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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 07:17

Dans la vie publique il arrive très rarement que des dirigeants de premier niveau reconnaissent publiquement avoir commis des erreurs et qu'ils acceptent de prononcer cette phrase qui résume parfaitement le sens de leur action « j'assume ! ». L'habitude reste beaucoup plus de signifier que, dans le fond, l'essentiel reste de se dédouaner sur les autres des constats négatifs qui peuvent être faits. Le pire qui peut arriver à un homme politique c'est qu'il ne doute jamais et qu'il continue à s'enliser comme si de rien n'était. L'histoire démontre que pourtant cette attitude d'humilité, consistant à reconnaître ses appréciations malheureuses des situations, n'a jamais été véritablement l'apanage des « grands » de ce monde. Hier pourtant, un événement exceptionnel s'est produit. Il est d'autant plus extraordinaire qu'il émane de celui qui a été présenté comme l'icône d'une nouvelle manière d'assumer la plus lourde responsabilité de la planète : gérer les Etats-Unis en pleine tempête financière, économique et sociale ! L'état de grâce du président Barack Obama a été durement mis à l'épreuve hier avec le désistement, pour cause d'ennuis avec le fisc, de deux des collaborateurs qu'il avait choisis pour des postes au gouvernement. Il a donc été obligé d'effectuer un remaniement ministériel dans l'urgence, quelques semaines après son entrée en fonction, afin de tirer les leçons des constats effectués.
En quelques heures, Tom Daschle a renoncé au portefeuille de secrétaire à la Santé et Nancy Killefer à celui de contrôleuse du Budget. Tom Daschle était au cœur d'une controverse sur 100.000 dollars d'arriérés d'impôts qu'il avait acquittés il y a quelques semaines seulement. Sa confirmation par les sénateurs semblait remise en question, Tom Daschle ayant reconnu hier que son poste exigeait de bénéficier de « la totale confiance du Congrès et des Américains». Nancy Killefer, choisie début janvier par le nouveau président américain, s'est retrouvée, elle, en butte à des informations sur des impôts qu'elle n'aurait pas payés pour une employée de maison. Elle devait veiller au bon fonctionnement des programmes fédéraux et combattre le... gaspillage dans une période où il faut justement que la solidarité joue à plein en faveur des ressources financières fédérales.
UN PROCESSUS TENU

