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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 07:17

Il n'y a que les « godillots sarkozystes » qui peuvent véritablement assurer que Xavier Darcos ne poursuit pas, méthodiquement, un plan non assumé mais bien réel, de démontage de l'école maternelle dans sa structuration actuelle. Il est certain que sa chasse forcenée aux postes d'enseignants à supprimer pour la prochaine rentrée, passe par une remise en cause profonde du fonctionnement de la première étape de la scolarisation. Ce n'est pas un procès d'intention, mais simplement un constat, né d'une mise en synergie de diverses mesures, déjà prises ou souhaitées par un Ministre tourné vers la destruction progressive de l'école publique dont il a la charge. Il n'y a pas d'attaques frontales. Du moins pour le moment. La technique du travail de sape progressif avant l'offensive, plus discrète, plus perverse et surtout moins perceptible par les parents, produira à terme (mars avril 2009) la fragilisation escomptée d'une résistance inorganisée.
En ressortant sa déclaration méprisante sur les nécessités de  la formation  des intervenant(e)s auprès des 3-6 ans, il a baissé le masque. Mais bien évidemment, ce serait lui faire, selon ses amis ou complices, un procès d'intention. Or, c'est tout le contraire : il s'agit tout simplement du cœur du processus en cours, et de l'idée centrale de son projet pour l'enseignement préélémentaire.
Une vidéo circule actuellement sur internet, montrant une audition du ministre de l'Education nationale Xavier Darcos, devant la commission des Finances du Sénat, datée du 3 juillet, au cours de laquelle il s'interroge sur la scolarisation des 2-3 ans et déclare, brut de décoffrage : « Est-ce qu'il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits de l'Etat, que nous fassions passer des concours à bac + 5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? ». Même les syndicats les plus combatifs n'y ont perçu qu'une « méconnaissance de l'école maternelle », alors qu'il sait fort bien ce qui s'y passe, et qu'il pose simplement les fondements de sa doctrine en matière de scolarisation des 3-6 ans.
Xavier Darcos rêve de mettre en œuvre un plan déjà ancien de l'Ump dans ce domaine. Il a été maintes fois évoqué dans les bureaux du Ministère et récemment repris dans un livre au titre volontairement provocateur : « il faut fermer l'école maternelle ». Il suffirait de considérer que, sur la base des contenus actuels, les deux premières années relèvent d'éducatrices de jeunes enfants ou d'Agents Techniques Spécialisés des Ecoles Maternelles, dont la sieste et le changement des couches (une idiotie soit dit en passant, puisque pour entrer dans l'école maternelle, l'enfant ne doit justement plus porter de couches et être propre), constitueraient l'essentiel du travail. On ne conserverait dans le système éducatif que l'actuelle grande section, et on économiserait au budget national les deux tiers des postes actuels ! Le second avantage, c'est que le financement de ces personnels incomberait aux communes, et qu'ils resteraient placés sous l'autorité hiérarchique de la directrice de l'établissement. Pour les parents, aucune modification de l'accueil actuel, mais pour l'Etat, une économie significative. De tous les cotés, les signes avants-coureurs de la manipulation de l'opinion, approche.

RIEN NE VA
Il y a d'abord eu un rapport opportun d'un linguiste distingué, dont on nous dit qu'il connait parfaitement le fonctionnement de l'enseignement préélémentaire. Des maternelles devenues des « garderies », des enseignements déstructurés, et des «instits» peu ou mal formés (à qui la faute?) : pour Alain Bentolila, missionné par Xavier Darcos sur le sujet, l'école maternelle est loin d'obtenir le prix d'excellence. « Elle ne réduit pas les inégalités sociales de départ. Sa valeur ajoutée est faible », regrette le linguiste, selon qui « 97 % des enfants en difficulté dès le plus jeune âge le seront toujours au collège ». Selon ce pédagogue haut de gamme, il faut établir clairement la progression des apprentissages et mettre en place des programmes clairs entre la petite et la grande section. Le passage de la grande section de maternelle au CP doit être « négocié » avec plus de douceur, notamment par une meilleure coordination entre instituteurs. Par ailleurs, la grande section ne doit pas proposer une anticipation de l'apprentissage de la lecture. Si les enfants n'ont pas assez de compétences pour apprendre à lire, ce n'est pas à cause des méthodes de lecture, mais parce qu'ils ne parlent pas assez bien. Il est beaucoup plus difficile de maîtriser l'expression orale que d'apprendre à lire. Les élèves ne possèdent « pas assez de mots de vocabulaire », et ce savant pédagogue préconise «des «leçons de mots». Il propose également des « groupes de langage ».
Des modules spécifiques de formation pour les enseignants de maternelle devraient être mis en place, selon Alain Bentolila. Aujourd'hui, ils bénéficient « au mieux de quinze heures de cours pendant leurs deux années de formation. Et parfois d'aucune ». On ne peut traiter de la même façon des enseignants qui vont s'occuper de gamins de 3 ans et ceux qui instruisent des enfants de 10 ans, estime-t-il. Trop d'enseignants vont, selon lui, en maternelle « parce que c'est sympathique, les enfants sont petits et parce que c'est plus facile qu'en primaire. Ils apprécient aussi le fait d'être peu évalués...»

