Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 074 692

PAGES LUES

7 113 288


MAIS JE DEBLOGUE...

Archives

28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 07:17

La politique est un art qui requiert de l'expérience, du recul et plus encore une habileté que les techniciens ne savent pas toujours avoir, car ils pensent que le public auquel ils s'adressent n'a aucune aptitude à comprendre. Cette absence d'analyse de l'auditoire provoque des échecs retentissants, et souvent des descentes rapides aux enfers sur des chemins seulement pavés de mauvaises intentions. L'assemblée générale des Maires de France, à laquelle j'ai assisté, a amplement démontré cette différence fondamentale dans la conduite des affaires publiques : tout est dans la forme , plus rien ne porte sur le fond ! D'un bout à l'autre cet événement, important dans le contexte actuel, n'aura été qu'une divine comédie avec seulement fort peu de moments de vérité. Et il faut le reconnaître, les grands moments auront été ceux provoqués par les ratés ministériels, mais surtout pas par des prises de position politiques fortes. Dans l'enceinte de la Porte de Versailles on ne fait pas de... politique, on vient essentiellement pour apprendre à quelle sauce on sera mangé, par manque de courage et surtout de réflexion globale.
Les deux héros de ce 91ème rendez-vous auront été François Fillon et Xavier Darcos. Le premier a été envoyé en première ligne, comme ces braves Poilus sur le Chemin des Dames. Il a servi d'appeau à son Président détesté, mais qu'il est bien obligé de respecter. Il est arrivé sans savoir que la majorité des maires présents, malgré les résultats à l'élection du Président, avaient une sensibilité de gauche ou au minimum républicaine. Tout « collaborateur » de l'hôte de l'Elysée qu'il est, il n'avait pas vu venir la bourrasque qui l'a déstabilisé. Il est vrai que , comme la très grande majorité des Ministres et des parlementaires de tous bords, il y a longtemps qu'il a perdu le contact avec les réalités. Il a cru que, sous prétexte qu'elle est réputée « apolitique », la majorité des édiles locaux approuverait un coup de menton idéologique sur le service minimum. Même l'IFOP ne savait pas qu'à la base, à part les fanatiques sarkozystes, les maires en ont plein les bottes du comportement du gouvernement dans son ensemble. Non seulement l'idéologie UMP les livre en pâture à l'opinion publique, en ne cessant de transférer vers eux les responsabilités sans les moyens, mais en plus désormais, ils sont surveillés, jugés, méprisés parfois, par des fonctionnaires aux ordres ! La décentralisation a vécu, puisque le contrôle est devenu le moyen d'action le plus pervers pour mettre à genoux les élus. C'est la bonne année, puisqu'il y a beaucoup de « petits » nouveaux, peu rompus à ce climat de suspicion permanente.
Le coup du Père François (Fillon) a été révélateur de ce ras le bol quasi général : tout le monde a bien compris que l'art de la politique c'était de faire exécuter par d'autres ce qu'on ne peut plus faire soit même. On impose une règle, utile à son image, avec une insolence d'autant plus ostentatoire que... on ne risque rien et que l'on se préoccupe seulement de casser le cap d'en face. Peu importe les « morts », peu importe les « dégâts », peu importe les « réalités », il est indispensable de montrer ses muscles sur un sujet somme toute anecdotique puisqu'on est incapable de répondre aux autres préoccupations essentielles. Tout repose sur, ensuite, une juste répartition des rôles : l'un manie le bâton, pour que l'autre puisse arriver avec les carottes ! Quant à Darcos, il a préféré battre en retraite devant ceux qu'il savait remontés comme des gens humiliés par un premier Ministre, venu les traiter comme des délinquants primaires. Ce double raté (volontaire ou pas ?) reposait sur la provocation pour l'un, et sur le mépris pour l'autre, mais dans les deux cas, ce n'était que le reflet exact de la considération portée par l'UMP à celles et ceux qui portent, au quotidien, la valeur républicaine de la proximité.


