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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 07:17

C'est une constante de la vie politique, et seulement celles et ceux qui ont une haute idée d'eux-mêmes peuvent prétendre y échapper ; en effet, il faut être persuadé, en entrant dans le jeu des puissants qui se sont installés dans un poste décisif au niveau des responsabilités, que toute personne a le rang symbolique de Kleenex. Ce constat est permanent mais, malgré tout, personne  n'ose y croire. Dans les rapports de vassaux à suzerains qui continuent à régir la vie sociale au niveau le plus élevé de l'Etat, personne n'est à l'abri d'être utilisé, puis ensuite placé dans un tiroir ou envoyé à la poubelle ! Tôt ou tard, cette attitude qui consiste à ne s'user qu'en servant, finit par régler le sort des plus ambitieux. Il arrive même qu'on se serve d'eux une seule fois, et qu'on les oublie sur le coin d'un bureau, ou qu'on les expédie aux poubelles de la notoriété. Le système est sans pitié : vous avez été utile et vous avez servi; puis vient alors le moment du Kleenex, celui qui vous ramène à la réalité !
Il y a eu de nombreux exemples de ce type. Le plus célèbre d'entre eux revient à Alain Juppé, Premier Ministre. Avec un enthousiasme exceptionnel, il avait enrôlé dans son gouvernement ces femmes, tellement indispensables à son image de marque. Le 17 mai 1995 son premier "Gouvernement Juppé" compte en effet le record de 27,9% de femmes : 4 femmes ministres et 8 femmes secrétaires d'Etat. Un coup d'éclat qui frappe l'opinion publique, restée sur l'amère déception du passage à Matignon d'Edith Cresson, quelques années auparavant. Malheureusement, le second n'en comptera plus que 12,5% : 4 femmes sur les 32 ministres et secrétaires d'Etat. En France, où l'on n'aime guère que les femmes se mêlent de politique, celles-ci sont ironiquement surnommées "les Juppettes » et elles seront débarquées, telles des Kleenex, sans aucun ménagement, moins de 5 mois plus tard. Il est vrai que le Premier Ministre d'alors était très « enrhumé » et qu'il ne voulait laisser aucune trace de la prise en grippe, par l'opinion publique, qui le menaçait.
Nicolas Sarkozy, bien qu'extrêmement différent de son rival (il prétend le contraire mais il ne peut pas le saquer) a exactement le même réflexe. Peu importe les services rendus ou les sacrifices acceptés : quand le « mouchoir » de ses ambitions est usé, il finit dans une corbeille de bon ton, mais qui n'est qu'une corbeille à linge dont on ne veut plus ! La maternité médiatisée, et son retour fulgurant aux affaires seulement 5 jours après avoir accouché, n'auront procuré à la ministre de la Justice qu'un petit sursis, car on ne se débarrasse pas aussi facilement que ça d'une mère de famille aussi vaillante. Jeudi soir, Rachida Dati a, de fait, été congédiée du gouvernement par le chef de l'Etat. En grand seigneur, grâce à ses talonnettes, il a offert à son ex-protégée une porte de sortie à peine honorable. Elle sera en effet planquée (c'est le terme qui convient), sur la liste aux européennes en Ile-de-France, derrière Michel Barnier, ministre de l'Agriculture, et devra quitter son ministère au printemps. Suprême humiliation, un vague strapontin de «conseiller politique» à l'UMP (au sein d'un pool d'une dizaine d'autres) lui a par ailleurs été proposé, afin qu'elle puisse encore assister à quelques pince-fesses politico-médiatiques, dans la cour d'un roitelet impitoyable.
DU TRI SELECTIF
Oubliées, les vacances flamboyantes dans l'environnement des Bush père et fils. La ministre de la Justice avait été photographiée par l'Associated Press sur un bateau, en compagnie du couple Sarkozy, sur leur lieu de vacances à Wolfeboro, dans le New Hampshire. Le faîte de la gloire, en une époque oubliée des fastes présidentiels, très éloignés de la crise, qui pourtant était bel et bien en gestation. On flambait sur des hors bords, on effectuait des virées shopping, on déjeunait sur l'herbe, et on se régalait d'être enfin entrée dans les fastes et les ors de la République. La chute n'en est que plus dure !
La violence du rejet a été au moins aussi révélatrice de la manière sarkozyste d'utiliser les Kleenex, que celle qui avait porté aux nues le symbole de la diversité rayonnante. Elle n'aurait pas eu un mot de la journée de vendredi pour commenter, ni même simplement confirmer qu'elle acceptait le destin que lui concoctait depuis des mois l'Elysée. Le parcours ministériel de la future ex-gardienne des Sceaux, n'est plus qu'une affaire de semaines d'un chemin de croix humiliant. Pour la voir partir au plus vite, le chef de l'Etat a demandé à Michel Barnier de quitter le gouvernement en mars, alors que celui-ci répétait ces derniers jours que son départ était prévu pour le mois  de mai... Dommage pour lui, il n'aura plus les moyens de l'Etat pour faire campagne pour les Européennes.
