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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 07:17

Plus que jamais, la vie politique hexagonale s'apparente à celle des Etats-Unis. La dérive vers un régime présidentiel exacerbé permet désormais à Nicolas Sarkozy d'être au four des sujets brûlants, et au moulin à paroles lénifiantes. Il ne rend plus compte à grand monde, et se contente de tancer ses collaborateurs, quand les résultats dans les sondages ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. Hier, lors d'un passage éclair chez les Québécois, il a donné son spectacle, dans le rôle du Père Fouettard démoli, avec le rictus narquois du mec qui prend sa revanche sur les responsables nationaux d'une Caisse d'Epargne qui a joué au casino avec les économies des ménagères de plus de 50 ans ou des premiers communiants. Même Bush n'a surtout pas été aussi cinglant avec les responsables de Lehman Brothers, premier domino ayant chuté et ayant entraîné les autres dans le gouffre.
Le Président de la République sera dans la journée chez son copain d'il y a quelques mois, et qu'il a suivi dans l'aventure dangereuse de l'Afghanistan . Il y vient pour lui parler, désormais d'égal à égal, et démontrer qu'il a vite gravi les échelons dans la hiérarchie des hommes qui comptent sur la planète. Il vient sommer le futur ex-président des USA de remettre de l'ordre dans cette jungle absurde qu'est devenue la planète des finances virtuelles. Le scandale de la Caisse d'Epargne n'est véritablement pas à la hauteur de cet entretien entre gens du beau monde.
Une mentalité de saloon s'installe sur la planète : on va régler toutes ces dettes d'honneur autour d'une table texane, et s'il le faut, on sortira les colts pour exécuter les récalcitrants. On sortira les talonnettes les plus hautes, afin que le « petit » maître soit à la hauteur de son modèle, et on enverra un message fort au reste de l'humanité.
La ressemblance vient aussi, depuis l'autre nuit, de cette nouvelle donne politique voulant qu' un personnage mythique, que seule la télé peut créer, entre dans un débat comme étant détenteur du privilège de s'exprimer au nom de la Vox Populi ! Ils deviennent les parangons de l'opinion dominante supposée, et illustrent  à merveille la quête de télé-réalité qui fait tellement plaisir aux truqueurs en tous genres. Le système va d'un pays à l'autre, mais ne varie pas : place à l'illusion!

RAPPELEZ VOUS !
Chez nous, il y a eu, quelques heures avant le premier tour des présidentielles de 2002 ce malheureux Paul Voise ! Le 18 avril (soit trois jours avant le premier tour de l'élection présidentielle française) ce paisible retraité,  apprécié par tous ses voisins, est agressé dans la masure qui lui sert d'habitation, à Orléans. Deux jeunes individus non-indentifiés auraient tenté de le rançonner, puis l'ont roué de coups, et ont incendié sa maison avant de prendre la fuite.
Le lendemain, le journal de 20 h de TF 1 fait état de ce fait divers. Les images du visage tuméfié et les pleurs de Paul Voise bouleversent la France entière et provoquent une vague d'indignation face à la délinquance. Les propositions d'aides à la reconstruction du pavillon du vieil homme sont lancées en grand nombre.
Le 20 avril, TF 1 revient très longuement dans ses journaux télévisés sur cette histoire, de même que France 2. Cette agression dépasse alors le stade du fait divers, et devient rapidement le symbole des affaires d'insécurité en France, insécurité qui a été un des principaux thèmes de bataille dans la campagne pour l'élection présidentielle.
Avec l'élimination au 1er tour de Lionel Jospin, et la surprise provoquée par un second tour qui oppose Le Pen  à Chirac, beaucoup de personnes critiquent la surexploitation et l'emballement médiatiques sur le thème de l'insécurité, non seulement dans le cas de l'affaire Voise, mais aussi sur de nombreux reportages allant dans ce sens, durant les semaines et les mois ayant précédé le 21 avril 2002. Le retraité d'Orléans aura, à son corps défendant, joué un rôle prépondérant dans le résultat de l'élection présidentielle. Qui s'en souvient ? D'autant qu'il a été éclipsé par le plombier polonais affamé, qui devait déferler sur la France pour voler le travail et donc le pain des Français.
Chaque scrutin à son fait divers, qui tente d'influer sur le résultat. Des voitures brûlées dans les communes de banlieues, des affaires pourtant connues (la feuille d'impôts de Chaban Delmas en 1971, les diamants de Bokassa en 1980, le ticket de métro de Balladur, les impôts du couple Hollande-Royal, l'affaire Clearstream...) sont immédiatement montés en épingle pour, au minimum, déstabiliser une personnalité en l'opposant à une opinion dominante, supposée hostile à des faits qu'elle réprouve, sans en connaître forcément les tenants et les aboutissants.

