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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 07:17

En période de crise comme celle que nous traversons, il existe une tendance sociale forte qui modifie totalement les rapports humains. Elle consiste à tout juger ! Le citoyen, la citoyenne s'érigent en évaluateurs de tout et de rien, mais essentiellement de celles et ceux qui sont au même niveau. Extraordinaire bouleversement des valeurs qui ramènent à l'époque des jeux du cirque, quand le Peuple pouvait inciter César à la clémence ou à la cruauté absolue ! Chacun s'arroge le « droit » de « tuer » ou de « valoriser », sans aucune retenue, puisque tout lui offre ce privilège que Saint Louis exerçait sous son arbre.
La télévision exploite cette filière, avec délectation financière, depuis une bonne décennie. Toutes les émissions qui permettent d'éliminer un candidat font un tabac en matière d'audimat. Les recettes de ces numéros téléphoniques sont colossales, tellement il y existe un engouement particulier pour ce pouvoir de justicier, qui vous coûte cher, mais qui sert à assouvir votre volonté de puissance. On trouve exactement la même approche dans ces appréciations de voisinage qui portent sur des aspects purement matériels. Le gazon, la maison, la télévision, permettent de « noter » l'autre et donc de se valoriser par comparaison. Il faut constater que plus les gens ont été évalués négativement dans leur vie, et plus ils ont envie d'exercer ce pouvoir de porter une appréciation très dure sur les vedettes du petit écran. Il règne un sentiment de revanche, qui amène à se dédouaner de ses propres défauts, en les condamnant chez les autres. Le timide enfoncera le timide, le voleur sera impitoyable avec celui qui vole, le bavard aura horreur du bavard... et ainsi de suite.
Lorsque nous sommes amenés à apprécier, ou à juger d'autres personnes, notre propre cadre de références et nos propres valeurs et normes jouent un rôle important. Il n'est pas évident d'être toujours objectif dans l'appréciation que nous portons sur autrui. Souvent, nous émettons un jugement sur la base d'interprétations, et rarement à partir d'une grille objective d'analyse !
Sur les lieux de travail aussi nous sommes confrontés aux préjugés. Dans un tel cas, un collaborateur n'est pas jugé sur ce qu'il fait, mais sur la base de caractéristiques que l'on attribue au groupe auquel il appartient. Le catalogage fonctionne à plein régime. Parfois aussi, l'autre est jugé de manière trop positive. Cette erreur est notamment commise lorsqu'on souhaite maintenir une bonne entente, ou motiver celui qui est apprécié. Il existe, à l'inverse, des chefs inexpérimentés, qui tentent d'impressionner leurs collaborateurs par des jugements d'autant plus sévères que celui qui les prononce est incapable de faire mieux que celui qu'il juge.
Le « chef » auto-désigné fournit alors systématiquement un commentaire défavorable, quelles que soient les caractéristiques et le rendement de celui qu'il juge. Ces attitudes envahissent notre monde, et sont confortées par les sondages, plus ou moins orientés qui, en valorisant celui qui répond (il devient une référence), permettent de transformer n'importe quel "sondé" en juge suprême des « puissants » qu'il ne côtoie jamais, et sur lesquels il n'a aucune véritable référence autre qu'une impression plus ou moins favorable.