DEUX POIDS DEUX MESURES
Dans les petites communes, notamment, bien des maires, dépourvus de personnel, sont réellement incapables d'accueillir les élèves lorsque les professeurs font grève. Or, non seulement le ministre n'a pas tenu compte de leurs remarques, mais il a ordonné... aux préfets de les déférer devant le tribunal administratif ! Une mesure vécue comme une véritable injustice par les intéressés, alors que souvent l'Etat lui-même est, par exemple, incapable de tenir ses engagements vis-à-vis des maires (décalage dans le versement des subventions faute de crédits de 2, 3 voire 4 ans) dans de nombreux domaines. Les suppressions de services publics sans concertation (Trésorerie, DDE, gendarmeries, tribunaux, hôpitaux de proximité...), la décision de confier à certaines mairies la gestion des dossiers de passeports biométriques ou demain des cartes nationales d'identité sécurisées, le flicage par téléphone (aucun constat légal n'a été établi) des communes n'ayant pas mis en œuvre le SMA, les ratios de gestion tendancieux appliqués à la gestion financière, l'absence de prise en compte depuis 1999 des évolutions de population, les annonces de suppressions des ressources actuelles...mériteraient parfois bien des citations devant les tribunaux administratifs.
D'ailleurs, tout le monde a passé sous silence, dans le système médiatique, que pour ne pas être condamnée par le Conseil d'Etat, la brillante Ministre de la Justice a été obligée d'annuler son décret sur la carte judiciaire la... veille du jugement ! Elle n'a pas en effet davantage respecté les lois que les maires, incapables de mettre en œuvre le service minimum, mais elle possède, bien évidemment, le pouvoir de contourner la loi... Dommage que l'on n'ait pas donné l'ordre aux Préfets de traduire les suppressions de tribunaux au Conseil d'état.
Comme si cela ne suffisait pas, Xavier Darcos n'a même pas dépêché, pour le remplacer, son directeur de cabinet ou un « politique », mais il a envoyé au casse-pipe un fonctionnaire en service commandé, révocable selon les circonstances, le recteur de Créteil. Plus de 2 000 maires ont alors quitté la salle, en signe de protestation. Enfin, pour aggraver encore son cas, il a fini tout de même par se rendre sur le site, mais en catimini, en froussard, en se dissimulant presque, sans même parler aux congressistes « amis » ou « ennemis » supposés ! Une attitude que les édiles, de droite comme de gauche, ont interprétée comme une marque de mépris similaire à celle qu'il dispense à l'égard des enseignants. Il restait à Zorro à entrer en scène.


LE BON GRAIN ET L'IVRAIE
Ce fut le cas, avec un parterre presque exclusivement constitué de supporteurs, hier en fin d'après-midi, car bon nombre d'élus étaient déjà repartis sur leurs terres. Le président de la République a montré, lui, qu'il avait plus de métier, et qu'il prenait véritablement son Premier Ministre et son ami proche, Xavier Darcos, pour des « moins que rien » . Il les a véritablement ridiculisés, avec un aplomb exceptionnel. Un numéro comme lui seul sait les faire, une pirouette de cirque politicien, un tour de prestidigitation médiatique, digne d'un Grand Cabaret de Patrick Sébastien ! Il est même ressorti de la salle sous les acclamations des supporteurs. Comment ? En faisant tout simplement du Sarkozysme primaire, c'est-à-dire en parlant aux maires avec vigueur sur la forme, tout en les flattant sur le fond. Il a fait le bravache qui n'a peur de rien, et qui sait que pour s'en sortir sans mal, il fallait... battre en retraite, pour au moins récupérer ses partisans. La salle lui était acquise, mais encore fallait-il la prendre dans le sens du poil !
« L'éducation ? Avant de venir, on m'a déconseillé d'en parler, a-t-il expliqué. Et bien, au contraire, je vais aborder le sujet, car ce serait être lâche de l'éviter. » Voilà pour Darcos qui a été habillé pour les fêtes de fin d'année. Avant d'enchaîner, pour régler son compte à ce Fillon intransigeant, qui n'a rien compris au cœur sensible des Maires de France : "Je comprends le sentiment d'injustice d'un maire rural traîné devant le tribunal administratif alors qu'il a fait ce qu'il a pu. Ce que je n'accepte pas, c'est qu'un élu refuse d'appliquer la loi (...). On ne peut pas traiter les deux de la même manière." Récoltant, dans la foulée, les ovations des élus, il a tout simplement ajouté à la liste des « idiots » de service, tous les Préfets zélés qui sont allés recenser les plus petites communes, pour les faire condamner, comme dans le Var, à 10 000 euros d'astreinte par heure de retard dans l'application du SMA. Ah ! Ils vont avoir l'air malin les Préfets et les juges !
En fait, le Président de la République venait de légitimer des procès purement politiques faits à de mauvais maires, soucieux de défendre le service public d'éducation... et il a dressé contre eux tous ces braves élus, qui eux, ne font surtout pas de politique, et qui ont tout fait pour respecter un texte qui va dans quelques années les mettre dans une situation intenable, après que plus d'un tiers des postes de remplacement aient été supprimésà compter de la prochaine rentrée. Peu importe, ils étaient heureux, le président les avait entendus. Lui. Pas les deux autres et tant pis pour ceux qui défendent le fond plutôt que la forme ! Ce n'est pas à la mode. Les Préfets et les tribunaux administratifs vont donc séparer le bon grain de l'ivraie. La République en sortira grandie ! Mais comme tout le monde s'en fout...
Mais je déblogue...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
commenter cet article

