, sinon ce serait inconcevable ». Le procureur général de Rennes a assuré que la décision avait été prise pour « d'autres motifs ». On veut le croire, car sinon le procédé deviendrait catastrophique. Il faut attendre la reprise du carême dans le milieu carcéral pour éviter eds comparutions difficiles !
Impossible pourtant de nier que le contexte est plutôt bizarre. L'avocat d'un suspect invoquait « les contraintes diététiques et les obligations cultuelles qui s'imposent » à son client qui, du fait du ramadan, aurait « déjà vécu quatorze jours de jeûne » au moment du procès, qui devait s'ouvrir le 16 septembre. Ces derniers mois, les avocats de la défense avaient déposé plusieurs demandes de report, pour d'autres motifs, lesquels avaient toutes été rejetées, celle-ci a été entendue si ce n'est écoutée ! Après ces rejets, les avocats avaient écrit à nouveau au président : « Nous avions omis de prêter attention au fait que, pour l'année 2008, la période du ramadan (...) va débuter le 2 septembre (...) Les contraintes qui en découlent nous amènent à considérer que notre client ne sera pas en pleine capacité de se défendre (...) » A priori, personne n'a pris en compte ces demandes si l'on en croit les positions officielles. Alors, sur quels motifs a-t-on renvoyé le procès ? Une présomption de désordre, due à l'action des défenseurs de celui qui ne pouvait pas assumer les conséquences de son choix religieux. Il ne s'agit donc, de fait, que d'une conséquence de leur demande, même si la... demande elle même n'est, soit-disant, pas prise en compte.
Dans son démenti, le parquet général de Rennes explique avec un sens aigu de la litote qu'« en aucune façon, le motif du ramadan n'a été retenu. Ce serait contraire à tous les principes républicains de laïcité », a expliqué hier le procureur général de Rennes. Un rapport à la Chancellerie évoque la « situation de blocage » qui aurait motivé la décision de reporter le procès. « Voyant qu'à quelques jours du procès les avocats étaient vent debout, qu'ils allaient tout faire pour bloquer les débats, le report a finalement été accepté », explique une source judiciaire. Qui donc peut bien avoir confiance dans cette interprétation d'un acte juridique que tous les suspects n'obtiennent pas facilement ?

LA POSITION FATALE

Autre inquiétude : le retour du foulard dit islamique ! C'est immuable, une sorte de jeu du... foulard qui a comme simple règle du jeu l'interprétation du mot « ostensiblement ». En fait, il devient la clé d'un affrontement récurrent, dont on ne mesurera l'importance que dans quelques décennies. L'Etat a été contraint de légiférer pour réguler ces manifestations dont on ne sait jamais si elles sont librement décidées, ou si elles sont téléguidées pour accentuer une faille dans le principe de la laïcité. Il n'a pourtant jamais réglé le problème de fond, se contentant d'essayer, en pure perte, de le réguler.
A chaque rentrée, l'interprétation de « l'ostensiblement tolérable » revient, comme par magie, à la une de l'actualité, pour masquer bien d'autres entorses plus graves. Pendant que l'on s'affronte sur la position d'un bout d'étoffe, on oublie qu'un Président de la République française a déclaré le 20 décembre dernier, sur le territoire d'un pays étranger, à quelques encablures du Vatican : "Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance" . Il faudrait maintenant commenter cette position dans tous les cours de philosophie, afin que les porteuses de voiles se persuadent que leurs enseignants sont qualifiés pour leur faire la morale sur leur comportement « ostentatoire »... Nicolas Sarkozy n'a jamais dû, dans sa vie, lire Marcel Pagnol car dans la Gloire de mon père, parlant des hussards noirs d'une république hésitante, il a écrit ces lignes : « comme les prêtres disait mon père, nous travaillons pour la vie future : mais nous c'est pour celle des autres ! »
Le juge trébuche. L'instituteur s'effondre. Le maire panique devant, par exemple, l'omniprésence des témoins de Jéhovah ou des Scientologues dans la vie sociale, où ils s'insinuent pour recruter. Le « religieux » s'engouffre, avec la bénédiction du pouvoir, dans les moindres faiblesses et, faute de l'admettre, nous allons voir se fissurer un pan entier de la République. Le politique doit s'évertuer à ce que chacune et chacun puisse exercer librement sa religion dans sa sphère privée, mais jamais, au grand jamais, dans l'espace public, quel qu'il soit. Il doit défendre la lucidité face à l'endoctrinement et la diversité face à l'unicité contraignante. Or nous sommes partis pour des lendemains qui déchantent... devant tous les autels, au service des certitudes des croyances.
Mais je déblogue...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
commenter cet article

commentaires

J.J. 08/09/2008 18:52

Ce qui est rassurant dans cette histoire de report pour cause de Ramadan, c'est que l'on peut ésperer que, à priori, on ne devrait pas risquer d'être victime d'un hold-up pratiqué par de ""vrais croyants "". S'ils sont trop affaiblis pour supporter un procès, ils ne doivent pas avoir assez de force pour mener une action violente. Cela fait au moins une lune à être tranquille !Pour ce qui est des attaques faites à la laïcité, il ne fallait pas s'attendre à moins de la part de personnage dont l'un des buts est le développement de l'obscurantisme, grand oeuvre pour les religions et la sainte télé.L'autre est de diviser pour régner, en laissant se multiplier des croyances toutes aussi naïves et fanatiques les unes que les autres.C'est un jeu dangereux car cela crée les conditions favorables au déclenchement de guerres de religions, dont on voit apparaître de temps en temps les prémices,  et qui ne sont pas hélas du simple domaine de l'histoire ancienne.