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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 08:05

Le jour du saigneur des comptes en banque vient d'être identifié : ce sera le dimanche. Cette décision sera prise avant la fin de l'année, car la bible économique contraint désormais à augmenter les horaires d'ouverture des grandes surfaces. Dans le cadre du libéralisme ambiant, on va donc détruire absolument tous les repères actuel du système social. Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, confirme en effet la volonté du gouvernement français d'assouplir la législation régissant le travail dominical, avant la fin de l'année. Comme le secrétaire d'Etat à la Consommation, Luc Chatel, il met en avant les avantages que pourraient en tirer les salariés, à l'heure de la crise économique.
C'est-à-dire qu'on en revient au « sacro-saint principe » du travailler plus pour gagner plus, sans que l'on sache exactement qui va en profiter. « Si la réglementation actuelle ne change pas, des entreprises vont devoir fermer et des milliers de salariés vont y perdre. La vie serait donc plus difficile pour eux en ces temps de crise », fait valoir le gouvernement, qui sait de quoi il parle. En effet, il a tout fait pour conforter le pouvoir d'achat de celles et ceux auxquels il a sucré le maximum d'avantages acquis. Xavier Bertrand se dit favorable au doublement du salaire des personnes travaillant le dimanche sur la base du volontariat.
Une proposition de loi, préparée par le député UMP des Bouches-du-Rhône, Richard Maillé, prévoit de créer dans les grandes villes (Île-de-France, Marseille) des « zones d'attractivité commerciale exceptionnelle », où le travail serait autorisé le dimanche, sur décision préfectorale. « Je souhaite que le texte soit discuté à l'Assemblée nationale avant la fin de l'année », souligne le ministre du Travail, comme s'il s'agissait d'une urgence sociale absolue. En définitive, il n'y a qu'une intention particulière : tenter de relancer la consommation, et ce aux dépens de tout ce qui faisait la sécurité sociale. Plonger les gens dans le brouillard le plus complet sur leur avenir permet, probablement, de les maîtriser plus facilement. Travailler le dimanche finira par dresser les travailleurs consommateurs contre les travailleurs serviteurs, ce qui arrangera bien les affaires des grands groupes. Ils expliqueront aux uns qu'ils leur rendent, avec beaucoup d'efforts, des services précieux que d'autres veulent leur refuser. En fait, le seul paramètre qui est pris en compte, c'est celui du profit.
Dans un entretien au Journal du dimanche, Luc Chatel affirme que le travail le dimanche est de nature à favoriser la croissance et que le sujet pourrait être débattu d'ici la fin de l'année. « Partout où les magasins ouvrent le septième jour, l'activité a été favorisée. Le commerce du dimanche, c'est des emplois et de la croissance ! », souligne-t-il. « Notre objectif est d'assouplir la législation, mais en préservant l'équilibre local », ajoute le secrétaire d'Etat, estimant que ce sera aux « branches d'activité et non à la loi » de définir les conditions d'éventuels refus des salariés.

VENU DE CORREZE
Travailler plus le dimanche sans gagner plus sera, en fait, un nouveau credo. Les vendeurs de meubles se frottent les mains, car ce sera du... pain béni. Suite à un problème de lecture d'Isabelle Debré, sénatrice (UMP) des Hauts-de-Seine, les magasins d'ameublement peuvent en effet, sans une nouvelle loi, ouvrir désormais tous les dimanches, sans demander l'avis de leurs salariés, ni les payer plus. Un faux pas délicat, au moment où le gouvernement veut rassurer les Français sur le pouvoir d'achat. Retour sur une histoire à peine croyable. Tout commence le 13 décembre 2007. Le Sénat examine, en urgence, le projet de loi Chatel pour le « développement de la concurrence au service des consommateurs ». On y parle de la réforme de la loi Galland dans la grande distribution, et de la libéralisation du marché des communications électroniques. Mais Isabelle Debré, ex-chef d'entreprise devenue sénatrice en 2004, juge bon de déposer un amendement qui permet aux magasins d'ameublement d'ouvrir tous les dimanches.
Une disposition applicable à deux conditions : les salariés devront être volontaires et bénéficier de « compensations financières importantes ». L'ameublement offre justement ces garanties, croit savoir l'élue UMP. Elle s'appuie sur un accord du 10 décembre 2001 signé par la Chambre syndicale de l'ameublement de la... Corrèze et trois syndicats (CGC, CGT et FO), qui remplit les conditions exposées. Ultime précision de la sénatrice : cet accord a été « étendu », par un arrêté ministériel du 20 février 2002, à tout le territoire national. C'est donc tout le secteur de l'ameublement qui en bénéficie, conclut la parlementaire. Et Gérard Cornu, rapporteur UMP du projet de loi devant le Sénat, de souligner la « fibre sociale » de sa collègue qui « connaît parfaitement le sujet ». L'affaire est bouclée sur un accord, plus ou moins bidon, signé en Corrèze. Le Sénat tient le moyen de se distinguer et de déblayer le terrain pour les députés.

