Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 074 692

PAGES LUES

7 113 288


MAIS JE DEBLOGUE...

Archives

9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 09:51

La politique et l'argent ont toujours eu des liens pour le moins inquiétants. On sait bien que la plupart des reproches faits aux gens qui prétendent représenter le peuple c'est de s'enrichir de manière plus ou moins honnête dans le cadre de leurs fonctions. Aucune démocratie et a fortiori aucun régime totalitaire n'échappent à cette réalité, et on a régulièrement des secousses telluriques dévastatrices pour l'image des élus locaux. On en est même arrivé à ce que la suspicion soit permanente et que plus personne n'échappe à cette accusation de comptoir de bistrots. La bonne foi ne parvient même plus à épargner des sanctions infamantes, qui peuvent à tout moment faire basculer la vie d'un modeste élu, mais qui épargnent, en revanche, les plus puissants, qui savent éviter les écueils législatifs.
La récente campagne triomphale d'Obama a mis en évidence l'importance des fonds privés dans le destin électoral d'une personne, aussi charismatique soit-elle.

UN MILLIARD DE DOLLARS
Dans l'euphorie de la victoire, personne n'a analysé les raisons objectives d'un succès. On s'est contenté de mettre la réussite du prodige américain sur son talent d'orateur et son image personnelle, extrêmement positive. Nul ne songerait à nier que ces facteurs ont joué un rôle essentiel, mais il serait malvenu d'oublier... la puissance financière d'Obama. Et, plus encore, la manière dont il l'a obtenue puisque, contrairement aux habitudes américaines, il ne détenait aucune fortune personnelle ou familiale, comme ce fut le cas pour une très grande majorité de ses prédécesseurs. On estime en effet la masse budgétaire de sa campagne à presque un milliard de dollars ! Certes, c'est à l'échelle de l'enjeu et du pays, mais c'est paradoxalement inquiétant dans un système démocratique, car il faut ramener ce phénomène au plan local, régional ou national. A terme, malgré les plafonds légaux imposés en France, cette dérive mettra en péril le principe même des candidatures possibles d'un citoyen, lors d'une quelconque échéance.
En France, malgré l'impression d'opulence donnée par les dernières présidentielles, nous sommes encore très éloignés de cette somme astronomique. Avant le premier tour, le Parti socialiste y avait consacré plus de cinq millions d'euros, avec un coût moyen par rassemblement variant de 150.000 à 350.000 euros, selon la trésorière de campagne de Ségolène Royal. A l'UMP, c'est plus de 10 millions qui ont ainsi été dépensés. Le coût moyen : 170.000 euros, mais le congrès d'investiture de Nicolas Sarkozy a coûté, à lui seul, la bagatelle de 3,5 millions d'euros. Son financement ne sera cependant pas entièrement intégré au coût de la campagne. L'UDF a dépensé de son côté 4 millions d'euros. Le Front national, quant à lui, a investi 3 millions d'euros, avec des meetings au prix compris entre 60.000 et 150.000 euros le plus souvent, sauf pour les deux conventions de Lille et Paris : respectivement 300.000 et 1 million d'euros. Evidemment, ces sommes font rêver les autres partis, même les plus historiques comme le Parti communiste français, qui, pour sa démonstration de force à Bercy, a dû casser sa tirelire : 200.000 euros, contre 60.000 euros en moyenne pour ses autres rencontres. Chez les Verts, on évoque un "prix plancher de 10.000 euros, et un maximum de 22.000 euros, ce qui est déjà beaucoup à notre échelle". Même à cette échelle, ces coûts doivent faire réfléchir, car elle relativise grandement le principe démocratique voulant que n'importe quel citoyen puisse « théoriquement » accéder à une fonction élective ! Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont dépensé environ 20 millions d'euros soit environ 100 fois moins que leur nouvelle idole américaine. Inimaginable car 2 milliards de dollars représentent à l'échelle de la France le coût des mesures budgétaires nationales en faveur du RSA !
Aux Etats-Unis, Barack Obama et son équipe ont utilisé, pour réunir ce pactole, le principe du « transfert ». Le principe en est simple, mais fonctionne à merveille depuis que les opérations télévisées ont formé les esprits aux dons à distance, permettant d'avoir le sentiment de s'impliquer dans une opération généreuse. Il est frappant de constater que quand vous imposez, par exemple, une cotisation ou un droit d'entrée, ils sont toujours trop élevés, alors que spontanément les gens donnent davantage. Selon les chiffres de la Federal Election Commission, 1 553 millions de dollars auraient été reversés aux vingt candidats à l'élection présidentielle depuis le 1er janvier 2007 : c'est deux fois plus qu'à la précédente élection en 2004. Le prix d'une élection présidentielle aux Etats-Unis s'est littéralement envolé : en 1980, les candidats avaient collecté 162 millions de dollars, en 1988, c'était 324 millions de dollars, en 2000, 529 millions de dollars, soit trois fois moins qu'en 2008.

