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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 00:14

Mais où va-t-on ? Nul ne le sait véritablement si l'on se fie aux événements de ces derniers jours. Plus personne ne bouge. Tout le monde se calfeutre. Tout le monde se contente des apparences. Tout le monde ne retient que des torrents de promesses quotidiennes pour les plus pauvres, les moins riches, les licençiables, les ruinés potentiels... rien n'échappe au moulin à paroles élyséen. Il va de ville en ville, installant son étalage de camelot en réformes permanentes dans des foires pour consommateurs Ump. Il vend de la potion magique comme le faisaient les charlatans dans les westerns de série B. Ce gars là peut tout soigner et redonner vie à un pays exsangue, le guérir de son anémie. Il vante son produit, qui ne résiste pas à un examen attentif de l'étiquette décrivant les ingrédients réels de sa composition. En fait, il faut simplement y croire pour que ça marche... et remplacer le contenu par de l'eau, bénite par le Chanoine de Latran !
La réalité est tout autre, car pendant que le bonimenteur n'ayant pas un sou occupe quotidiennement le devant de la scène, des événements se déroulent dans le dos des spectateurs. En quelques jours, la France est devenue véritablement une république quasiment bananière, où plus rien ne préserve les citoyens. Inutile de revenir sur l'épisode de Filippis qui survient après bien d'autres événements moins médiatisés, mais tout aussi graves. Les menottes ou la fouille à corps ne sont pas considérées par notre société comme ayant le même poids selon le statut de celui à qui elles sont appliquées. Le directeur d'un journal national a beaucoup plus de valeur qu'un sans papiers, et bien évidemment, l'émoi n'est pas le même.
Les syndicats de journalistes de Libération résument parfaitement la situation dans un communiqué : « L'arrestation musclée avec fouille au corps pour une simple suspicion de délit de diffamation, dont a été victime vendredi notre confrère Vittorio de Filippis a toutes les allures du mauvais remake d'un film de Costa-Gavras, cinéaste spécialisé dans la stigmatisation des régimes totalitaires. Mais pour les ministres Rachida Dati et Michèle Alliot Marie, ce sont des procédures normales. Comment la France a-t-elle pu tomber si bas ?
On croyait révolu le temps où le ministre de l'Information validait le texte du journal télévisé : il n'en est rien. Au lieu de constituer une force au sein de notre démocratie, la liberté de la presse semble être considérée comme un fléau. Toutes les intimidations sont bonnes pour dissuader les journalistes de faire leur travail. Pour l'intersyndicale des Syndicats de Journalistes cette nouvelle atteinte à la liberté de la presse constitue une suite logique des propos tenus depuis plus d'un an par les hautes autorités de l'Etat et des réformes engagées ou envisagées. Elle ne présage rien de bon pour la démocratie et les citoyens. De même l'annonce par le Président de la République, une de plus, doit être accueillie avec la plus grande méfiance.
La "dépénalisation de la diffamation" dont les propositions sont avancées par un universitaire lyonnais, sous couvert de "simplification", est en fait une destruction pure et simple de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Aussi, l'intersyndicale des Syndicats de Journalistes appelle tous les journalistes, tous les citoyens, toutes les associations et tous les partis politiques attachés au respect de la liberté de la presse et de la personne humaine, à se rassembler vendredi à 13 heures devant le Palais de Justice de manifester leur soutien à Vittorio de Filippis, du journal Libération et à protester contre la politique actuelle du gouvernement en matière de presse».
Mais il a fallu qu'un tel fait se produise pour que les journalistes se décident à réagir et à se mobiliser, alors que depuis des semaines ils oublient de parler de tout ce qui arrive aux autres... Les éditoriaux, lus par peu de monde à part les chargés de revue de presse dans les radios nationales, n'ont pas été nombreux, sur les manquements répétés du pays supposé des Droits de l'Homme, en train de basculer vers une justice Far-West ! Aurait-on imaginé que les fondateurs de la République inscrivent dans leur déclaration de 1789 l'emprisonnement des mineurs de moins de 12 ans ? Et pourtant après avoir passé les menottes à un journaliste, avoir mis en prison des enfants de sans papiers, on va améliorer la sécurité des biens et des personnes en niant les causes de l'insécurité pour en traiter, spectaculairement mais inutilement, les effets.

