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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 17:17

Quand vous avez le sentiment de ne pas pouvoir contrôler un outil, le mieux c'est d'en demander la disparition pure et simple. Le pouvoir local (régions, départements, communes) échappe davantage aux représentants de la majorité présidentielle actuelle, à chaque scrutin. C'est même un contre-pouvoir extrêmement inquiétant pour un Président de la République qui ne rêve que de maîtriser l'intégralité des rouages de l'Etat. Tous les Préfets ont été changés, et ceux qui douteraient ont été mis sous tutelle, via une réforme passée inaperçue, renforçant les pouvoirs d'autorité des Préfets de région. Les sous-préfets deviennent une espèce administrative en voie de disparition. Au Ministère de l'intérieur, tous les hauts fonctionnaires ont échappé au contrôle d'une Michèle Alliot-Marie sous surveillance efficace. Partout, les zélateurs du Président de la République s'installent dans les fauteuils décisionnels. Seuls ceux de Présidents de régions, de conseils généraux, de maires de grandes villes, échappent encore à cet appétit insatiable de dévotion présidentielle outrancière. Et les récents résultats des élections sénatoriales, malgré un mode de scrutin pour le moins critiquable, ont mis les grillons de la réforme dans la tête des caciques élyséens.
Comme il faudra au minimum un quart de siècle (et encore !) pour revenir sur cette maîtrise de la Gauche sur le pouvoir local, on va simplement supprimer les échelons territoriaux où elle s'exerce. Ce sera plus rapide et définitif. Comme les départements deviennent des pôles de résistance aux manœuvres incessantes d'un pouvoir essentiellement médiatique, on va les amputer de tous leurs pouvoirs et les étrangler en leur laissant l'intégralité du secteur qui, en période de crise économique va devenir énorme à gérer : le social ! Les intercommunalités sont mal maîtrisées politiquement par l'Ump, alors on va les fusionner, les dépecer, les tripatouiller, sous prétexte d'efficience et au détriment de ce qui à toujours constitué la recette du succès des élus de Gauche : la proximité. Les régions sont perdues. Qu'à cela ne tienne, on va modifier fondamentalement leur mode d'élection et de fonctionnement pour les transformer en
« sénats régionaux », plus aisément contrôlables par des « notables » se prétendant bien évidemment « apolitiques ».
Dès que le Président du Sénat sera installé, le moment de la grande offensive viendra. Le plan de bataille est prêt. Il se résume en un axe de communication simpliste : les collectivités locales sont trop nombreuses et coûtent trop cher ! Comme il sera impossible pour les élus locaux de faire entendre un message structuré, complexe, sur un sujet pas très people, l'attaque sera facile à mener à son terme. Haro sur le Conseil Général et son maillage territorial trop dangereux pour l'avenir. Les statisticiens du Ministère de l'intérieur ont facilement décortiqué les récents scrutins : les villes perdues par la droite ont été reprises dans la majorité des cas par des têtes de listes de gauche, conduites par des... conseillers généraux ! Leur proximité avec les associations, les personnes en difficultés, les maires, le réseau éducatif, en fait des gens extrêmement compétitifs. Les exemples ne manquent pas, et sur la Gironde ils pourraient alimenter une seule chronique, si l'on se réfère simplement aux nouveaux députés, au résultat de l'élection municipale de Bordeaux, aux communes gagnées... Et les 1220 voix de grands électeurs obtenues par la liste de Philippe Madrelle... Président du Conseil Général, confirme que le moment est venu de « tuer » purement et simplement ceux qui, comme lui, jouent un rôle essentiel de contre-pouvoir. Dans les prochaines semaines (avant le Congrès des Maires de fin novembre), ça va donc flinguer dans tous les coins.