COLLECTE A DISTANCE
Barack Obama a renoncé au financement public attribué à tous les candidats, comme le prévoit le système électoral américain, ce qui lui a permis une certaine liberté vis-à-vis des contraintes financières imposées par ce système, et il a mis en place son propre système de collecte, via internet. Et c'est une part de son succès que d'avoir transformé des citoyens en  « actionnaires » de sa campagne. Il a en effet bénéficié des dons individuels les plus importants, pusiqu'il est parvenu à collecter 579 millions d'euros (sur un budget total de 639 millions de dollars), alors que John McCain n'a reçu que 195 millions de dollars (sur un budget total de 360 millions de dollars).
Le candidat démocrate a reçu le soutien de donateurs issus de toutes les catégories sociales, en particulier les petits donateurs qui ont donné moins de 200 dollars. Ces derniers représentent 48% des dons reçus. De leur côté, les femmes se sont montrées plus convaincues par Barack Obama, puisqu'elles lui ont apporté 42,3% des dons, alors qu'elles n'ont participé qu'à 27,9% des dons en faveur de John McCain.
Pour atteindre les électeurs, lever des fonds, trouver des bénévoles, les gérer, garder le contact avec les médias, et surtout pour recenser les électeurs hésitants et les inciter à aller voter, rien n'a été laissé au hasard par Obama et son équipe. A la tête de celle-ci, un petit génie de l'informatique : Chris Hughes, 24 ans, l'un des quatre fondateurs de Facebook. Il en a démissionné, début 2007, pour aller travailler avec Obama. C'est lui qui a tout organisé : au centre du dispositif My.BarackObama.com, le site sur lequel on pouvait trouver l'emploi du temps du candidat, ses principaux arguments, les vidéos de tous ses discours (comme Nicolas Sarkozy l'avait d'ailleurs fait en 2007, pendant sa présidentielle), et également l'appel à contribution financière, facilement accessible et surtout... payable à distance. Mais cette adresse était aussi le lieu de rendez-vous de tous les supporters voulant participer activement à la campagne, et surtout le réceptacle des dons pour la financer, drainés par des millions d'e.mails envoyés aux sympathisants.
La machine a tourné à plein régime et a contribué à constituer pour Obama un trésor de guerre pulvérisant tout ce qui avait été collecté dans de précédentes consultations. Avec ce pactole, non seulement le candidat démocrate a acheté des milliers de spots dans les chaînes de télévision, mais il a surtout inondé tous les sites internet américains de bannières publicitaires

LE PRIX DE LA PUB
Du côté des dépenses, les candidats ont aussi battu des records. Barack Obama est le candidat qui aura dépensé le plus avec une facture s'élevant à 593 millions de dollars, John McCain s'étant contenté de 216 millions de dollars. C'est dans les dépenses... publicitaires que les deux principaux candidats se seront illustrés : le candidat démocrate a investi 207 millions de dollars contre 119 millions de dollars pour son adversaire. Le 29 octobre dernier, Barack Obama est passé une demi-heure à la télévision en prime-time sur trois des quatre canaux nationaux, pour une somme estimée entre 3,5 et 5 millions de dollars.
Pour faire campagne facilement à travers le pays, chaque candidat disposait d'un avion privé. Ainsi la veille de l'élection présidentielle, John McCain s'est rendu dans sept Etats dans la même journée. Les deux candidats avaient également prévu un budget conséquent pour les meetings : Barack Obama a vu grand, en y consacrant 18 millions de dollars, tandis que le candidat républicain s'est contenté de 6 millions. Pour le budget consacré au personnel, le candidat démocrate a investi 46 millions de dollars contre 20 millions pour McCain.
Aux Etats-Unis, certains choix de la colistière, Sarah Palin, ont fait grand bruit : celle-ci ayant préféré mieux payer sa maquilleuse que son conseiller en politique étrangère. Interdit de rire puisque, lors des présidentielles françaises, Nicolas Sarkozy avait présenté, à ce titre, une ardoise de 34.445 euros, et que les frais de maquillage et de coiffure de Ségolène Royal s'élevaient à 51.659 euros. À eux seuls, ces deux candidats avaient donc investi quatre-vingt six mille cent quatre euros dans l'esthétique !
La démocratie, ou plus exactement une facette de la démocratie, a donc bel et bien un prix. La dérive américaine touchera tôt ou tard la France. C'est inévitable, et en 2012, c'est déjà certain, on crèvera les plafonds. D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que Thierry Saussez, grand communicant de l'ère sarkozyste, réclame dès maintenant des crédits exceptionnels pour la « pub » gouvernementale et « présidentielle ». Il a même pensé à une émission de télé...Toutes ces dépenses de valorisation d'un candidat, ou de candidats potentiels, n'entreront pas, bien évidemment, en 2012, dans les comptes de campagne : ce ne sont que des semailles pour récolter au bon moment !
Mais je déblogue..

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
commenter cet article

commentaires