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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 07:55

Les lycéens ont un statut citoyen particulier en France depuis mai 68. Ils ont pris le pouvoir par leur seule capacité à envahir les rues et témoigner d'un mécontentement que peut aussi porter leur famille. Aucun autre corps social n'a la même influence sur le cours de la vie politique. Les ouvriers, les employés, les fonctionnaires, les milliers de licenciés, les mal logés, les sans papiers, n'arrivent pas à la cheville des jeunots capables de faire caler n'importe quel ministre. Les matamores ont tous été obligés de rentrer à la maison quand se vident les lycées. Le problème, c'est que malheureusement, les enfants des écoles sont tributaires de la volonté de lutter de leurs parents, et qu'ils ne peuvent pas descendre dans les rues, autrement l'école républicaine serait beaucoup mieux protégée qu'elle ne l'est actuellement. Ils peuvent mettre à genoux n'importe quel gouvernement, et Nicolas Sarkozy le sait bien... Il a en mémoire les accidents graves qu'a valu à certains ministres une conduite trop dangereuse. Des déclarations odieuses sur la maternelle ne conduit pas un seul élève à manifester, et ne met pas dans une manifestation beaucoup de citoyens. En revanche, en touchant aux programmes de seconde, Xavier Darcos s'est mis au bord du précipice où finiront les recalés du remaniement ministériel.
Il était certain de son fait. Il était soutenu par le maître du monde, basé à l'Elysée, qui vantait son courage, son abnégation, son dynamisme à casser de l'enseignant ! Ce zèle lui a valu même un espoir de rejoindre Matignon. Il en a donc rajouté dans ses déclarations vis-à-vis de l'Ump : « retenez-moi car je vais faire un malheur dans le système éducatif. Je ne vais pas dégraisser le mammouth mais je vais carrément le pulvériser ! » Il n'y était pas allé avec le dos de la cuillère en déclarant, par exemple, le mercredi 10 décembre sur Europe n°1 : « Je ne suis pas ministre de l'hésitation nationale, j'ai un devoir pour les générations futures. Il s'agit de réformer, dans un pays qui en a besoin ». La réforme du lycée est « absolument nécessaire » et « faite dans l'intérêt des élèves avec accord des organisations syndicales à l'origine et sur les conseils des représentants des lycéens ». Il avait fait mieux un mois auparavant sur RTL en clamant : « J'ai envie de dire à ceux qui font la grève qu'il faut qu'ils fassent attention parce que le monde, la France avancent plus vite que les cortèges » et le 21 octobre, il avait pulvérisé le mur de l'orgueil personnel en expliquant : « J'assume les réformes parce que je les crois nécessaires » et « je ne serai pas l'homme du statu quo. J'assume qu'à l'école primaire, nous ayons lutté contre l'échec scolaire qui faisait que 15% des élèves entraient en sixième sans savoir lire. J'assume qu'au collège, à partir de la semaine prochaine, à la rentrée de Toussaint, tous les élèves recevront, deux heures par jour, s'ils le souhaitent, un accompagnement éducatif. J'assume la réforme du lycée qui est absolument indispensable, aujourd'hui 15% de nos élèves de seconde redoublent, ce qui ne se trouve nulle part ailleurs, nous allons les accompagner, les soutenir ». Cet homme-là estimait que, comme toutes les réformes sarkozystes, la sienne resterait dans l'histoire... et qu'elle serait plus efficace que celles de ses collègues toutes inefficaces, en trompe l'œil, ou condamnées à devenir tôt ou tard inapplicables ! En fait, pas un seul ministre, sous-collaborateur du collaborateur de Matignon n'a echappé au désaveu depuis sa nomination par l'Elysée ! Dati, Boutin, Yade, Bertrand, Lagarde, Woerth, Kouchner, Barnier, Alliot-Marie, Morin... et tellement d'autres, ont avalé leur maroquin en public ! Une véritable épidémie de renoncements en tous genres : discrets, tonitruants, pathétiques ou risibles !

DARCOS SE DEGONFLE
Les lycéennes et les lycéens ont éternué et Darcos a plié bagages, alors que les syndicats enseignants s'époumonaient à expliquer vainement les mêmes choses. Chaque étape de la réforme du lycée va donc être reportée d'un an, de la seconde à la terminale, a indiqué, hier, le ministère de l'Education à l'AFP. Autrement dit, la réforme s'appliquera de la rentrée 2010 à la rentrée 2012. Et encore... s'il reste encore des professeurs dans les lycées pour la mettre en œuvre. Xavier Darcos en aura tellement éliminé, qu'il peut enfin espérer travailler en paix, puisque ses « bêtes noires » auront été exterminées. Concrètement, cela signifie que la nouvelle seconde va entrer en vigueur à la rentrée 2010, celle de la nouvelle première à la rentrée 2011 et celle de la terminale nouvelle version à la rentrée 2012, explique le ministère qui se « dégonfle » comme une baudruche ayant été piquée par des aiguilles actives. Le schéma initial prévoyait une mise en œuvre respectivement aux rentrées 2009, 2010 et 2011 mais c'est désormais un calendrier oublié ! Il s'est dégonflé par étapes.
Si le ministre de l'Education Xavier Darcos avait déjà annoncé, lundi matin, sa décision de reporter la réforme de la classe de seconde, il n'avait toutefois pas donné de précisions sur le calendrier de mise en œuvre des deux classes supérieures. Maintenant c'est fait, mais vous n'avez rien compris : c'est un acte de courage ! « Je n'ai pas le sentiment d'avoir reculé », a-t-il ajouté, et il est certain qu'il a avancé sur la voie de la raison. Les réformes ne sont surtout pas celles qu'il prônait, mais c'est surtout celles qu'il faut mener dans le domaine de la pédagogie, des filières, des moyens financiers, des situations confuses, des effectifs... Le reste n'est que du pipeau pour emmener les bon Peuple vers le gouffre.

