Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 074 692

PAGES LUES

7 113 288


MAIS JE DEBLOGUE...

Archives

30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 07:17

Si pour vivre heureux il vaut mieux, selon le principe bien connu, vivre caché, on peut en dire autant de la manière dont on meurt. Depuis une semaine, les médias, privés de l'agitation frénétique de leur Président favori, se sont, en effet, rabattus sur des décès quotidiens, particulièrement révélateurs de l'état de notre société. Ils réalisent, avec la divulgation de ce que l'on appelle les faits divers, le catalogue des carences d'un système de plus en plus méprisant pour la vie humaine. Ce qui devrait, à quelques heures de moments joyeux, interpeler les fêtards du réveillon, c'est que nous entrons dans la décrépitude absolue.
Chaque disparition, « vendue » sur les antennes, dans les pages des journaux ou sur les écrans, permet de vérifier que nous nous enlisons dans le sous-développement des services au public. Le principe républicain de l'égalité d'accès aux soins, au logement, à la justice, à l'éducation, à l'emploi... souffre de plus en plus d'exceptions qui ne confirment surtout pas la règle ! Mais, que diable, pourquoi attend-on toujours des drames médiatisés pour réagir épidermiquement à des difficultés que les gens sensés ont dénoncées depuis des mois, avec le même succès qu'un prédicateur parlant dans le désert ?
Quand Patrice Pelloux, médecin urgentiste, certainement très agaçant pour les pouvoirs en place, ressasse les insuffisances dramatiques des urgences, il passe pour un dangereux idéologue, n'ayant aucun sens de la gestion financière des hôpitaux !
Quand Augustin Legrand se glisse dans la soutane de l'Abbé Pierre pour parler des milliers de sans abri livrés à des températures inhumaines, il agace les responsables de cette situation de précarité extrême !
Quand les animateurs du Droit au Logement envahissent un hall de palace pour stigmatiser le sort réservé aux travailleurs immigrés et à leurs familles, obligés de squatter des immeubles abandonnés pour ne pas se réfugier dans des bidonvilles, ils irritent les tenants du retour au pays en voyage organisé !
Quand Noël Mamère, l'un des rares parlementaires qui appellent un chat un chat, dénonce, avec d'autres, l'univers carcéral inhumain, il est vite stigmatisé comme appartenant à la race des grandes gueules, prêtes à se tailler une notoriété sur des faits de société oubliés par la majorité !
Quand des milliers de personnes se mobilisent pour tenter d'enrayer un affrontement mortifère au Moyen Orient, ils sont taxés d'être anti-israéliens, ou même parfois défenseurs du terrorisme !
La liste pourrait être longue, mais elle s'éclaire plus précisément dès qu'arrive le communiqué sur la mort... et sur les défaillances coupables de celles et ceux qui tentent en permanence de dissimuler les insuffisances.

UNE REACTION REALISTE
Après la disparitions, à l'âge de 3 ans, d'Ilyes, entré à l'hôpital pour une angine, et celle d'un homme de 56 ans, décédé alors qu'aucun service de réanimation ne s"est déclaré en mesure de le prendre en charge dans un délai raisonnable, Jean-Pierre Davant, président de la Mutualité française, demande au gouvernement de tirer les leçons de ces deux nouveaux drames, et d'engager dès 2009 une vraie modernisation du système de soins français. Pour Jean-Pierre Davant, ces deux drames étaient évitables. Ils illustrent, une nouvelle fois, la dégradation de la qualité des soins en France. « A force de repousser sans cesse les réformes nécessaires pour moderniser notre système de santé, nous continuerons d'accumuler les accidents dramatiques », souligne-t-il.
« En ce qui concerne les urgences, il est indispensable d'établir une vraie coordination entre la médecine de ville et les services hospitaliers. Il n'est plus acceptable de ne pas trouver un seul professionnel de santé disponible la nuit en ville ainsi que les jours fériés. La médecine de ville, comme c'est sa mission, doit elle aussi assurer sa part de permanence des soins. Enfin, le secteur hospitalier doit être organisé sur l'ensemble du territoire pour prendre en charge, sans perte de chance, les cas les plus lourds », ajoute-t-il, sans avoir la moindre chance d'être entendu par des Ministres en quête de réveillon, par un Premier Ministre en campagne d'Egypte, et un président de la République qui prépare ses condoléances aux familles concernées avec diffusion à la presse !
L'organisation des urgences flanche chaque jour, mais les médias ne s'empare pas de ratés. Deux morts, certes dramatiques, mais peu exceptionnelles, car probablement similaires à de nombreux autres cas en province , qui n'ont effectivement pas le même poids pour les télés, les radios, le JDD, le Monde, le Parisien, le Point, l'Express ou le Nouvel Obs... C'est ce que l'on appelle en matière de journalisme le rapport « kilomètre-macchabé ! » Un mort proche a beaucoup plus d'importance que dix morts lointains et inconnus !

