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MAIS JE DEBLOGUE...

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 07:17

Dans l'histoire du sport français, il y a un épisode particulièrement moderne. Il appartient à cette Belle Epoque dont on adore désormais les images désuètes. Cette discipline a connu son heure de gloire et elle était considérée comme un noble art. Les gens bien sous tous rapports qui la pratiquaient avaient les moustaches raidies en guidon de vélo et s'affrontaient selon un code de l'honneur particulièrement sévère, reposant sur le respect réciproque. La savate, ou boxe française, a été une spécialité que notre pays voulait bien différente des affrontements de la boxe anglo-saxonne jugés violents et bestiaux. Deux adversaires, munis de gants et de chaussons,  se portaient des coups avec les poings et les pieds. Cette pratique est apparue au XIXe siècle dans la tradition de l'escrime française, dont elle reprend le vocabulaire et l'esprit. Connue dès son apparition sous le nom de « savate » ou « art de la savate » elle a été, tout au long du XXe siècle, désignée par le nom de « boxe française », puis finalement (et officiellement) renommée à nouveau « savate » en 2002. Une terminologie un peu particulière, car elle est légèrement méprisante. Pratiquer la « savate » n'a rien de très glorieux, surtout quand on ajoute les expressions qui traînent autour de ce mot.
Imaginez un peu qu'un combat soit pratiqué justement par un « traîne savate »... ce qui évidemment n'aurait rien de brillant. Connue avec deux orthographes (traîne-savate ou traine-savate), cette expression familière désigne une personne oisive qui passe son temps à vagabonder. Elle désignait surtout, à l'origine, celui qui s'essuyait les pieds sur l'adversaire... qui laissait négligemment traîner les pieds. En rugby, vers 1910, le « traîne-savate » désignait un joueur brutal. On parle aussi de « traînard »... le pied qu'un joueur brutal laisse traîner dans une mêlée ouverte... La savate avait alors des atouts supérieurs à celle officielle, puisqu'elle arborait des crampons plus ou moins acérés et qu'elle a vite d'ailleurs, compte tenu des évolutions technologiques, été remplacée par un... « chausson » ! Dans le langage châtié, le long des mains courantes, on a donc opté pour le « coup de chausson » ce qui est beaucoup plus élégant, mais pas moins douloureux, pour celui qui le reçoit. En définitive, au nom de la diversité prônée par le Président de la République, il faudrait aussi envisager de parler de « coup de babouche » ! Si on en est encore loin en France, on en a pris le chemin au cours de la semaine dernière en Irak.

UN ACTE CALCULE
« C'est le baiser d'adieu du peuple irakien, espèce de chien. Vous êtes responsable de la mort de milliers d'Irakiens !" Deux phrases, deux chaussures, et Mountazer al-Zaïdi est devenu le héros des opposants de la guerre en Irak. A Najaf, des centaines de personnes ont ainsi manifesté aux cris de « Non à l'Amérique », mais également « Bush, espèce de vache, félicitations pour la chaussure ! ». Bush se souviendra donc longtemps de sa dernière apparition en tant que président à Bagdad. Elle aura été au moins mouvementée et historique ! Les godasses en question appartenaient à un journaliste Irakien, qui a fait une adaptation moderne de la boxe... française. Lançant ses « tatanes » vers Bush, il a obligé ce dernier à baisser de justesse la tête et esquiver la première salve; le second tir était largement moins précis.
« C'est le baiser de l'adieu, espèce de chien », a hurlé le journaliste avant d'être évacué de force par les services de sécurité irakien et américain. Des mots forts, car dans la culture arabe, être qualifié de « chien » est une insulte et les chaussures un symbole de mépris : en 2003, les Irakiens avaient ainsi frappé la statue de Saddam Hussein à coups de semelles. Comme quoi un vol de godasses les plus ordinaires peut transformer un va-nu-pieds du journalisme en héros national !
Il est dit que le journaliste, chiite irakien, reporter de la chaîne Al Baghdadia, avait prémédité depuis un certain temps de lancer sa chaussure sur le président américain dès qu'il en aurait l'occasion. Il ne s'agirait nullement d'un geste de colère spontané mais bien d'un acte réfléchi, préparé et attendu par d'autres journalistes mis dans la confidence... Un coup de savate prémédité !
Le jeteur de godasses est né dans le quartier chiite de Kazamiyah à Bagdad. Il vivrait seul dans un appartement de deux pièces agréablement décoré, rue Rachid, dans le centre historique de la capitale. Dans sa bibliothèque, il y aurait des livres politiques et religieux, en arabe et en anglais, et une photo de... Che Guevara. Les exégètes y ont vu un signe fort de confusion entre le religieux et le révolutionnaire. Heureusement que ce révolté n'avait aucune image pieuse de Ben Laden... car il aurait immédiatement été transféré à Guantanamo. Che Guevara, passe encore, et c'est tolérable ! Il est vrai que la contestation par les talons avaient aussi ses maîtres. Déjà, en 1905, des contestataires du Tsar s'étaient déchaussés au Parlement russe et, utilisant leurs godillots, avaient martelé les tables qui se trouvaient devant eux en signe de protestation. Mais le coup qui a eu le plus de résonance fut celui de Krouchtchev à l'ONU en 1960.

