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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 08:07

La neige et sa blancheur immaculée envahit les cartes de fin d'année. On la trouve partout et, plus encore, on l'espère partout surtout pour des raisons économiques. Cela me remet en mémoire des moments exceptionnels. Ceux qui marquaient l'apparition des flocons à travers une baie vitrée de l'école. Impossible pour le maître de mobiliser l'attention d'élèves, dont le regard contemplait cette valse légère des flocons annonciateurs de joies parfois très éphémères sous le climat bordelais. Je garde comme le plus extraordinaire des souvenirs la soirée de février 1956 où, inexorablement, le paysage visible depuis la fenêtre de la cuisine que nous occupions, près du secrétariat de la mairie de Sadirac, se revêtit d'une épaisse couche de poudre, venue d'un ciel qui avait plongé la nature dans une nuit précoce. Lentement, comme étouffée, comme engluée dans cette gangue, la vie se paralysa pour faire place à un silence assourdissant.
 Nous partîmes au lit, persuadés que le lendemain matin serait celui du bonheur inédit des aventures dans cette neige invasive. En fait, rien n'arrêta cette montée d'un manteau d'une épaisseur historique. Le matin amena sa première surprise, puisque mon père dut déployer toute sa force pour parvenir à entrebâiller les volets, pour ensuite s'attaquer au déblayage d'un périmètre réduit. Isolés. Nous étions isolés, car ni l'électricité, ni le téléphone, ne fonctionnaient. Mais dans le fond, nous n'avions pas le sentiment d'avoir perdu quelque chose d'indispensable... Rien ne fut véritablement changé à notre quotidien le premier jour, puisque nous n'avions que peu d'éléments de confort tributaires de la pénurie de courant électrique. On ne peut se sentir privé que quand on se retrouve dépendant... mais jamais quand l'essentiel ne vous manque pas.
Un tel évènement serait plus que catastrophique aujourd'hui. Il s'était soldé par 1000 victimes recensées en Europe; il y en aurait probablement beaucoup plus dans les mêmes circonstances en 2008 : des milliers de morts et des dizaines ou des centaines de milliers de sinistrés. La seule chose qui manqua rapidement fut le pain. Mon père partit explorer le village et décida de monter une expédition pour aller quérir l'essentiel de la nourriture familiale. Deux ou trois hommes construisirent un chasse-neige improvisé, avec des traverses de chemin de fer et un tracteur, pour parcourir les 3 kilomètres de chemins incertains, car ayant perdu leurs repères habituels. Quelques heures après, l'expédition polaire ramena un sac de jute garni d'énormes miches, que l'on se répartit entre les familles accessibles. Personne ne protesta, personne ne vint réclamer un prompt secours. Personne ne sortit de la logique voulant qu'à événement exceptionnel, il fallait absolument admettre la difficulté d'apporter une réponse immédiate. Durant plus d'une semaine, la vie s'organisa autour d'un seul principe : solidarité active ! Plus d'un mètre de neige n'endormit jamais les énergies et, au contraire, décupla les savoir-faire ingénieux.

UN CENTIMETRE ET UN METRE
Désormais, quelques centimètres suffisent à réduire en lambeaux une vie sociale qui doit être lisse pour se perpétuer. La dépendance est telle que, très rapidement, la révolte gronde. Du 1° au 28 février 1956, la France et une grande partie de l'Europe, luttèrent pied à pied contre un envahisseur pacifique mais destructeur. Envisager ce qui se produirait aujourd'hui, en pareilles circonstances, c'est tout simplement réfléchir à la fragilité du monde productif.
Les transports seraient paralysés pendant un mois et ne permettraient plus l'approvisionnement alimentaire, le parc routier serait, en grande partie, hors d'usage, avec des circuits de refroidissement de moteurs éclatés, et le fuel inutilisable, les centrales nucléaires ne produiraient plus d'électricité, les systèmes de réfrigération seraient pris par les glaces et 95% des fleuves et rivière pris par l'embâcle. Il suffit d'extrapoler  les conséquences de l'apparition de ce phénomène sur une partie du territoire ces jours derniers. Le réseau aérien des télécoms, et les réseaux hertziens, ont été en grande partie anéantis. Des milliers d'entreprises sont au chômage technique, faute d'électricité, à cause de moyens de transport, de matériel et de matières premières endommagés... et parfois, tout s'immobilise, comme figé dans la stupeur d'une apparition de la neige en hiver, ou presque ! Environ 95% de la population se retrouverait, en 2008, privée de chauffage domestique et sans électricité, avec des canalisations éclatées par -10° à -15° en moyenne, et souvent beaucoup moins. Les denrées alimentaires (notamment les légumes frais) seraient fortement détruites par le gel qui prendrait le sol sur 1m,50 de profondeur par endroits.
A partir de la mi-février, cette année-là, on ne pouvait plus creuser le sol pour enterrer les défunts. Le domaine agricole, céréales, vignobles,etc... était sinistré à 90 %.
Aujourd"hui, il faudrait 5 à 6 fois le PNB du pays pour faire redémarrer l'économie et pour revivre à peu près normalement. Il faudrait des années pour nous en remettre... quand on constate que depuis plusieurs jours, personne ne vient à bout de l'arrivée intempestive et massive des flocons.

