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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 07:07

La Caisse d'Epargne n'est plus ce qu'elle était. Elle traverse même une tempête sérieuse même si personne n'ose avouer que la vieille dame digne a beaucoup perdu de son train de vie d'antan. D'abord, parce que ses dirigeants, réputés de bons pères de famille, l'ont lancée dans une course folle au profit, avec des prises de risques inconsidérés. J'ai en mémoire les réunions de la Société Locale d'Epargne, dans laquelle je siégeais, et qui tentait de persuader que Natixis était l'affaire du siècle pour des placements de qualité sans risques... Or selon le quotidien Les Echos de la semaine dernière, la banque de financements et d'investissements de la Banque populaire et de la Caisse d'épargne, prend la crise financière de plein fouet. Elle aurait ainsi enregistré une perte comprise entre 500 millions et 1 milliard d'euros au quatrième trimestre 2008. Sur l'année, les pertes pourraient atteindre... 1,5 à 2 milliards d'euros. Selon plusieurs sources, citées par la journal, la situation financière de l'établissement pourrait rendre nécessaire une nouvelle recapitalisation avant la présentation de ses résultats, fin février.
Le quotidien rappelle également que la banque a déjà bénéficié de fonds publics à deux reprises au cours de l'année 2008. Au mois de septembre, elle a été l'objet d'une augmentation de capital de 3,7 milliards d'euros. Au mois de décembre, elle a également bénéficié de l'intégralité de l'enveloppe de 2 milliards d'euros reçus par la Banque populaire et par la Caisse d'épargne. Autre sujet d'inquiétude, le montant des actifs à risques avoisinerait les 70 milliards d'euros. Comme d'autres banques, Natixis a souffert de la crise économique et de la volatilité des cours boursiers. Elle a aussi accusé un certain nombre de pertes dans l'affaire Madoff. La banque a annoncé mi-décembre qu'elle pourrait perdre jusqu'à 450 millions d'euros dans l'escroquerie du gérant de fonds américain... et on ne sait pas tout ! En tous cas, les caisses d'Epargne ne sortiront pas grandies de ces tristes réalités. Ensuite, elles ont perdu l'exclusivité du fameux livret A et dans le contexte incertain créé par les défaillances de ses dirigeants, les « fuites » risquent de se multiplier !
Dans une étude, les spécialistes évaluent la perte de commissions perçues sur le Livret A à environ 30% pour la Caisse d'Epargne et la Banque postale. Au total, selon l'étude, la généralisation du Livret A amputerait d'un milliard d'euros le Produit net bancaire (équivalent du chiffre d'affaires) des distributeurs actuels... ce qui va singulièrement arranger les affaires des Caisses d'Epargne !
Outre les transferts entre établissements, les nouvelles banques distributrices font état d'un volume important de clients ouvrant leur premier livret. Cela devrait contribuer à augmenter les sommes déposées, lesquelles financent le logement social par l'intermédiaire de prêts accordés par la Caisse des dépôts... L'Europe et sa libre concurrence vont accentuer la crise dans le secteur du bâtiment, puisqu'il va manquer les fonds indispensables aux organismes HLM, privés d'une part de ce que leur apportait la CDC, pillée par des ponctions en tous genres tout au long de 2008 !

A compter du 1er février, la rémunération du livret A ne sera plus de 4 %, mais de 2,5 %. Un rendement qui reste largement positif en termes réels. Selon les derniers chiffres publiés par l'Insee, l'inflation est maintenant (pour combien de temps ?) ramenée à 1 %. Les épargnants voient donc leur argent protégé en misant sur le livret A, distribué par toutes les banques depuis le 1er janvier 2009. Reste que la pilule est amère pour les épargnants qui utilisent ce mode de placement. Psychologiquement, il est toujours plus satisfaisant de constater un taux élevé, même s'il n'est que la résultante d'une inflation qui atteignait il y a six mois 3,6 % (juin et juillet 2008).
Les nouvelles conditions de marché ont pour conséquence immédiate la baisse du taux. Elles ont aussi beaucoup d'autres significations... car elles peuvent jouer un rôle dans la crise. En effet, il n'est pas souhaitable que celles et ceux qui le peuvent placent leurs fonds disponibles dans des produits rémunérateurs puisque la relance n'a pas été bâtie sur les investissements mais sur la consommation. C'est la suite logique d'une idéologie voulant que plus on restreint les prélèvements solidaires et plus on incite les bénéficiaires de ces « exemptions » à consommer ou à investir. En fait le bouclier fiscal qui porte cette « croyance » n'a servi absolument à rien, sauf à accentuer les placements de certains chez Madoff ou chez Natixis !
PLUS DE CONFIANCE
La très forte baisse des prix de l'énergie, principale responsable du recul de l'inflation, devrait redonner un ballon d'oxygène aux consommateurs... mais pas nécessairement les inciter à dépenser. Tant que la confiance à moyen terme ne sera pas revenue, il y a fort à parier que les « sous » disponibles resteront dans les banques, au cas où !
