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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 07:17

Et si le déclic social venait des Antilles ? Il faut voir dans le silence présidentiel sur les événements sociaux qui se déroulent, depuis maintenant plusieurs semaines, en Guadeloupe d'abord, et ensuite en Martinique, une inquiétude légitime sur la valeur symbolique des luttes en cours. Si un journaliste avait eu le courage de lui poser une question sur les conflits dans cette région française à part entière, il aurait mis à mal le discours officiel préparé dans les officines de communication. Il aurait fallu parler du pouvoir d'achat et de profits, de grève générale et de mobilisation du Peuple, de négociations gagnées et de mise à mal des effets d'annonce gouvernementaux. Et ce sont des sujets tabous en Métropole, par les temps qui courent. Impossible de ne pas évoquer en cette occasion l'attitude du patronat qui, s'il venait à céder quelques euros de prime là-bas (les plus gros employeurs sont des filiales de grands groupes métropolitains), mettrait un terme aux lamentations quotidiennes du Medef sur son triste sort : les bénéfices 2008 ne sont plus à la hauteur de ceux d'avant la crise financière, car on ne peut plus spéculer à loisir !
Hier, tout est monté d'un cran avec, en Guadeloupe, une nouvelle manifestation de masse. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Basse-Terre, où les négociations entre le patronat et le « Lyiannaj kont pwofitasyon », à l'origine de la grève générale, se poursuivent, pour tenter de trouver un accord sur une augmentation salariale. Cinquante mille manifestants, selon des journalistes, venus en autocars affrétés par le LKP de Pointe-à-Pitre et de toutes les communes de la Guadeloupe, ont défilé en bon ordre dans les rues de Basse-Terre, sans incident. Les négociations bilatérales, à huis clos, entre patronat et LKP s'ouvraient à la même heure à la préfecture de Basse-Terre. Les deux délégations comptent huit membres chacune.
Le secrétaire d'Etat chargé de l'outremer, Yves Jégo, et les présidents des Conseils régional et général, Victorin Lurel et Jacques Gillot, y participent en tant que médiateurs, mais ils semblent impuissants, même après avoir réduit le nombre de participants autour de la table. Près de 150 personnes (LKP, patronat, élus, représentants de l'Etat) participaient, jusqu'alors, aux négociations qui s'étaient ouvertes depuis le milieu de la semaine dernière. Les délégations du patronat et du LKP s'étaient engagées à poursuivre leurs négociations jusqu'à ce qu'elles parviennent à un « accord interprofessionnel sur les salaires ». Et c'est là que les affaires se corsent... car dans ce contexte musclé, Yves Jégo vire carrément à l'adhérent du NPA de Besancenot, pour essayer de faire entendre raison aux... pires capitalistes !

ENRICHISSEMENT SANS CAUSE
Il tient des discours qui, pour un ultra libéral, décoiffent singulièrement. Il dénonce par exemple, dans un entretien au Journal du Dimanche, des « marges qui paraissent abusives » dans la distribution et « un enrichissement sans cause des compagnies pétrolières ». Il lui aura fallu aller aux Antilles pour prendre conscience de ce que la Gauche dénonce depuis des années. Il n'a pas vu jusqu'à présent les profits d'Exxon aux USA ou de Total en France. Cette dernière compagnie, comme tous les autres distributeurs, c'est bien connu, est étranglée par la... taxe professionnelle qui les a incité à délocaliser leurs emplois !
« Il est normal que l'éloignement ait un impact sur les prix, mais certains prélèvent des marges qui paraissent abusives », a déclaré le néo-adhérent potentiel du NPA interrogé sur le niveau élevé des prix en Guadeloupe. « Je veux démonter toute la chaîne de distribution. Il faut faire jouer la concurrence et, au besoin, casser les monopoles », ajoute-t-il. Il y a de quoi rêver, car en France, ce type de situation est partout identique. Evoquant les prix du carburant, il affirme que « le système de fixation du prix du carburant est complètement faussé ». Ce qui, c' est bien connu, n'est par exemple pas le cas sur les autoroutes ou en zones rurales, lorsqu'il n'y a plus qu'un seul poste de distribution. En Guadeloupe et en Martinique, l'Etat ne prélève aucune taxe, et la dérégulation absolue conduit inexorablement aux mêmes effets. Une mission d'inspection regarde donc en détail le système de distribution, alors que ce phénomène se constate seulement dans le niveau des prix. Un rapport sera rendu à la fin février et, ensuite, tout le système sera remis à plat, selon les déclarations ministérielles, comme si ce type de pratiques ne pénalisait pas également le pouvoir d'achat en France, et s'il y avait besoin d'une « commission » pour le constater quotidiennement !

