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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 07:17

Même si aucune des chroniques publiées depuis 3 ans n'a trouvé une place de choix dans le système médiatique verrouillé par les « gens qui comptent », il faut oser affirmer ses jugements sur l'actualité pour avoir encore un peu le sentiment d'exister. Ainsi, je peux affirmer, avec la certitude de ne pas être démenti par les faits ultérieurs, que le verbe clé de ce début de XXI° siècle est : « croire ». Toute la vie sociale tourne désormais autour de ce principe totalement irrationnel : pour exister, il faut croire ! Vous devez « croire » dans les affirmations gouvernementales ; vous devez croire dans l'union du parti socialiste ; vous devez croire en l'augmentation de votre pouvoir d'achat ; vous devez croire à votre bonne fortune aux jeux de hasard ; vous devez croire dans un bonheur virtuel ; vous devez croire dans des idoles provisoires de pacotille ; vous devez surtout croire dans des principes religieux qui s'appliquent au Peuple, mais surtout pas à celles et ceux qui en prônent la vertu... Plus de jugement rationnel de la réalité, mais une simple croyance qui vous sauvera des vicissitudes d'un quotidien de plus en plus désastreux.
Si vous êtes en mauvaise santé, croyez dans les bienfaits des franchises médicales qui vont sauver la recherche et vous préserver du cancer et de la maladie d'Alzheimer. Si vous doutez de la réussite scolaire de votre enfant, croyez que le service minimum va améliorer ses résultats. Si vous êtes chômeur, croyez dans les statistiques du chômage qui sont miraculeusement fastes. Si vous êtes devenu un gogo « téléphage », croyez dans l'éthique médiatique des journaux télévisés. Si vous aimez les exploits, croyez dans l'eau claire des bidons des sportifs installés sur l'Olympe. Si vous aimez le célébrité, croyez qu'un jour vous passerez à la télé. Si vous voulez gagner les élections présidentielles, croyez dans les sondages qui choisissent pour vous. Surtout ne doutez pas : croyez pour mourir heureux, croyez pour continuer votre chemin de croix, croyez que le progrès est derrière vous, croyez que la justice sociale, la lutte des classes, l'équité républicaine, ne sont que des valeurs n'ayant plus aucune actualité, puisque l'essentiel demeure de survivre en croyant. Braves gens, croyez où vous voulez, comme vous pouvez, mais aussi longtemps que possible.
Entrez parmi les ouailles pieuses du sarkozysme, et admettez que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! Ne restez pas indifférent aux bienfaits d'un acte de contrition vous permettant de ressasser : « tout ce qui m'arrive est de ma faute, de ma très grande faute », puisque les dieux de ce monde font tout ce qu'ils peuvent pour me sauver !

MODIFICATION DES METHODES
Durant tout le week-end, la France a lancé un formidable « croyanton », sous le patronage engagé du Président de la République et de son épouse, du Premier Ministre et même, si on se fie aux images télévisées, de... celui de l'éducation nationale. Croyez en tous les Dieux, ceux de l'au-delà et ceux qui estomperont tous les maux de la Terre, et donc forcément les vôtres.
Croire... Croire... Croire... Tout sera fait pour vous démontrer que les hérétiques sont encore de ce monde, et qu'il faut les faire brûler au nom des vérités de la croyance ! Nous sommes de plain pied dans un système, voulant que les non-croyants osant protester soient classés parmi les sorciers d'un monde rassuré par ses certitudes approximatives. La croyance est le fait de tenir quelque chose pour vrai, et ceci indépendamment des preuves éventuelles de son existence, réalité, ou possibilité : il va falloir s'y habituer !
Regardez bien autour de vous l'extraordinaire promotion de la « croyance » qui a été faite depuis 24 heures et qui se poursuivra demain. Qui peut résister à ces célébrations de masse ? Quel esprit ne douterait pas de sa capacité à résister, quand des heures entières, des milliers de pages, sont consacrées (au sens propre) à mettre en scène tous les fastes d'actes reposant exclusivement sur l'irréalité de la vie quotidienne.
La vie sociale ne cherche plus à vous convaincre, mais à vous séduire. Elle ne vous propose plus des arguments, mais des sentiments. Elle ne vous demandera plus d'analyser, mais d'admettre ! Pour bien des responsables politiques actuels, la religion et la république ne peuvent pas exister en tant que telles, séparément. Il faut de la religion pour donner du sens à la république. C'est pour cela que dans son discours de Chanoine de Latran, Nicolas Sarkozy a pu opposer l'instituteur et le curé. L'instituteur enseigne certes les valeurs morales et civiques, mais c'est le curé qui a les clés de la vérité éternelle... On retire le droit de grève au premier, pour lui démontrer son inutilité puisqu'il peut être remplacé à tout moment par une « gardienne de troupeau », alors que l'on déroule le tapis rouge pavé de bonnes intentions pour le second : la symbolique est sans ambages.