NOYER LE DEPARTEMENT
Il faut cependant aborder le sujet avec prudence, car ça va renâcler à l'Ump. Alors, refusant de demander clairement la suppression des départements, Xavier Bertrand a estimé que « les niveaux de projets intéressants, ce sont l'intercommunalité et la région », tandis que Claude Guéant a annoncé l'ouverture d'une concertation, avant la fin de l'année. Deux signes forts qui mettent déjà les... communes et les départements sur la sellette. Les cibles sont désignées, et la création d'une commission ne changera rien au résultat. Le jugement est déjà donné, avec certainement la disparition masquée des Conseils Généraux, en les « noyant » ou en les garrottant.
On a vu ce qu'il est advenu du « Grenelle » de Borloo ! Alors on va utiliser le principe capitaliste de la « fusion-absorption ». La recette a été maintes fois utilisée pour mettre à mal un concurrent récalcitrant. On le dilue dans un ensemble plus grand, afin de mieux le contrôler et d'éviter qu'il finisse par devenir un concurrent institutionnel trop fort.
« Le département et la région, je pense effectivement qu'ils doivent se regrouper et travailler ensemble », a estimé le ministre du Travail, invité du "Grand rendez-vous" Europe 1-Le Parisien/Aujourd'hui en France. C'est clair ! On va proposer, au nom de l'efficience, de regrouper les conseils généraux et les conseils régionaux, ce qui ne fera plus qu'une vingtaine de structures à contrôler. Le tout, bien évidemment, sans double élection au suffrage universel.
Le système proposé reposerait sur des idées apparemment "démocratiques". On ferait élire les conseillers « départementaux » à la proportionnelle, pour vite effacer les liens de proximité actuel entre les élus locaux, et ensuite ils éliraient leurs représentants dans un sénat régional mêlant politique et économico-social. « Il faut faire des réformes de structure en France » parce qu'il y a « trop » d'échelons administratifs, a confirmé Xavier Bertrand, dans la droite ligne de ce qu'a affirmé à plusieurs reprises le président de la République.

AUX ELUS DE SE SUICIDER
Selon le ministre, « les niveaux de projets intéressants, ce sont l'intercommunalité et la région. La commune et l'intercommunalité, ça marche ensemble et ça marche bien », a-t-il relevé, tout en refusant de "réduire" le débat à la seule disparition du département. « La question n'est pas de supprimer les départements », a-t-il assuré. « En revanche, que les conseillers généraux et les conseillers régionaux trouvent les solutions entre eux (...), ça peut être une piste de travail intéressante ».  C'est l'une des propositions que l'Ump fera dans ce débat, (et) c'est une des propositions que portera le gouvernement qui, néanmoins, se réfugiera derrière les décisions des... élus locaux.

En fait la démocratie va en prendre une secouée supplémentaire en raison d'un effroyable manque d'éducation civique d'un pays des apparences. Il sera facile de convaincre l'opinion, qui deviendra dominante, sur le fait que le Conseil Général coûte cher au contribuable avec ses 6 500 employés, dont une bonne partie lui a été « expédiée » par un Etat ruiné (TOS, DDE, MDPH...) au nom de la nécessité d'une meilleure gestion de... proximité. Maintenant que le délestage a eu lieu, l'Ump explique que l'étage territorial où il a été effectué ne doit pas survivre, et que l'on prépare un autre transfert, qui éloignera à nouveau les services du citoyen. Comprenne qui pourra. Si le département était une collectivité inutile, pourquoi lui avoir transféré de multiples responsabilités, si ce n'est pour l'étouffer et le contraindre à réduire son action auprès des communes, dont il est le principal soutien ?