UNE INTENSE BATAILLE
L'amendement aurait pu passer inaperçu, mais les syndicats, qui le rebaptisent « amendement Confokéa », en raison de ses deux principaux signataires, contestent la justesse. L'avocat de Force Ouvrière (FO) explique que la sénatrice, « soutenue par Luc Chatel », s'est trompée : « Isabelle Debré a confondu extension et élargissement. L'accord collectif a été étendu aux entreprises corréziennes n'appartenant pas aux fédérations syndicales signataires et pas à toute la France. » Cette explication est confirmée par le cabinet du ministre du Travail, Xavier Bertrand.
La convention collective du négoce de l'ameublement prévoit bien une majoration salariale et un repos compensateur en cas de « travail exceptionnel le dimanche ». Mais elle est « inapplicable au salarié qui travaille habituellement le dimanche », selon un arrêt de la Cour de Cassation du 31 janvier 2006. Peu importe, on l'appliquera en attendant une régularisation plus globale. Résultat : depuis la publication au Journal Officiel de la loi Chatel, le 4 janvier dernier, les enseignes de l'ameublement n'ont aucune obligation de verser une prime à leurs salariés. Et ceux-ci ne peuvent plus, de leur côté, refuser de travailler. C'est ce que l'on appelle un ballon d'essai parfaitement transformé, avec le zèle d'une élue qui jubile sur le bon coup réalisé.

Pourtant, les syndicats vont se battre derechef contre cet amendement pernicieux glissé dans une loi ne concernant pas directement le code du travail. En septembre dernier, Conforama a été condamné, en première instance, par le tribunal de grande instance de Pontoise, à fermer ses trois magasins du Val d'Oise, sous peine de 50 000 euros d'astreinte par magasin et par dimanche travaillé. Les unes après les autres, les enseignes ont été poursuivies.
Dès le début du mois d'octobre, les sept grands vendeurs de meuble (Ikea, Conforama, Alinéa, But, Crozatier, Fly et Atlas), ont publié un communiqué de « front commun » pour le maintien de l'ouverture de leurs magasins le dimanche en Ile-de-France. Ils demandaient l'arrêt immédiat des poursuites judiciaires, contre l'engagement de négociations incluant le volontariat et le paiement double. Leur argument principal est toujours le même : les 60 magasins franciliens accueillent 7 millions de visites et font travailler 5 000 personnes chaque dimanche. Un jour qui représente « entre 16 et 23% du chiffre d'affaires hebdomadaire ». Le 8 octobre, leurs représentants ont été reçus par le secrétaire d'Etat à la consommation, Luc Chatel, avant de rencontrer, deux jours plus tard, Christine Lagarde. Un lobbying intensif, qui a fini par payer : on leur fera une loi sur mesure qui les préservera définitivement !

DES PROJETS CONTRADICTOIRES
En fait, cette attitude confirme, une fois encore, que la raison du plus fort est toujours la meilleure. En l'occurrence, on va sacrifier la vie familiale à la rentabilité économique. On sait, par exemple, que le Ministère de l'Education nationale, pour faire plaisir aux parents, leur a, à grand renfort de médiatisation, octroyé la semaine scolaire de 4 jours et a réduit le temps scolaire, comme il s'apprête à le faire pour les collèges et les lycées. Plus de temps dans les familles, et plus d'opportunités de vivre ensemble... Sauf que de l'autre coté, on augmente les horaires de travail des parents, et on fait une loi pour qu'ils bossent le dimanche. Comprenne qui pourra !
La France manque singulièrement d'un projet global de société, et il faudrait parfois relire deux discours d'investiture de premiers ministres du temps passé : celui que prononça Jacques Chaban Delmas et celui d'un certain Michel Rocard 
 L'obsession actuelle ne tourne que sur ce qu'Audiard appelait le pognon. Peu importent les dégâts sociaux : il faut du profit pour alimenter la machine à rêve de la consommation à tout prix ! Nul ne souligne que, parfois, le bien apparent est pire que le mal.
Isabelle Debré a été la porteuse de ces principes, qu'a sûrement transformé en amendement parlementaire le lobby de l'ameublement. « L'amendement Debré est un moyen indirect de valider des comportements délibérément illégaux, afin d'éviter aux enseignes de l'ameublement de payer leurs astreintes », estimait pour sa part Bernard Dussaut, ex-sénateur PS de Gironde, qui suivait ces problèmes au Palais du Luxembourg. D'ailleurs, le doute n'est plus permis quand Gérard Longuet, sénateur UMP de la Meuse, témoigne de son soutien à Isabelle Debré, indiquant que la Lorraine est une grande région de fabrication de meubles. Le coup de pouce économique du dimanche était visiblement le bienvenu pour ses copains fabricants.
Le sujet du travail du dimanche illustrera à merveille le lobbying féroce qui rôde autour des groupes parlementaires. Ils sont plus puissants que les syndicats, et surtout plus efficaces. Isabelle Debré a joué le rôle de la porteuse d'eau, rendant un sérieux service au gouvernement et à des intérêts sectoriels. Le double effet de quelques lignes dans un texte général. Qui l'eût cru ?
Mais je déblogue...

Cette chronique a été écrite avec des références empruntées sur le site : Bakchih.info

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans SOCIAL
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commentaires

J.J. 13/10/2008 09:40

Par principe et par conviction, je ne vais jamais dans un magasin le dimanche. si les citoyens étaient asez raisonnables pour apppliquer cette conduite, le problème serait résolu.. Je suis certainement naïf et pas très futé, mais je ne comprends pas comment, si je n'ai 10 € à dépenser le samedi, vu l'expansion mirifique de mon pouvoir d'achat, j'en trouverai 10autres à dépenser le dimanche. Et si je garde mes dix € pour les dépenser le dimanche, je ne les aurai pas dépensé le samedi, donc ils n'auront pas pu tomber dans l'escarcelle du sacro-saint Commerce profitable. Où sera le bénéfice ?Oui, je sais c'est un raisonnement idiot.