ACTION JUDICIAIRE
Le très Sarkozyste Yves Jégo dénonce « un vrai problème de transparence » (NDLR : aucun fonctionnaire de l'Etat ne s'en était aperçu avant) et « même un questionnement sur un enrichissement sans cause des compagnies pétrolières » (NDLR : il suffisait de jeter un œil sur leurs comptes de résultats pour le constater). Et c'est là que tout devient surréaliste puisque le Ministre déclare, dans le JDD, journal très lu aux Antilles comme chacun sait, que « tout pourrait se terminer par une action judiciaire de l'Etat contre elles ». Total doit trembler ! La réponse à la crise devient de plus en plus évidente : le politique doit reprendre la main, d'une manière ou d'une autre, sur le financier et l'économique et ce n'est jamais en faisant confiance à l'idéal du profit que l'on contribue à l'avancement social.
Les prix de 100 produits de consommation courante devraient baisser de 10%, dans soixante supermarchés et hypermarchés de Guadeloupe, ce qui démontre que depuis des années ils avaient donc été majorés de... cette même marge ! La baisse sera maintenue à ce niveau -10% jusqu'à la fin de cette année alors qu'en France le même processus est laissé aux bons soins de Michel Edouard Leclerc, ami du Président spécialisé dans la casse des prix ! La cherté de la vie est plus que jamais d'actualité dans les territoires d'outre-mer. Il suffit simplement d'aller faire un tour dans nos grandes surfaces pour comparer les prix des yaourts, des légumes, de la viande, du poisson, de l'huile, des pâtes, ... pour constater au fond du porte-monnaie un certain vide.
En attendant, le tour des thèmes proposés par les journalistes (aux questions bien choisies) aura permis aux ouvriers de Grandange de noter que le mensonge est de leur côté, aux professeurs de retenir l'idée qu'ils sont vraiment trop nombreux, aux chercheurs de faire plus d'effort pour trouver au lieu de pleurer, aux licenciés de commencer à s'habituer à vivre avec 60% du salaire, à Obama de se préparer à devenir le meilleur copain de celui qui « sacrifie toute sa vie à notre pays, tellement le travail est difficile » ... alors que celui de ménagère, de caissière ou de petit mécano, d'enseignant, de travailleur dans les plantations, de femme de ménage dans un hôtel pour touristes à la Guadeloupe, à la Martinique ou à la Réunion ressemble forcément à une sinécure.

PAS DE DOUTE
Dans la mesure où la situation actuelle de la France viendrait, si l'on se réfère aux déclarations présidentielles, de la simple négligence de quelques dirigeants Américains (bien évidemment en France il n'y a ni coupables, ni responsables) qui se seraient amusés à spéculer sur le dos des citoyens de monde, hors de question de douter des décisions prises depuis le début du quinquennat : bouclier fiscal, soutien aux banques et aux entreprises, démantèlement du service public, exonérations constantes pour les producteurs de profits, concurrence faussée par la concentration des acteurs économiques, non limitation des profits... Apparemment le plan de relance n'est même pas encore parvenu aux oreilles des Antillais ! Eux, bêtement, ils constatent qu'ils ne pourront plus vivre, tant que  celles et ceux qui contrôlent solidairement les circuits économiques voudront maintenir, au nom du libéralisme, leurs marges !
Le capitalisme, aux Antilles comme ailleurs, était bien le meilleur modèle économique censé profiter à tous les êtres humains de la Terre et notamment, à une époque, aux esclaves ! Or, même celles et ceux qui se sont fait élire sur ses vertus pour la croissance et donc le bonheur partagé entre revenus du travail et bien évidement revenus du capital en sont à prendre des mesures contraires à leurs propos. Ils ont oublié que tout bascule sous le poids des réalités, et il ne faut pas désespérer de les voir en 2009 lancer l'idée de... renationalisations masquées de certains outils de régulation du marché.
La montée inéluctable du chômage, de la misère, la destruction des services publics ne seraient, si l'on se réfère aux propos présidentiels, la conséquence que d'un petit manque de régulation dont il va s'occuper, avec les grands de ce monde : en acceptant la crise comme un simple mauvais moment à passer, le Chef de l'état ne fait que contribuer à renforcer les inégalités ; inégalités entre les riches et les pauvres, autant aux Antilles qu'en métropole, entre les pays industrialisés et les pays en quête de développement, entre les départements de l'hexagone et ceux d'outre-mer, mais aussi, après l'annonce irresponsable de la suppression de la taxe professionnelle, sans projet sérieux de compensation, entre les collectivités locales. A l'ouest, il y a peut-être du nouveau : si les Guadeloupéens et les Martiniquais obtiennent satisfaction, ils auront montré la voie. Drôle de paradoxe de l'histoire, car pour eux, d'habitude, les donneurs de leçons viennent de la Métropole !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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