JARDINS D'ENFANTS
Pour le linguiste, l'entrée en maternelle ne devrait pas avoir lieu avant l'âge de 3 ans révolus. « Avant, il s'agit d'une pure garderie », estime-t-il. Pour compenser, « Il ne devrait pas y avoir » une seule moyenne ou grande entreprise sans crèche, et les structures communales ou intercommunales devraient être « plus nombreuses ». Tiens donc, pourquoi ne pas imaginer, dans les locaux déjà existants des écoles maternelles, des « jardins d'enfants », comme c'est le cas d'ailleurs dans tous les autres pays européens. L'accueil des enfants entre 3 et 5 ans, serait de la responsabilité des services périscolaires communaux, subventionnés par l'Etat. Inacceptable ? C'est pourtant ce qui se passe en Grande-Bretagne, où l'école commence à 5 ans, après des années de playschools , c'est-à-dire de jardin d'enfants, où les petits sont autrement mieux encadrés que dans une école maternelle française ! Le relais du dénigrement est pris par un Inspecteur de l'Education nationale qui, dans un ouvrage à sensation intitulé « il faut fermer l'école maternelle », accentue le procès fait à la maternelle.
Il est urgent de revenir à des acquis disciplinaires clairs, avec des horaires définis, préconise Julien Dazay, qui démarre son livre par la description « d'une journée ordinaire » au cours de laquelle, à l'écouter, entre séances d'habillages, déshabillages, pause toilette et autres siestes, à peine plus d'une heure serait consacrée aux apprentissages. Un peu caricatural, reconnaît-il, « sauf que c'est quelque chose que mes collègues et moi avons observé pas mal de fois. Maintenant ce n'est pas la majorité des classes ». Reste, poursuit cet IEN, que les dérives qu'il pointe « sont de plus en plus nombreuses ». Et d'aller jusqu'au bout de son raisonnement : dans l'hypothèse où il n'y aurait pas de réforme, la solution serait, dit-il, de fermer les écoles maternelles, de rendre la scolarité obligatoire à cinq ans, et de créer une véritable grande section, rattachée à l'école primaire. Le débat est ouvert, et bien évidemment, le Ministre va pousser la porte entrouverte ! On comprend que l'auteur, toujours en exercice, ait préféré prendre un pseudonyme « pour continuer à exercer sereinement sa mission » auprès... des enseignants qu'il est chargé d'inspecter. Son courage irait jusqu'à une promotion, mais pas jusqu'à une explication avec les enseignantes qu'il descend en flammes sans se montrer !

LE MINIMUM DANGEREUX
Darcos, outre ses déclarations, a placé une première mine dans les lieux. Sa loi sur l'accueil des élèves est en effet essentiellement dirigée contre la maternelle. En introduisant deux mots, dans l'article 2, il a en effet mis en pièces le principe du temps scolaire dévolu aux enseignants formés à cet effet : « absence imprévisible ». C'est en apparence un détail, alors que c'est, en réalité, l'ouverture conduisant à la mise en place du processus de « communalisation » de l'enseignement préélémentaire. Pourquoi ? Tout simplement parce que les remplaçants vont devenir extrêmement rares, compte tenu des suppressions de postes. En qualifiant "l'absence d'imprévisible", le législateur a permis que les familles se tournent vers le Maire, et lui demandent d'assurer l'accueil, et donc l'occupation des enfants. La première fois que ce processus est mis en œuvre, c'est la fin du métier d'enseignant de maternelle, puisque le personnel communal démontrera qu'il peut assumer seul la charge d'une classe et donc, à terme, se substituer à un professeur des écoles ! Les propos de Darcos seront alors officialisés par les élus locaux ! Il s'agira bel et bien d'un... service d'éducation minimum !
Voilà où en est rendue l'école maternelle : des pratiques montrées du doigt, ici pas assez exigeantes, là trop scolaires, des résultats insuffisants... le tableau est on ne peut plus noir ! Et le Minsitre envoie sans cesse des « scuds », puisqu'il lui arrive de vanter le système finlandais où « les enfants entrent à l'école à 7 ans et réussissent en trois ans à rattraper et même dépasser les petits Français, qui, eux, vont en classe depuis qu'ils ont 3 ans », ce qui le met en extase ! Comment l'institution ne se sentirait-elle pas menacée ? Et comment peut-on croire qu'à la prochaine rentrée on en sera au même niveau de solarisation des 3-5 ans ? Elle est menacée, tout simplement parce qu'elle coûte cher. Or l'Etat manque d'argent. Les premières coupes ont déjà eu lieu. «En ces temps de vaches maigres, la maternelle fait office de variable d'ajustement, dit Farid Hamana, l'ancien secrétaire national de la Fédération des Conseils de Parents d'Elèves, une des deux principales organisations parentales. Le ministère a déjà commencé à faire des économies en limitant l'accueil des tout petits. La petite section accueillait 33% d'enfants de 2 ans il y a quelques années, ils ne sont plus que 20%.» On verra la suite. Parents, dormez tranquilles : si les enseignants, pour vous défendre, se mettaient en grève, votre enfant serait gardé. C'est aussi bien et c'est moins cher pour le Ministre. Aucune raison de se plaindre !
Mais je déblogue...
 