NEIGE CATASTROPHIQUE
En fin de matinée, hier, plus de 18.000 foyers étaient privés d'électricité dans le centre de la France, un chiffre en hausse, en raison de nouvelles intempéries. Aux 8.000 clients encore privés d'électricité, suite aux chutes de neige du week-end dernier, viennent s'ajouter 10.000 foyers, à cause d'une nouvelle intempérie. Plus de 1.300 agents d'EDRF et d'entreprises prestataires étaient toujours mobilisés pour réalimenter les clients privés de courant.
Météo France avait qualifié mardi l'enneigement dans l'est des Alpes de "sans précédent depuis un demi-siècle", pour un mois de décembre. Un phénomène qui rappelle celui de février 56, mais qui ne réjouit personne, car en fait plus personne ne sait véritablement concevoir sa vie autrement qu'électrique, « automobilisable », ou sécurisée. Impossible de ne pas parler de véritable catastrophe si les températures atteignaient -25 °C à Nancy ; -22 °C à Agen ; -17 °C à Montpellier et à Marignane. Cette vague de froid, qui a fait près de 1000 morts en Europe,  causerait maintenant 100 000 victimes potentielles. L'abbé Pierre avait d'ailleurs lancé un appel le 6 février 1954, alors que la situation était bien moins dure. Deux ans plus tard, les faits lui avaient donné raison. Provisoirement, car son cri de révolte avait déjà été oublié. On en est à peu près au même niveau qu'il y a un demi-siècle, lorsque le froid tuait, dans des conditions extrêmes, alors que désormais il suffit d'un coup de froid pour que la liste des morts s'allonge. Inutile de préciser qu'alors que les citoyens sont en état de précarité technologique dès qu'il gèle (la voiture de démarre pas, les routes deviennent glissantes, les robinets extérieurs ne résistent pas...), ils deviennent totalement désemparés dès que le courant ne passe plus.
Cette dépendance vis-à-vis de l'énergie électrique est totalement imperceptible en temps normal, alors qu'elle tourne à la catastrophe nationale en temps de crise. La France est le sixième marché mondial, avec une consommation égale à 444,7 TWh en 2003. Ce marché, largement dominé par EDF, est marqué par l'importance du secteur nucléaire,  par une croissance régulière de la consommation et par le processus en cours d'ouverture à la concurrence voulue par la Commission européenne.

SURTOUT LA TELE
L'ouverture récente du marché aux consommateurs éligibles (industriels et clients professionnels) s'est accompagné d'une forte hausse des tarifs. Le prix moyen du mégawatt-heure a augmenté de 55 % entre 2001 et 2005, passant de 22 à 34,4 € ce qui donne une idée de la double dépendance matérielle et économique. Il suffit pourtant que le climat soit conforme à la logique pour qu'elle prenne toute son importance. On rouspète en effet dans les chaumières à l'arrivée de la facture, mais surtout à la moindre interruption de la distribution. Sans télévision, la vie sociale devient en effet impossible, car si on peut trouver des aménagements pour tout le reste, l'étrange lucarne, avec ou sans pub, reste la demande inavouée de beaucoup de foyers. En fait, le congélateur, le chauffage, la cuisinière passent après. En 1956, on en était très loin puisque les postes de télévision se comptaient sur le nombre des doigts de la main, et il n'y en avait qu'un seul dans le village où j'habitais.
La neige devient paradoxalement un handicap, une crainte, une hantise alors que je n'ai le souvenir que de plaisir et de bonheur. Elle paralysait la vie, sans que pour autant on se mette à parler de « catastrophe climatique ». Cette évolution, ancrée dans les esprits, transforme la nature en ennemi potentiel. Une mutation des esprits qui ne révèle pas nécessairement un progrès de l'humanité.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

pc 20/12/2008 20:19

Je me souviens très bien de le neige de 56, bien que je n'ai à l'époque que 4 ans et quelques mois, de la neige plus haute que moi, du chasse-neige arrivé au bout de 15 jours ( à 20 Km de Libourne.....), de l'inquiétude à peine dissimulée de ma mère craignant la pénurie alors que l'exploitation familiale permettait en temps normal d'être autonome, mais aussi de journées formidables à faire de la luge et de l'extraordinaire entraide des habitants du village.Qu'en serait-il maintenant? mieux vaut ne pas y penser et espérer que cela n'arrive pas.....

J.J. 19/12/2008 09:15

Je pense parfois à cet hiver 1956, qui a certainement le plus rude que j'aie connu.Et je pense également comme toi que si pareille situation se renouvelait, la situation serait une catastrophe humaine et économique incommensurable car nous sommes ultra dépendants de nos fragiles énergies.On entend parfois ces jours-ci des interviews de "victimes " du froid et de la neige, critiquant l'impéritie des services de l'équipement qui ne dégagent pas les routes, des employésd'EDF qui ne rétablissent pas le courant.Ont-ils pensé un instant ces gens, gênés dans leur petit confort égoïste, qu'il y a des personnels qui passent leurs nuits à dégager les routes ?Ont-ils pris conscience que travailler dans le froid et la neige sur une ligne électrique, après des heures de marche pour y parvenir n'a rien d'une partie de plaisir ?Moi je tiens à dire mon admiration pour la conscience professionnelle et le dévouement tous ceux qui, anonymement, et souvent sous les critiques, prennent beaucoup de peine à oeuvrer pour le bien de tous.Leur dévouement et leur compétence seraient-ils suffisant si nous avions à subir un autre hiver comme celui de 1956 ?Il n'est écrit nulle part que ça ne se renouvellera pas, hélas.