MORT EXEMPLAIRE
Jean Pierre Davant, en homme respecté et respectable, met simplement en avant une réalité incontestable : il y a beaucoup de villages du territoire dans lesquels les urgences de nuit n'existent plus, car les médecins dits "de ville" ne veulent plus les assurer, pour des raisons éthiques (surcharge de travail), économiques (pas rentable), d'art de vivre (respect de la famille), de responsabilité (exigence de résultat dans des situations critiques). En fait, chaque nuit, quelque part sur le territoire, des soins ne sont pas assurés, faute de réponse adaptée convenable. La seule différence c'est que, si c'est une personne âgée qui décède, on n'en parle pas, et si c'est une crise cardiaque qui en est la cause, on considère parfois que l'intervention n'avait aucune chance d'être efficace.
Les élus locaux du monde rural, qui dénoncent la suppression d'un hôpital de proximité parlent dans le vide ! Il leur faudrait une mort, bien « médiatisable », pour espérer retarder la fermeture...Etrange époque que celle qui a besoin de martyrs pour réveiller les consciences. Et encore très ponctuellement, car trois ou quatre jours plus tard, ils sont oubliés, pour être remplacés par d'autres, plus exemplaires. Évoquant un risque de « catastrophe sanitaire », le principal syndicat de médecins urgentistes (Amuf) a demandé au gouvernement de déclencher un plan d'urgence et de rappeler des personnels. Tout le monde a oublié la canicule et ses dizaines de milliers de morts.
La victime, âgée d'une cinquantaine d'années, atteint d'une détresse respiratoire samedi soir à Massy, a appelé le Smur, qui l'a transporté aux urgences de Longjumeau. Là, les médecins ont jugulé plusieurs arrêts cardiaques et ont entrepris de lui trouver un hôpital mieux équipé pour pratiquer un examen des artères coronaires et le placer dans un lit de réanimation. Selon la ministre, 24 hôpitaux l'ont refusé. L'Association des médecins urgentistes de France (Amuf) parle de 27 refus.
L'hôpital Bichat l'a finalement accepté, vers 5 heures du matin, et adressé à Lariboisière pour la coronographie. L'Amuf estime que "la sécurité des patients n'est plus assurée dans les hôpitaux en Ile-de-France pendant cette période de fêtes". Le syndicat, dans un communiqué, "demande aux plus hautes autorités de l'État de prendre des mesures énergiques". Rien à faire : on fera une enquête qui durera plusieurs semaines, le temps que tout soit colmaté tant bien que mal et... l'an prochain à la même date, on retrouvera les mêmes déclarations ! Cet homme là est mort au champ d'honneur des restrictions budgétaires. Le reste n'est que du pipeau !

MAIS OU VA SE LOGER LA MORT ?
Deux hommes sans domicile fixe ont été retrouvés morts dans le Val d'Oise, à Cergy et à Argenteuil, alors qu'un froid vif s'est installé sur une moitié nord du pays, avec des températures nocturnes nettement en dessous de zéro. A Cergy, les sapeurs-pompiers ont annoncé la découverte dans la rue, du corps d'un SDF de 45 ans, Denis Cormon, près du centre commercial des Trois Fontaines. Il gisait près du quai de déchargement du centre commercial, et n'était pas visible par les associations sillonnant régulièrement le secteur, selon la préfecture du Val d'Oise. Auparavant en contact avec les services du Samu social, il avait été hébergé pour la dernière fois le 25 décembre, selon la même source. A Argenteuil, un autre sans-abri, Jacques Bouleux, âgé de 74 ans, a été découvert mort de froid sur un chemin de terre à Argenteuil, selon des sources policière et municipale.
Il a été découvert sur le sol, au niveau du boulevard de la Résistance.
Le sort des SDF est redevenu un sujet d'actualité sensible, avec la chute des températures observée ces trois derniers jours. Paris et la région parisienne ont connu des températures négatives dans la nuit de dimanche à lundi, et le froid vif qui règne sur une grande moitié nord de la France est installé pour au moins dix jours, selon Météo France. Selon Christophe Louis, le président du collectif Morts de la rue, "359 sans-abri sont morts dans la rue ou des suites de la vie dans la rue" en 2008 mais, aucun n'a rencontré la célébrité, ce qui nuit à la cause générale des SDF. Le collectif en avait comptabilisé environ 200 en 2006 et en 2007.
Interpellée par Christophe Louis sur le fait de savoir si elle se sentait quelque peu « responsable », Christine Boutin, la ministre du Logement, a répondu sur Europe 1 : « Malheureusement, la comptabilité des Morts de la rue montre qu'il y a des morts toute l'année. Je me sens responsable, comme tous les Français. Nous nous sentons tous responsables de la précarité et de la désocialisation". L'association Droit au Logement (Dal) a obtenu samedi, de la mairie de Paris, la possibilité d'occuper durant une semaine un gymnase du IVe arrondissement, qu'elle a investi avec un centaine de mal-logés. Aucun mort pour l'instant !
Augustin Legrand, des Enfants de Don Quichotte, a annoncé, lui, son intention de déployer « des dizaines de milliers de tentes » sur l'ensemble du territoire et « d'engager un rapport de forces » avec le gouvernement. On enverra quelques policiers musclés et des chiens dressés pour mordre dans le mollet récalcitrant, et on tentera de cacher au regard du passant, réputé honnête, des pauvres hères que personne ne doit voir ! Ils risqueraient d'être plus grands vivants que morts !
Mais je déblogue...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
commenter cet article

commentaires