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

marie-claire 22/09/2008 11:58

Que faire pour que les parents, pris dans leurs problèmes journaliers, prennent conscience de cet assassinat pur et simple de l'école maternelle? Cette réforme creusera encore plus le fossés entre les nantis et les plus démunis...

PIETRI Annie 21/09/2008 10:48

Je n'ai pas vu la video qui, dis-tu, circule sur Internet. Mais j'ai vu avant-hier, aux infos d'Antenne 2, Xavier Darcos, à sa sortie d'une réunion - à Matignon, je crois - réïtérer sa déclaration scandaleuse sur l'inutilité d'avoir, dans les écoles maternelles, des enseignants titulaires de "bac+5" pour changer les couches et faire faire la sieste à des enfants en bas âge.....Il s'agissait bel et bien d'une "attaque frontale"prononcée, de surcroît à deux reprises, sur une chaîne publique, par le ministre de l'Education Nationale! J'étais scandalisée.Souligner l'inepsie d'une telle déclaration ne saurait être regardé comme "un procès d'intention", ainsi que l'analysera, à n'en pas douter, un certain commentateur godillot "socialo" - sarkozyste", à la mode Bockel....En écoutant ces infos, l'autre soir, j'ai immédiatement fait remarquer à la personne qui était près de moi, que tu ne pouvais pas ne pas réagir à une telle absurdité, qui marque le début d'une entreprise de démolition programmée!Tous les savants penseurs qui décrient l'Ecole Maternelle n'y ont sans doute jamais mis les pieds; et n'ont évidemment jamais profité de ses bienfaits...Pour qui, comme moi, a fréquenté l'école maternelle dès l'âge de deux ans et deux mois (je suis née en août....), leurs élucubrations sont un tissu de sottises !Bien sûr que l'Ecole Maternelle réduit les inégalités sociales de départ. Bien sûr que sa valeur ajoutée est très importante !A "mon" époque, - et je pense qu'il en est, dans la plupart des cas, toujours ainsi -, les enfants qui fréquentaient l'école maternelle étaient issus de milieux très modestes : pères en captivité, mères obligées de travailler pour faire survivre la famille, et on nous apprenait, très tôt, beaucoup de choses : vocabulaire, rudiments de lecture et d'écriture. Nous ne nous sommes jamais sentis "brimés", bien au contraire, car nos "maîtresses" savaient provoquer notre "éveil" et nous rendre curieux de tout.Et il est vrai que lorsque nous arrivions au CP, aussi simple et modeste que soit notre milieu social d'origine, nous étions très "en avance" sur ceux qui entraient directement en primaire. Et, comme ceux qui n'allaient pas à la maternelle étaient le plus souvent les enfants de "bourgeois", commerçants, médecins et autres professions libérales... qui, du fait de la présence chez eux de "personnel ancillaire" pouvaient rester "à la maison", les inégalités étaient à l'inverse de ce qu'on nous décrit aujourd'hui : les enfants des milieux les plus modestes, les "gosses de pauvres" étaient ceux qui qui apprenaient le plus vite à l'école primaire, écrasant (?) de leurs "connaissances", jugées désormais "prématurées", les ...enfants de riches !!Juste retour des choses, qui compensait, durant un temps du moins, l'absence de culture de l'entourage familial. Alors, bien sûr que les inégalités sociales s'en trouvaient réduites.....et tous ceux qui essaient de faire croire le contraire sont de la plus parfaite mauvaise foi.Aussi, de grâce, ne laissons pas détruire l'école maternelle, à laquelle, comme moi, et beaucoup d'autres j'en suis sûre, tu es si profondément attaché. Ne la laissons pas se transformer en simple garderie, utile certes pour les parents, mais sans intérêt pédagogique pour les enfants. Et là encore, c'est aux enfants qu'il faut penser d'abord, et pas au confort des parents. Ni aux économies pour l'Etat, de plus en plus défaillant, dans ce domaine comme dans tant d'autres!Mais que fait donc le parti socialiste?