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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 07:17

Depuis des années, la Droite a inventé une nouvelle technique pour effacer les problèmes les plus préoccupants de notre époque. C’est radical, et ça ressemble à la réponse que m’avait faite un médecin du Burkina Faso quand, au cours d’une discussion peu rassurante sur l’avenir, je lui avais demandé les raisons qui faisaient que le nombre de malades du SIDA baissait dans son pays. " Il y a une raison simple, m’avait-il dit. Chez nous, celles et ceux qui sont atteints de cette maladie décèdent rapidement, faute de soins, ce qui fait radicalement baisser le nombre des personnes touchées ! " Cette vision hyperréaliste permet de relativiser les vertus des constats officiels. Ainsi chez nous, pour le chômage, on a modifié les méthodes de calcul du nombre des inscrits demandeurs effectifs d’emplois à l’ANPE. Dans les agences, on passe plus de temps à rayer des noms sur les listes, qu’à rechercher des places disponibles pour les chômeurs. On a inventé le double refus, les stages bidons, les radiations sanctions…et bien d’autres catégories de mesures, uniquement destinées à annoncer, durant quelques semaines, les résultats triomphants d’une politique désastreuse, que l’on camoufle maintenant, avec un certain soulagement, derrière la crise financière.

Les paris ne valent même pas la peine d’être pris : dès que la courbe va filer vers le haut, malgré les camouflages organisés, il y aura bien un ministre pour expliquer que c’est la faute, la très grande faute, des subprimes américains ! On changera les références. On expulsera les mauvais calculateurs, et on embellira la situation, pour que le moral des ménages ne tombent pas plus bas que les chaussettes de Perpignan !

Il y a eu, par exemple, un Directeur de l’Insee qui a payé cette modification des règles, dans le domaine de la croissance. Le Conseil des ministres a, en effet, viré sans ménagement Jean-Michel Charpin. Ce changement à la tête d'une des directions les plus sensibles du ministère des Finances ne constituait pas une surprise, tant les polémiques sur la statistique publique, provoquées par la Droite, avaient été nombreuses au cours de ces dernières années. Ancien directeur des études économiques de BNP-Paribas (1990-1993), puis commissaire au Plan, où il avait marqué son passage par un rapport sur l'avenir des retraites, Jean-Michel Charpin, ancien de l'Ecole Polytechnique et de l'Ensae (l'école d'application statistique), était en poste à l'Insee depuis janvier 2003. Il n’a pas survécu à l’arrivée de Monsieur Pouvoir d’Achat  à l’Elysée !

Début 2004, l'Insee avait été contesté, par le distributeur Michel-Edouard Leclerc, sur sa mesure du pouvoir d'achat. De cette période datent, d'ailleurs, les mauvaises relations de Jean-Michel Charpin, homme réputé de gauche, avec Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie. Dernière polémique qui lui fut fatale, celle des chiffres du chômage. En janvier, l'Insee avait annoncé, en catimini, renoncer à publier son enquête annuelle sur le chômage, ouvrant les soupçons, à quelques mois de l'élection présidentielle, d'une intervention politique. Le recensement de la population, la mesure des créations d'emplois, ont été autant d'autres thèmes de friction.

Ce divorce entre la statistique publique et le pouvoir politique, souvent prompt à instrumentaliser les chiffres de croissance ou d'emploi, est en partie le résultat d'un malentendu sur la nature et les objectifs de la statistique publique : l'Insee propose une évolution des prix à la consommation, pas un indice du coût de la vie. Trop méthodiques, les statisticiens : il faut les virer quand ils sont trop pessimistes. Un chiffre doit être bon, ou doit être fardé pour devenir présentable. Et d’ailleurs, il faut privatiser l’Insee et le confier à un institut de sondage, et donc au Medef, car celui-ci serait certainement plus compréhensif !


PLUS DE 7 MILLIONS DE PAUVRES

On assiste ce week-end aux mêmes manœuvres honteuses de carambouille, autour de la situation sociale de la France. Plus aucune statistique n’étant favorable à la politique gouvernementale, on s’efforce de les détruire toutes à la base. Ce qui fait mauvais effet dans le paysage, ce sont les pauvres… les mal logés, les mal éduqués et les mal soignés. En France 7,1 millions de personnes ont en effet des ressources inférieures au seuil de pauvreté (817 euros par mois pour une personne seule). Cette somme correspond à 60 % du revenu médian. Quand le revenu médian augmente, le seuil de pauvreté progresse dans la même proportion. Et, partis comme nous sommes partis, en 2009 on risque bien d’être dans le top du top en matière de pauvreté. C’est inadmissible, car le " travailler plus pour gagner plus " devait sauver les " laborieux " en tous genres.

