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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 07:17

Le quartier de Grenelle se situe historiquement dans une plaine qui s'étendait des actuels espaces des Invalides jusqu'aux anciens terrains, peu amènes car marécageux, de Javel, en bordure de la Seine. La terre fut longtemps cultivée pour nourrir la capitale, située à proximité. Le nom vient du latin Garanella, qui signifie « petite garenne », donné à la plaine. Peu à peu, le nom de Garanella devint Guarnelles, puis Garnelles, avant de prendre son nom actuel. En l'an -52, la plaine de Garanella fut le lieu d'un combat opposant les troupes du chef gaulois Camulogène aux légions du général romain Labienus. Malgré une courageuse résistance, les troupes gauloises furent défaites et passées par les armes. De négociations, point du tout ! On s'expliquait les armes à la main, sur le pré de Grenelle.
Cette vocation de lieu de conflit permanent fut, selon les historiens, confirmée le 31 août 1794, quand une explosion très importante, qui n'avait rien de sociale, détruisit la poudrerie installée sur le territoire de la commune de Grenelle, faisant un millier de victimes parmi les employés et la population riveraine. En septembre 1796, un groupe d'artisans et de commerçants mécontents, tenta de rallier à sa cause les militaires du camp de Grenelle, pour renverser le Directoire. C'est la fameuse affaire dite du « camp de Grenelle », qui se termina très violemment. Tous ceux que la force publique put attraper furent fusillés à ce même endroit. Point de dialogue ni de salamalecs !
Le 15 mai 1824 deux conseillers municipaux de Vaugirard, Jean-Léonard Violet et Alphonse Letellier, achetèrent et lotirent tous les terrains de la plaine de Grenelle. La « ferme de Grenelle », devenue propriété de la Ville de Paris, faisait partie de l'achat, avec des terres dépendant de la commune de Vaugirard. Dans l'espace périphérique des faubourgs de la capitale, mal urbanisés et souvent déshérités,  le lotissement Violet dessina un véritable quartier autonome, mêlant habitations, commerces et industries. Les opérations ayant été menées assez rapidement, le nouveau quartier de Beaugrenelle fut inauguré le 27 juin 1824.
Sous l'impulsion de la Compagnie des Entrepreneurs, fondée par Violet et Letellier, le quartier ne cessera de se développer, et provoquera peu à peu la jalousie et l'hostilité des habitants du vieux Vaugirard. Ainsi, le 13 mai 1829, les conseillers de Vaugirard ayant refusé l'installation de... réverbères à huile, pourtant plus écologiques, dans la rue Mademoiselle, les Beaugrenellois demandèrent la séparation d'avec la commune de Vaugirard. Après enquête, l'ordonnance du 22 octobre 1830 érigea tout le quartier en commune indépendante, sous le nom de "Grenelle". Cependant, l'indépendance de la nouvelle agglomération fut de courte durée.
Le 1er janvier 1860, soit à peine 30 ans plus tard, sur décision indiscutable du Baron Haussmann, et malgré l'hostilité des habitants, la commune de Grenelle fut annexée par Paris et forma, avec celle de Vaugirard et le quartier de Javel, le XVe arrondissement. Et dire que l'on ne va plus enseigner l'histoire en seconde, alors qu'elle permet de briser toutes les certitudes, car pour « Grenelle », il faudra attendre 1968 pour que le nom revienne dans l'actualité et soit associé à... une négociation ! Elle fut certes musclée, mais comme le gouvernement d'alors céda à toutes les revendications « économiques » de mai 68 pour, bien évidemment, éviter de céder sur les revendications politiques, tout le monde reste persuadé que le lieu possède des vertus en matière de dialogue, et hier, on a encore utilisé cette référence pour vanter les mérites du gouvernement en place !
GRENELLE REVIENT
Présenté à un conseil des Ministres obnubilé par le retour de « l'éventuelle future belle- sœur du maître du monde », par le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, ce « projet de loi d'engagement national pour l'environnement », prévu pour être soumis à l'Assemblée nationale en mars, vise à mettre en musique les dispositions du projet de loi d'orientation « Grenelle 1 », seulement programmé pour un examen au Sénat...en février. On présente donc l'étape 2 alors que la première n'est toujours pas arrivée à bon port. Ces pauvres sénateurs comptent pour rien, puisqu'on leur demande de se prononcer quand... les décisions sont déjà prises et finalisées. Un mépris que le gouvernement pourrait bien finir par payer cash, un soir ou un autre !
Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Ecologie, y voit « la boîte à outils juridiques du Grenelle de l'environnement ».
Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel y voit, lui, une concrétisation des trois objectifs « très ambitieux » affichés lors du lancement, par le chef de l'Etat, de ce même processus en mai 2007, à savoir : « lutter contre le réchauffement climatique, protéger la biodiversité et relever le défi de la transition énergétique ». Superbe, encore une fois, pour les mots et l'effet d'annonce, mais il faut gratter sous le vernis pour constater que du bâtiment aux transports, en passant par l'urbanisme et même la santé, le « projet de loi d'engagement national pour l'environnement » ratisse effectivement large, sans mettre un fifrelin dans l'affaire. L'Etat, ruiné et incapable de faire face au moindre engagement, va effectuer un transfert de responsabilités lourdes, vers les collectivités locales.
GRENELLE THEORIQUE
Encore une fois, les députés vont énumérer des objectifs, des contraintes, des normes, sans... mettre en face les fonds nécessaires pour les mettre en œuvre ! Le système ressemble à la fameuse formule des généraux italiens face au danger « Armons-nous et partez ! »
Au fil de ses 104 articles, prévus pour être examinés par l'Assemblée nationale, on trouve ainsi, entre autre mesures phares dans le secteur de la construction, « le renforcement de la performance énergétique des bâtiments, à la fois neufs et anciens, avec notamment la création d'un label environnemental (...) qui prendra en compte l'ensemble du cycle de vie du bâtiment et intégrera ses besoins en énergie, en eau, ses émissions de CO2, de polluants, mais aussi la qualité de l'air intérieur ou encore la quantité de déchets qui peuvent être produits ». Magnifique, mais qui va payer ? Les propriétaires, les aménageurs, les collectivités locales qui devront subventionner les surcoûts ? Qui possède les matériaux nécessaires ? Où sont les filières de formation des personnels qualifiés pour leur mise en œuvre ? Les entreprises sont-elle prêtes au virage du profit amoindri par un travail beaucoup plus soigné ? Qui va contrôler ses effets et sanctionner éventuellement les malfaçons ?
Autres mesures notables : la modulation des tarifs de péages autoroutiers des poids lourds, en fonction des émissions de gaz à effet de serre, prévue à partir de janvier 2010; ou encore la création d'un écolabel pour les produits issus d'une pêche durable... Autant de mesures flamboyantes qui ne s'accompagnent, dans la loi, d'aucun des financements indispensables à leur mise en œuvre ! C'est louable, splendide, mais cela repose simplement sur la bonne volonté des régions, des départements, et des communes qui voudront investir dans ces nouveaux critères !
LES RATES DE GRENELLE

