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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 07:17

Il arrive parfois que l'on ait l'impression qu'être dans les petits papiers de quelqu'un n'est  pas très rassurant. Ce paradoxe est encore plus fort quand vous apprenez cette faveur par la presse. En fait, désormais, il faut savoir que la démocratie n'existe que pour celles et ceux qui ne s'intéressent pas à son fonctionnement. Mettre le nez à la fenêtre citoyenne, c'est tout simplement prendre tôt ou tard une balle perdue tirée par un ami qui vous veut du bien, ou une balle de tireur d'élite du camp adverse, entre les deux yeux ! En fait, il n'y a que les naïfs pour croire que les observateurs se contentent de scruter le ciel pour renseigner la météo. Nous sommes entrés de plain pied dans la société de l'information destructrice, reposant au minimum sur une collation de faits et gestes pouvant... servir un jour, et au pire sur une commande destinée à une exécution programmée. Cette tendance n'est certes pas nouvelle, mais il est certain qu'elle prend une autre dimension dans une période où les coups bas pleuvent dans tous les sens.
Les révélations concernant l'existence de carnets tenus par un éminent spécialiste de ce genre de pratiques, quel qu'en soit le contenu, attestent que désormais on doit être méfiant lorsque l'on revendique une place dans la vie publique. La justice vient même d'en faire un cédérom un peu spécial, que certains avocats ont trimballé dans leur poche en se rendant hier au procès de l'Angolagate. Nul ne sait si cela sera un succès sur le net, qui sera piraté par des milliers de curieux, mais déjà on a la certitude que son contenu circulera sous le manteau dans les dîners en ville branchés.
Ce «cédérom Bertrand», conçu par le parquet de Paris, est une déclinaison numérique des désormais fameux « carnets Bertrand », les bloc-notes studieux, saisis au domicile d'Yves Bertrand, l'ancien patron des Renseignements généraux (RG). Ce support, contenant les 2000 pages des carnets, a été transmis, jeudi et vendredi, aux soixante avocats de la défense, au procès des ventes d'armes à l'Angola. Qu'ils « altèrent frauduleusement la vérité avec une volonté de nuire indiscutable » (selon la plainte de Nicolas Sarkozy ), qu'ils soient ou non des « instruments de discrédit et de mise en cause de responsables politiques dans le but d'attenter à leur honneur » pour Arnaud Montebourg, ces carnets, unanimement dénoncés comme porteurs d'atteintes diverses et variées à la vie privée d'un certain nombre de personnalités, obtiennent un supplément de notoriété, au procès de l'Angolagate, grâce... au parquet de Paris. Incroyable situation : tout le monde (enfin, surtout ceux qui y figurent) hurle aux procédés abjects et dénonce des contenus fallacieux, alors que la justice le valide comme pouvant être un outil pour des avocats !
Le risque est en effet connu : la distribution du « cédérom Bertrand », qui ne serait, selon le Président de la République lui-même, qu'un tissu de calomnies, a bien été précédée d'une sévère mise en garde aux destinataires. « J'ai reçu un mail du parquet, confie l'un des heureux bénéficiaires des us et coutumes du milieu politique ou journalistique ou des affaires, qui me signale que toute divulgation d'un scellé tombe sous le coup de l'article 98 du Code de procédure pénale, et d'une sanction pouvant aller jusqu'à deux ans de prison. Mais à partir du moment où ils diffusent les carnets, ils savent bien que ça va se retrouver partout sur l'Internet. Cela pose des problèmes insolubles.» Peu importe, et on se demande même si ce n'est pas la vocation première de cette distribution gratuite, ressemblant étrangement au lancement d'un futur... best seller.