PUREMENT IDEOLOGIQUE
Est-on certain que si le résultat des cantonales n'avait pas été aussi désastreux pour la majorité présidentielle, elle se serait lancée dans une réforme qui va purement et simplement ruiner encore plus le pays. Les collectivités locales sont actuellement les seuls relais potentiels pour les réformes gouvernementales, comme pour le Grenelle de l'Environnement ou le RSA. Or, pour des raisons purement idéologiques, l'Etat sarkozyste veut les détruire. Mieux, il faut savoir que 75 % des investissements publics sont faits par justement les régions, les départements et les communes.
Les lignes TGV, les établissements scolaires, les réseaux d'assainissement ou le stations d'épuration, les aménagements routiers, les équipements culturels ne voient pas arriver un kopeck d'un Etat dont les caisses sont vides, et même quand il accorde une subvention, il la paye trois, quatre ou cinq ans plus tard !
Mais comment l'expliquer à un citoyen consommateur qui ne se soucie véritablement que d'une seule chose : la satisfaction de ses besoins. Il devrait pourtant se poser la question de savoir si ce sera plus facile pour lui de s'adresser à une communauté de communes, étirée sur des dizaines de kilomètres, pour ses structures d'accueil de l'enfance, son centre de loisirs ou la tonte de la pelouse du stade, et si, pour un dossier d'Aide Personnalisée à l'Autonomie (APA), la Région Aquitaine sera, par exemple, l'échelon pertinent pour des personnes âgées de la vallée d'Aspe, du Périgord ou de Pissos dans les Landes. Il se réveillera, une fois encore trop tard, anesthésié par les gaz soporifiques délivrés par un Xavier Bertrand hypnotiseur en chef d'un gouvernement cherchant sans cesse à transférer ses échecs sur le dos des autres. Un jour c'est l'Europe, le lendemain c'est la crise mondiale, le surlendemain ce sera le Département, et dans six mois les communes, pour terminer finalement par le Peuple lui même.
En fait, cette réforme politique en préparation vise à calquer le système du management capitaliste. L'Ump souhaite se constituer des holdings territoriaux, avec l'espoir que leur nombre réduit favorisera la reconquête, et détruira le réseau actuel détenu par la Gauche. Le reste n'est, une fois encore, qu'artifices et balivernes pour une opinion dominante confondant la gestion comptable et les projets politiques. Il suffit de constater où nous a conduit cette vision centralisatrice outrancière du milieu économique pour connaître son résultat, appliqué à la vie publique. Un jour, peut-être, le Président de la République annoncera la décentralisation totale de l'Etat, afin de ne plus avoir rien à gérer, et donc se mettre à l'abri de toutes les critiques.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

marc d Here 03/10/2008 06:38

C'est une évidence pout tout le monde que l'empilement des structures administratives en France est source de coût, de confusion pour les citoyens, de ralentissement dans la décision et d'efficacité limitée. Vouloir simplifier cela est souhaitable même si personne jusque là n'a eu le courage de traiter cette question, qui vient inquiéter nombre d'élus locaux qui risquent de perdre un siège...Ne voyons pas dans ce débat qui s'ouvre une manoeuvre mais une nécessité démocratique..

PIETRI Annie 02/10/2008 00:04

Tu nous annonçais, dans ta chronique de dimanche, "La mort programmée des départements", et tu nous disais "Dès que le Président du Sénat sera installé, le moment de la grande offensive viendra". Voilà qui est fait. Monsieur Larcher a été élu cet après midi à la Présidence du Sénat (au premier tour, se rengorge-t-on, dans la majorité, au sein de laquelle son opposant potentiel avait renoncé le matin même...), et dans son discours d'investiture, il s'empresse d'évoquer la réforme "nécessaire" de l'organisation administrative locale. Et dans le même temps, François Copé déclare dans un entretien paru aujourd'hui dans le Figaro "Il faut un véritable big-bang (l'expression est très à la mode...) du redécoupage des compétences  pour rendre l'action territoriale plus claire". Suit un petit couplet sur l'énormité des budgets des départements et des régions (mais il oublie de dire que l'Etat s'est déchargé sur ces collectivités de nombre de ses missions...). Et, pour finir, deux grandes nouvelles :1. il faut reporter les élections régionales à 2011, car la réforme ne sera pas prête pour 20102. Il s'agit d'un dossier fondamental. "Nous allons le lancer dès demain en constituant un groupe de travail incluant députés et sénateurs de l'ensemble de la majorité".Comment? Nous savons tous que la majorité des départements et des régions sont depuis les dernières élections entre les mains de l'opposition, et voilà que seuls les parlementaires de la majorité vont être invités à réflêchir sur une réforme qui affecte en premier lieu des élus de l'opposition ! Nous savions que le souci de la démocratie n'étouffait pas ces messieurs.... Mais, quand même, leur souci de museler toute forme d'opposition, et d'éloigner les élus locaux de leurs électeurs, est totalement scandaleuse !Mais on va tellement bien nous envelopper tout cela avec des discours fallacieux sur les économies, l'efficacité, la cohérence des décisions, etc...que l'électeur va se laisser convaincre, car il ne mesure pas les enjeux. D'ailleurs, qui va lui demander son avis? Il faut à tout prix, et vite, que les élus locaux, informent les citoyens de ce qu'on est en train de leur préparer...Dans un an, il sera trop tard !