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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 07:17

On compte et on recompte... on se fiche totalement de l'honnêteté intellectuelle, puisque la seule volonté, c'est purement et simplement la manipulation de l'opinion dominante. On se bat sur des pourcentages. On se moque en définitive bel et bien de la vérité, puisque ce qui compte, c'est l'intoxication lente des consciences. Il faut absolument dresser face à face deux camps : celles et ceux qui bossent dur, qui travaillent plus pour gagner plus, et celles et ceux qui geignent et battent le pavé. En fait, dans le cadre d'une volonté politique globale de bonapartisation du régime, il faut museler tous les contre-pouvoirs. Et même dérangeant, le droit de grève devient un nouvel enjeu fondamental du maintien de la République.... Les attaques vont être encore plus violentes, depuis le succès indiscutable des manifestations d' ier. Il faut tout tenter pour diminuer, rogner, éliminer les possibilités de manifester son opposition à une autocratie déviante. Il suffit, pour s'en persuader, de suivre les commentaires du club sarkozyste. Frédéric Lefebvre, barde qui chante faux, dans un village idyllique qu'il prend pour le nombril du monde, puisqu'il y fait flotter le drapeau de l'UMP, n'y va pas par quatre chemins : "Ce qui fragilise aujourd'hui le droit de grève, c'est l'abus de droit de grève. On peut parfaitement imaginer des sanctions financières contre des syndicalistes qui génèreraient des dégâts pour la sécurité, ou ayant un coût économique pour la collectivité. Et on peut imaginer que soit engagée leur responsabilité personnelle. La meilleure protection du droit de grève, c'est la lutte contre les abus de ce droit sinon, c'est la population qui se révolte contre les abus. Si l'on veut protéger le droit de grève, il faut mettre en place un arsenal juridique qui lutte contre les abus. Faire grève, ça doit permettre de porter un message politique, mais on ne doit pas le subir, (...) on ne doit pas être pris en otage, on ne doit pas être empêché de travailler". Un véritable bréviaire antidémocratique, qui devrait être présenté aux jeunes de ce pays comme recelant les pires dangers pour leur avenir.
Comment peut-on prétendre que des citoyens abusent d'un droit constitutionnel parfaitement légal, sauf à condamner les principes mêmes de la République ? Personne ne peut se révolter contre des gens qui ne font que s'inscrire dans le droit ! C'est tout bonnement décider que les causes ne sont jamais à prendre en compte, mais qu'il suffit d'interdire pour les éliminer ! Que les gens fassent grève en l'assumant, c'est encore une idée fondatrice de la citoyenneté, portée par des femmes et des hommes qui en ont payé le prix fort.
La grève est depuis le XIXe siècle une action collective, consistant en une cessation concertée du travail par les salariés d'une entreprise, d'un secteur économique, d'une catégorie professionnelle ou, par extension, de toute autre personne productive, souvent à l'initiative de syndicats. Cette action vise à appuyer les revendications des salariés en faisant pression sur les supérieurs hiérarchiques ou l'employeur (chef d'entreprise ou patron), par la perte de production que la cessation de travail entraîne. Il s'agit d'une épreuve de force : le gréviste n'est a priori pas rémunéré, alors que l'entreprise ne produit plus et perd de l'argent.

DES TENTATIVES VERBALES
Le statut juridique des actions de grève est variable selon les pays, de l'interdiction pure et simple (en particulier dans les dictatures), à l'encadrement réglementaire ou législatif. Dans les pays où la grève est légale, elle est en général interdite à certaines professions comme les militaires, les pompiers professionnels ou encore les policiers. En France, elle devient de fait limitée, pour les cheminots et les enseignants, via l'instauration de la notion de service minimum... qui n'a d'autre but que de maintenir, dans les faits, une disposition destinée à  diminuer l'impact de la cessation du travail.
Eric Woerth voudrait aller plus loin et mettre, de fait, un terme à ce qui reste une manière d'exprimer son mécontentement. Il commente ainsi les manifestations de hier qui sont, comptage truqué ou pas, entrées dans l'Histoire sociale (un nouveau record après tous les indices catastrophiques accumulés par le gouvernement de Zébulon 1er : « Qu'ils se démènent, (...) qu'ils bougent, qu'ils ne le fassent pas nécessairement uniquement en défilant ou en râlant! (...) Qu'ils deviennent un acteur de la sortie de crise. Et devenir un acteur de la sortie de crise, c'est quand même me semble-t-il se remonter un tout petit peu les manches et se mettre à travailler plutôt à l'unité du pays. Je trouve qu'il y a d'autres moyens de le dire que de descendre dans la rue un peu traditionnellement comme on le fait depuis 30 ou 40 ans en France avec les mêmes banderoles. Bloquer un pays, faire en sorte que les transports ne fonctionnent pas, ennuyer les gens quand ils sont encore extraordinairement craintifs et qu'ils ont peur de l'avenir, c'est rajouter de la peur à la peur, de la crainte à la crainte ». Les mots-clés du chantage politique sont lâchés : « crainte », « peur »... et « travail ». Il manque seulement « famille » et « patrie » pour que l'on retrouve des accents d'une autre époque. On perçoit bien que la menace existe, et que demain, tout peut être remis en cause, au détour d'un amendement au parlement !

