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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 07:17

La véritable période hivernale n'a pas encore commencé que la « guerre froide » est engagée. Elle prend une nouvelle forme, beaucoup plus insidieuse, mais encore plus efficace, car elle touche l'ensemble d'une population. En fait, c'est simplement un problème de robinet et de maîtrise de cet outil devenu plus important qu'un sous-marin nucléaire ou qu'une fusée transcontinentale. Celui qui peut se permettre de l'ouvrir et de le fermer à sa guise est en posture d'imposer sa volonté à des pays entiers. Lentement s'installe une nouvelle forme de conflit qui tourne autour des ressources énergétiques. Aucun observateur sensé n'ignore que George W. Bush n'est parti en guerre en Irak que pour offrir aux grandes compagnies pétrolières américaines des réserves potentielles. Nul ne peut croire que le différend ravageur ayant opposé la Russie à la Georgie n'ait eu comme cause que des problème ethniques.
En effet, dans cette guerre meurtrière se dissimulait une belle histoire de robinets ! Derrière la géopolitique, on pouvait aussi déceler un enjeu autrement plus lourd : le contrôle des routes du pétrole et du gaz produits dans la région. La proximité des champs pétrolifères de la mer caspienne, mais surtout la position stratégique de ces petits territoires permettant de faire passer les tuyaux d'approvisionnement en matières premières vers la Turquie les rendent particulièrement précieux... Il faut, en effet, pour rendre efficace la pratique du robinet ouvert ou fermé  qu'il y ait aussi des tuyaux !
Aussi bien pour les Russes qui exploitent ces ressources par le consortium Gazprom que pour les Européens, dont Total, qui ont désormais de gros intérêts dans la région, les gazoducs étaient essentiels et ils le seront encore plus dans quelques années si la Turquie entre dans le concert européen. En Ossétie du Sud, Gazprom construisait donc un gazoduc, reliant la Russie à cette portion du territoire géorgien, sans accord préalable avec les autorités géorgiennes ; il en était de même en Abkhazie, où Gazprom négociait l'exploitation d'hydrocarbures 'off shore'. Dans chacune de ces entités, les trafics prospèrent et les maîtres du monde deviennent ceux qui laissent passer, ou empêchent de passer le gaz.
Pour cette raison, le conflit entre la Russie et la Géorgie a été centré autour de la nécessité pour les deux parties de contrôler les pays qui sont proches ou attenant à la rive ouest de la mer Noire (l'Ossétie du Nord, mais aussi le Daghestan). Cette région est capitale pour le passage des futurs gazoducs et oléoducs qui transporteront des matières énergétiques en Europe, et qui requièrent l'exclusion de toute forme d'ingérence de la compétition. La Russie planifie la construction, grâce à des investissements énormes, d'un gazoduc (le South Stream) qui pourrait acheminer vers l'Europe du gaz en provenance de la région de la mer Caspienne, via la mer Noire. Ce gazoduc serait muni de deux terminaux, un dans la zone sud (la Grèce, le Kosovo -vous avez bien lu-, ou les Pouilles), l'autre plus au nord vers l'Autriche. Mais le point critique du projet se situe sur la rive est de la mer Noire, en Ossétie et au Daghestan. Le plan prévoit qu'un tronçon du gazoduc - celui qui va de Vladikavkaz (Ossétie du Nord) jusqu'aux abords de Tskhinvali - traversera complètement le territoire de l'Ossétie du Sud, pour ensuite se diriger vers les ports russes de la mer Noire. Les événements récents démontrent que cette stratégie du robinet et du tuyau va provoquer des affrontements dévastateurs.
SERVIS AU PASSAGE
L'Union européenne, forte de stocks de gaz « importants », garde, depuis le début du conflit gazier entre la Russie et l'Ukraine, un certain sang-froid tant que sa production lui permet de faire face à la demande, sans trop puiser dans ses réserves. Mais jusqu'à quand ? Les premières conséquences se font déjà sentir, puisque l'opérateur des gazoducs polonais Gaz-System affirme que les livraisons de gaz russe à la Pologne, en provenance de l'Ukraine, ont baissé de 6% hier après-midi... Les maîtres des robinets mettent la pression en la baissant dans les tuyaux !
Et cette situation pourrait encore s'aggraver dans les jours qui viennent. Selon le géant russe du gaz Gazprom, L'Ukraine aurait en effet refusé de permettre à la Russie d'acheminer la totalité du gaz requis pour les clients européens à travers le territoire ukrainien pour aujourd'hui.  « Nous avons déposé une requête pour 303 millions de mètres cubes mais cela nous a été refusé et on nous a autorisés à acheminer 296 millions de mètres cubes », a déclaré le porte-parole de Gazprom Sergueï Kouprianov au cours d'un point de presse télévisé. Kouprianov a par ailleurs ajouté que l'Ukraine admettait « ouvertement » qu'elle volait du gaz et qu'elle n'en avait « aucunement honte ». De son côté, Naftogaz, la société ukrainienne des hydrocarbures, s'est défendue en affirmant que les prélèvements effectués dans les gazoducs s'effectuaient pour des « raisons techniques (sic) afin de faire transiter les exportations russes » envers les clients européens. Dans tous les cas, il s'agit de transférer le conflit potentiel de l'approvisionnement européen vers... l'Ukraine, accusée de piller les envois russes.