commentaires

pc 29/11/2008 13:10

J'ai lu dans Sud-ouest ce matin que Vaclav Havel a dit de Sarkozy "qu'il avait tendance à avoir la parole plus rapide que la pensée", il me revient à propos du même cette phrase d'Audiard "les imbéciles ça se permet tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît".....

PIETRI Annie 28/11/2008 22:29

J'ai essayé de suivre, durant ces trois jours, le déroulement de ce Congrès des Maires de France, ou tout au moins ce que Public Sénat a bien voulu nous diffuser. Edifiant ! Fillon, droit dans ses bottes, qui se fait siffler et huer lorsqu'il aborde le problème du Service Minimum d'Accueil, Xavier Darcos qui se dégonfle et préfère envoyer un lampiste pour affronter les maires mécontents,et longer les murs, et le chef suprême, égal à lui-même, qui balaie tout cela, fait passer ses "collaborateurs" pour des demeurés qui n'ont rien compris, alors que lui, Sarkozy , il a parfaitement compris les préoccupations des Maires, il a écouté avec attention leurs revendications exprimées par le secrétaire général de l'Association, le Maire socialiste d'Issoudun, André Laigniel, qu'il tutoie ostensiblement et avec insistance , histoire de prouver qu'il peut être ami avec un Maire socialiste....Et il comprend tout a fait les soucis des élus locaux, il sait les difficultés qu'ils rencontrent, il connaît aussi leur importance dans la vie économique du pays, et leur rôle de proximité auprès des citoyens! Facile de se faire applaudir sur de telles affirmations lorsqu'elles ne sont étayées par aucune mesure concrète.....Quand à l'impossibilité pour certains maires de mettre en place le SMA faute de moyens en personnel, bien sûr qu'il comprend l'injustice qui a consisté à les faire poursuivre à l'instigation des préfets..et condamner par la justice de Madame Dati...qui a écouté cela, impassible. Il va faire réparer une telle injustice à l'égard de ceux , au moins, qui ne sont pas volontairement, pour des motifs politiques, entrés en rébellion contre un texte voté par le Parlement..... Mais comment compte -t-il séparer "le bon grain de l'ivraie"? Va-t-on se déterminer sur la taille des communes? Moi, j'ai plutôt l'impression que cela va se faire "à la tête du client"...et que les élus socialistes et autres "gauchistes" n'ont qu'à bien se tenir! Alors, bien sûr, il est facile de se faire applaudir par une assemblée essentiellement composée de maires de petites communes qui espèrent faire partie "du bon grain"....(ils étaient 100 des Alpes Maritimes, en rangs serrés autour d'Estrosi). Mais j'ai aussi eu, contrairement à ce que tu as ressenti, l'impression que l'enthousiasme de la salle était assez modéré. Et il a dû gesticuler beaucoup pour obtenir que l'assistance se lève quand à été "lancée" la Marseillaise. Je n'ai pas vu beaucoup d'élus entonner les paroles avec lui, sauf quelques uns des ministres qui l'accompagnaient dans ce show, et ce, bien qu'il encourage vigoureusement, par une gestuelle impérative, la salle à l'accompagner....Tu as intitulé ta chronique "Zorro est arrivé". Il me semble avoir lu quelque part que vous aviez surnommé "Zorro", votre surveillant général à l'Ecole Normale... Et je crois avoir lu aussi qu' "il vous jaugeait du haut de son mètre soixante cinq", ... Et aussi "qu'il avait l'âme d'un justicier". Cette analogie te fera peut-être sourire un peu...et te rappellera quelques souvenirs.

Suzette GREL 28/11/2008 17:57

tout à fait vrai, insupportable de mépris et de bassesse!Comment peut-on accepter d'être traité ainsi?L'avenir fait peur car tout le monde semble satisfait, sauf quand tu fais la collecte pour la banque alimentaire...alors tu vois les visages trés anxieux.