Enfin, nous nous retrouvons dans une situation logique où l'argent prêté à court terme rapporte moins que celui prêté à long terme. Et pour obtenir une rémunération attrayante, il faut à nouveau accepter de prendre des risques. Certes, la volatilité est encore bien présente à la Bourse de Paris, mais, désormais, il n'est plus possible d'obtenir du 4 % en laissant dormir son argent sur des livrets ou du monétaire. C'est aussi, pour ceux qui préparent leur retraite, le signal d'un retour sur les marchés d'actions... s'ils sont véritablement des passionnés du profit, car celles et ceux qui ont été « madoffisés » par la Bourse doivent réfléchir avant de mettre un euro quelque part. Il seront certainement nombreux à se contenter de 2,5 % ! Et probablement plus à la Caisse d'Epargne.
L'année 2008 ne devrait pas rester dans l'Histoire comme l'année de la crise, mais comme celle des aberrations outrancières du système bancaire. Jamais on n'avait accumulé en aussi peu de temps de tels scandales. Il fut une époque où un seul de ces événements aurait emporté un gouvernement et une majorité politique. Là : rien ou presque ! Or, suivez le guide : les pertes de la Société Générale (4,9 milliards d'euros), la perte de trading de la Caisse d'Epargne (750 millions d'euros) ou l'effondrement de la pyramide financière de Bernard Madoff à Wall Street (50 milliards de dollars) ne sont pas comparables, certains étant la conséquence de la « malhonnêteté » et d'autres « d'erreurs de gestion ». Ils révèlent, en tout cas, des manques de contrôle, dont on se demande s'il s'agit de laxisme destiné à favoriser les plus-values à tout prix, ou de réelles défaillances. Mon choix est fait : le profit rapportait à l'Etat et aux amis de ceux qui dirigent l'Etat, donc on pouvait forcément être accommodant avec ceux qui le généraient !
Tous ont contribué à discréditer un peu plus la profession financière et à renforcer l'idée du « tous pourris » dans l'esprit des Français, déjà peu versés dans la technique financière. Jusqu'à présent, ce jugement était réservé aux hommes politiques... et aucun sondage n'a, bizarrement, été commandé par un média sur la perception qu'avaient els Français des... banquiers. Rien d'étonnant, car ce sont eux qui tiennent sous leur coupe des journaux exsangues et des télés en crise ! le feuilleton a pourtant connu des épisodes de téléréalité assez exceptionnels !
LEGEREMENT RESPONSABLES PAS COUPABLES
L'affaire Kerviel a ouvert le bal, il y a exactement un an aujourd'hui, lorsque les positions cachées du trader de la Société Générale, d'un montant incroyable de 60 milliards d'euros, sont « découvertes » en interne. Ces positions, encore gagnantes à la fin 2007, étaient alors devenues perdantes. Le scandale a mis en cause la culture d'entreprise de la Société Générale, très orientée vers la prise de risque, et a posé la question générale de certaines pratiques théoriquement interdites, mais apparemment tolérées au sein des équipes de marché, dès lors qu'elles peuvent s'avérer lucratives. On en est resté là... pour éviter de remettre en cause le système global !
Un prétendu « incident de marché », révélé le 17 octobre, a finalement coûté 751 millions d'euros à la Caisse d'Epargne, soit plus de la moitié du bénéfice de 2007 ! Une paille... Mi-septembre, un trader a parié sur la réduction de la volatilité et la hausse des marchés, alors que c'est exactement l'inverse qui s'est produit après la faillite de Lehman Brothers. Sa hiérarchie, alertée, a laissé faire, trop préoccupée par les difficultés de sa filiale Natixis. Ce scandale, qui s'ajoute à une série d'erreurs stratégiques graves (les investissements à contretemps et au prix fort dans la banque d'affaires Natixis ou dans le promoteur Nexity), a coûté leur place au président du directoire, Charles Milhaud, et à son directeur général, Nicolas Mérindol.
L'affaire est tombée au plus mal, alors que l'Ecureuil est engagé dans des luttes de pouvoir dans le cadre du rapprochement avec les Banques Populaires... Les fautifs sont recasés à l'île Maurice et dans d'autres lieux douillets, car les amis des amis du président ne peuvent pas se retrouver sans profits possibles. Il faut être humain tout de même !
LA CERISE SUR LE GATEAU
Comme un malheur n'arrive jamais seul, l'affaire Madoff est alors tombée sur le dos de tout le monde, comme si personne ne le savait ou ne l'avait annoncée ou prévue. Cette escroquerie planétaire diffère des précédentes par sa finalité comme par sa durée, et surtout par les complicités qu'elle a nécessitées, mais dont on ne sait rien. Qu'il s'agisse d'une dérive progressive ou d'une mise en place originelle, le système de fonds d'investissement de Bernard Madoff s'est révélé être une « pyramide financière », ou système de Ponzi, dans laquelle l'argent apporté par les nouveaux investisseurs servait à rémunérer celui apporté par les anciens. Un tel système est mécaniquement condamné à la croissance, jusqu'à un effondrement inéluctable.