Depuis jeudi Gasprom a attisé le feu en coupant l'approvisionnement de l'Ukraine, faute d'un compromis avec ce pays sur le prix du gaz destiné à sa consommation et sur des arriérés de paiement de deux milliards de dollars, réclamés par le géant russe Gazprom. En janvier 2006, lors de la précédente crise gazière russo-ukrainienne, l'Union européenne avait constaté une baisse de volume dans ses livraisons, or 80% du gaz qui lui parvient par la Russie passe directement par l'Ukraine. Devinez qui va devoir payer la facture et se montrer gentil avec l'Ukraine pour pouvoir se chauffer à un prix acceptable en période hivernale ? Notre « pompier » volant européen est condamné à se préoccuper désormais de l'achat du cadeau à la fille de Rachida Dati, et ne peut plus voler d'un coin de l'Europe à l'autre pour devenir le sauveur de la veuve et de l'orphelin. Ce sont les Tchèques qui vont devoir négocier avec... les Russes et les Ukrainiens, de vieux « amis » ! Un contexte extrêmement positif.
AVENIR ENCORE PLUS SOMBRE
Ce que l'on oublie soigneusement de vous expliquer, c'est que nous sommes dépendants des maîtres du robinet, et que nous le serons de plus en plus. La Russie est le premier producteur mondial de gaz et le deuxième producteur de pétrole derrière l'Arabie saoudite. Selon les estimations, elle détiendrait entre 7,5 et 15 % des réserves mondiales de pétrole, et 27 à 40 % de celles de gaz. Elle apparaît donc comme un fournisseur incontournable pour une Europe moins bien lotie, et qui souhaite sortir de sa dépendance à l'égard de l'OPEP, surtout quand on suit les événements du Moyen orient.
En 2003, la Russie a dirigé vers l'UE 58 % de ses exportations de pétrole et 65 % de ses ventes de gaz. Ainsi, la Russie participait à 16 % de la consommation totale de pétrole de l'UE à quinze, et 19 % de sa consommation de gaz (ces proportions ont mécaniquement augmenté suite à l'élargissement de l'UE à dix nouveaux pays, faisant par exemple passer la part du gaz russe à 25 % de la consommation de l'UE en 2005). Selon l'Agence internationale de l'énergie, la demande européenne de gaz devrait augmenter de 50 % d'ici 2020 ; et selon le ministère russe de l'énergie, la Russie pourrait fournir d'ici là...70 % du gaz importé par les pays européens. Il faudra bien, d'une manière ou d'une autre, trouver les tuyaux pour acheminer ces quantités colossales... et trouver matière à maîtriser parfaitement tous les robinets : les militaires s'en chargeront !
La dépendance des pays européens à l'égard des hydrocarbures russes est assez variable : 55 % du gaz consommé par l'Autriche provient de Russie, contre 37 % en Allemagne, 23 % en Italie et 21 % en France. D'autres Etats affichent une dépendance moindre, tandis que l'adhésion de certains pays de l'ancien bloc de l'Est a indéniablement accru le poids de la Russie dans la consommation européenne d'hydrocarbures, puisque certains de ces nouveaux Etats membres achètent... 90 % de leur énergie au voisin russe : plus de 90 % pour la Pologne, la quasi-totalité pour les Etats baltes.
DEPENDANCE ANGOISSANTE
Cette dépendance risque de se payer au prix fort, puisque désormais le retour en arrière est impossible. Elle prend encore un poids plus fort en période de crise aigüe, où la rareté d'une énergie telle que le gaz n'arrange pas le pouvoir d'achat ! La privatisation outrancière décidée par l'Europe, arc-boutée sur sa concurrence non faussée, a transformé les chefs d'Etat en... bourgeois de Calais puisqu'ils ne maîtrisent absolument plus les circuits ! Ils iront les pieds nus, la corde au cou, négocier avec Poutine, et se montreront très indulgents sur les accrocs du tsar dans les conventions internationales !
Le libéralisme a fait des émules dans les pays de l'ex-Union soviétique, et il ne faut donc pas s'étonner que l'économie de marché pure et simple prenne le pas sur toutes les considérations politiques. Le gaz permettra de mettre une Ukraine devant faire des miracles grâce justement au modèle occidental au bord de la banqueroute. Le président Viktor Iouchtchenko n'a pas hésité : le tarif du transit de gaz vers l'Union européenne, payé par Moscou à Kiev, devra augmenter si le prix du gaz destiné à l'Ukraine était revu à la hausse. La Russie a proposé mercredi un prix de 250 dollars les 1.000 mètres cubes de gaz, sans hausse du tarif de transit (1,7 dollar pour 1.000 m3 transportés sur une distance de 100 km), une offre inacceptable pour la partie ukrainienne. La société énergétique ukrainienne Naftogaz a indiqué avoir proposé de payer 235 dollars en échange d'une augmentation de 10 cents du tarif de transit. La négociation en est restée là car... l'Ukraine est incapable de payer de telles sommes, compte tenu de son endettement antérieur et de sa véritable situation intérieure.
La Russie présente bien évidemment cette dispute gazière comme un problème "strictement commercial", bien que ses relations avec l'Ukraine soient difficiles, en particulier depuis une révolution pro-occidentale chez son voisin fin 2004.
Le petit problème, c'est que nous sommes au bout du tuyau et que si le robinet se ferme les effets seront terribles sur l'économie européenne. Il faudra alors, soit payer, soit s'incliner et admettre que les robinets et les tuyaux sont des armes de destruction massive incontrôlables.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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