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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 07:17

La politique est une affaire de mots. Elle repose tellement sur la médiatisation des annonces, et surtout pas sur l'évaluation des actes,  que chaque prise de parole devient un acte millimétré. La technique consiste à élaborer une petite phrase, et à la placer au bon moment, afin qu'elle éclipse la langue de bois du reste du discours. Parfois, je rêve d'avoir le temps de faire un florilège des choix de communication effectués par un Ministre, sur les conseils des spécialistes.
Par exemple, il aura fallu plusieurs mois pour que, soit Christine Lagarde, soit Eric Woerth, commencent simplement à évoquer la « récession ». Une lente approche, destinée à banaliser l'annonce quand le moment sera venu, et un travail impressionnant de linguiste pour trouver les mots qui ne disent pas ce qu'il faudrait qu'ils disent ! Du grand art en dissimulation de la réalité, via des formules incompréhensibles, des euphémismes calculés, des circonvolutions acrobatiques. Et le travail d'équilibriste continue.
Interrogé sur la « récession », Eric Woerth a répondu, probablement formé par un académicien avisé: « on pense que la récession, ou en tout cas le ralentissement (sic) parce qu'aujourd'hui les pays vivent des circonstances économiques différentes, ce ralentissement très fort ne va pas se résoudre en cinq minutes, il va évidemment durer. J'espère qu'il ne va pas durer au-delà de l'année 2009. Je pense qu'il y aura un ralentissement pendant encore quelques mois », a ajouté ce visionnaire, qui a espéré « un scénario qui fait penser qu'à partir de 2009, fin 2009, deuxième semestre, je ne sais pas, les choses pourraient aller mieux ».
En fait, hier, on n'était pas encore arrivé à la « récession », mais au « ralentissement », ce qui venait après une kyrielle d'autres expressions du même acabit. C'est l'une des causes du dégoût des citoyens pour la politique en général, car le parler vrai n'est absolument plus valorisé, et il est même combattu, au nom de l'union sacrée, en période difficile.
Du bout des lèvres, il avait fini par admettre, le 3 octobre dernier, que la France était en état de « récession technique », alors que membres du gouvernement et de la majorité avaient jusqu'alors rivalisé de métaphores pour ne pas prononcer le mot qui fâchait. Il avait probablement été recadré, après bien d'autres métaphores n'ayant rien de raisonnables, mais qui permettaient de masquer la catastrophe qui menaçait. « Il y a eu deux trimestres qui sont en croissance négative. Ça, ça s'appelle une récession technique » avait annoncé celui qui avait inventé un concept inédit : la cohabitation de la « croissance », qui ne peut que conduire à une élévation d'une taille, d'un niveau, d'une situation, avec « négative » qui va totalement en sens inverse. Cette nouvelle vision de l'économie avait suscité les applaudissements des parlementaires UMP, ravis de son impact sur une opinion dominante, incapable de décoder le caractère fallacieux d'une telle association.
Le 14 août dernier, Christine Lagarde, qui a entamé son calendrier de l'Avent pour son départ programmé de Bercy, avait pourtant été formelle. La ministre française de l'Economie avait estimé, sans rire, qu'il serait « totalement inexact de parler de récession. Toute personne qui crierait au loup (sic) à la récession aurait un trimestre d'avance », avait dit Madame Lagarde sur France Inter, rappelant qu'une récession correspondait à une contraction du PIB durant deux trimestres consécutifs. Le poids des mots ne pèse rien, car il est emporté par le tsunami médiatique quotidien. On oublie une déclaration dans les heures qui suivent, et une expression chasse l'autre, aussi vite qu'elle a été absorbée par l'opinion dominante.

