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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 07:17

Il est toujours extrêmement difficile de démêler ce qui relève de l’effet d’annonce et ce qui participe de la sincérité idéologique. C’est probablement ce qui permet au milieu politique de survivre en période de crise. En effet, les citoyennes et les citoyens ont bien du mal à se repérer dans des affirmations contradictoires, selon un jeu de rôle parfaitement rodé. Ainsi, nous assistons depuis une bonne semaine aux plus belles affirmations sur la « diversité » et les pires critiques sur sa mise en œuvre. Ainsi, ce sont deux catégories d’électrices et d’électeurs qui peuvent se raccrocher aux concepts développés par un camp ou par l’autre. La première attitude a consisté à se livrer à quelques éloges provocateurs du principe de la « discrimination positive », un chiffon rouge visant d’abord à inciter la gauche à se caricaturer en gardienne du statu quo et de tous les conservatismes. La seconde attitude a conduit Nicolas Sarkozy à promouvoir les nominations de Rachida Dati, Rama Yade, et de quelques autres comme de simples outils de communication, des têtes de gondole, destinées à assurer sa propre gloire. Cette fois, c’est un personnage tout aussi respectable que les ministres concernés, Yazid Sabeg, qui hérite d’une promotion, en l’occurrence un poste de  « commissaire à la diversité et à l’égalité des chances » et  qui va devoir jongler avec ces contradictions.

S'exprimant à l'Ecole polytechnique, le président Nicolas Sarkozy a vanté, mercredi, la République, « instrument d'émancipation", d'évolution par l'éducation, lors d'un discours destiné à la présentation d'une batterie de mesures en faveur de la diversité et de l'égalité des chances. Personne ne songerait à critiquer ce discours qui était, une fois encore, pavé de bonnes intentions.  « C'est le miracle de la République d'avoir forgé l'unité de la France sans nous avoir condamnés à l'uniformité », a lancé le président. Mais la République, « ce n'est pas un modèle figé pour l'éternité. Ce n'est pas l'immobilisme, le conservatisme ». Il n'y pas de « République réelle » sans « volontarisme républicain », a-t-il affirmé. Bravo. J’approuve en tant que fils et petit-fils de sans papiers  ! Le chef de l'Etat a ensuite détaillé une série de mesures pour promouvoir la diversité et l'égalité des chances, à commencer par la nomination de Yazid Sabeg au poste de commissaire de la diversité. Encore bravo, car je partage cette analyse. Par contre, le caractère des mesures annoncées laisse à désirer.
Figurent  parmi ces mesures, la mise en place « d'outils statistiques permettant de mesurer la diversité », un quota de 30% de boursiers dans les classes préparatoires aux Grandes écoles, la mise en place du CV anonyme, un « label diversité » pour les entreprises, et la possibilité de « conditionner » l'attribution des marchés publics à « la mise en œuvre par les entreprises d'actions favorables à la diversité ». Alors là, ça devient plus problématique, car je ne vois absolument pas, après 12 ans de présidence d’une commission d’appel d’offres, comment il est possible de donner un chantier à une entreprise sur le critère du nombre d’immigrés ou de gens de couleurs différentes qu’elle fait travailler. C’est véritablement de l’effet d’annonce absolu ! Il y aurait, au-delà des principes de qualité, beaucoup à méditer sur les mesures concrètes qui ont été énoncées, car rares sont celles qui sont réalistes et applicables. Le discours est bon sur le fond, mais terriblement faible sur les propositions. Encore une fois, si l’on a le poids des mots on constate l’inefficacité des actes. D’autant que pour faire entrer la diversité dans les mœurs il faut absolument avoir une majorité ! Et ce n'est pas gagné !
 

