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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 17:55

Figurez-vous que le principe d'atteinte à la vie privée, qui constituait le cœur de la chronique d'hier a touché le Président de la République lui-même. Inespéré. Il a décidé de réagir aux renseignements divulgués à partir des informations collectées par les ex-renseignements généraux, dans une période où il était lui-même... ailleurs qu'à l'Elysée. Bizarre de constater combien cette société devient porteuse d'un nouveau mode de vie : tout ce qui semble concerner les autres me parait normal, mais en revanche, quand ma propre personne est touchée, je ne supporte plus ce que l'on me fait. Il est donc étonnant que Nicolas Sarkozy n'ait pas participé aux manifestations organisées par le collectif "Non à Edvige", regroupant notamment la Ligue des Droits de l'Homme, la FSU, la CGT, la CFDT et Aides. Son emploi du temps ne le lui permettait pas ! La crise occupe beaucoup de son temps en ce moment.
Mais, en fait, il a trouvé quelques minutes pour soutenir les manifestants, puisqu'il a déposé plainte, le jour de la Sainte Edwige contre l'ancien patron des Renseignements généraux, Yves Bertrand, notamment pour « atteinte à l'intimité de la vie privée » et « dénonciation calomnieuse », suite à la publication des carnets de notes du policier dans la presse. La plainte, visant Yves Bertrand et quelques autres, intervient une semaine après la parution de larges extraits des carnets de notes de l'ancien patron des RG, dans « Le Point ».
Ces carnets, dans lesquels M. Bertrand notait quasiment tous ses faits et gestes, et de nombreux détails, parfois scabreux, sur les enquêtes en cours, ont été saisis dans le cadre de la procédure Clearstream, dans laquelle M. Sarkozy s'est porté  partie civile. Depuis, ils ont abondamment « fuité » dans la presse. Normal que la chef de l'Etat réagisse, mais diable, pour quelles raisons a-t-il l'épiderme aussi sensible quand il est concerné, et pourquoi est-il aussi indifférent quand exactement le même procédé risque de toucher les autres ?
« Yves Bertrand a laissé porter à la connaissance d'autrui des 'informations' relatives à la vie privée, portant ainsi atteinte à celle-ci, et, en rapportant par des écrits contenus dans ses carnets, altéré frauduleusement la vérité avec une volonté de nuire indiscutable », souligne Me Herzog en citant la plainte, qui vise aussi les chefs de « faux et usage de faux » et « recel ». Supposons que des renseignements personnels figurent sur les fiches des RG, et qu'ils soient fournis parfois à la presse... Ce n'est qu'une supposition, car c'est inimaginable dans une démocratie comme la nôtre, et chacun sait bien que cela ne touche que l'auguste personne présidentielle !

A L'INSU DE SON PLEIN GRE
Selon l'avocat, « dès lors qu'il est fait état d'une exploitation officielle », par la transmission à l'Elysée et Matignon de ses notes, qui  contenaient des informations fausses visant Nicolas Sarkozy, Yves Bertrand « s'est rendu coupable du délit de dénonciation calomnieuse ». La machine de guerre est bien en place et l'ex-patron des R.G. va avoir besoin de la... Ligue des Droits de l'Homme pour le défendre !
« Mais c'est un carnet de brouillon, ce n'est pas un truc qui est officiel. Ca a été piqué, ça a été sorti, c'était mis sous scellés et tout, mais ce n'est pas de ma faute si quelqu'un a piqué des trucs », a réagi Yves Bertrand, hier soir, sur TF1. Dans les carnets publiés dans "Le Point", Yves Bertrand fait notamment état de rumeurs sur Nicolas Sarkozy et son ex-femme, Cécilia. Il fait référence « aux conditions de séparation » du couple « sur fond d'adultère ». M. Bertrand avait également écrit : « Sarko fait construire une villa à côté de Sartrouville, fait venir des entreprises de Neuilly au black ». Yves Bertrand a été à la tête des RG de 1992 à 2003. Lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur, il avait demandé son départ à plusieurs reprises, mais s'est toujours heurté au refus de Jacques Chirac. Ceci explique probablement cela.
Cette affaire est très significative de ce qui est le plus haïssable dans la vie publique : ne jamais admettre la loi commune ! Il aurait été plus satisfaisant que le Président d'une République réelle se rende compte des défauts d'un système qu'il a lui-même demandé à son Ministre de l'Intérieur de mettre en place (c'est bien lui qui a lancé la fusion des R.G. , de la D.S.T et de la D.G.S.E ), alors que de très nombreuses voix (y compris celle de la CNIL), se sont élevées contre son existence même. Un gouvernement qui domine le système médiatique et le manipule, pour certaines branches, à sa guise, et qui met en place une vaste opération de collecte de renseignements d'ordre privé, perd une part de sa crédibilité démocratique. La preuve : R.G. et publication dans la presse provoquent une réaction violente de celui qui l'applique pourtant aux autres !