EXPLOITER UN BESOIN
Au niveau de l'individu, la particularité d'une croyance est qu'elle est ajustée, par celui qui y adhère, à sa propre réalité (cf certains commentaires sur ce blog). Elle est considérée comme vraie, et projetée sur notre représentation conceptuelle de la réalité. Elle est investie d'un dynamisme par le biais d'un ensemble de principes simples, auto-construits, pour sentir, penser, agir... sans trop se poser de questions.
Si l'expérience permet à chacun de valider ou d'invalider les croyances, celles qui s'avèrent erronées ne sont pas éliminées, mais ajustées. De nouveaux liens seront testés, afin de jamais se débarrasser des certitudes inspirées par une croyance.
Les manipulateurs savent bien que la croyance répond à un besoin qui semble s'ancrer profondément dans l'individu, et ne peut être gérée aussi librement que la notion de libre- arbitre le laisserait imaginer. La croyance étant consécutive au fonctionnement d'un ensemble de manières de penser, qui se sont ancrées à un niveau de fonctionnement automatisé dans l'esprit, la difficulté de les faire évoluer s'explique. Elle trouve autant de moyens d'expression que nécessaire, même dans l'empirisme scientifique. Il n'est pas envisageable de la dissocier, ne serait-ce que d'une seule activité humaine, et donc de notre quotidien. Il suffit de la réveiller par des rites, des images, des principes , des discours, des actes symboliques... et ensuite de l'exploiter !
Certains peuvent avoir besoin de certitudes, c'est-à-dire de croyances suffisamment fermes pour s'engager conceptuellement et physiquement dans tel ou tel système théorique de pensée. Depuis plusieurs heures, il est quasiment impossible de se débarrasser de cette pression voulant que le non-croyant se sente coupable de sa position. Le sarkozysme n'est rien d'autre que la déclinaison du système américain se prétendant démocratique.

DES PRINCIPES RELIGIEUX
Le bien et le mal, l'utile et le néfaste, le positif supposé et le négatif affirmé, le visionnaire et le rétrograde, l'irrationnel et le doute, s'inscrivent derrière chaque acte, chaque déclaration, chaque manipulation médiatique. Le Président de ce qui commence à ne plus ressembler à une République s'aventure dans des rapports anciens entre l'Etat et la religion. Il veut s'inscrire dans une « coopération » entre la religion (croire) et la politique (agir). Son attitude ressemble à son admiration et à celle de ses principaux collaborateurs pour la politique américaine, où Dieu est omniprésent, où il est le grand patron (« God bless America »).
Un exemple récent vient confirmer ce mimétisme, quand la co-lisitière de John McCain, Sarah Palin prétend que l'envoi de troupes US en Irak est « l'œuvre de Dieu ». Sarkozy est très imbibé, très admiratif de cette culture. Il est persuadé que tant qu'il exploitera le filon de la croyance, il sauvera sa tête. Il essaie donc de tracer un chemin similaire à celui des ses mentors d'outre atlantique. Il ne prononce donc plus des discours, mais des « homélies ». Il ne se déplace plus, mais part en province pour évangéliser celles et ceux qui doutent. Il ne se montre plus, mais effectue des apparitions soigneusement préparées. Il ne soigne plus avec des médicaments traditionnels une France malade, mais il se contente de la réconforter par de bonnes paroles, et de la guérir par imposition des mains, avec difficulté, car il reste un brin de raison chez des citoyens ayant appris que seul le doute sauve de lendemains qui déchantent.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

D'JEFF 15/09/2008 07:20

Je sais, je doute ou bien j'ignore... et tâche de m'en satisfaire.Jolie formulation que je vais mémoriser tellement elle me parait vraie.Et pourtant, de partout et de tous temps, l'homme a besoin de se référer à des croyances. C'est un fait universel. Si nous ne croyons pas, nous ne sommes ni supérieurs ni inférieurs, nous sommes simplemetn différents. Le problème c'est que toutes les croyances ne sont pas inoffensives pour autrui...