Tout, dans le texte, n'est cependant pas né dans le dernier Grenelle, car un certain nombre de mesures fiscales proposées ont déjà été adoptées dans le cadre de la loi de finances. Tout est également encore loin de faire l'unanimité. Que l'obligation pour les entreprises d'établir leur bilan carbone ne concerne que les firmes de plus de 500 salariés fait notamment grincer les dents de certaines associations écologiques, mais il ne faut pas contraindre trop les PME ! Surtout, selon ces associations, le projet de loi ne serait déjà plus assez ambitieux. Car depuis 2007, la crise économique a considérablement changé la donne, estime notamment France Nature Environnement. Ce qui était encore probable il y a quelques mois, devient impossible dans le contexte actuel. On ne voit pas, par exemple, comment les transporteurs routiers vont réagir à une augmentation de leurs tarifs. Il suffit qu'ils éternuent sur une route ou autour d'un dépôt de carburant (au moins ils obligent à lutter contre le réchauffement climatique) pour qu'un gouvernement tousse et éternue !
« Il faut doper le Grenelle 2 pour verdir le plan de relance », plaide F.N.E , réseau de 3.000 associations. « Ce n'est toujours pas la grande rupture annoncée », estime, quant à elle, l'Alliance pour la planète qui regroupe 80 associations écologiques dont Greenpeace et le WWF. Cette dernière souligne aussi les multiples contradictions entre le plan de relance économique, dont l'examen a débuté ce mercredi à l'Assemblée nationale, et les objectifs du Grenelle.
« Quid de la protection de la santé des citoyens quand il est prévu d'assouplir excessivement les conditions d'autorisations pour les installations classées pour la protection de l'environnement (article 6 du plan de relance)? » s'interroge le réseau d'associations, qui s'élève aussi contre l'annonce récente par le Premier ministre de la construction de nouvelles autoroutes, contraire à une politique de report modal de la route vers d'autres modes de transport, plus écologiques.
Remarquez, ces gens là s'inquiètent pour pas grand-chose, puisque va se poser dans seulement quelques semaines la question de savoir qui a les moyens financiers pour construire ces équipements. On sait bien qu'actuellement, aucun projet n'avance, car les collectivités locales rechignent à mettre la main au portefeuille pour, par exemple, les Lignes à Grande Vitesse (LGV) !
« Grenelle » a fait, selon certains, son grand retour dans l'Histoire, alors qu'il risque de ne faire qu'un passage dans l'actualité, pour être englouti par la vie parisienne bruissant actuellement de multiples réformes de surface, qui manquent de vraie motivation face aux lobbies économiques des pollueurs, fermement résolus à ne jamais être... les payeurs ! Et ils sont déjà en place au Palais Bourbon, dans les couloirs, depuis plusieurs semaines, pour atténuer tous les effets, dangereux pour eux, d'une négociation intéressante sur le fond, mais réduite au plus facile sur la forme !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

Gilbert SOULET 08/01/2009 08:02

Effectivement, cher Jean-Marie: Grenelle, quelles Histoires!J'ai connu celui de 68 et les fameux accords sociaux! Mais soyons vite rassuré aujourd'hui avec celui de l'environnement avec la SNCF, car se sont ses tarifs qui vont augmenter à grande vitesse de +3,5 % en moyenne sur les prix des billets du TGV à partir du 13 janvier prochain. Une hausse que l'Entreprise justifie par un alourdissement de ses charges et la nécessité d'opérer d'importants investissements, bien sûr; ( La partie de ping-pong RFF-SNCF ) Mais, au final, la facture est essentiellement répercutée sur l'usager alors que, selon certaines informations, la SNCF réalise une marge très confortable de 25 % sur chaque billet de TGV vendu...A titre perso, je préfèrerai que les TER et leur infrastructure soient plus développés que les TGV même si je sais qu'ils dépendent directement des Régions concernées; Et c'est bien là tout le problème.Gilbert de Pertuis en Luberon( cadre Honoraire SNCF )