Celle qui avait fini par irriter « presque physiquement », selon un de ses proches cité par Libération, le président de la République, a pourtant lutté jusqu'au bout pour ne pas finir dans la zone des « rebuts » politiquement recyclables. Il y a moins de dix jours, la ministre avait appelé le Figaro pour démentir officiellement sa candidature aux élections européennes : « Il n'en a jamais été question. J'ai encore reçu récemment l'assurance du président de la République que je continuerai en 2009 à mener mon action à la chancellerie », déclarait la ministre, en ajoutant un tonitruant «non, non et non !» à propos de son départ du gouvernement. Dommage, elle ne savait pas qu'un Kleenex en politique, dès qu'il est déplié, devient forcément gênant et inutile, surtout quand il porte les stigmates ostentatoires d'une période à oublier.
UNE LONGUE TRAQUE
Sous l'aile du couple Sarkozy («C'est ma sœur», disait d'elle Cécilia), son ascension avait été fulgurante. Sa dégringolade est encore plus brutale. Son sort était pourtant scellé depuis la fin de l'été, pour des raisons qui relèvent autant de la sphère privée (mais qui donc est le père de son enfant ? Serait-il dans l'entourage immédiat du Président ?) que publique (remous multiples liés à ses réformes). Se débarrasser de sa créature, érigée en emblème de «la diversité française», n'a pourtant pas été facile pour Nicolas Sarkozy. Et au regard des humiliations et des désaveux que Matignon et l'Elysée lui ont infligé ces derniers mois, la garde des Sceaux, alors enceinte, a fait preuve d'une capacité de résistance hors norme. Un Kleenex ultra résistant ! Un truc à faire pâlir de jalousie ses concurrents sur le marché. Regardez ce mielleux de Bertrand. Lui, il a acquis le niveau supérieur du linge qui compte et que l'on met dans les armoires de famille.
Elle devenait trop dangereuse pour le Chef de l'Etat, et les proches de ce dernier ont dégainé les coups tordus pour arriver à leurs fins : manipulation de la presse pour distiller les rumeurs hostiles (pas possible !), déstabilisation interne via des collaborateurs amis, au sein du ministère de la Justice (ils n'ont pas tous démissionné de leur plein gré), humiliations bien calculées (l'audience des syndicats en a été l'exemple flagrant) pour dénigrer le travail de la ministre. Celle qui trottinait voilà un an en talons hauts et robe d'apparat aux quatre coins de la planète aux côtés du chef de l'Etat, a commencé par être rayée, en mai 2008, de la liste du «G7», la garde rapprochée des ministres les plus politiques, que Nicolas Sarkozy réunit régulièrement autour de lui à l'Elysée.
EUROPEENNE PAR PUNITION
Un traumatisme pour celle qui dépensait sans compter pour être la plus belle dans le miroir des médias. Elle a dû ensuite essuyer les désaveux de François Fillon « totalement hostile » à l'incarcération possible des mineurs dès 12 ans, quand elle jugeait la mesure de « bon sens». Ou encore cette rebuffade de Nicolas Sarkozy (qui l'a répétée vendredi lors de ses vœux à la presse) à propos de l'interpellation musclée du journaliste de Libération Vittorio de Filippis, sur laquelle Rachida Dati ne trouvait rien à redire. Elle est « morte » par où elle avait pêché ! Nicolas, son ami de trente mois « l'a tuer ! » et les médias l'ont achevée ! Elle finira au cachot, mais pas au pain sec, avec un poste au Parlement européen. Dramatique comme vexation, et sympa pour celles et ceux de son camp qui vont se battre comme des chiffonniers pour décrocher le poste de représentation le mieux payé du pays !
Autre Kleenex mais de couleur verte : Nathalie Kosiusko Morizet, qui a simplement été dégagée pour laisser la place à une nouvelle égérie sarkozyste, et pour préparer le départ de Borloo. Ce dernier est enfin parvenu, à la faveur du dernier remaniement, à se débarrasser de son encombrante secrétaire. Nicolas Sarkozy veut lui être agréable, pour le convaincre d'arrimer à l'UMP le Parti radical. Le ministre de l'Écologie rechignait à accepter une vice-présidence au sein du parti majoritaire, qui entérinerait son allégeance. Avec ce coup de main contre "NKM", le chef de l'État espère que Borloo se montrera plus coopératif. L'idée serait de le faire tenir jusqu'au grand remaniement du printemps, pour procéder à un parachutage sur le poste de... Rachida Dati. Double avantage : Borloo serait ravi de quitter l'Environnement, dont il estime avoir fait le tour, pour la chancellerie qui appartient à ses rêves personnels, car il est ancien avocat !
Après la Karchérisation on va se tourner vers la Kleenexisation, qu'il pratique plus facilement, et avec des effets encore plus visibles, que la première. C'est, il est vrai, plus ciblé, plus léger, et le résultat est immédiat. A la place de ses meilleurs amis, je me méfierais !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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