PERSONNELS ET SUBJECTIFS
Tous les jugements de valeur sont personnels et subjectifs. Il n'existe pas de jugements de valeur autres que ceux qui disent je préfère, j'aime mieux , je souhaite..., mais qui ne reposent sur absolument rien de vérifiable. La télévision, comme désormais la politique, vivent sur cette particularité humaine voulant qu'une valeur soit aléatoire. Personne ne peut nier que les différents individus ont de grands désaccords quant à leurs sentiments, leurs goûts et leurs préférences, et que les mêmes individus peuvent aussi apprécier les mêmes choses d'une façon différente à différents instants de leur vie. Seulement, le problème actuel, c'est que ce qui est normal devient un privilège accordé à celles et ceux qui se sentent faibles. Les multiples opportunités de juger, offertes par un monde avide de sanctions... pour les autres, renforcent cette soif de pouvoir empirique sur des destins devenant, de fait, extrêmement fragiles.
Il devient totalement inutile en politique de parler de valeurs absolues et éternelles. Ceci ne veut pas dire que chaque individu tire ses jugements de son propre cerveau. L'immense majorité des gens bâtissent les leurs à partir de l'environnement social dans lequel ils sont nés et ont grandi, qui a façonné leur personnalité, et qui les a formés. Peu d'hommes ont le pouvoir de s'écarter de la liste traditionnelle des valeurs, et d'établir leur propre échelle de ce qui semble être... mieux, et de ce qui semble être... pire.
Ramenez ces principes au Congrès du PS : plus de valeurs immuables, références au mieux et au pire, et vous aurez les clés d'un échec collectif ! Tous les ingrédients des émissions télévisées faisant appel aux « juges » étaient présents. On élimine plus qu'on n'approuve. On adule plus qu'on ne soutient. Le caractère subjectif des jugements de valeur a pris le pas sur la raison, mais il faut bien avouer qu'il n'existe pas de critère disponible qui permettrait de rejeter le moindre jugement de ce type comme incorrect, faux ou erroné. Tout le monde a raison parce qu'en définitive personne n'a tort !

UNE ACTIVITE BANALE
La manière de juger devient de plus en plus simpliste. « Tapez 1 », « tapez 2 »... envoyez « out » ou « in ». Il est possible de détruire l'autre en une fraction de seconde, sans avoir à justifier sa position, et c'est une jubilation intense. Sur Internet, désormais, on vous propose sur de nombreux sites, réputés sérieux, de prendre position par un simple clic sur des sujets complexes. Dans la rue, on peut être arrêté pour répondre en rafale à des dizaines de questions sur des sujets qu'on ne connaît pas ! On en arrivera à expliquer que voter, c'est simplement « juger » sur une bonne « gueule »,... mais ce n'est pas chez nous que des citoyens se comporteraient ainsi.
Porter un jugement sur les actions de ceux qui nous entourent, qu'il soit positif ou négatif, (ce deuxième cas de figure semblant être plus fréquent que le premier) est une occupation manifestement banale, à laquelle la majeure partie d'entre nous se livre quotidiennement, au moins en pensée. Le jugement au sens habituel de jugement de valeur, c'est-à-dire l'appréciation portée sur la valeur d'une chose, d'une action ou d'une personne (plus rarement d'une pensée, voire d'un sentiment), est pourtant une notion complexe, et plus lourde de présupposés et de conséquences qu'il n'y paraît, mais la télé se charge de la réduire à sa plus simple expression : l'image !
Le fait de juger suppose au moins deux qualités que toute personne qui juge devrait pourtant s'assurer de posséder : la compétence dans le domaine concerné, et l'impartialité. Mais ces deux qualités suffisent-elles pour acquérir le droit de juger ? Cela reste à voir. On peut, en outre, distinguer deux types de jugements de valeur : ceux qui concernent les questions morales ( le bien et le mal, le juste et l'injuste, par exemple) et ceux qui concernent les questions de goût ( le beau et le laid, par exemple).
Le discours politique repose de plus en plus sur ces principes, car ils sont beaucoup plus aisés à retenir pour des adeptes. Il suffirait de décoder les discours de Sarkozy pour  démontrer sans peine que des références de ce type interviennent dans sa logique. Mais il y en aurait bien d'autres de la même veine. Dans quelques temps, depuis sa maison, sur son canapé, via un téléphone portable, on organisera des référendums sur des... impressions ou des images, des mots clés au sens tellement large qu'ils autoriseront tous les jugements de valeur.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

Kyrande 19/03/2009 02:37

+ 1 également Mais, monsieur Darmian, savez vous qui est Ludwig von Mises pour honorer à ce point ses idées ?

JMD 19/03/2009 08:00



Je sais simplement que Ludwig von Mises faiait une confiance aveugle dans la loi du marché et que s'il était de ce monde il constaterait que, si sa prophétie sur la fin du communisme a été
vérifiée, celle sur la fin du capitalisme financier va s'effondrer! Je n'honore donc pas à ce poit cet homme qui n'apparaît que circonstanciellement dans une chronique
JMD



youkaidi 19/11/2008 19:51

Je juge cet article très bon et je tape 1 pour garder ce blog.