LANGUE DE BOIS MORTE
« C'est une décision que j'ai prise moi-même, que j'ai mûrement concertée pendant le week-end, mais évidemment j'ai consulté plusieurs fois le président de la République lui-même avec qui j'ai eu plusieurs entretiens pour qu'il me donne son accord », a précisé le ministre de l'Education qui n'a plus rien de nationale. Qu'avec de jolis mots ces choses cruelles sont dites ! En fait, il faut traduire : « dimanche, je me suis fait remonter les bretelles par mon pote Nicolas, qui m'a demandé de ne plus me prendre pour le prof qui sait tout, et qui va finir par me mettre tout le monde sur le dos. Il m'a parlé de la Grèce et j'ai avalé mon chapeau... ». C'est la réalité. Le Président de la République n'a rien à faire de la réforme du lycée, alors que celle des écoles suffit à son bonheur. Elle permettra de mettre à la raison ces enseignants qui ne le saquent pas, et pour les profs, on attendra des jours moins dangereux ! Pyromane « qui est en train de mettre le feu aux poudres », l'actuel ministre incarne un véritable Terminator aux yeux de Jack Lang, qui serait prêt à servir en revenant au ministère de l'éducation. Selon lui, Xavier (ils sont très amis !) est « un homme intelligent, d'apparence débonnaire, mais qui en même temps utilise des paroles de mépris à l'égard des syndicats, à l'égard des professeurs », expliquait dimanche Jack Lang sur Canal +, « mais sa réforme s'apparenterait plus à une entreprise de démolition que de construction d'un nouveau lycée ». Dommage qu'il n'ait pas eu un mot pour l'école élémentaire, qui est exécutée, sans provoquer autant de manifestations de soutien... Il connaît la musique !
Darcos, qui se définit comme « un vieux de la vieille de l'Education nationale » a donc fini par plier. Comme son prédécesseur du temps du gouvernement Jospin, Claude Allègre, dont il entendait se démarquer, clamant qu'il "ne cèderait pas face à la rue". Encore une fois, l'exemple est venu de la jeunesse. Il faut espérer qu'elle inspirera ses professeurs, et leur prouvera qu'il n'y a pas de fatalité en matière de suppressions de postes même si, bien évidemment, il vaut mieux abandonner une réforme subalterne pour faire passer une autre réforme qui est beaucoup plus dangereuse. Celle-là touche essentiellement la base de l'édifice scolaire, à ses fondations, qui sont sérieusement minées par une impressionnante série de mesures qui auront des effets désastreux à plus ou moins long terme. On peut déjà prévoir que les lycéens de 2015 seront dans les rues, car les conditions dans lesquelles ils travailleront seront pires que celles prévues actuellement.

RETRAITE PRUDENTE
L'éducation n'est jamais réformée avec le souhait de l'adapter à une société exigeante à son égard, mais uniquement sur la base de ratios de « rentabilité » économique ou même sociale. Dans un monde de plus en plus complexe, dans lequel l'acquisition du savoir dépend de multiples facteurs non liés à la pédagogie, il faudrait admettre que le système éducatif doit préparer tout simplement à l'autonomie positive, celle qui permet de participer utilement et durablement à la vie sociale. Les têtes bien faites plutôt que les têtes bien pleines demandent beaucoup plus de moyens humains et matériels. Toutes les réformes Darcos ressemblent à celles que ferait un directeur de supermarché pour répondre à l'attente de son patron qui veut satisfaire sa clientèle : on modifie les étiquettes, on met la pression sur le personnel, on diminue les heures d'ouverture, on installe des têtes de gondole, on rogne sur tous les prix de revient mais... à aucun moment on ne se préoccupe de la qualité de l'offre. L'éducation a besoin de réformes. C'est une certitude, mais elles devraient partir d'une analyse globale de la société, et plus encore des objectifs qu'on lui assigne. Le seul objectif clair que poursuit le Ministère : c'est diminuer tous les moyens actuels pour se conformer aux possibilités financières disponibles. Il faut contraindre, diminuer, tailler, couper, transférer, mais surtout pas améliorer, car ce serait un mauvais exemple pour les autres secteurs.
Pour une fois, la presse écrite est unanime : ce report ou ce recul sur la réforme Darcos, pour la Voix du Nord comme pour Libération, c'est une rupture avec les débuts du quinquennat de Nicolas Sarkozy, pour l'Est républicain aussi, c'est sans doute un tournant. La Voix du Nord, qui évoque comme ses confrères, un syndrome grec : on craint en haut lieu, dit Hervé Favre, que les violents affrontements d'Athènes n'inspirent les factions les plus radicales d'un mouvement lycéen qui échappe aux organisations syndicales. La voilà peut-être, la vraie raison du report de la réforme : dans le Dauphiné libéré, Didier Pobel rappelle, lui aussi, que Nicolas Sarkozy redoutait une contamination venue d'Athènes, cet épouvantail grec (voir la chronique de hier ci-dessous) dont parle aussi Philippe Palat dans  Midi Libre... un épouvantail qui s'ajoute à d'autres, les plans sociaux à répétition, la crise du pouvoir d'achat, les polémiques sur l'audiovisuel public, le travail du dimanche et le logement social, bref pour Midi Libre un terrain suffisamment miné pour que le chef de l'Etat monte au front... et batte en retraite face aux jeunes, qu'il craint plus que les ouvriers ou les fonctionnaires, prisonniers du coût des grèves. Un signe fort de faiblesse !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