LE MAITRE ET ETALON
Le 12 octobre de cette année-là, ce dirigeant soviétique, excédé par les propos du représentant philippin qui évoquait «les peuples de l'Europe orientale qui ont été avalés, si on peut dire, par l'Union soviétique», explosa de colère. Il se leva et réclama la parole. Le président de séance ne la lui accorda pas. Krouchtchev se baissa, ôta sa chaussure et tapa avec sur son pupitre, à coups redoublés. Faire ça à l'ONU? C'était du jamais vu. La scène fera le tour du monde et permettra à « Nikita » d'entrer dans l'Histoire pour ce coup d'éclat, alors qu'il y aurait eu bien d'autres raisons plus graves. Un aspect que les médias du monde entier qui font les gorges chaudes de la chaussure « irakienne » n'ont pas cru bon de rappeler, car ce fut considéré par certains comme un geste fort contre la toute puissance américaine, et même, pour certains, contre « l'impérialisme américain. » La détente était fragile: elle s'était brisée en même temps que les ailes de l'U2 - un avion espion américain - abattu au-dessus de l'URSS. La conférence de Paris avait échoué, les négociations sur le désarmement furent rompues.
Le 2 octobre, Nikita Khrouchtchev adressa aux Etats-Unis ce proverbe russe: « Il y a des vaches qui mugissent, mais la tienne ferait mieux de fermer sa gueule. » Le 12, il frappa sur son pupitre avec sa chaussure, et finit par obtenir que  l'on se calme dans les deux camps d'une guerre froide qui avait échauffé les esprits. Le journaliste irakien courageux finit moins glorieusement, en prison, avec des ecchymoses, et une peine qui ira vers 7 ans de privation de liberté, pour avoir joué au Lucky Luke de la tatane ! Impossible pourtant de ne pas avoir un élan de sympathie pour cet homme courageux. Il est exemplaire, le geste de Bagdad, ce lancer de chaussures.
Deux coups de pompes qui donnent un rôle neuf au journalisme et qui, malgré une trajectoire et une impulsion précises, ont été malheureusement esquivés par le pathétique intéressé. Il apparaît sur la scène mondiale un nouveau sport de pauvres, après la récente victoire de l'Afghanistan au mondial du « foot de rue » : le lancer de chaussures contre les « pseudos criminels de guerre ! »

ABANDON DE GODILLOTS
En France, durant des années, le sport favori a été celui des « godillots ! ». Il s'est pratiqué en groupes, à l'Assemblée nationale, avec moins de risques que celui de Bagdad ! On ne sait pas assez que l'inventeur de cette chaussure mythique fut le premier à distinguer dans ses fabrications le pied...droit du pied... gauche. Alexis Godillot, industriel d'origine modeste, était né à Besançon.
Sous le Second Empire, étant bonapartiste, il est intronisé « entrepreneur officiel des fêtes de l'Empereur » c'est-à-dire, dans notre langage d'aujourd'hui, en charge de la communication et de la décoration des villes que Napoléon III traversait. Un rôle qui n'existe plus actuellement : il n'y a plus de « godillots » pour préparer les festivités ou les sorties permanentes du Président. Du moins, il ne s'appelle pas...Alexis Godillot. Son père tenait alors une échoppe 278 rue Saint-Denis, puis, boulevard Bonne Nouvelle, il ouvrit un bazar vendant des articles pour fêtes publiques ainsi que des toiles de tentes. Fournisseur exclusif aux armées de matériels d'ambulance, objets de campement, de tentes, de selles, de chaussures montantes, etc., il s'enrichit en 1853 grâce à la guerre de Crimée, puis à la guerre d'Italie.
Il achète des terrains à Saint Ouen pour y construire des tanneries. Il est nommé maire de cette ville par l'Empereur. Il abandonnera ses fonctions à l'entrée des troupes prussiennes dans sa cité : seul un secrétaire de mairie et le Garde-champêtre assureront la continuité des services publics ! Depuis, les soldats en déroute abandonnent leurs godasses... au bord des routes de la retraite inorganisée. Souvent, à l'Assemblée, les « godillots » agissent de même. L'autre soir, à la demande de Jean-François Copé, président du groupe UMP, la séance, houleuse, a été levée plus tôt que prévu. Il y avait plus de députés de gauche que de droite sur les bancs de l'Assemblée... un véritable coup de pompe pour une majorité extrêmement divisée sur le sujet.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

ANNIE 21/12/2008 12:09

Enfin un sourire, un peu d'air frais,après toutes ces chroniques sévères et déprimantes. Profitons-en aujourd'hui.....L'actualité des jours et des semaines à venir n'offrira peut-être pas l'occasion de cet humour décapant et récconfortant !Merci, Jean-Marie.Annie