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MAIS JE DEBLOGUE...

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 07:17

Une amie niçoise, à qui ces chroniques doivent beaucoup, a retrouvé, avec méthode et motivation, certaines des 1125 publiées à ce jour. Elle me permet souvent de conserver le moral et la force nécessaires pour poursuivre ce travail quotidien militant, car elle me rappelle que j'ai parfois eu raison, contre l'opinion dominante. Quand elle déniche un article antérieur qui lui plait elle m'en donne les références, puisque je dois à la vérité d'écrire que je ne me souviens plus du tout les dates des publications sur un sujet ou un autre. J'ai, en revanche, la permanence de mes analyses, ce qui me rassure en cette époque de vestes retournées au gré des modes.
Ainsi, je conserve le souvenir de quelques écrits dans lesquels je défendais la thèse selon laquelle Nicolas Sarkozy tentait d'annexer à son profit les symboles de la Résistance. Il a tenté de s'installer, non pas dans le costume de de Gaulle, beaucoup trop grand pour lui, mais dans celui de ceux qui ont été, dans l'ombre, les martyrs d'une idéologie nazie dévastatrice. La mise en place de cette annexion des fondements de l'esprit de résistance avait été soigneusement préparée. Je suis certain que ma lectrice niçoise trouvera bien la bonne référence à cette analyse, car elle démontre la réalité d'une politique reposant non sur des actes, mais sur des symboles accumulés selon des plans médiatiques extrêmement bien préparés.
Le jour de son investiture, le nouveau président de la République, Nicolas Sarkozy, avait déjà rendu un hommage appuyé et inattendu à la Résistance. Après la passation de pouvoir à l'Elysée, il avait remonté l'avenue des Champs-Elysées, pour raviver la flamme du souvenir sous l'Arc de Triomphe, saluant au passage les Anciens combattants présents sous la voûte de l'édifice. Puis, le chef de l'Etat s'était arrêté au niveau du rond-point des Champs-Elysées, pour déposer deux gerbes devant les statues de Georges Clemenceau et du général de Gaulle.
Nicolas Sarkozy avait ensuite pris la direction du bois de Boulogne pour rendre hommage aux... trente-cinq jeunes résistants qui furent fusillés par les Allemands à la grande cascade, dans la nuit du 16 au 17 août 1944. Filles ou garçons, ils étaient âgés pour la plupart de moins de 25 ans. La majorité d'entre eux faisait partie des Francs-tireurs partisans (FTP), mouvement de résistance fondé fin 1941 par la direction du Parti communiste français (PCF). Partis chercher des armes en vue de l'insurrection de la capitale, ils furent trahis par un agent infiltré.
Après la sonnerie aux morts et la Marseillaise, chantée a cappella par le chœur de l'armée française, l'historien Max Gallo avait pris la parole pour rappeler le nom des jeunes résistants tombés là, quelques jours avant la libération de Paris. Ils « sont l'incarnation de l'âme de la nation qui construit son unité à partir de la diversité. Le patriotisme français naît de l'amalgame des différences », avait déclaré l'ancien porte-parole socialiste du gouvernement Mauroy... oublieux de ses racines. En fait, l'opération « Un résistant parle aux résistants » avait débuté. On a ensuite eu, immédiatement, l'épisode de la lettre à Guy Môquet avec ses rebondissements jusque dans les vestiaires du XV de France ! Je me souviens avoir dénoncé cette appropriation honteuse d'un texte n'ayant aucun rapport avec l'idéologie sarkozyste. On avait commencé avec une lycéenne, qui avait lu la dernière lettre écrite par le jeune résistant communiste Guy Môquet, assassiné à 17 ans par les Allemands, le 22 octobre 1941 à Châteaubriant, entre Nantes et Rennes.

EXEMPLE POUR L'AVENIR
Ce n'était pas la première fois que Nicolas Sarkozy faisait référence à Guy Môquet : plusieurs fois, au cours de sa campagne, ainsi que dans son discours du 14 janvier à la Porte de Versailles, l'ancien ministre de l'Intérieur avait évoqué le destin tragique du jeune militant communiste.
Ecrasant une petite larme pendant la lecture de la lettre, M. Sarkozy avait confié qu'il n'avait « jamais pu lire ou écouter la lettre de Guy Môquet sans en être profondément bouleversé », affirmant quelques secondes plus tard que sa « première décision de président de la République sera de demander au futur ministre de l'Education nationale que cette lettre soit lue en début d'année à tous les lycéens de France. » Le nouveau président de la République avait estimé qu'il était essentiel de montrer aux jeunes Français, « à travers le sacrifice de quelques-uns de ces héros anonymes dont les livres d'histoire ne parlent pas, ce qu'est la grandeur d'un homme qui se donne à une cause plus grande que lui. (...) Un jeune homme de 17 ans qui donne sa vie à la France, c'est un exemple non pas du passé mais pour l'avenir », avait encore déclaré Nicolas Sarkozy au cours de cette émouvante cérémonie, qui a estompé le mauvais effet du souper au Fouquet's !
Pourtant, derrière cet hommage chargé d'émotion, se posait la question de la récupération de la Résistance, à l'image de la dernière escapade de campagne du candidat UMP sur le plateau des Glières.
Cette fois-ci, le président a estimé dans son discours que Guy Môquet avait « donné sa vie à la France ». Certes, depuis le 14 juillet 1935, les communistes avaient rallié le drapeau tricolore et entonné la Marseillaise, pour faire barrage à la menace fasciste en Allemagne et en Italie. Mais le jeune Guy Môquet s'est avant tout battu contre les nazis qui occupaient la France, et pour faire triompher des idées communistes, fort éloignées de celles prônées par le nouveau président de la République, Nicolas Sarkozy.