LE NOIR DES CABINETS
La situation est tellement cocasse que Jacques Chirac a été obligé de se fendre d'un communiqué pour démentir tout ce qu'il pouvait y avoir de suspect dans cette démarche. On dit, dans les campagnes, que « c'est la poule qui chante qui a pondu l'œuf ! » En l'occurrence, il s'agit d' informations sur l'existence d'un « cabinet noir » à l'Elysée. Inimaginable, quand on sait qu'à n'importe quel niveau, on se nourrit d'informations croustillantes ou compromettantes sur les unes, les uns ou les autres.
L'expression « cabinet noir » désignait autrefois un service de renseignements, chargé de l'inquisition postale et cryptographique. De tels services ont œuvré dans la plupart des pays européens, dès l'établissement des services postaux. Ils étaient chargés d'intercepter, pour le compte des gouvernants, de nombreuses correspondances, afin de repérer et censurer les opposants politiques, et s'informer des courriers diplomatiques ou militaires. Cette pratique, en vigueur dès l'ouverture de la Poste au public, a été l'une des motivations de l'institution du monopole postal, présenté publiquement comme un moyen de protéger les usagers. En France, ce service prit de l'importance sous Richelieu, et fut dénommé officiellement Cabinet du secret des Postes sous Louis XV. Il demeura actif sous la Révolution, le Premier Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet et le second Empire.... Impensable d'avouer qu'il ait existé en période républicaine, et dans une grande « démocratie » comme la France !
Dans ses carnets, Yves Bertrand consignait des rumeurs et des ragots sur la vie privée et professionnelle d'un certain nombre de personnalités, et tenait des notes ayant trait à sa vie privée, selon des... sources judiciaires forcément dignes de foi. « Jacques Chirac dément toute allégation donnant à penser qu'il aurait directement ou indirectement ordonné ou incité un service de l'Etat à agir en dehors de ses compétences ou de manière occulte », a fait savoir le bureau de l'ancien chef de l'Etat dans un communiqué. « Jacques Chirac a toujours veillé et donné pour instruction que les institutions et les services intérieurs comme extérieurs agissent dans le strict respect de leur domaine de compétences », a-t-il ajouté, au cas où on douterait de son respect pour les principes républicains. Qui croire ? Ou ce haut fonctionnaire est un malade incurable, payé durant des années à écrire n'importe quoi, sans consulter personne, et de manière tout à fait inutile, ou alors, il va encore payer son engagement au service d'une certaine pratique de la politique ayant totalement disparu.

LES SNIPPERS DE LA FILIERE
L'ancien patron des RG adorait fréquenter les journalistes, car sans eux, le plus souvent, on ne peut exécuter personne. On se retrouve comme un militaire ayant une arme et des balles mais étant privé d'hommes de mains pour effectuer l'exécution. Certains le rencontraient sur des sujets ponctuels, comme l'anti-terrorisme. D'autres, chargés des affaires politico-financières, le fréquentaient plusieurs fois par semaine, voire plusieurs fois par jour, selon le site Libération.fr.
Dans les carnets, sous certains noms de journalistes, apparaissent des chiffres, ou plutôt des multiplications. Auraient-ils été "arrosés"? Rien ne le prouve et Yves Bertrand le dément. D'autant que l'ancien patron des RG n'hésitait pas à écrire « a touché du fric », s'agissant d'hommes politiques qu'il tenait dans sa ligne de mire. Mais, selon d'anciens collaborateurs, il lui serait arrivé de « participer aux frais » de certains enquêteurs indépendants, qui le ravitaillaient ensuite en informations pour ses carnets.
Sa proximité avec les journalistes lui permettait d'être renseigné sur les affaires en cours. Mais aussi d'en faire sortir de nouvelles. « Son » journaliste préféré n'était autre que le patron de Minute reconverti dans le commerce au Proche-Orient. Ils passent leur vie à déjeuner ensemble. Avant de faire faillite, en 1999, le journal d'extrême droite tenait sa valeur médiatique du fait qu'il permettait de diffuser des « informations » impubliables ailleurs, mais qui constituaient des signaux d'alerte forts pour le milieu politique en général. Selon ses carnets, Yves Bertrand se serait également accommodé avec le réseau Voltaire pour expédier des Scuds mortels.
Ces relais sont devenus encore plus importants, et Bertrand en est désormais la victime. Il est de bon ton de se dédouaner en reniant celles et ceux qui vous ont renié. Il est certain que, depuis déjà pas mal de temps, les médias servent à l'exécution des plus humbles, mais plus guère à celle des plus puissants, qui contrôlent farouchement toutes les fuites possibles. Mais il faut bien avouer que ce qui vient de se passer, avec la diffusion d'un Cédérom sur des révélations d'un directeur des RG, constitue une concurrence déloyale à la presse. Le Canard enchainé a été doublé, dépassé, effacé. Un comble...
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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