UN PLACEMENT DIVERSIFIE

 « On n’est pas protégé parce qu’on est d’origine maghrébine ou africaine. On doit (faire) comme les autres, et je dois dire même, plus que les autres », a déclaré le même jour Nadine Morano, secrétaire d’Etat chargée de la Famille. Elle s’en est ouvertement prise à Rama Yade, en affirmant que la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme avait des « devoirs au même titre que les autres ministres. On n’est pas une icône, on est là pour servir son pays », a-t-elle poursuivi, au cas où on n'aurait pas compris. Quand on sait que cette charmante personne est issue de l’UMP, canal sarkozyste, on peut pour le moins s’étonner de cette contradiction entre la disciple et le maître. Mauvaise période pour Rama Yade qui, du coup, me permet de la trouver intelligente et digne de confiance. Après avoir vu traiter d’« erreur » son secrétariat d’Etat aux droits de l’homme, par Bernard Kouchner, la voici devenue la cible de Christian Estrosi. En cause : son refus d’être candidate aux européennes de juin, comme le souhaite ardemment Nicolas Sarkozy.
Selon le Parisien de dimanche, le député et maire de Nice aurait affirmé : Rama Yade « existe parce que Nicolas Sarkozy l’a fabriquée ! On fait un placement, on le fait fructifier et, au moment où on veut en tirer les bénéfices, voilà... » Lui non plus n’a pas pu délivrer cette parole « rentable » sans savoir que son idole l’approuvait. La diversité en prend un coup, puisqu’elle devient vite liée à un « investissement » purement médiatique, ce qui donne leur pesant de sincérité aux propos présidentiels. Rama Yade a parfaitement résumé la situation en estimant « qu’au moment où Nicolas Sarkozy fait des propositions pour améliorer la diversité dans notre pays, il ne faudrait pas en faire le procès parallèlement. Il y en a qui n'ont jamais accepté cette diversité et qui n'acceptent pas le volontarisme de Nicolas Sarkozy dans ce domaine, et donc des relents conservateurs remontent (...) S'il n'y avait que ces gens, il ne se serait rien passé, ni pour les droits des femmes, ni pour les minorités, ni pour les jeunes », a déclaré celle qui faisait antérieurement figure de modèle pour, justement, la diversité, avec Rachida Dati ou Fadela Amara. Alain
Juppé l’avait fait en tentant de persuader l’opinion publique que la parité pouvait progresser au sein du gouvernement. Il n’était pas convaincu de l’efficacité de cette diversité purement médiatique, mais il avait nommé une douzaine de femmes dans son équipe, au nom de la parité. On les appela les « juppettes », ces femmes qui firent partie du premier gouvernement d'Alain Juppé du 17 mai 1995 au… 7 novembre 1995. Elles étaient douze, nombre inhabituel dans les annales, mais qui ne dura pas longtemps, par suite de leur éviction rapide, et qui se termina avec des animosités terribles ! Il est à craindre que la « diversité » sarkozyste finisse de la même manière... si l'UMP multiplie les attaques personnelles incessantes sur ceux qui l'incarnent. Mais au fait, qui dirige le parti gouvernemental, et qui rencontre chaque semaine Morano et Kouchner?


L’EXEMPLE AMERICAIN

En fait, la notion de « diversité culturelle » a été, sinon inventée, du moins approfondie, et généralisée, aux États-Unis, dès les années 1970, notamment par la décision de la Cour Suprême en 1978, puis par les lois sur la culture de Jimmy Carter, en 1980. Certes, la Culture est le premier poste d'exploitation des États-Unis en 2004 ; et les Américains sont très souvent « impérialistes » et destructeurs des cultures nationales, à l'extérieur de leur frontière ; mais ils favorisent fortement la diversité interne, du fait de leurs minorités (30 millions d'Hispaniques, 25 millions de Noirs, 12 millions d'Asian-Américains etc.).