Vous vous imaginez un instant que la France approche les 10 millions de personnes ( dont de très nombreux retraités agricoles, artisans, commerçants, salariés ayant eu des interruptions de carrière ou ayant accepté de travailler au noir…) plongés dans la triste réalité de la pauvreté réelle ? Impossible à admettre. On a donc décidé de changer les références en la matière. Pour faire disparaître les pauvres, on change le barème et on les promeut dans la richesse virtuelle !

La réforme proposée par Hirsch, Haut Commissaire d’une ouverture qui lui fait avaler des couleuvres à chaque déjeuner politique, déconnecte l’évolution du seuil de pauvreté de l’évolution du fameux revenu médian. C’est simple, mais totalement surréaliste, quand on sait que même le revenu médian ne permet plus de vivre " normalement ". Pour mesurer la variation de la pauvreté au cours des cinq prochaines années, on prendrait ainsi pour base les 817 euros du seuil de pauvreté de 2008, ajustés de l’inflation. Si on avait appliqué cette méthode à la période 2000-2005, on aurait constaté une diminution… de 22 % de la pauvreté, ce qui fait 1,5 million de personnes en moins par un simple tour de passe-passe statistique. Avec l’indicateur actuel, la baisse est déjà de 3%. Et ça marche… car tous les citoyens, anesthésiés par une peur panique de voir les banquiers ruinés (c’est surréaliste), se recroquevillent sur leur propre sort, se moquant pas mal que la voisine avec ses enfants, n’ait bientôt plus rien à manger ! Cette nouvelle mesure de Martin Hirsch relève véritablement de l’escroquerie morale ! 

BAROMETRE DISCUTABLE

A l’origine de la Journée mondiale du refus de la misère (commémorée tous les ans le 17 octobre) ATD-Quart Monde s’interroge logiquement sur la modification du baromètre à laquelle veut procéder le gouvernement, pour quantifier le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté monétaire. Véronique Davienne, déléguée nationale adjointe d’ATD-Quart Monde, dénonce cette nouvelle mesure de duperie sociale. " Martin Hirsch a fait du RSA le fer de lance de la politique gouvernementale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Il a envie que ça marche, et nous aussi. Encore faut-il que le mode d’évaluation et le calcul statistique ne soient pas contestables " explique cette responsable qui, chaque jour, avec des bénévoles extrêmement dévoués, est au contact d’une autre réalité que celle mesurée par les statistiques. ATD-Quart Monde a beaucoup bataillé pour que la mesure de la pauvreté ne repose pas uniquement sur des critères monétaires.

Il est indispensable de prendre en compte d’autres mesures : l’accès au soin, au logement, à l’emploi, à l’éducation, à la formation. Il est important aussi d’observer l’évolution du surendettement ou de l’illettrisme ... mais ce sera probablement fait dans les prochaines publications officielles. Il ne faut pas les attendre pour se rendre compte que le surendettement devient extrêmement préoccupant… pour celles et ceux qui savent que très souvent ce sont les banquiers qui en sont responsables. Mais ce n’est pas le moment de l’écrire, car ils bénéficient, eux, de la solidarité nationale, tellement ils sont malheureux !

Tenez, les super traders de la Caisse d’Epargne ont perdu 200 ans de budget de fonctionnement d’une ville comme Créon… et des millions de retraites d’exploitants agricoles. Dommage, ces retraités attendront 0,5 % de retraite supplémentaire, alors que l’inflation aura été de 3,5 % ! Mais qui s’en soucie ? Les pauvres doivent se cacher pour mourir et ne pas polluer la communication gouvernementale. Tout ça, mon bon monsieur, c’est la crise !


A VOTRE BON COEUR

La réalité devient pourtant lancinante, malgré TF1 et ses graphiques, amplifiés ou minimisés par des effets récurrents de choix des échelles de présentation. La pauvreté est bel et bien là. Les plus démunis, trop silencieux, ne veulent pas être les oubliés d’un gouvernement au chevet des banques et des entreprises. En ces journées mondiales du refus de la misère, les démunis témoignent de leurs conditions de vie précaires. Loin de la compassion, de la victimisation ou du voyeurisme, mais ils voudraient rappeler qu’ils existent. Les permanences d'accueil du Secours populaire ont, quand à elles, reçu sur un an, 15 à 20% supplémentaires de demandes d'aides . Les responsables des Restos du cœur s’affolent, car ils voient arriver la saison hivernale avec, en plus, la certitude qu’ils auront moins de moyens, moins de dons, et surtout plus de bénéficiaires à la porte.

Le secrétaire d'Etat à l'Economie numérique Eric Besson, le tenant de l’ouverture positive, a eu, face à cet avenir peu engageant, une idée géniale, comme son Président les aime. Il a invité les acteurs d'internet à développer des initiatives pour favoriser les… dons sur internet : " les nouvelles technologies doivent être mises au service de l'action humanitaire et de la collecte des fonds pour les associations caritatives", a avancé Eric Besson. Il est vrai qu’en cette période de pouvoir d’achat triomphant cette idée phénoménale va rassurer tout le monde. Une hérésie sociale.

