Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 074 692

PAGES LUES

7 113 288


MAIS JE DEBLOGUE...

Archives

31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 07:17

La notion de « valeur » recouvre des significations bien différentes. Si tout, dans le libéralisme, a une valeur marchande, il faut espérer que la gauche ne porte que des valeurs humanistes. Le vrai débat au sein du Parti Socialiste, à quelques heures de ce qui ne sera pas, de toutes manières, le « sacre de Reims », tourne beaucoup autour de cette définition des « valeurs ». En effet, la période n'a jamais été aussi propice, soit à l'abandon, soit au renouveau de certaines d'entre elles à la bourse des bons sentiments. Il est vrai que notre société, qui se préoccupe des cours quotidiens du CAC 40, a singulièrement bousculé les repères en la matière.
Dans quelques jours la France profonde célèbrera, devant ses monuments aux morts, le 90° anniversaire de la fin de l'hécatombe de 14-18, et le pire des moments, celui où les hommes n'étaient plus que de la chair à canons. Les temps ont peu changé, puisque désormais, depuis hier, les plus modestes ouvriers comme les employés, les ingénieurs ou les cadres sont devenus des « variables d'ajustement » ou plus crûment de la « chair à canon bancaire ». La définition de Paul Valéry « la guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas ! » n'a jamais été autant d'actualité. Elle résume parfaitement les valeurs qui animent les puissants d'un monde, obsédé par la seule valeur qui le préoccupe, celle de l'argent roi ! Le Président de la République, très préoccupé par sa figurine vaudou, a même réuni hier les plus hauts responsables français pour les implorer de tout faire pour donner une « valeur » à ses décisions, que... personne n'applique dans les faits.
Devant les préfets, trésoriers-payeurs généraux (TPG) et représentants des principales banques, réunis à l'Elysée, le chef de l'Etat a affirmé qu'on ne pourra « pas éviter qu'il y ait des licenciements », liés aux difficultés économiques consécutives à la crise financière. Toute guerre engendre des pertes, sur le front, ou dans des embuscades, et il vaut mieux prévenir celles et ceux qui se préparent à se battre contre leur dégringolade sociale : il y aura des victimes ! Comme tous les Généraux, il en a appelé aux valeurs essentielles, en affirmant qu'un « pacte moral » avait été passé entre la Nation et les banques, pour faire face à la crise.
« A l'égard des grandes entreprises, votre rôle est néanmoins d'en limiter le nombre au maximum en poussant à fond l'utilisation par les entreprises et par leurs salariés de l'outil de la mobilité et des reclassements internes », a déclaré le président. Il devrait venir faire un voyage surprise chez Ford, à Blanquefort en Gironde, pour expliquer à 3000 salariés sûrs d'être liquidés, ou à Niort à la CAMIF, cette théorie du « reclassement organisé » alors que des milliards publics ont été trouvés pour sauver les responsables directs ou indirects, proches ou lointains, de leur déconfiture. Selon lui, « les grandes entreprises, quand elles ne peuvent éviter le licenciement, devront financer et mettre en œuvre les moyens d'accompagner le retour à l'emploi de leurs anciens salariés. Je vous demande de veiller personnellement au respect scrupuleux de ces obligations ». Heureusement, il n'a pas ajouté... morales. Impossible de savoir véritablement si l'engagement a une quelconque valeur.