Des demandes de retraits de fonds qui n'ont pu être honorées ont donné le signal de l'écroulement début décembre. Les pertes s'établissent au total à 50 milliards de dollars, touchant des milliers d'investisseurs à travers le monde, directement pour les plus fortunés d'entre eux et à travers des OPCVM pour les autres. Madoff attend qu'on veuille bien le mettre à l'ombre, mais il va falloir négocier, car il doit avoir une liste de bénéficiaires ayant fermé les yeux qu'il peut être dangereux de divulguer.
Et la liste des pertes rocambolesques s'allonge si on regarde de plus près. A l'instar du crédit de 320 millions d'euros accordé le lundi 17 septembre par la banque allemande KFW (depuis surnommée « la banque la plus stupide d'Allemagne ») à Lehman Brothers... plusieurs heures après que la banque américaine s'était placée en situation de faillite. Ou encore de la perte de change de 295 millions de Fortis, attribuée, le 24 décembre, au gel du processus de rachat par BNP, décidé par la justice belge. Et il ne faut pas oublier la perte de trading de 250 millions d'euros (soit l'équivalent d'un an de produit net bancaire d'une caisse régionale de taille moyenne) enregistrée par le Crédit Agricole en septembre 2007. Mais tout va pour le mieux en France.
Les petits-enfants sont allés porter le chèque du premier de l'An signé par mamie sur le livret A qu'on leur a ouvert à la naissance à la Caisse d'Epargne. Ils toucheront 2,5 % et s'en contenteront... jusqu'au moment où ils seront eux-aussi pris par la fièvre du profit. C'est en effet la nouvelle ruée vers l'or facile dont on sait qu'elle a provoqué des centaines de milliers de victimes et des millions de désillusions. Les seuls qui y ont survécu restent les banquiers et leurs coffres !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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PIETRI Annie 18/01/2009 18:45

Comment faire encore confiance au système bancaire français, même lorsqu'on n'est pas, et qu'on n'a jamais eu ni les moyens, ni le goût, d'être spéculateur ou boursicoteur....? On ne peut décidément plus faire confiance à personne.Comme chacun d'entre nous, j'ai été dotée, non pas à la naissance - cela n'existait pas encore - mais lorsque j'ai réussi le concours d'entrée en sixième, d'un livret de Caisse d'Epargne sur lequel la Mairie avait versé quelques anciens francs - et qui comportait une mention explicite indiquant que je ne pourrais en disposer qu'à ma majorité....A l'époque, c'était 21 ans. Par la suite, lorsque l'un ou l'autre de mes grands parents me donnait quelques sous, j'allais scrupuleusement les porter à la Caisse d'épargne...car on m'avait expliqué qu'il ne fallait pas gaspiller, et que si je voulais "faire des études", il me faudrait avoir quelques "réserves" pour aider mes parents à les financer. Mais au bout de dix ans, la valeur du pécule avait fondu comme neige au soleil.....et il m'a fallu trouver autre chose pour compléter ma bourse et financer des études à Paris - car en ce temps-là, il n'y avait ni Sciences Po ni fac de Droit à Tours, ni à Orléans, ni encore moins, bien sûr, à Blois. Je n'avais plus besoin de Banque, ni de Caisse d'Epargne, pour recueillir mes maigres avoirs! Je conservai pourtant le livret de la C.E., parce que c'était la tradition dans la famille.....comme dans beaucoup de familles françaises. Devenue fonctionnaire des Finances quelques mois plus tard, je n'eus, encore une fois , pas le choix : les salaires étaient versés sur le compte qu'on nous ouvrait à la Trésorerie Générale.... Et de poste en poste, de ville en ville, au gré des mutations, je restai fidèle au Trésor Public....Jusqu'au jour où on nous fit savoir que le Trésor ne pouvait plus gérer nos comptes de dépôt : il fallait donc trouver une autre Banque. Par éthique, et parce que je ne voulais pas apporter, ne fût-ce que mon salaire mensuel, à une banque "d'affaires", j'optai pour la Banque Populaire, parce qu'il s'agissait d'un établissement coopératif - dont je devins une modeste actionnaire - et qu'il m'inspirait confiance.....Et voilà qu'aujourd'hui, les deux établissements que, comme beaucoup de français modestes, j'avais cru solides, sérieux, et capables de protéger les avoirs de leurs déposants, ont plongé à leur tour dans des opérations spéculatives douteuses qui les rendent à peu près aussi fragiles que les autres....Et nul ne sait dans quel état il retrouvera ses économies à l'issue de la crise....Alors, croyez-moi, au lieu de vous priver de tout pour vous constituer des économies avec lesquelles vos banques vont faire joujou, et que vous n'êtes pas sûrs de retrouver, au bout du compte, ne vous privez pas, profitez de ce qui est à vous, et faites-en profiter ceux qui vous entourent, dans la mesure de vos moyens.... Vous en tirerez une satisfaction personnelle bien plus profonde que de compter sou à sou, et de trembler devant l'éventualité de tout perdre. Et, en plus, en consommant, vous maintiendrez en vie les commerces qui vous entourent, et vous participerez à la relance de l'économie....