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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 10:17

Il ne peut pas y avoir un seul fait divers sans que les réactions les plus populistes surgissent dans le système médiatique. C'est désormais une constante, car il faut absolument coller à l'opinion dominante, et toute la politique sarkozyste réside dans cette manière de rester au plus près de l'émotion légitime, que suscitent les meurtres, les viols, les vols, ou les destructions volontaires. Chaque fois, on commence par s'apitoyer sur les effets, mais sans se préoccuper des causes, puis on effectue une annonce promettant que ça ne se reproduira plus, alors que l'on sait parfaitement qu'il ne saurait y avoir aucune exception à une règle,  la plus sévère soit-elle. Enfin, on attend patiemment que le temps efface la montée de la colère, car chaque fois, un autre drame surgit. Cette manière d'exploiter les instincts les plus prompts, mais pas nécessairement les plus analysés, finit par déboucher sur des comportements détestables. Actuellement, la réponse la plus fréquente, c'est celle du... fichier.
On épie, on recense, on stocke des milliers, des millions de renseignements au nom de la sécurité de celles et ceux qui sont fichés sans le savoir. Après le meurtre angoissant de Grenoble, personne n'a posé le véritable problème : les moyens donnés aux hôpitaux psychiatriques, dont certaines sections ressemblent étrangement aux asiles roumains d'antan. La situation est tellement grave que parfois, en cas d'hospitalisation d'office ou urgente, il faut faire sortir un patient moins malade pour libérer une place !
Le énième fichier national des hospitalisations d'office, souhaité par l'Elysée après le meurtre de Grenoble, a suscité hier l'inquiétude  des professionnels, qui ont rappelé que Nicolas Sarkozy avait abandonné un tel projet dans sa loi de prévention de la délinquance en 2007... mais que, profitant d'un drame, il le ressortait des cartons pour le faire passer en force. Qui songerait à s'opposer à ce que l'on fiche ce que dans le jargon officiel on appelle un H.O? D'ailleurs, qui en connaît les limites et les contraintes? Qui cherche à en comprendre les motivations?
Ce sont des fous, et donc il faut, comme pour les malfaisants dans un autre domaine, les mettre en marge de la société. Cachez ces aliénés que personne ne veut voir, comme si nous étions les uns et les autres à l'abri d'une défaillance mentale.
Le chef de l'État a pourtant demandé aux ministres de l'Intérieur, de la Justice et de la Santé, de lancer une réforme de l'hospitalisation psychiatrique, après la mort d'un étudiant poignardé la veille par un homme échappé d'un hôpital, à Grenoble. Cette réforme doit notamment viser, selon l'Elysée, à "améliorer la surveillance des patients susceptibles de présenter un danger pour autrui, dans le cadre notamment de la création d'un fichier national des hospitalisations d'office". Or, très souvent, une décision de ce genre, dont on a oublié de dire que dans les communes modestes, elle dépend d'un arrêté du... maire,  n'est pas prise à la légère, compte tenu de la responsabilité qu'elle engendre. Une motivation, liée à la mise en danger d'autrui, c
oncerne les malades mentaux qui compromettent l’ordre public et la sécurité des personnes. Il s’agit alors d’une mesure administrative, prise par le préfet du département, après une procédure très précise et relativement rare.
Deux procédures sont possibles : la
plus courante prévoit que le médecin rédige un certificat médical circonstancié et que le préfet prononce, au vu de celui-ci, l’hospitalisation d’office. Un médecin de l’établissement ne peut pas être certificateur. Dans la procédure d’urgence, en cas de danger imminent pour la sûreté des personnes, le médecin atteste de la dangerosité du patient, et le maire peut alors prendre des mesures d’urgence.  La loi du 4 mars 2002 subordonne l’hospitalisation d’office à trois conditions : l’existence d’un trouble mental, la nécessité de soins de ce trouble, et une atteinte grave à l'ordre public. Le maire de la commune (ça retombe toujours sur lui dans les petites villes) ou les commissaires de police dans les grandes métropoles, signent un arrêté provisoire sur lequel le préfet doit statuer sous 24 heures.
Faute de confirmation préfectorale, l’arrêté provisoire du maire, ou du commissaire de police, est caduque au bout de 48 heures. Dommage que le Président de la République ne se soit pas préoccupé de ce simple détail : un arrêté du Maire peut être attaqué quand les faits démontrent que la H.O. était... abusive ! Celui du Préfet aussi d'ailleurs. 
Un certificat immédiat est établi dans les 24 heures par le psychiatre de l’établissement hospitalier, constatant la pathologie et justifiant l’hospitalisation .
Un certificat confirme, tous les quinze jours, la nécessité du placement.
La sortie est prononcée après arrêté préfectoral abrogeant l’H.O. Il est donc d'une affligeante mauvaise foi de présenter cette procédure comme n'étant pas encore sécurisée... alors qu'elle est  verrouillée de tous les cotés. Elle repose néanmoins sur l'Humain, dans ce qu'il a de plus subtil ou de plus complexe, et il est évident que des erreurs peuvent exister.