La diversité culturelle est donc surtout à l'intérieur des États-Unis où toute langue, croyance, forme d'expression et de vie est non seulement possible, légale, mais encore protégée par la Constitution. Les Etats-Unis peuvent donc, tout à la fois, défendre la diversité culturelle chez eux et lutter contre la diversité culturelle à l'étranger, et donc refuser de signer la Convention pour la Diversité culturelle mise en place par l'Unesco, par souci de protéger leurs industries culturelles, qu'ils veulent voir réglementer par l'OMC. En même temps, ils peuvent encourager cette diversité culturelle interne, sur une base ethnico-raciale essentiellement. Il n'est cependant absolument jamais question de diversité sociale, car aux Etats-Unis, pays référence du libéralisme, c'est un sujet tabou !
C'est tout le paradoxe de l'Amérique, mais aussi de la France, qui fait exactement l'inverse : défense de la diversité interne et refus de la diversité culturelle externe aux Etats-Unis ; défense de la diversité culturelle externe et refus de la diversité interne, en France.


INEGALITES SOCIALES IRREMEDIABLES

Le discours n’aborde pas cette dualité extrêmement concrète, car personne ne sait véritablement comment on peut souhaiter l’intégration et le maintien de la diversité. Cette vision est extrêmement préoccupante, car ce n’est pas en introduisant des quotas de boursiers, comme on le fait pour des quotas d’immigrés, que l'on fait avancer les choses. Tout passe par l’Education, et plus encore la réhabilitation de la citoyenneté. Le reste relève du prêche indulgent et des propos similaires à ceux tenus en tant que Chanoine de Latran, ou comme sauveur de l’usine d’Arcélor Mital. On mesurera très vite le décalage entre la réalité et la théorie.

Le constat est pourtant clair : le modèle français d'intégration ne fonctionne plus, il aggrave inégalités et discriminations, plus qu'il ne les combat. Et le décalage entre le métissage de la société française et l'étroite homogénéité de ses élites est plus flagrant et plus choquant que jamais.  Le chef de l'Etat a donc mis très nettement les choses au point : «  Répondre au défi de la diversité en recourant à des critères ethniques ou religieux conduirait à prendre le risque de dresser les unes contre les autres des communautés rivales et à enfermer chacun dans son identité et son histoire. ». Avant d'ajouter : « C'est par le critère social qu'il faut prendre le problème, parce que les inégalités sociales englobent toutes les autres ». Le problème, c’est que les inégalités sociales ne seront pas gommées par les mesures énoncées actuellement par la gouvernement. Elles vont, au contraire, s’aggraver dans le contexte de la crise économique, et surtout… justement, sociale! C’est un peu le sketch du gars qui tente de boucher un trou avec le trou qu’il a lui-même creusé ! Mais personne ne l’avait dit à Rama Yade : elle devait surtout masquer cette réalité, et détourner le regard sur la misère économique, culturelle et même citoyenne qui se creuse en France. Maintenant que c’est fait, et qu'elle s'est rendue compte qu'elle n'était qu'un "produit rentable", il lui faudra aller voir ailleurs ! A l'UMP pour les Européennes?

Mais je déblogue…

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

Hugues Vessemont 21/12/2008 17:22

La méritocratie n'est pas un remède pour faire disparaitre les inégalités sociales, elle sert simplement à apporter du sang frais à l'élite au sommet. d'autre part, il est plus facile de faire plier les équipes d'enseignant des prépas, qui obéissent tout en préservant leur pré-carré, que d'appliquer la loi SRU, C'est de l'esbroufe et de la gesticulation, comme d'hab

J.J. 20/12/2008 09:10

Il faudrait que l'on cessse de nous rebattre les oreilles avec ces concepts de "négativité" ou de "positivité" : la laïcité ne peut être que positive de même que la discrimination ne peut être que négative. Inutile de finasser.Ce n'est pas selon le sexe, la couleur de la peau, la religion,  l'origine sociale, que l'on peut déterminer que tel ou tel est apte ou non à remplir une fonction donnée, mais selon ses compétences, dont il doit faire la preuve .Donc le seul progrès possible est d'abattre les barrières qui jusqu'à présent anihilent cette possibilité. Et ce ne sont pas des paroles, même prononcées en un lieu prestigieux, qui feront avancer les choses.  C'est le grand exemple que nous a donné la Révolution avec ses généraux plébéiens, sortis du rang, remplaçant avantageusement les "chefs de droit divin", et défendant efficacement la Patrie en Danger.