J.J. 14/09/2008 14:25

comme diait irrévérencieusement jacques Prévert : Il y en a qui croient, il y en a qui croa croa.Pour illustrer tous ces propos, une citation de Bertrand Russel : L'homme est un animal crédule qui a besoin de croire.En l'absence de raisons valables, il se satisfait de mauvaises. Je n'ai jamais beaucoup cru, mais je ne crois plus du tout depuis longtemps  et j'ai banni ce mot de mon vocabulaire.Je sais, je doute ou bien j'ignore... et tâche de m'en satisfaire.

PIETRI Annie 13/09/2008 23:28

Bien sûr que non, Jean Marie, tu ne déblogues pas.... D'ailleurs, tu ne déblogues jamais! La lecture de cette chronique a immédiatement évoqué pour moi, de manière irrépréssible, une chanson de Georges Brassens qui a enchanté ma jeunesse comme toutes les chansons de Brassens dont j'étais une admiratrice quasi inconditionnelle et dont je connais toutes les chansons par coeur. Ceux de ma génération connaissent sans doute cette chanson. Les plus jeunes, peut-être pas! Alors, plutôt que de répéter ce que j'ai écrit hier sur ta précédente chronique, je vous en livre le texte, qui me semble parfaitement adapté à la situation actuelle....et au sujet : la chanson s'intitule "Le Mécréant"...Est-il en notre temps rien de plus odieux,De plus désespérant, que de n'pas croire en Dieu?J'voudrais avoir la foi, la foi d'mon charbonnier,Qui est heureux comme un pape et con comme un panier.Mon voisin du dessus, un certain Blais' Pascal,M'a gentiment donné ce conseil amical :Mettez-vous à genoux, priez et implorez, Faites semblant de croire, et bientôt vous croirez.J'me mis à débiter, les rotules à terre,Tous les Ave Maria, tous les Pater Noster, Dans les rues, les cafés, les trains, les autobus,Tous les De Profondis, tous les morpionibus... Sur ces entrefait's-là, trouvant dans les ortiesUn' soutane à ma taille, je m'en suis travesti.Et tonsuré de frais, ma guitare à la main,Vers la foi salvatrice, je me mis en chemin.J' tombai sur un boisseau d'punais's de sacristie,Me prenant pour un autre, en choeur, elle m'ont dit :Mon Père, chantez-nous donc quelque refrain sacré,Quelque sainte chanson dont vous avez l' secret !Grattant avec ferveur les cordes sous mes doigts,J'entonnai le Gorille avec Putain de Toi.Criant à l'imposture, au traître, au papelard,Ell's veulent me fair' subir le supplic' d'Abélard,Je vais grossir les rangs des muets du sérail, Les bell's ne viendront plus se pendre à mon poitrail,Grâce à ma voix coupée, j'aurai la plac' de choixAu milieu des Petits Chanteurs à la Croix d' Bois.Attirée par le bruit, un' dam' de charité  Leur dit "Que faites vous? Malheureus's, arrêtez !Y' a tant d'hommes aujourd'hui qui'on un penchant pervers A prendre obstinément Cupidon à l'enversTant d'hommes dépourvus de leurs virils appasA ceux qui'en ont encor', ne les enlevons pas!Ces arguments massues firent un'grosse impression, On me laissa partir avec des ovations.Mais, su'l'chemin du ciel, je n'ferai plus un pas,La foi viendra d'ell'même ou ell' ne viendra pas.Je n'ai jamais tué, jamais violé non plus,Y'a déjà quelque temps que je ne vole plus,Si l'Éternel existe, en fin de compte, il voitQu'je m'conduis guèr' plus mal que si j'avais la foi.                           Georges Brassens - Le Mécréant - 1960                                                                                 Je me trompe peut-être, mais j'ai trouvé que ce texte de Brassens était très " en situation".....

REIX J-P 13/09/2008 18:08

Croire me semble être une nécessité :
 
Croire que tout le monde peut se tromper à commencer par soi !