UN SCANDALE D'ETAT
L'ancien premier ministre Lionel Jospin s'interroge sur un possible « scandale d'Etat" autour des activités de « basse police » d'Yves Bertrand, à l'époque où il dirigeait les Renseignements généraux (RG), dans une tribune à paraître dans l'hebdomadaire Le Point. D'après les carnets saisis par la justice, auxquels Le Point affirmait, dans son édition de la semaine dernière, avoir eu accès, « le directeur des Renseignements généraux constamment protégé par le président de la République Jacques Chirac de 1995 à 2007, Yves Bertrand, était un amateur de basse police », accuse celui qui a probablement été concerné par les carnets comme beaucoup d'autres leaders de l'opposition à tous les niveaux de l'Etat. Yves Bertrand a passé « du temps à collecter des informations et, le plus souvent, des malveillances sur des personnalités de tous bords, en particulier politiques », poursuit l'ex-chef du gouvernement socialiste, sans autres précisions.
Sarkozy aura attendu que le Point publie les extraits les plus graveleux des cahiers Bertrand (après que le Canard et Libération aient évoqué les passages concernant directement la manipulation Clearstream), pour porter plainte. Et l'on découvre la véritable raison de ce coup d'éclat tardif, selon une analyse de Libération non reprise par les autres journaux.
Si sa colère feinte avait été plus rapide, elle aurait pu entraîner l'audition de Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, lequel aurait alors dû concéder, en justice, sa profonde conviction que le cerveau des faux listings n'était pas Dominique de Villepin, mais plutôt... Yves Bertrand. Cet ultime avatar met la justice parisienne en position très inconfortable. La plainte du président de la République pourrait l'obliger à enquêter franchement sur ces fichus cahiers d'un zélé ancien directeur des Renseignements généraux, ce qu'elle refusait obstinément de faire quand la demande émanait d'un citoyen ordinaire.
Quelle que soit sa réponse, elle risque de passer pour bananière, car plus que jamais on est dans le fait du Prince, qui décide de plonger les uns ou les autres dans la marmité bouillante d'un système médiatique capable de « tuer » n'importe qui. Il suffit d'appuyer sur la gâchette au bon moment !

OBJET MANIPULABLE
Toute cette « aventure » démontre, en fait, que le citoyen n'est devenu qu'un objet manipulable à loisir, sur des révélations dosées, calculées, parfaitement maîtrisées par des spécialistes. A tous les échelons de la vie sociale, ces pratiques plus ou moins adroites existent au quotidien. Elles entrent dans le jeu politique et même dans celui des partis. On sait bien que chaque femme ou chaque homme qui veut compter, doit avoir dans son entourage un(e) journaliste pouvant relayer ses opinions sur les un(e)s ou les autres. La pratique du copinage n'est jamais reconnue, ni dans un camp, ni dans l'autre. Elle est pourtant utilisée couramment. Surtout au niveau national, où parfois, il est vivement conseillé à un journaliste de capter l'amitié d'un personnage qui compte. Ce n'est  d'ailleurs pas spécifique à la politique, car la démarche est aussi extrêmement courante dans le sport.
Il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir le livre que vient d'écrire David Garcia sur « La face cachée de l'Equipe ». Il permet de comprendre les méthodes en cours dans tous les domaines, et notamment dans celui du football. Choix rédactionnels délibérés contre une personne ne correspondant pas aux intérêts du journal, omissions volontaires, liens peu déontologiques avec les lobbies constitués, actions directes contre des personnes critiques... ce bouquin dresse, avec beaucoup de détails, les réalités du monde médiatique, vendeur d'une soupe qu'il veut populaire. Bien entendu, on prétendra le contraire, alors qu'il ne s'agit que d'une banale réalité quotidienne... assumée par peu de gens conscients des enjeux démocratiques. Sauf ceux qui sont allés voir au cinéma "La vie des autres".
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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