LE TUYAU PERCE
Hier, aux Etats Unis est né le Zorro des présidentielles américaines, celui qui allait venir à bout de Barak Obama !  Joe Wurzelbacher était pourtant un travailleur comme les autres, habitant une petite maison en banlieue de Toledo, dans l'Ohio. C'est justement ce qui a fait sa notoriété : qu'il soit comme les autres, aussi médiocre qu'eux et aussi grande gueule qu'eux. Le week-end dernier, il a interpellé le candidat démocrate au sujet des impôts, et il est devenu la nouvelle vedette des Etats-Unis ; et ainsi, le point de mire de tous les médias. Qui ne rêve pas de se « faire » un candidat de n'importe quel niveau, sur le thème habituel, repris en boucle par les nantis ou les menteurs : on paye trop d'impôts ! J'ai une longue expérience, qui me démontre que ce sont justement celles et ceux qui en paient le moins qui crient le plus fort, au cas où on en prendrait conscience ! C'est quasiment toujours le cas. Wurzelbacher a, en outre, fait l'objet de deux procédures de saisie en raison de dettes impayées dépassant les 1 100 dollars chacune. L'une, due à un hôpital, a été réglée, mais la deuxième, due à l'Etat de l'Ohio, court toujours...
Ainsi, il s'avère que la terreur, « Joe le plombier », tel que l'a présenté John McCain lors du débat présidentiel de mercredi dernier, est un véritable... tuyau percé. D'ailleurs peu importe. Joe a fait fureur dans tous les médias pour avoir osé... mentir face à une caméra ! Il n'a jamais terminé son apprentissage, et n'est pas membre du syndicat des plombiers, qui d'ailleurs, soutient la candidature de Barack Obama. Il a d'ailleurs reconnu, sans aucun problème, exercer la profession de plombier sans... licence, c'est-à-dire être bricoleur non déclaré, et travailleur au black comme on dirait chez nous !

LE MAL EST FAIT
Samuel Wurzelbacher, de son vrai nom, enregistre également des retards dans le paiement de ses impôts, ce qui l'autorise à clamer qu'il en paye trop. Selon les spécialistes, il aurait eu tort de se plaindre de son niveau d'imposition auprès de Barack Obama puisque, contrairement à ce qu'il craignait - et que John McCain a répété -, la mise en application du programme fiscal du candidat démocrate ne se traduirait pas par une hausse des impôts, ni pour lui individuellement, ni pour l'entreprise où il travaille. Mais peu importe, le mal est fait et sa parole a valeur de symbole. On a gratté sur son personnage, mais seulement après des heures et des pages de mensonges, assénés comme des vérités populistes et populaires incontestables. Tous ces détails n'ont certainement guère d'importance aux yeux de ceux qui voient en Wurzelbacher un symbole de l'esprit d'entreprise, qu'ils espèrent stimuler par des réductions d'impôts. Pourtant, l'intéressé lui-même s'est dit choqué par le niveau d'attention des médias. Le fait qu'il ait voté républicain lors des primaires de l'Ohio, en mars dernier, souligne qu'il a seulement voulu rencontrer Barack Obama, afin de « poser une vraie question à l'un de ces types, le coincer et obtenir une réponse là où ils ne font que tourner autour du pot. Malheureusement, j'ai posé ma question et j'ai eu droit à de la langue de bois. » Il attendait probablement que le candidat démocrate lui explique que, désormais, on ferait vivre sereinement le pays sans impôts !