DRAMATISATION ODIEUSE
L'abaissement de l'âge de la responsabilité pénale à douze ans, suggérée dans le rapport Varinard, est une mauvaise idée, strictement populiste, et donc dangereuse pour nos libertés individuelles. Tout d'abord, en raison du fait qu'il devient possible d'incarcérer en cas de crimes dès l'âge de 12 ans au lieu de 13 ans. Mais il ne s'agit que de 30 cas par an, et aucun d'entre eux ne nécessite un texte d'exception. En fait, c'est purement un nouvel argument de bonimenteur social puisque le nouveau système préconisé est très défavorable pour les victimes. En dessous de 12 ans, l'irresponsabilité pénale est désormais absolue. Cela signifie qu'il n'y aura plus d'enquête pénale, quels que soient les faits. Les victimes devront donc se contenter de demander au tribunal civil une indemnisation en argent par les parents. Lorsque le ministère présentera le projet de loi de réforme de l'ordonnance de 1945, il faudra rappeler au gouvernement l'essentiel du travail de la Commission, afin de ne pas laisser le débat être instrumentalisé une fois de plus par l'approche idéologique, simpliste et contre-productive, qui a prévalu lors des projets de lois des dix-huit derniers mois sur les questions de justice. Pour justifier des dérapages que personne n'aurait toléré il y a seulement vingt ans, le gouvernement pratique, en plus, l'intoxication par des statistiques fausses.
Sur les 203699 mineurs mis en cause (ce qui ne veut pas dire condamnés) par les services de police et de gendarmerie en 2007, " l'ensemble des faits susceptibles d'être qualifiés de criminels (homicides, viols, vols à main armée, prise d'otage, trafics de drogue) ne représentent que 1,3% du total ". Ce qui signifie que 98,7% des faits constatés ne sont pas des actes graves. Il s'agit de vols, dégradations, simples bagarres ou usage de drogue et aucun ne relève d'une incarcération. Mais il est vrai que l'éventualité d'une diffamation ne relevait pas non plus du traitement infligé à celui qui aurait accepté, comme directeur de publication, un commentaire calomnieux ! Le 16 octobre, la garde des Sceaux affirmait au contraire avec sa mine grave, sur France 2 : "Il y a 204.000 mineurs qui sont mis en cause pour des actes graves. Mais des mineurs délinquants, madame Chabot, c'est des violeurs, des gens qui commettent des enlèvements, des trafics de produits stupéfiants. Ce sont des gens qui brûlent des bus avec des personnes dedans". Faux. Archifaux. Une vision apocalyptique, qui ne correspond absolument pas à la réalité. En plus, il faudrait qu'elle fournisse à côté une autre statistique, celle de l'efficacité réelle du passage en prison !