RIEN N'Y FAIT
Quelle « valeur » justement accorder à ces justifications, quand on vit au quotidien la réalité. Hier, je recevais une représentante de l'une des banques prêteuses aux collectivités locales. Elle m'annonçait confidentiellement que jamais la situation n'avait été aussi catastrophique. Dans quelques mois, les élus locaux vont s'apercevoir que les lignes de trésorerie permettant à court terme aux collectivités de tenir, en attendant que les subventions de l'Etat arrivent, seront supprimés, car il n'y aura plus de prêts à court terme. Sa direction a déjà décidé, contrairement à ce que l'agité de la crise a demandé, de consacrer tous les fonds disponibles pour des prêts à long terme, mais de refuser les aides rapides de trésorerie... Il va y avoir des découverts chez le percepteur ! Toutes les exhortations officielles, toutes les annonces n'y changeront rien.
Un autre exemple ? Le Conseil général de la Gironde, très peu endetté, et avec des emprunts sains, cherche désespérément un prêteur pour 120 millions d'euros : aucune réponse globale, mais des bouts de réponse, à des tarifs prohibitifs. Rien à faire... ce sont les banquiers qui, par la pénurie, viennent de reprendre encore la main, et ne la lâcheront plus avant de s'être fait de nouvelles marges. Aucun risque d'être démenti par les faits, qui ont toute leur valeur dans le contexte des certitudes rassurantes. « Nous ne sommes pas ruinés ! »... « Nous avons vaincu la crise financière »... « Nous ne pouvons rien faire pour les emplois ». Paroles... paroles... paroles, aurait chanté Dalida !
Le déficit de la CAMIF serait de 104 millions d'€ cumulés et actuellement 120 000 € de pertes quotidiennes. Des sommes qui paraissent colossales à certains analystes, ironisant sur le retour de "l'Etat pompier" et de l'interventionnisme politique, mais qui...n'ont rien à voir avec le plan de 360 milliards d'euros pour sauver les banques. Il faut également rappeler que le gouvernement voulait privatiser La Poste, parce qu'il manque 3 milliards d'euros de financement... Tout n'est qu'une question de « valeur ». Qu'est ce qui en a le plus? Le système financier ou le système économique, le profit maintenu ou l'emploi déclinant ? La réponse est claire : Ford et la CAMIF ne trouveront plus de banques pour les soutenir. Des milliers d'autres entreprises, faute de commandes ou de chantiers vont rapidement plonger dans le rouge. Leur « valeur » sera nulle dans quelques mois, et les cadavres joncheront les prétoires des tribunaux de commerce, car l'engrenage sera impitoyable : les collectivités locales en 2009 vont stopper les investissements ou, au minimum, les réduire de manière drastique, provoquant une chute de « dominos » en série !

DES MILLIERS DE CHOMEURS POTENTIELS
Le groupe américain Motorola va supprimer quelque 3.000 emplois, dont les deux tiers dans l'activité des téléphones mobiles, a-t-il annoncé hier, quelques heures après l'annonce du report de la scission de cette activité.
Ces suppressions d'emplois, qui devraient intervenir au cours des deux prochains trimestres, représentent environ 4,5% de l'effectif total du groupe, qui était de 66 000 salariés à la fin 2007. Approximativement, 3.000 employés seront touchés dans le monde, dans toutes les activités et dans toutes les fonctions - un peu plus des deux tiers des licenciements auront lieu dans l'activité des téléphones. Mais un peu plus tôt, Motorola avait annoncé son intention de réduire ses coûts de 800 millions de dollars en 2009.
La crise financière pourrait aussi causer la suppression de 10.000 emplois dans le secteur automobile tchèque dans les prochains mois, a annoncé jeudi l'Association tchèque des industries automobiles. Les coupes sombres dans les effectifs devraient toucher surtout la main d'œuvre temporaire, régie par des contrats de sous-traitance, et le secteur des fournisseurs de pièces détachées qui travaillent à l'exportation. La construction automobile et les fournisseurs de pièces détachées représentent environ 120.000 emplois, dont 5.000 ou 6.000 contrats externalisés. Whirlpool, le numéro un mondial de l'électroménager, publie un bénéfice trimestriel en baisse, conséquence du recul de son chiffre d'affaires, et annonce qu'il supprimera... 5.000 emplois d'ici la fin 2009. Les 5.000 suppressions de postes évoquées regroupent des plans sociaux déjà annoncés, et de nouvelles réductions d'effectifs, précise le groupe. American Express a annoncé hier un plan de restructuration à grande échelle dont le groupe espère qu'il apportera des réductions de coûts d'environ 1,8 milliard de dollars en 2009. Parmi les mesures de ce plan, American Express prévoit le gel des augmentations de salaires de la direction, un gel des embauches, et surtout, la suppression de... 7 000 emplois. Le groupe suédois de construction de poids lourds Volvo va supprimer 600 emplois supplémentaires en Belgique et en Suède, outre les 1.400 annoncés fin septembre, en raison d'un recul persistant de la demande en Europe... La liste grandit chaque jour un peu plus. Elle ne va cesser d'enfler, et de provoquer un second effet catastrophique... que l'on ne voit pas encore arriver dans le pays, alors qu'il consacrera la domination de la valeur du profit, au détriment des valeurs humaines. Que valent ces femmes et ces hommes face à un bilan consolidé ? Pas davantage que ces gens du peuple qui montèrent à l'assaut à Verdun !
Le droit au travail n'existe plus. Le droit à vivre dignement de son travail a disparu. Le droit de survivre sans travail a été officiellement institutionnalisé. Le devoir d'ingérence dans la gestion bancaire n'a jamais été aussi nécessaire. On devrait consulter Kouchner sur la méthode !
Mais je déblogue...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
commenter cet article