puig 18/12/2008 09:14

tiens revoilà le malfaisant d'here!!

marc d Here 17/12/2008 17:29

Evidemment on peut regretter que la réforme de Xavier Darcos soit retardée. Ce sont surtout les quelques milliers de  lycéens qui manifestaient, parfois violemment et sans beaucoup de clairvoyance, qui auront le plus à le regretter...Mais on peut comprendre que dans cette période de crise et donc de mécontentement et d'inquiétude bien compréhensibles, le gouvernement n'ait pas souhaité le développement de violences et de divisions. Sans doute aussi, Xavier Darcos était allé un peu vite, il lui faudra prendre le temps de la concertation et de l'explication, dans l'année qui vient. J'ajoute un mot sur le remarquable discours prononcé cet après-midi par le président, discours dont on peut penser qu'il sera suivi d'effets, notamment dans le domaine, si conservateur, de l'éducation.

daniel palacin 17/12/2008 07:43

Bonjour,Félicitations encore pour cet éclairage, dans cette grisaille générale, sur ce "monde" de l'éducation scolaire qui vous tiens tant à coeur, et c'est bien naturel, au regard de votre parcours.Je me demande pourquoi cet article ne suscite pas plus de commentaires.Seriez-vous le seul à posséder les bonnes lunettes pour décoder l'actualité ?
La lecture de votre blog devrait être conseillée comme thérapie de groupe à l’assemblée nationale. Je plaisante évidement, mais plus sérieusement une petite question me taraude.
 La réalisation d’une réforme se justifie :
 -à partir d’un besoin exprimé,
- qui conduit à élaborer un projet,
- construit sur une analyse,
-nécessaire à une prise en compte globale de tous les paramètres.
-Enfin vérifier que l’objectif fixé est bien atteint
-et surtout démontrer clairement où sont les intérêts.
-En terme plus commercial le retour sur investissement.
Alors la question qui me taraude je vais pas la poser, parce que hier j’ai eu la réponse avant de poser la question, au cours du grand Journal de Canal+.
A la question posée au premier ministre lors d’un déplacement à Orléans,
"pourquoi ce report ?" (sous entendus de la réforme...)
Réponse du premier ministre:
" Si vous ne comprenez pas la première fois ce que j'explique, la deuxième fois ça va être pareil ".
En prime, dans la première partie du Grand Journal, le secrétaire général adjoint de l'UMP,nous a expliqué qu’il faut poser les bonnes questions pour obtenir des bonnes réponses.
Alors…
- Courage "On a pas tout essayé" : C’est le titre de mon Blog, et ce n’est pas par hasard !
 

Hadjadj Yvon 16/12/2008 11:39

Quelques remarques humoristiques:Darcos est tellement plein de lui meme qu'il oublie qu'il n'est pas un dirigeant mais un dirigeable ...qui peut etre délesté!Reculer pour mieux sauter c'est son nouveau slogan:Fait-il allusion à son avenir ministériel?Trouvera-t-il un poste au ministère de l'hésitation nationale ?

Gilbert SOULET 16/12/2008 08:40

Bravo, car très bel article.Leur lutte a payé. Victor Hugo ne disait-il pas:< ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent? >Prenons-en de la graine en faisant remonter notre mécontentement tous ensemble!De notre méditerranée, je t'envoie le GREC, et mon amitié.Gilbert de Pertuis en Luberon.
Ps) Le Grec est un vent méditerranéen de nord-est qui ne dépasse rarement plus de 5 à 6 mètres par seconde.Alors qu'il se trouve froid et sec en Corse, en Provence et dans le Languedoc, on le trouvera humide dans le Roussillon et sur la Côte d'Azur...