LE RECRUTEMENT COMMENCE
Certains n'ont pourtant pas attendu pour mettre en œuvre la poursuite des dangereux criminels qui contestent les lois. Les gendarmes et leurs chiens se sont octroyés le droit d'aller traquer la drogue dans les salles de classe du collège de Marciac, ville bastide gersoise célèbre pour son festival de jazz. Les professeurs, et surtout les parents, après qu'une fouille improvisée ait quelque peu intimidé les élèves, il y a quelques jours, ont réagi médiatiquement. C'est surtout le témoignage d'une élève de 13 ans (elle relève déjà des menottes pour une éventuelle diffamation), publié sur internet, qui a provoqué la polémique aux abords du collège de Marciac. Elle a eu bien plus de courage que certains adultes réputés responsables des mineurs qui leur sont confiés ! La jeune collégienne était en classe lorsque les gendarmes arrivent dans sa salle de cours. Sur l'emploi du temps, une rencontre avec les gendarmes sur les risques liés à la consommation de drogues est prévue par... le conseiller principal d'éducation.
En réalité, le principal du collège a demandé une « descente » auprès de la procureure de la République, comme la loi l'y oblige. Bel exemple de droiture vis-à-vis des adolescents, qui auront désormais pleinement confiance dans le personnel de l'éducation nationale, après une tromperie de ce genre.
Résultat, la rencontre de prévention se transforme en une fouille insistante, avec l'aide des chiens renifleurs. Zoé décrit ainsi l'arrivée de deux gendarmes, « un monsieur chauve habillé en militaire (le dresseur de chien) et un gendarme très gros ». Et le premier de lancer aux élèves : « Nous allons faire entrer un chien ! Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le regardez pas ! Quand il mord, ça pique !». Dans son témoignage, Zoé décrit longuement la fouille individuelle et méticuleuse qui s'en suit. Stylos disséqués, habits retirés... Tout semble y passer. La gendarmette « fouilla dans mon soutif et chercha en passant ses mains sur ma culotte ! Les gendarmes n'exprimèrent aucune surprise face à ce geste mais ce ne fut pas mon cas ! ». Bilan de l'intervention : aucun produit illicite trouvé, mais quelques élèves bien choqués... et un simulacre de rafle, qui permettra sûrement à un professeur d'histoire intelligent d'expliquer ce qu'ont dû vivre les enfants juifs.
Heureusement que Xavier Darcos était là pour immédiatement décliner le fameux argument d'excuse : « c'est pas moi M'sieur, c'est elle ! » L'affaire prenant hier une certaine ampleur, le ministre de l'Education Xavier Darcos a réagi en se déclarant « étonné » (c'est fou ce que les ministres sont étonnés en ce moment) des conditions de ce contrôle. Il devait recevoir aujourd'hui l'inspecteur d'académie du Gers.
«Il n'y a pas de bonne insécurité, elle est toujours mauvaise», a-t-il ajouté aujourd'hui en réponse à la procureure de la République du Gers qui a déclaré à la presse: «Les élèves ont peur de ces contrôles; ça crée de la bonne insécurité, satisfaisante à terme en matière de prévention.» Il est certain qu'il va demander au Préfet de citer au tribunal administratif, pour comportement contraire à la loi, les auteurs de ces faits. A moins qu'il leur demande d'assurer le prochain service minimum d'accueil dans le collège lors de la prochaine absence imprévisible d'un enseignant ! Ils obtiendront l'agrément du Principal sans problème, car ces gars-là sont diablement efficaces !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

youkaidi 04/12/2008 22:28

"Une bonne insécurité"... terme bizarre mais  c'est vrai qu'il n'y a rien de mieux quant on est un politique en baisse dans l'opinion, que l'on veut faire oublier un peu une gestion de la crise inapropriée.Dommage qu'il n'y ait pas pour l'instant une petite émeute des banlieues quelque part (parce que bon les sifflets de la Marseillaise monté en épingle ça peut aller trois quatre jours, pas plus, tandis qu'une bonne émeute ... ). 

PIETRI Annie 04/12/2008 22:23

Le torrent des promesses quotidiennes s'est encore accru aujourd'hui (eh oui, c'est toujours possible, même si nous pensions en être arrivé au summum). Mais, n'en doutons pas, les bons esprits vont applaudir à ce plan de relance génial, qui profitera toujours aux mêmes. Mais ceux à qui il n'est pas destiné, et à qui il ne rapportera rien, applaudissent aussi...alors, si tout le monde est content, si tout le monde est aveugle, si nous ne sommes que quelques protestataires patentés à essayer de rester lucides, l'avenir ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices. Les grimaces viennent plutôt de nes partenaires européens, qui commencent à douter de l'efficacité de notre guide...en dépit de son agitation maladive.Quant à nos libertés individuelles, au traitement réservé à nos enfants et à leur avenir, je vous livre ce petit billet d'un humoriste quotidien. J'ai, en effet, bien aimé le "Papier de verre" de Hervé Le Tellier dans "Le Monde.fr" de ce matin, (édition de 8 heures 30); Il écrit: "dépister l'enfant violent dès 3 ans. Emprisonner le jeune délinquant dès 12 ans. Une honte. Oui, vous avez bien lu: ça lui laisse neuf ans d'impunité totale, à ce sale gosse"....Certains l'auront lu, comme moi. Il aura peut-être échappé à d'autres. C'est à l'intention de ces derniers que je le reproduis ici...pour qu'ils le méditent !