commentaires

PIETRI Annie 01/11/2008 07:54

La lecture attentive des diverses motions qui ont fleuri ces dernières semaines, ne peut que nous convaincre, tous, que les valeurs socialistes, quelle que soit la motion qui a la préférence de chacun d'entre nous, sont bien des valeurs "humanistes", et cela doit rester, pour nous, l'essentiel.Rien à voir avec les valeurs "de droite" qui toutes tournent autour su profit et du fric-roi, et jamais autour de l'homme, de son bien-être, de son confort, ou da son aspiration à seulement vivre décemment!Alors, les grandes déclarations, les sanglots dans la voix, les grandes envolées du "guide suprème" s'adressant aux Préfets, aux TPG, et autres maîtres des puissances d'argent n'est, comme d'habitude, que façade et poudre aux yeux.Qui empêchera les banques de sélectionner les bénéficiaires de leurs prêts, et d'éliminer l'artisan ou le petit entrepreneur, au bénéfice des grosses sociétés qui pourront ainsi continuer à engraisser outrageusement leurs dirigeants? Qui pourra dissuader ces grosses sociétés dont l'objectif essentiel est le profit, de licencier leur personnel, sans véritablement se soucier de reclassement ou d'aide au retour à l'emploi?Toutes les annonces de licenciements qui nous submergent depuis quelques semaines, ne peuvent que conduire l'économie vers un gouffre, et les salariés et leurs familles vers le désespoir, puisqu'ils en seront les premières victimes. Et les banques ne viendront au secours des entreprises, soyons-en sûrs, qu'en fonction de la productivité escomptée....S'agissant de la CAMIF par exemple, il aurait suffi, tout compte fait, d'un "coup de pouce" qui n'avait rien d'exhorbitant, au regard de l'aide apportée généreusement aux banques, pour la sortir de l'ornière. Mais voilà, il s'agissait de la CAMIF, une structure mutualiste, créée à l'origine, par un groupe d'instituteurs, et dont l'activité, en prenant de l'ampleur, faisait de l'ombre à de grosses sociétés de vente pas correspondance, et autres industriels de l'ameublement. Alors, le coup de pouce, on ne l'a pas donné, et la crise arrive à point nommé pour justifier ce "largage" !Alors, oui, Monsieur Kouchner, dont nous pensions tous qu'il était - à divers titres - un humaniste, devrait bien apporter ses conseils pour que soit exercé, au profit des plus humbles, le droit d'ingérence dans la gestion du système bancaire français, européen, voire mondial. Après tout, il a accepté - et s'est réjoui - d'être Ministre des Affaires Etrangères de ce gouvernement de droite...où il est à contre-emploi.Qu'au moins, il en fasse profiter la collectivité...et ceux dont il affirme volontiers qu'ils sont toujours ses amis !