DES MALADES COMME LES AUTRES
Le problème de la folie, c'est qu'elle est liée à la violence envers les autres ou envers soi-même. C'est une souffrance terrible, que l'on méprise ou que l'on raille. Le professeur de santé publique Antoine Lazarus voit dans "la logique des fichiers, la volonté de traiter les malades comme des délinquants" et estime que "sous prétexte de sécurité, on oublie leur statut de malade". Et c'est bien là que commence la zone rouge.
Pourquoi ne fiche-t-on pas tous les contagieux qui peuvent provoquer la mort de leur voisin par contamination? Ne doit-on pas ficher les porteurs du VIH, sous prétexte qu'ils peuvent tuer par manque de précautions? Fichons les chauffards comme Olivier Panis, ancien pilote de Formule 1, arrêté à plus de 210 kilomètres heures sur une  autoroute au volant de sa Ferrari. Fichons tout ce qui dérange, qui bouge, qui contredit, qui fait (à juste titre ou non) peur.
Nicolas Sarkozy a trop souvent lancé des réformes, à chaud, après des faits divers. Il avait procédé ainsi après une affaire analogue en août 2007. Un malade psychiatrique ayant assassiné deux aides-soignantes à Pau, venait d'être déclaré irresponsable pénalement. On a vu le résultat : les associations ne sont toujours pas reconnues à leur juste place, les cliniques psychiatriques ont été exclues des mesures. Cette fois-ci, l'Etat doit agir, mais sans se tromper de mesure,  car le fichier ne résoudra rien.
Le président de la Ligue des droits de l'Homme ne voit "rien de nouveau dans l'attitude du président" Sarkozy, "qui, à chaque occasion, saute sur les faits divers pour jouer sur les peurs et attiser les réflexes populistes et la démagogie". L'Union nationale des cliniques psychiatriques de France dénonce la précipitation avec laquelle le président  a réagi après le meurtre d'un jeune homme mettant en cause un malade mental. La relation faite entre les malades hospitalisés sous contrainte et la dangerosité pour la société n'est pas la bonne,  et le fichier n'est pas une fin en soi. Le passage à l'acte d'un malade mental ne sera jamais contenu sur une fiche, aussi complète soit-elle.
La psychiatrie n'est pas une science exacte et elle ne le sera jamais. Il y a une part de risque dans tout acte médical, et faute de l'admettre, on berne une société crédule ou prétendant qu'aucun danger ne doit la menacer. En fait, elle devrait plutôt se pencher sur les moyens donnés aux hopitaux, et plus encore à la carence en matière de psychiatres... Pourquoi n'a-t-on pas évoqué dans les médias ces réalités qui   méritent bien des reportages... impopulaires car en décalage complet avec l'émotion "zapping"!

LA MISERE DES SERVICES
Nicolas Sarkozy  se contente du plus facile : instrumentaliser un drame humain. A chaque évènement tragique, il préconise une  loi et encourage l'affichage  de réformes de surface,  alors que des  mesures de prévention et de soins dignes de ce nom seraient indispensables. Par exemple, hier, il a oublié la situation catastrophique de l'offre de soins en psychiatrie publique, ce que les professionnels rappellent en vain, et que le budget de la santé mentale pour 2009 connaîtra une diminution de 3,7%... mais il y aura quelques sous pour un fichier !

Une cinquantaine de salariés de l’hôpital psychiatrique Saint Jean de Dieu, dans le 8e arrondissement de Lyon, ont  par exemple défilé, pour dénoncer un manque de personnel. Les slogans étaient clairs : “A l’hôpital, c’est la galère, la psychiatrie, c’est la misère, embauchez !” C’est l’agression, il y a environ trois semaines, d’une infirmière par un patient qui venait d’être interné et dont l’hôpital refusait la... prise en charge, qui a déclenché la colère du personnel. On constate une explosion des arrêts maladies, on est fatigué et pas remplacé, et en plus on travaille dans un climat d’insécurité générale. Le personnel de cet hopital réclame l’embauche de 77 professionnels pour remédier à cette situation. Celui de Cadillac, en Gironde,  manque de dizaines d'infirmières et d'infirmiers spécialisés... mais n'en trouve pas, car les volontaires ne se précipitent pas au portillon. C'est une réalité que personne ne veut voir, car les "fous",  ça ne fait pas recette.
Il me semble inacceptable, quel que soit notre émoi et notre empathie à l’égard des victimes, de vouloir légiférer ou réformer à chaud, sous la pression de l’opinion, en temps quasi réel. Il est encore plus grave de voir la dérive que l’on peut constater depuis deux ans, qui consiste à systématiquement surmédiatiser, surréagir et s’emparer de tout fait divers dans lequel un malade (je maintiens qu'il s'agit d'un malade) mental est impliqué. Il est scandaleux de pointer du doigt à ce point, les deux ou trois délits ou crimes commis par des malades mentaux, alors que dans le même temps, 50 à 100 fois plus de délits ou crimes sont commis par des gens réputés « normaux ».
Cette focalisation, cette stigmatisation des malades mentaux, qui est peut être plus qu’un effet de mode, devrait être combattue par les pouvoirs publics et les faiseurs d’opinion, et non entretenue par les vrais responsables de la vie collective.
Doit-on enfermer préventivement tous les gens potentiellement dangereux pour le pouvoir,  et qu'a recensé le fichier Edvige, toujours pas abandonné? Méfiez-vous, on est toujours le fou de quelqu'un qui se prend pour un Roi !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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