Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 074 692

PAGES LUES

7 113 288


MAIS JE DEBLOGUE...

Archives

1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 07:17

Il y a une étrange contradiction dans l'actualité au sujet de l'électricité. J'ai en mémoire, comme sûrement beaucoup de celles et ceux qui lisent ces chroniques, et qui ont atteint un âge qui sans être canonique devient respectable, les leçons de choses de l'école publique laïque et obligatoire qui vantaint les mérites de la « fée électricité ». Des hameaux épars, dans le village où je suis né, à quelques dizaines de kilomètres de Bordeaux, attendaient que les fonds de « l'électrification rurale » fassent un miracle et leur apporte enfin ce dont jouissaient les agglomérations depuis longtemps. Même à la fin des années cinquante, il existait encore des maisons sans eau ni électricité dans la périphérie immédiate des villes. Des élections municipales se sont jouées, maintes fois, sur ces aspects du confort quotidien qui nous conduit désormais à avoir une dualité de position : les uns protestent, vitupèrent contre l'incapacité, en Gironde et dans le Sud-Ouest en général, d'ERDF à remettre en service des lignes électriques, alors que d'autres en France refusent de voir ces lignes passer chez eux.
Les manifestations antagonistes à quelques centaines de kilomètres de distance sont révélatrices du mal-être généré par le passage d'une société de la citoyenneté, à une société de la consommation. Quand les uns se plaignent amèrement de ne plus pouvoir consommer du courant électrique, d'autres refusent, au nom du principe de précaution, qu'on le produise et qu'on le transporte à proximité de chez eux.
Selon une étude menée par le centre de recherche et d'information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (CRIIREM), vivre à moins de 300 mètres d'une ligne à haute tension nuirait à la santé. Cette étude, commandée par une association opposée à un projet de ligne à très haute tension dans le Cotentin, a été contestée par le gestionnaire du réseau électrique RTE, qui exprime de « vives réserves sur les conclusions de l'enquête du Criirem ».

LA GARE PAS LES RAILS
Le débat est donc bel et bien lancé, et ressemble à une remarque que faisait un élu régional de Provence qui me disait un jour, en pleine tempête sur le tracé de la ligne TGV desservant le sud de la France, que « tous ses collègues réclamaient une gare mais qu'aucun ne voulaient des rails ! ». Il est vrai que tout équipement collectif génère des risques et des nuisances, et qu'en matière de champs électromagnétiques, les scientifiques pataugent encore un peu. Personne n'est capable véritablement de dire s'il n'est pas plus dangereux d'abuser du téléphone mobile que de vivre à 4 ou 500 mètres d'une ligne à très haute tension.  L'enquête réalisée porte en effet sur le « ressenti des personnes habitant à proximité d'une telle infrastructure » et non sur des effets prouvés. Elle révèle néanmoins que 15,8 % des personnes déclarent ressentir un état dépressif, contre 7,9 % des personnes interrogées dont le lieu d'habitation se trouve éloigné d'une ligne THT. 18,1 % des personnes vivant à moins de 300 mètres ont déclaré ressentir des vertiges, contre 10,3 % dans la zone hors THT.
De plus en plus, ce sujet fait débat, et la charge émotionnelle est forte. Lignes à haute tension, électroménager, téléphonie mobile, WiFi... Les champs électromagnétiques sont omniprésents dans notre environnement quotidien, ce qui inquiète les citoyens. L'électro- hypersensibilité, longtemps sujette à caution, commence à être prise en compte par les chercheurs et les politiques. Pourtant, aujourd'hui, aucune étude scientifique ne peut prouver avec certitude l'impact sanitaire des ondes électromagnétiques.
La fée électricité serait devenue un vecteur démoniaque qui détruit celles et ceux qu'elle envahit. Il est pourtant vrai qu'il faut avoir de la méfiance vis-à-vis de tout ce qui impose aux femmes et aux hommes d'un secteur déterminé un risque sanitaire important, mais on trouve trace dans les archives, de pétitions, de manifestations terribles, sur une petite cité comme Créon, en 1875, contre le passage de la voie ferrée à proximité de la ville en raison du danger causé à la santé par les fumées des locomotives et les escarbilles de leurs chaudières. Etrange défi que celui de concilier le progrès avec les angoisses individuelles légitimes sur les dangers qu'il génère !