TOUT PROGRES VIENT DE LA GREVE
La grève, conséquence de l'abolition des corporations et de la contractualisation du droit du travail, a longtemps, en effet, été interdite. Au cours de la première moitié du XIXe siècle, l'État monarchique réprimait les grèves et emprisonnait souvent les grévistes. A partir de 1864, sous l'Empire libéral, la grève est progressivement légalisée. Les grèves ont été encore plus longtemps interdites aux fonctionnaires. Cependant, à la suite de la Libération, en 1944, et en réaction contre tous les interdits imposés par l'occupation nazie et le régime de Vichy, la Constitution de 1946 autorisa la grève des fonctionnaires, à l'exception de certains agents d'autorité, « dans le cadre des lois qui la réglementent », d'où l'obligation du préavis de grève.
En France, les grandes grèves « ont généré la production de droits nouveaux », qualifiés de « conquêtes », d'« avancées » sociales : la grève générale de juin 1936 permit l'obtention des congés payés, ainsi que la reconnaissance des conventions collectives et des délégués du personnel. La réduction du temps de travail a été une lutte importante du mouvement ouvrier depuis le XIXe siècle - la création, en 1889, du 1er mai comme journée annuelle de grève, ayant pour but la réduction de la journée de travail à 8 heures. Il n'y a, dans les faits, jamais eu de réels progrès sociaux sans actions durables et solidaires de grève. Par manque d'éducation civique, les femmes et les hommes de notre époque croient que les « réformes » sont spontanément positives pour leur avenir ou pour celui de leurs enfants. Ce n'est, en fait, que la résultante d'un rapport de force !
La grève peut aussi être un outil pour défendre la démocratie : grève du 12 février 1934 contre le fascisme, grèves pendant l'occupation, grèves en 1961 contre les militaires putschistes, etc. La grève n'est alors "plus simplement l'un des produits de la démocratie moderne ; elle est aussi garante de la démocratie politique".
Les grèves ont toujours été, avec les manifestations et les pétitions, un des moyens privilégiés par les syndicats français et les salariés pour défendre les acquis sociaux, tels que les conditions de retraite, la sécurité sociale ou le système éducatif public, ainsi que pour obtenir des hausses des salaires, et des améliorations des conditions de travail. Depuis 1864 il en est ainsi ! La première grève nationale de revendication a lieu en 1906 pour obtenir la réduction du temps de travail à 8 heures. Le 8 mars 1907, la grève des électriciens parisiens plonge la capitale dans le noir, soulevant une tempête de protestations, et des appels au massacre des coupables d'une telle lâcheté. Les commentaires n'ont pas changé depuis un siècle : gréviste égal fainéant, gréviste égal « privateur » de liberté ; gréviste égal privilégié !

OUBLIE DANS LA CONSTITUTION
En 1946, la grève est un droit enfin reconnu par la Constitution. Le préambule de la Constitution de 1946 énonçait : « Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent. », et en faisait un « principe particulièrement nécessaire à notre temps ». La constitution de la Cinquième République, par contre, et on l'oublie trop facilement, ne prévoit pas... le droit de grève, mais le Conseil constitutionnel a décidé, dans une décision du 16 juillet 1971, de donner valeur constitutionnelle au préambule de la Constitution de 1946, et donc au droit de grève qui y est inscrit. Pour ce qui concerne les fonctionnaires, ce droit fut affirmé, et ne sera précisé qu'en 1950 par un arrêt du Conseil d'État, l'arrêt Dehaene du 7 juillet 1950. Il est donc possible, à tout moment, de revenir sur ces décisions qui ne sont pas gravées dans le marbre de la Constitution ! La notion est donc déjà quasiment absente des lois et règlements. L'article L.521-1 du Code du travail indique juste que le salarié ne peut pas être pénalisé pour avoir fait grève. Le point principal réside en fait dans l'intitulé du titre du code : « Conflits collectifs » ; cela indique qu'il faut être au moins deux pour faire grève même si le droit de grève n'en reste pas moins un droit individuel et non collectif. Contrairement à des idées reçues, il n'y a aucune nécessité de faire une assemblée de salariés ou de déposer un préavis à l'avance. A noter toutefois que depuis le 1° mars 2008, en application de l'article 14 de l'ordonnance 2007-329 du 12 mars 2007, la cessation concertée du travail doit être précédée d'un préavis de grève, déposé par une organisation syndicale représentant, au niveau national ou de l'entreprise, le service cessant le travail.
Le droit de grève connaît donc des limites, que la jurisprudence fixe à travers deux méthodes.  D'une part, n'est une grève que ce qui entre dans la définition juridique de la grève. D'autre part, sont illicites les grèves décidées abusivement. L'abus de droit n'est pas à comprendre ici dans le sens de mise en œuvre d'un droit dans le but exclusif de nuire, mais comme emploi d'un droit, hors de sa fonction sociale : le droit de grève « ne peut être mis qu'au service d'intérêts professionnels qui en constituent le motif légitime ». Sont illicites, notamment, les grèves politiques (les grèves doivent porter sur des revendications sociales et non politiques), certaines formes particulières de grèves (grèves perlées, grèves tournantes dans la fonction publique...) considérées comme des abus du droit de grève. Les grèves de non salariés se développent : médecins, routiers, buralistes, chauffeurs de taxis... Ces actions diffèrent des grèves classiques dans la mesure où ces professions libérales ou ces artisans sont leurs propres employeurs. Le conflit les oppose, dans ce cas au législateur.
La tentation existe, mais ce ne sera que progressif, sournois, équivoque, comme avec le service minimum d'accueil dans les écoles, car hier la démonstration a été parfaite. A Créon, pas une seule famille n'a présenté son enfant dans les écoles ! Comme si ce comportement était une trahison à l'égard de celles et ceux qui se battent pour que l'avenir ne soit pas aussi sombre que le laissent envisager des réformes réactionnaires. Il est vrai que, si le penseur qui les inspire pouvait déposer un préavis de grève de casse du système social actuel, nul ne songerait à lui demander de renoncer à ce droit !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans SOCIAL
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