RACCOURCIS HISTORIQUES
L'opposition avait d'ailleurs dénoncé cette «récupération » du personnage de Guy Môquet et de la Résistance. Ainsi, pour l'ancien rédacteur en chef du Monde Edwy Plenel, cet hommage s'apparentait à un véritable « vol de mémoire ». En attendant, par ce geste symbolique, le nouveau chef de l'Etat s'était posé aux yeux du grand public en héritier des valeurs de la Résistance, quitte à prendre des raccourcis avec l'Histoire.
Le problème, c'est que ce n'est plus le moment de valoriser... la Résistance. Finis les symboles. Le filon est épuisé. On va en trouver un autre. La preuve ? La commémoration dans les lycées de la mémoire de Guy Môquet s'est faite extrêmement discrète hier, 22 octobre 2008, bien loin de la controverse pédagogique et politique soulevée par la décision de Nicolas Sarkozy de faire lire, par les professeurs, la lettre du jeune résistant à sa famille. Oublié Guy Môquet, qui fut pourtant un enjeu majeur du début du quinquennat.
L'année passée, une partie de la classe politique avait dénoncé une volonté de récupération de la part du président de République, Guy Môquet étant entré en résistance aux côtés du Parti communiste. Cette année, la commémoration est fondue dans les initiatives de la « Semaine de l'Europe à l'école », avant que, l'an prochain, on invente la semaine de la « banque à l'école » ou celle de « l'unité nationale à l'école ».
En tout cas, la commémoration est bel et bien devenue un non-événement : on n'en parle plus du tout. On n'est plus du tout dans la configuration de l'an dernier. Le principal syndicat des chefs d'établissement, le SNPDEN-Unsa, confirme que « les personnels de direction se sont plutôt investis dans de nombreuses initiatives diverses, sur la Semaine de l'Europe, mais pas sur Guy Môquet ». Certains élèves auraient pu distribuer, dans cette période de crise, des extraits du poème que le jeune martyr portait sur lui le jour de son arrestation :
« Les traîtres de notre pays
Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d'ici
Pour instaurer le socialisme »
[...]
« Pour vous sortir de la prison
Pour tuer le capitalisme »
Vous pensez bien que ce n'est vraiment pas le moment de souffler des idées pareilles à la jeunesse d'un pays mettant des rustines aux pneus crevés de la Ferrari bancaire. Surtout que le professeur d'histoire qui lirait la lettre n'est même pas sûr d'être encore au rendez-vous l'an prochain. L'enseignement de l'Histoire se résumera probablement à cette lecture. Pour le reste circulez, il n'y a plus rien d'intéressant à entendre. On ne va  tout de même pas former des résistants !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

PIETRI Annie 23/10/2008 23:59

Tu te disais certain que je trouverais les références aux écrits dans lesquels tu "défendais la thèse selon laquelle Nicolas Sarkozy tentait d'annexer à son profit les symboles de la Résistance". Je les ai , en effet, trouvés. Il s'agit des chroniques : - du 17-5-2007, intitulée "Le summum de l'efficacité communiquante"- du 19-5-2007, intitulée "les dinosaures ne se cachent pas tous pour mourrir"- du 8-9-2007, intitulée "la faute à Guy Môquet"- du 21-10-2007, intitulée "il y aura la lettre et l'esprit". Je recommande à tes lecteurs de se replonger dans ces chroniques, sans oublier de lire aussi les nombreux commentaires qu'elles ont suscité, et dont certains sont excellents. Ils se régaleront certainement comme je me suis régalée ! Ils y trouveront quelques morceaus de bravoure,ils constateront à quel point les analyses de Jean-Marie étaient prémonitoires. Ils y trouveront aussi la démonstration que ce qui était vrai hier pour notre Président-girouette ne l'est plus aujourd'hui... puisqu'on n' a guère parlé,semble-t-il, en ce 22 octobre 2008, de la lettre de Guy Môquet et de sa lecture dans les écoles....On comprend mieux, après avoir relu ces chroniques, pourquoi Monsieur Sarkozy et ses fidèles ne tiennnent plus tellement à ce qu'on évoque ces héros qui défendaient de vraies valeurs, toute autres que celles prônées par nos gouvernants actuels, et qui n'avaient rien à voir avec l'argent!

puig 23/10/2008 08:54

MERCI JMD

mlg 23/10/2008 08:46

Un grand bravo à ANNIE pour ses commentaires qui nous permettent de comprendre un peu mieux ce qui est ecrit en y apportant un petit plus! mlg