En effet, le gouvernement, avec le paquet fiscal et le bouclier fiscal, a réussi l’exploit de persuader le pays qu’il allait moins payer d’impôts, alors que la mesure ne concerne que quelques milliers de privilégiés. Et maintenant, on va faire la quête dans le peuple (pièces jaunes, téléthon, restos du Cœur, banque alimentaire…) pour permettre aux plus démunis de survivre de la charité de moins pauvres qu’eux, alors que l’Etat, ruiné (Fillon dixit), n’est plus en mesure de faire jouer la solidarité républicaine ! Comprenne qui pourra : Besson propose simplement de remplacer les impôts par des dons via internet ! Si la pauvreté n’existe plus, et si les attendris crachent au bassinet, la solution pour 2009 sera triomphale. Ou, au minimum, moins mauvaise que prévu.

Mais je déblogue…

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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PIETRI Annie 19/10/2008 23:41

Le propre des statistiques, et des calculs mathématiques qui permettent de les élaborer, c'est qu'ils sont essentiellement maléables, et donnent des résultats qui varient suivant l'utilisation que l'on veut en faire. Le statisticien, s'il est un bon technicien, fournira des résultats mathématiques indiscutables...qui ne seront pas forcément - et même rarement - ceux qu'en attendent les politiques. J'ai eu, au cours de ma carrière, l'occasion d'en faire l'expérience...un peu amère. Détachée par mon Ministère (les Finances) pour des raisons strictement personnelles, sans rapport avec la politique, auprès de la Mairie de Nice, pour m'y occuper de budget, de finances, et d'emprunts, je fus chargée d'une étude, destinée aux élus, aux électeurs et à la presse locale, dont l'objectif évident était de démontrer que la ville de Nice était parfaitement bien gérée, que tous les indicateurs étaient équivalents à ceux des autres grandes villes de France, ...et que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Imaginez l'embarras d'un fonctionnaire des Finances, rigoureux,(et socialiste de surcroît...). Je réalisai donc une étude très technique, s'appuyant sur des données réelles que je pensais indiscutables....Certains résultats, d'ailleurs, étaient favorables à la gestion municipale. Les autres, l'étaient moins, et n'eurent pas l'heur de plaire au maître des lieux, qui les tritura, changeant une base de calcul ici, un taux là. On me remercia poliment pour la qualité de mon travail...mais lorsque l'étude parut dans la presse locale - sous la signature de Jacques Médecin, heureusement - je ne reconnus pas mon bébé...et je fus tellement effrayée que je sollicitai, au plus tôt, ma réintégration dans mon corps d'origine.Je ne m'étais pas trompée! On sait ce qu'il advint, quelques mois plus tard des résultats admirables de la gestion municipale de la Ville de Nice et de son Maire !!Alors, je comprends parfaitement pourquoi Jean Michel Charpin s'est fait virer... Un fonctionnaire , à l'Insee plus encore qu'ailleurs, est là pour fournir des données objectives sur la situation financière et économique du pays, et pas pour se plier aux volontés des hommes politiques.Mais, l'homme de la rue, le citoyen ordinaire, est peu enclin à écouter le technicien fonctionnaire qui n'a pourtant aucun intérêt particulier à le tromper. Il préfère entendre les propos lénifiants du politique qui va prendre les décisions à sa place, en lui assurant que c'est lui le meilleur. Et croyez-moi, Jacques Médecin était si convaincant que, aujourd'hui, s'il était encore vivant et si'il revenait à Nice, il serait élu, dans n'importe quelle élection locale, au premier tour de scrutin....!Alors, que le pouvoir refuse d'admettre qu'il y a de plus en plus de pauvres en France, alors que l'on a la preuve du contraire tous les jours en regardant autour de soi, que M.Hirsch, qui s'était fait une spécialité de l'action humanitaire, puisse donner sa caution à de telles affirmations, et même en rajouter un peu avec sa proposition de nouveau calcul du seuil de pauvreté - je préfère croire qu'elle a été élaborée par ses services, et qu'il n'y a rien compris - c'est à croire que la mauvaise foi, plus encore que l'aveuglement, a submergé nos gouvernants.Quant à l'idée de notre ex-ami Eric Besson, elle trouve aujourd'hui sa confirmation dans la presse: le volume des dons aux associations caritatives et humanitaires, aux organismes de recherche et de soins aux malades, qui devraient être financés par l'Etat, n'a pas souffert de la crise ! les pauvres donnent toujours pour plus pauvres qu'eux !Que tout cela est triste...