Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 074 692

PAGES LUES

7 113 288


MAIS JE DEBLOGUE...

Archives

26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 07:17

Le ton monte et les illusions commencent à s'évanouir. Malgré les efforts de Xavier Bertrand pour faussement arrondir les angles, le fameux dialogue social ressemble à une conversation entre sourds mais pas muets, et il faut reconnaître que peu d'accords débouchent sur des applications concrètes. Il est vrai que le contexte n'est guère favorable à un consensus de gestion. Paradoxalement, c'est au moment où la notion d'union nationale est réclamée que les accrocs se multiplient. Les partenaires n'ayant pas eu de grain à moudre depuis des années, en raison de la crispation du camp patronal sur ses profits et le souci du camp syndical de préserver ses acquis, on se trouve dans une période où rien ne sera modifiable. Les réformes ne pourront être qu'autoritaires et donc vouées à l'échec, puisque sans bases ultérieures solides. Le danger, c'est qu'entre une frénésie réformiste et une crispation préservatrice, on en arrive à des conflits insolubles.
En fait, toutes les négociations ont échoué car la méfiance s'est installée, et nul ne peut remettre la confiance en place. Quand il s'agit seulement de faire approuver des principes de gestion, et de les décliner dans un sens, le partage des solutions devient difficile. La discussion autour de l'accord sur l'assurance-chômage en est l'illustration. FO a annoncé qu'elle « fera opposition » au texte, et ce par toutes les voies possibles. Elle rejoint ainsi la CGT et la CGC, tandis que la CFTC se contentera de ne pas signer... Autant écrire que le protocole d'accord n'aura aucune valeur et que des semaines d'échanges auront été totalement inutiles. La décision de FO change la donne dans le monde social : les « opposants » sont désormais trois et, dès lors, en mesure d'invoquer la loi Fillon de 2004 pour faire annuler l'accord. De son côté, la CFDT a confirmé sa signature, qui interviendra aujourd'hui, mais a pris soin de préciser que « dès lors que trois organisations syndicales formaliseront une opposition (...), la CFDT (...) prendra acte que sa signature devient caduque. » De la sorte, elle se veut « en cohérence avec ses engagements sur l'évolution des règles de validation des accords ». Elle s'attache surtout à renvoyer les autres centrales face à leur responsabilité.
Cette attitude préoccupe le gouvernement, car elle va le placer une fois encore dans une position difficile. Soit il fait adopter un texte reposant sur les positions patronales en passant outre aux critiques syndicales, soit il tient compte de ces dernières et il mécontente ses meilleurs supporteurs. L'enjeu est de taille, en une période où le débat apparaît comme extrêmement réduit. C'est bien l'enjeu.
En s'opposant formellement à l'accord, la CGT, FO et la CGC rendraient en effet la main au gouvernement, à qui il appartiendrait de fixer les règles de l'assurance-chômage. Si l'Etat reprend le dossier, il pourrait aussi se contenter de prolonger les règles actuelles. Celles-ci restent valables jusqu'au 15 février, ce qui laisse aussi le temps de renégocier. Hier, la CFTC l'a encore réclamé, mais le Medef s'y refuse car il estime ne pas pouvoir aller plus loin que ce qu'il aurait concédé.
Si l'accord dans sa forme actuelle semble condamné, la CGC cherche encore une solution pour éviter la fin du paritarisme à l'Unedic : reçus hier par François Fillon, ses dirigeants ont évoqué une « piste » de sortie de crise, en demandant une « lettre d'accompagnement » à l'accord. Il s'agirait de clarifier certaines modalités, en particulier sur la baisse des cotisations au 1er juillet, dont le flou explique en partie la non-signature de la CGC et de la CFTC. Mais cela ressemblerait fort à une renégociation. La balle est dans le camp du gouvernement qui n'avait pas besoin de ça !