MILLIARDS GALVAUDES
Prenez le mot « milliard ». il vous paraît certainement extrêmement précis, concret, palpable alors que selon Nicolas Sarkozy nous venons de découvrir qu'il était purement virtuel. Cette quantification mathématique prend un tout autre sens en politique, puisque tous les ministres, dont l'ineffable Xavier Bertrand, expliquent que ce ne sont que des « mirages réels ». En un temps record, Sarkozy a trouvé des « milliards » à profusion pour soutenir les banques françaises. Quelques semaines avant, l'état avait du mal à trouver 1,5 milliard pour le RSA. Le « milliard » n'a donc pas le même poids ! En fait, ce sont des banques qui vont prêter cet argent à l'Etat qui le leur redonnera, après s'être servies au passage, à la fois comme prêteur et comme emprunteur. En fait, la valeur n'est absolument pas la même suivant la bouche dans laquelle on met un mot.
Le Gouvernement annonce, avec la solennité qui s'impose, « 360 milliards d'euros » (dont 40 en recapitalisations bancaires) alors qu'il n'a pas la moindre parcelle de cette somme disponible. Encore une fois, Christine Lagarde avait inspiré une vive confiance dans les jours antérieurs à cette annonce, quand elle avait répété : « les banques françaises sont en situation plus solide que leurs voisines » européennes. Ouf ! Heureusement que c'était le cas, car ce ne sont pas 360 mais 500 ou 600 milliards qu'il aurait fallu inventer pour s'en tirer. Le pire, c'est que grâce au langage, on peut arriver à persuader les incrédules que c'est donc une bonne affaire, alors que c'est une escroquerie morale ! La preuve ? Pour Xavier Timbaud, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) « Le schéma d'une opération blanche est un scénario que je qualifierais aujourd'hui d'optimiste, voire de très optimiste ». Voici une phrase qui n'est pas promise à un bel avenir, car elle contient des références impensables comme celle de « l'optimisme ». Les « milliards » s'évaporeront donc, comme les mots qui ne font que passer sur les ondes.
Ils ont valsé depuis des semaines avec une stupéfiante aisance, alors que jusqu'à maintenant ils étaient systématiquement refusés ! Chaque ministre avait pour consigne de ne jamais prononcer ce mot tabou « milliard » car les caisses étaient vides. Or, brutalement, ils ont été libérés de leur mutisme obligatoire, en déversant en tous lieux une prodigalité exceptionnelle. Dizaines de milliards, centaines de milliards, milliers de milliards et peut être un jour millions de milliards... Les mots ne coûtent rien, surtout en politique, car la vérité d'un jour n'est absolument pas celle du lendemain.

PLUS A GAUCHE
Au Parti Socialiste, on est également entré dans la période traditionnelle où l'on pèse les mots. Cet exercice se produit régulièrement lors d'un congrès, spécialement organisé pour agencer, coller ou séparer des mots symboliques qui rassemblent ou éloignent. C'est la grande spécialité du PS depuis des années : préférer le travail sur les mots, aux actes sur le terrain. D'ailleurs, ce sport a causé sa perte, car on s'étripe en place publique pour une interprétation sur une phrase. Dans toutes les réunions, celui qui fait actuellement l'objet de toutes les interprétations c'est « gauche ». Il va être prononcé par tout le monde, des milliers et des milliers de fois, il va donner lieu à des comparaisons d'ego, il va servir à étalonner les ambitions. Et alors qu'il devrait faire consensus, il va exacerber les rivalités, au prétexte que chacun cherche à être plus à gauche que le camarade qui affirme être à gauche !
Tout le monde suspecte tout le monde de cacher derrière « gauche » une tromperie sur le contenu, et les accusations pleuvent. « Plus à gauche que moi tu meurs » semble être devenu le slogan général d'une campagne qui a du mal à mobiliser, car il est difficile de croire à la sincérité du sens mis dans les affirmations. Chaque jour qui rapprochera de la trituration rémoise des motions va accentuer les délires en tous genres. Les maux du PS ont bel et bien leurs racines dans une propension au verbiage, qui soulage des tracas du quotidien.
Les mots ne sont pas de simples morceaux abstraits de phrases.
Ces syllabes entremêlées ont un réel pouvoir sur les autres. Les mots nous gouvernent, nous trahissent, nous blessent, nous réchauffent, nous énervent, nous calment, nous permettent d'espérer ou de craindre. Mais en aucun cas, ils ne laissent insensibles, et c'est tout leur charme, ailleurs qu'en politique. Ils se simplifient malheureusement à outrance, ce qui va les conduire à leur perte.
« Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté » aurait affirmé Confucius. Peut-être que cette phrase n'a jamais eu autant de poids.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

DJEFF 28/10/2008 06:44

Tout à fait en phase avec le commentaire d'Annie.Je me fais souvent la réflexion que nous ne savons pas, nous ne savons plus, nous écouter, et de ce fait, nous comprendre. Le dialogue de sourd devient le lot quotidien. C'est vrai sur le plan social, c'est encore plus le cas sur le plan politique.

PIETRI Annie 27/10/2008 21:59

Oui, la politique est une affaire de mots. Et toi, Jean-Marie, tu es un magicien des mots. Des mots qui veulent dire quelque chose. Pas de ces mots que l'on tourne et retourne dans tous les sens pour leur enlever toute signification, comme la plupart des politiques, de tous bords, savent si bien le faire."Lorsque les mots perdent leur sens,les gens perdent leur liberté" aurait dit Confucius. Et bien, j'ai vraiment peur que nous soyons en train de perdre notre liberté ....

E.M. 27/10/2008 08:35

Assez d'accord avec toi, sauf pour l'histoire de « Plus à gauche que moi tu meurs ». Tu as raison sur le fait qu'actuellement, lors des présentations des motions, les discours de tous les représentants sont très à gauche, mais ils ne correspondent pas vraiment au contenu des motions qu'ils "défendent". Une seule est fidèle à son contenu : la Motion C.D'ailleurs, à la fin des présentations, j'ai toujours envie de demander aux représentants des autres motions, pourquoi finalement, ils ne signent pas la motion C !??! Peut-être que je le ferais ce soir à l'AG départementale des motions... ;-)))