OPIUM DU PEUPLE
La campagne n'est pourtant pas finie. D'après les observateurs, avant le rendez-vous du 4 novembre, il peut encore se passer un événement susceptible de tout remettre en cause. N'oublions pas, par exemple, qu'une vidéo de Ben Laden (avait-il véritablement intérêt à ce que Kerry soit élu ?) avait été diffusée peu avant le scrutin en 2004. Cela avait favorisé les idées sécuritaires de George W. Bush. John Kerry en avait fait les frais. On peut voir arriver un attentat monstre quelque part dans le monde contre les intérêts américains, et hop! le vent tournerait. C'est ce qui est affolant dans le contexte actuel : tout peut être exploité, avant d'être vérifié et analysé.
La bourde de 600 millions d'euros, les carnets d'un haut-fonctionnaire au service exclusif d'une personne, une Marseillaise sifflée, le service minimum dans les écoles parisiennes, ont éclipsé toutes les difficultés quotidiennes de la semaine écoulée. Chaque fait est le bienvenu. Il éclipse l'essentiel, pour porter le subalterne au pinacle de l'actualité. Et c'est bien là où le bât blesse. Plus personne ne parvient à effectuer le tri dans un volume de véritables informations, de pseudo-informations, de trucages éhontés et de broutilles inutiles. Il suffit d'un détail inutile valorisé, pour effacer une montagne de tristes réalités.
Joe le plombier s'installe aux cotés de Paul Voise sur le banc des vedettes malgré elles, celles qui entrent dans l'histoire par hasard, ou grâce à une surexploitation de leur existence. Plus personne ne prend le temps de l'analyse, du recul, de la méfiance, pour inhaler cette opinion dominante qui devient véritablement l'opium du peuple.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

PIETRI Annie 19/10/2008 01:01

C'est vrai : place à l'illusion !Tout n'est qu'illusion dans le monde que nous vivons.... Illusion que Sarkozy est le sauveur de l'humanité et de ses finances, illusion que G.W.Bush est capable de remettre de l'ordre dans les finances mondiales, lui qui n'a jamais été grand chose et ne sera bientôt plus rien ! Des mots, encore des mots pour impressionner les populations, pour leur faire croire que c'est la compétence et l'habileté de ces grands hommes qui sortiront le monde de la crise. Quelle compétence? Quelle habileté ? Celles que fabriquent des médias toujours prompts à glorifier leurs héros, sans analyse, sans réflexion, comme ils sont prompts à détruire ceux qui sont livrés à leur vindicte, à faire courrir les pires ragots, sans vérifier leurs sources ! Tous les procédés sont bons pour faire triompher une idée, une politique, pour battre un adversaire, et gagner une élection... Voir MC Caine et son plombier , qui n'est même pas polonais....Alors, c'est vrai, rares sont ceux qui s'intéressent encore aux problèmes importants, et qui essaient d'analyser et de comprendre. Les médias livrent à leurs lecteurs des histoires sans grande importance qu'ils montent en épingle, pour détourner l'attention des citoyens, qui d'ailleurs, ne tiennent pas à ce qu'on les mettent en face des vrais problèmes. Ils sont malheureux,ils ont faim, ils ne savent pas comment assurer leurs fins de mois, et on continue à leur dire, dormez tranquille, les grands hommes s'occupent de la crise et vont résoudre vos problèmes... Et ça marche !! Il suffit, pour s'en convaincre de consulter chaque soir la cote de confiance de nos gouvernants ! Elle progresse.... C'est du moins ce que nous disent et essaient de nous faire croire les instituts de sondage, relayés par une presse dite populaire. Et si ces journaux là le disent, croyez moi, mon bon monsieur, c'est que c'est vrai!Oui, l'opinion dominante devient vraiment l'opium du peuple....