LARGE SOUTIEN
En fait la semaine risque d'être décisive, et notamment la journée de jeudi. Si les syndicats réussissent leur mobilisation, surtout dans le privé, ils vont enfin inverser un rapport de forces qui leur a été jusque-là défavorable. Près de 70% des Français soutiennent ou « ont de la sympathie » pour la journée de grèves et de manifestations du 29 janvier à l'appel de l'ensemble des syndicats, selon un sondage CSA pour « Le Parisien/Aujourd'hui en France » paru hier.
Interrogées sur leur « attitude à l'égard de cette journée d'actions » organisée « afin d'exiger notamment des mesures pour la sauvegarde de l'emploi et la hausse du pouvoir d'achat », 46% des personnes interrogées ont dit la « soutenir » et 23% « avoir de la sympathie » pour elle, soit 69% d'opinions positives. Le sondage compare ces 69% de « soutien/sympathie » pour la journée du 29 janvier à un taux moyen de 65% de « soutien/sympathie » observé depuis 1995 à l'égard de « l'ensemble des mouvements sociaux ».
Parmi les sympathisants de gauche, 68% soutiennent la journée et 23% « ont de la sympathie » (91% si on les additionne), tandis que parmi les sympathisants de droite, ces taux sont respectivement de 22% et 19% (41% additionnés). Et 12% d'entre elles y sont opposées ou hostiles. Parmi les sympathisants de gauche, 1% est dans cette catégorie, contre 38% parmi les sympathisants de droite. 2% des personnes interrogées « ne se prononcent pas ». Ces nombres n'ont pas plus de valeur que celle que l'on accorde aux sondages, mais ils donnent une idée du contexte dans lequel va se passer cette semaine.
Les effets collatéraux seront aussi révélateurs du climat général.
Que va-t-il se passer en milieu scolaire. Les lycéens vont-ils s'exprimer ? Le service minimum d'accueil va-t-il se révéler totalement inapplicable, si les employés municipaux se mêlent au mouvement ? Quels seront les contingents du privé, quand on sait que l'angoisse du licenciement devient omniprésente dans bien des entreprises ? Ces questions constitueront les véritables clés de la journée intersyndicale de jeudi. Les réponses orienteront l'année 2009 vers la révolte ou vers la résignation. L'opinion publique, si sévère vis-à-vis des empêcheurs de se déplacer paisiblement dans la région parisienne (voir l'exploitation faite des incidents de la gare Saint Lazarre), semble bien mesurer que les grévistes du 29 janvier soutiendront globalement la cause de celles et ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas participer à un mouvement de ce type. Le pas est d'autant plus difficile à franchir que les récents événements ont associé violence et grève !

PAS LA MEILLEURE METHODE
Eric Woerth grand « désargenté » de France a enfoncé le clou hier, histoire de bien faire peur aux éventuels hésitants. « Le recours à la grève en temps de crise économique et financière n'est pas la meilleure méthode pour répondre aux problèmes de la France », a estimé le Ministre qui a en charge de dénicher les milliards accompagnant les promesses permanentes du président. « Ce n'est pas nécessairement la meilleure réponse en ce moment aux problèmes que traverse le pays que de chercher à mettre beaucoup de gens dans la rue (...) Il y a d'autres pays qui ne passent pas leur temps à faire grève », a-t-il estimé sur Radio J. C'est exact, mais ils ne sont pas non plus dans un régime comme celui de la France. « Je crois que la bonne réponse aujourd'hui, c'est quand même de partager ensemble nos difficultés pour trouver des réponses collectives », a-t-il ajouté.
Il déplore que les mouvements sociaux, à ses yeux, se radicalisent, en reprenant l'exemple d'un mouvement ayant amené la fermeture il y a quelques jours de la gare Saint-Lazare pendant une journée... Tiens donc, il suit les traces de son maître, et cherche à stigmatiser ceux qui osent résister à des décisions qui brisent leur vie ou les contraignent à revenir des années en arrière. Le chantage à la grève destructrice de la richesse collective commence à être éculé. On se tourne donc vers l'assimilation entre grève et exactions diverses ! « On voit la violence monter avec des mouvements sociaux de plus en plus incontrôlés, avec des groupuscules de plus en plus incontrôlables », regrette-t-il comme pour accréditer déjà la thèse de la manipulation.