SANTE EN PERIL
Manifestations cutanées, fatigue, nausées, vertiges, difficultés de concentration...De plus en plus de citoyens disent souffrir de divers symptômes qu'ils attribuent à l'exposition aux champs électromagnétiques. On parle alors d'hypersensibilité électromagnétique. D'après les sondages, en Californie, 3,2 % des personnes interrogées se disent électro-sensibles, 6 % en Allemagne, 3,5 % en France...
Si aucune preuve scientifique ne permet de démontrer la relation directe entre ces deux phénomènes, de plus en plus de personnes reconnaissent cette souffrance. Pour Daniel Raoul, sénateur de Maine et Loire (PS) qui réunissait experts et chercheurs la semaine dernière pour une audition publique sur ce sujet, « il ne fait aucun doute que l'électro sensibilité constitue un malaise qu'il faudra bien prendre en compte à l'avenir ». De nombreuses associations en appellent d'ailleurs, à juste titre selon moi, au principe de précaution.
Pour le Professeur Belpomme, président de l'ARTAC (association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse), dont les recherches sont axées autour de l'étude des effets sanitaires de la pollution chimique, l'hypersensibilité électromagnétique ne fait aucun doute : « les symptômes sont lourdement invalidants ». Selon l'association, il existe également deux types de cancers pour lesquels le rôle des champs électromagnétiques apparaît démontré : les leucémies aiguës qui apparaissant chez les sujets habitant à moins de 200 mètres d'une ligne à haute tension, et les tumeurs du cerveau chez les sujets qui ont utilisé un... téléphone portable au moins une heure par jour depuis plus de dix ans. Si ces réalités sont démontrées scientifiquement, il faut immédiatement arrêter l'utilisation de l'électricité et du portable, mais qui est "citoyennement" prêt à admettre ces deux interdictions ? Qui accepte de rester plus de quelques heures sans électricité, dont les foyers sont dépendants ? Qui refuse d'acheter un portable à sa progéniture dès qu'elle a l'âge de l'utiliser, au prétexte que c'est une garantie pour sa sécurité ? Qui hurle après son maire ou son élu dès qu'une ligne HTA, passant près de chez lui, n'est pas immédiatement rétablie après un incident climatique ?

HYPOTHESE DE RISQUES
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle qu'aucune preuve scientifique ne permet de démontrer la relation directe entre l'exposition aux champs électromagnétiques et les effets sanitaires. Si aujourd'hui de nombreuses études permettent de démontrer et de mesurer l'exposition aux champs électromagnétiques, rien ne permet encore d'en définir avec certitude les effets sur la santé et l'environnement. La plupart des experts réunis par le sénateur Raoul se prononçaient d'ailleurs pour l'innocuité d'une exposition à une ligne à très haute tension. Pour Martin Guespereau, directeur général de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (AFFSSET), « c'est une hypothèse de risques » (sic). Pourtant, pour le professeur Jean-Claude Etienne, premier vice-président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, « ce n'est pas parce qu'on ne comprend pas que cela n'existe pas. Notre réflexion est remplie d'incertitudes. Nous avons à faire valoir ces incertitudes, ces limites. Nous sommes dans une dérive intellectuelle théorisée, qui peut avoir des conséquences concrètes dans la société. Nous avons une nécessité de ne pas oublier les incertitudes sous peine de catastrophes ». C'est probablement le nœud du problème, puisque nous avons pris la triste habitude sociale de ne répondre au danger que quand il est trop tard. On ne légifère que négativement, et jamais positivement, puisque derrière chaque sujet se dissimule un intérêt financier.
Des élus girondins veulent implanter un parc éolien près de l'estuaire : les riverains se mobilisent et en contestent vigoureusement l'implantation à quelques kilomètres de la centrale de Braud et Saint Louis... Vous faites sortir une ligne de transport électrique de cette même centrale nucléaire, et d'autres refusent son passage ! Vous lancez une politique de développement de l'utilisation de l'énergie solaire, les défenseurs du patrimoine architectural s'y opposent, au prétexte que les toitures sont malmenées ! Vous tentez de valoriser la biomasse, mais personne ne souhaite de lieux d'implantation de la structure de production ! On entre dans une spirale infernale du « je refuse tout » mais « je souhaite avoir tout » , ce qui devient problématique.
Il est vrai que le doute est permis sur l'impartialité des scientifiques qui se prétendent « impartiaux » sur des sujets tels que les ondes électromagnétiques. On a eu la triste expérience de ceux qui avaient affirmé que le nuage de Tchernobyl s'était arrêté aux frontières de la France, ceux qui avaient oublié les effets du sang contaminé, ceux qui n'ont jamais fait appliquer les règles de dangerosité de l'amiante, ceux qui ont eu un trou de mémoire sur les effets de l'hormone de croissance, ceux qui prétendent que leurs inventions chimiques sont absolument sans danger pour la planète... « Si la science un jour règne seule, les hommes crédules n'auront plus que des crédulités scientifiques. » Dépassé? vieux jeu? Est-ce ne pas faire preuve de confiance aveugle dans le science? Pourtant, comme l'exprime Anatole France dans cette phrase, le respect de l'Homme passe d'abord par une philosophie politique, et ensuite par la fin d'un mythe voulant que le citoyen puisse exister sans les repères immatériels de la conscience collective. Difficile de croire aveuglément aux contes de fées scientifiques. Même électriques !
Mais je déblogue...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
commenter cet article

commentaires

J.J. 01/02/2009 16:47

Il y a une jolie chanson alsacienne qui illustre très bien tes propos : "Der Hans von Schnokelock", qui dit :Le Hans de Schnokelock il a tout ce qu'il veut !Et ce qu'il veut il ne l'a pasEt ce qu'il a il ne l'veut pasLe Hans de Schnokelock il a tout ce qu'il veut ! etc...Quant aux manifestants de 1875 contre le chemin de fer, en fin de compte, leurs appréhensions étaient fondées : le progrès se serait arrêté là et nous n'aurions pas peut être à nous soucier de la dégradation du climat accélérée par les fameux gaz à effet de serre.Tout progrès a un prix et on ne peut pas tout avoir, les avantages sans les inconvénients, même si, à long terme, ils sont imprévisibles.