Pour Barack Obama, dont l'équipe s'est engagée à respecter le processus le plus rigoureux possible dans la sélection des responsables, ces affaires risquaient de remettre en cause la promesse faite de « gouverner autrement ». Il a donc vite décidé de respecter son engagement, contrairement aux entêtements habituels d'un grand nombre de ses pairs. Son secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, a lui aussi eu maille à partir avec le fisc, bien qu'il ait été confirmé par le Sénat la semaine dernière. Un quatrième responsable confronté à des problèmes fiscaux, le démocrate Bill Richardson, visé par une enquête sur une société qui a des relations d' affaires avec l'Etat du Nouveau-Mexique dont il est gouverneur, s'était désisté début janvier du poste de secrétaire au Commerce. Barack Obama a annoncé avant-hier avoir nommé le sénateur républicain Judd Gregg pour le remplacer.
Outre la crise financière et les grands dossiers comme l'Irak et l'Afghanistan, Barack Obama a donc d'autres chats à fouetter dans l'immédiat, qui paraissent moins importants, mais qui détermineront peut-être l'appui qu'il recevra du peuple américain quand il aura besoin de son soutien. Le Président des USA a fait, dans plusieurs entretiens télévisés, son mea culpa après le retrait de Tom Daschle. Il a assumé « l'entière responsabilité » du retrait surprise de son secrétaire à la Santé. Alors que Barack Obama avait prévu une série d'interviews sur les grands réseaux américains à propos de la crise économique, il a été obligé de faire le point sur cette affaire... et donc de plonger dans la réalité de ses erreurs d'appréciation sur le gouvernement qui devait l'aider à surmonter la crise.
Hier soir, sur CNN, Barack Obama a déclaré: «Je pense que c'était une erreur. J'ai foiré. J'en prends la responsabilité. Et, nous allons régler le problème, pour que cela ne se reproduise plus». Ces deux affaires soulignent déjà les premières difficultés, pour lui, de gouverner à la hauteur des promesses de campagne... car pour tout élu, de quelque niveau qu'il soit, le plus dur reste d'être fidèle à ses engagements alors que les réalités vous rattrapent. Cet effort permettant d'assumer des erreurs commises devrait renforcer la confiance que l'on peut avoir dans un homme politique.
MESURE EFFECTIVE
Il faut en effet convenir que l'on aimerait bien, en France, entendre le Président de la République annoncer qu'il a compris que, par exemple, le « paquet fiscal » constitue une mauvaise décision, qu'il en assume la responsabilité et qu'il l'annule dans un contexte de crise. Ce serait une manière de démontrer qu'il reconnaît que la valse des réformes pour les réformes ne produit pas nécessairement les effets qu'il en attendait, et qu'il est capable de reconnaître que ce qu'il pensait être des réussites a eu des effets qui,  pour le  moins, ne sont pas évidents. Obama a montré la voie.
L'opinion publique ne lui en voudra pas, puisqu'il a eu le courage de faire face à une situation de crise. Il a réagi en accompagnant cet aveu d'une mesure plus que symbolique, totalement contraire à celle qui avait été prise par Nicolas Sarkozy dans le même contexte. Le président américain a annoncé le plafonnement à 500 000 dollars par année, du salaire des dirigeants de sociétés recevant l'aide de Washington. Les cadres concernés ne pourront pas non plus recevoir de bonus.
Cette mesure ne s'appliquera toutefois pas rétroactivement aux entreprises qui ont déjà bénéficié d'une recapitalisation grâce aux deniers publics. Ce sont celles qui demanderont de l'aide dans le futur qui seront touchées... afin de veiller à ce que les deniers publics n'aillent pas enrichir ceux qui les reçoivent pour les erreurs... commises. C'est justement parce qu'il a admis les siennes qu'il peut affirmer que « tous doivent prendre leurs responsabilités ». Il a précisé que cela inclut les dirigeants des sociétés financières majeures, qui se sont tournés vers le gouvernement quand ils étaient en difficulté, alors même qu'ils se versaient leurs habituelles primes somptueuses. Il faudrait par exemple savoir si le bouclier fiscal français n'a pas préservé des dirigeants ayant justement bien des comptes à rendre à la puissance publique. Il les préservera en 2009, sur des profits réalisés en... 2008, avant que ne surviennent la crise. L'état de grâce n'est, cependant, pas terminé. Selon un sondage Gallup/USA Today, 64 % des interrogés approuvent encore sa conduite du pays. Trois quarts des sondés soutiennent ses premières décisions, telle que la nomination d'envoyés spéciaux pour l'Afghanistan et le Proche-Orient, ou encore les restrictions sur le lobbying. La décision la moins populaire est la fermeture de Guantanamo : 50 % l'approuvent, contre 44 % qui la regrettent . En revanche, les Américains sont sceptiques sur le plan de relance : 47 % pensent qu'il n'améliorera qu'un peu la situation économique.
CONTEXTE TRES DIFFERENT
En France, le doute s'installe et la contestation monte puisque hier à Bordeaux les étudiants ont donné les premiers signes de jonction avec les revendications sociales. « Monsieur le président, avez-vous entendu les Français, avez-vous vu vos collègues dans tous les pays voisins, avez-vous compris la force de la crise qui est devant nous ? », a demandé hier Martine Aubry, lors d'une visite au Parlement européen. « Donc, prenez enfin les décisions, augmentez les moyens de la consommation, les salaires, les retraites, faites en sorte qu'il puisse y avoir des investissements dans le logement, dans les collectivités locales, qui aillent dans le sens d'une reprise rapide, c'est-à-dire faites l'inverse de ce que vous avez fait depuis que vous êtes là », a-t-elle ajouté. L'entretien de ce soir, sur « ses » chaînes de télévision, devrait être plus qu'un exercice de « dorage » de pilule, une distribution de potion amère pour celles et ceux qui sont dans le doute.
Heureusement qu'il a choisi les journalistes qui vont être face à lui et que tout aura été négocié avec le quatuor qui sera face à lui. Car il sera délicat pour le président de la République de justifier que, parallèlement à ses multiples interventions sur la crise, il accumule sans cesse des initiatives sur des sujets qu'il juge tout aussi importants, mais qui sont sources de controverses jusque dans son propre camp... et au plus mauvais moment. La réforme des collectivités locales ? Est-ce si urgent quand par ailleurs on attend qu'elles investissent durablement dans les investissements. Le travail le dimanche ? La réforme de l'audiovisuel public ? La suppression du juge d'instruction ? La réforme du fonctionnement de l'Assemblée ? Ce sont les principales illustrations de cette dispersion, qui empêchent le chef de l'Etat de prendre des décisions claires, concrètes, indiscutables, répondant au contexte actuel.
Ces réformes purement idéologiques expliquent sans doute, avec la politique sociale, la baisse de six points de sa cote de popularité, à 41%, dans un récent sondage Paris-Match/Ifop. Elles ont largement contribué à brouiller le message chez les Français alors que le pic de la crise semble encore à venir... puisque même Christine Lagarde a enfin reconnu lundi qu'il ne fallait plus s'attendre à une croissance positive en 2009, sans toutefois s'aligner sur les prévisions de la Commission européenne, qui table sur un recul de 1,8% du produit intérieur brut de la France cette année. Qui osera lui poser cette simple question : « Monsieur le Président quelle est votre responsabilité dans la situation actuelle de la France ? »
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

PIETRI Annie 05/02/2009 13:20

Oui, un élu qui assume ses erreurs politiques, et qui s'efforce de rester fidèle à ses engagements est toujours digne du respect tant de ses électeurs que de ses adversaires.Aus Etats Unis, Obama s'est engagé dans cette voie. En France, nos "Grands Hommes" n'ont pas choisi ce chemin...Ils ont commis et commettent encore de graves erreurs politiques et économiques, mais restent attachés, quoi qu'il arrive, à leur maxime : je persiste et je signe.Puisse cet entêtement stupide leur faire perdre la confiance de nos concitoyens. Cela commence. Espérons donc que ce réveil sera durable et que nous saurons en profiter !