IL Y AURA DU MONDE
Le ministre prédit pourtant, en homme avisé, que le mouvement sera un succès en termes de participation. « Je suis très soucieux de cette grève, je pense qu'il y aura du monde dans la rue. Je vois bien que les blogs marchent à fond, que tout le monde, même le PS (sic), appelle à défiler dans la rue » explique celui qui se dit que jeudi soir, au moment du bilan, il sera toujours temps de clamer que le résultat est inférieur aux prévisions.
En faisant allusion à la tempête qui a frappé le Sud-Ouest, il a déploré ce mouvement qui détonne selon lui avec la conjoncture. « Le pays traverse une crise comme jamais il n'a traversé et puis, on le voit bien, dans le Sud-Ouest où beaucoup de gens sont dans le malheur, est-ce une vraie réponse au fond que d'engager des grèves de transport, d'embêter les gens ? ». Le tout, c'est de savoir comment on en est arrivé là. Qui en porte la responsabilité ? Qui a pris des mesures iniques pour la justice sociale ? Qui a fait du profit le but de tout acte économique ? Qui a tué l'école ? Qui a fermé les lits d'hôpitaux ? Qui a privatisé EDF, GDF, La Poste en expliquant que ce serait meilleur ?
Un amalgame entre des grévistes fainéants, de gauche et parasites, et de braves gens travailleurs, modestes et victimes, relève de la tentative de manipulation médiatique, car il n'y a aucun lien entre les difficultés nées d'un événement climatique douloureux, et des revendications liées à l'emploi, au pouvoir d'achat et aux libertés. Justement, c'est quand on est dans le malheur que l'on mesure combien ces trois points revêtent une importance particulière.
Face à des syndicats presque réunis, des charrettes de licenciements en préparation, des collectivités locales sous pression, des banquiers en fausse perdition, un milieu de la santé mal en point, un système éducatif sous les bombes à fragmentation, il est certain que toute forme de résistance coordonnée apparait comme extrêmement dangereuse pour le gouvernement. Pour le Président ? Il est capable de venir s'installer dans le cortège parisien pour créer l'évènement. Il est vrai qu'une résistance approuvée par 3 Français sur 4, c'est bon pour la cote de popularité !
Mais je déblogue...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans SOCIAL
commenter cet article

commentaires

E.M. 28/01/2009 08:15

Tiens, voici le retour du bouffon du Roi ! C'est la tempête qui l'a fait sortir de son hibernation !??!

marc d Here 27/01/2009 10:42

Jeudi la France va être bloquée. Cette journée de grèves et de manifestatons ne fera pas avancer les choses, bien au contraire. Elle ne favorisera ni l'emploi ni le pouvoir d'achat mais va au contraire tendre à aggraver la situation dans ces deux domaines en pesant sur l'activité économique du pays, et en pénalisant de nombreuses entreprises notamment les petites. Mais cela, bien entendu ne concerne pas les fonctionnaires...bien à l'abri de la crise et de ses retombées...

Gilbert SOULET 26/01/2009 08:27

Bonjour Jean-Marie,Toujours excellent ton billet. Mais à force de questions posées, tu fais réfléchir les citoyens; Et là, c'est magnifique!En effet, je pourrais terminer en posant moi-aussi la question du démantèlement de nos services publics dans le cadre de la politique libérale de l'Union Européenne; Ces fameuses directives de la dite Commission Eu n'ont-elles pas été, hélas, approuvées depuis 10 ans par les Gouvernements ( Gauche et Droite ) des Etats membres de l'Union, au nom de la concurrence...?Quant à SARKO bravant la foule de manifestants, chiche!Amicalement, Gilbert de Pertuis en Luberon