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Texte Libre

LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 07:17

La crise aura eu un effet positif : elle aura très fortement renforcé le nombre d'antilibéraux sur la planète. Le problème, c'est que beaucoup d'entre eux évitent de le reconnaître. C'est un peu comme si un militant historique de l'UMP pratiquait l'ouverture à rebours et devenait...socialiste à l'insu de son plein gré. Il est vrai que quand on constate que le gouvernement exonère les grandes entreprises de constructeurs automobiles, à leur demande, de la taxe professionnelle, provoquant un trou de 28 milliards d'euros dans les finances locales, on se dit que l'ultra-libéralisme a triomphé ! Mais que comprendre quand, en revanche, ce même gouvernement qui vient d'amputer les acteurs principaux de la relance, régions, conseils généraux, communautés de communes, et communes, de leur ressources, s'allège de 6 milliards sur 5 ans pour les constructeurs automobiles? Ils vont vendre à qui ? Peu importe, ils vont continuer à fabriquer des bagnoles que personne, faute de pouvoir d'achat suffisant, ne pourra acheter !
En fait, on ne va pas tarder à envisager la renationalisation de le « Régie Renault » et à dédommager la famille Peugeot des actions que l'on va prendre dans son capital. PSA Peugeot Citroën a donc annoncé qu'il ne fermerait pas d'usine, et ne mettrait pas en œuvre de plan de licenciement en France, en contrepartie du prêt de 3 milliards d'euros sur 5 ans consenti au groupe par l'Etat français. Ce sont les actionnaires qui vont être satisfaits, car ils peuvent espérer voir remonter le cours de leur pécule. Renault a annoncé, lui aussi, qu'il ne mettrait pas en œuvre de plan social en 2009, et confirmé qu'il ne fermerait pas d'usine d'assemblage « dans les prochaines années » en France, en contrepartie du prêt de 3 milliards d'euros sur 5 ans consenti au groupe par l'Etat.
Le groupe a ajouté qu'il lancerait « dans les deux ans à venir, dans chacune de ses cinq usines de montage françaises, un à plusieurs nouveaux modèles de véhicules ». Les six milliards de prêts consentis viennent s'ajouter aux deux coups de pouce du gouvernement en décembre dernier: un milliard d'euros accordés aux filiales de crédit des constructeurs et la prime à la casse qui permet à un acheteur d'une voiture particulière de bénéficier d'une prime de 1.000 euros, s'il met au rebut un véhicule de plus de dix ans. Cette mesure a majoritairement profité aux constructeurs étrangers... mais peu importe : de fait, l'Etat prend pied dans la filière automobile hexagonale et s'instaure en financeur sauveur. Avec l'espoir de récupérer sa mise dans cinq ans ? On vient d'inventer l'interventionnisme étatique, consistant à solliciter les contribuables pour sauver les emplois sans être certain que la production trouvera preneur ! Il est vrai que le principe a été initié, dans le sanctuaire de la liberté d'entreprendre, avec les avantages (Rockfeller vendant ses premières pommes) et ses inconvénients (Madoff exploitant les avidités de profits) et que plus personne ne reconnait les siens.

COMME MONSIEUR JOURDAIN
La difficulté c'est de faire du socialisme sans le savoir, comme Monsieur Jourdain utilisait la prose sans le savoir.  Le mot tabou est de plus en plus lâché dans les rangs conservateurs, depuis que John McCain s'est mis à l'utiliser en campagne via les fameuses déclarations de Joe le plombier. Il sonne un peu à côté de la plaque dans ce contexte, car c'est sous une administration républicaine qu'ont été nationalisées de facto les secteurs de la banque et du prêt hypothécaire. Incroyable mais vrai. Que n'a-t-on entendu quand, dans certains pays d'Amérique du Sud, certains ont nationalisé les compagnies pétrolières pour tenter de sauver leur population ? Que n'aurait-on entendu en France si Lionel Jospin, dans les mêmes circonstances, avait repris des actifs d'Etat dans les banques ? Qu'ils veuillent ou non l'admettre (la pilule est difficile à avaler) l'Amérique de 2009 évolue vers un état européen moderne... alors que jusqu'à présent elle regardait avec un œil méprisant la social démocratie, sorte de système sans intérêt, car régulateur du marché, alors que ce dernier doit dicter sa loi.
À droite comme à gauche, aux USA, des citoyens de plus en plus nombreux appellent le gouvernement n'ayant pas signé le protocole de Kyoto à investir dans les énergies alternatives, pour briser la dépendance à l'égard du pétrole importé, qui a engendré la guerre en Irak.
Alors que l'administration Obama prépare la plus importante législation fiscale de l'histoire américaine, limite à 500.000 dollars par an les salaires des dirigeants des firmes recevant une aide fédérale et présente un nouveau plan de sauvetage du secteur bancaire, le taux de chômage est à son plus haut depuis 16 ans. Le Dow Jones a plongé à ses niveaux de 1998 et les saisies immobilières progressaient l'an dernier de 81 %.
Voici dix ans, les dépenses de l'état représentaient 34,3 % du PIB, à comparer avec 48,2 dans la zone euro - 14 points de différence, selon l'OCDE. En 2010, les dépenses de l'état américain devraient s'établir à 39,9 % du PIB, contre 47,1 % dans la zone euro - une différence ramenée à moins de 8 points. Sur la prochaine décennie, avec le développement des dépenses de protection sociale annoncées, le rapport pourrait être très proche, et il n'y aura plus réellement de différence entre deux systèmes présentés comme antagonistes. Et, dans le fond, ce n'est guère rassurant pour l'Europe !

MUTATION PRAGMATIQUE
Le débat politique mondial repose désormais sur une nouvelle mutation et dans le futur, les libéraux devront plus se préoccuper de savoir comment on gère une... économie mixte plutôt que de se demander s'il faut l'adopter. Ils ont largement entamé le chemin de la conversion... mais ne veulent surtout pas le reconnaître. Les sondages indiquent par exemple, comme maintenant en France depuis hier, que les Américains ne font pas confiance au gouvernement, mais eux refusent toujours un gouvernement trop influent. Ils sont devenus, comme dans la majorité des pays européens, preneurs de ce que l'état propose, couverture santé et défense nationale, par exemple, auquel il convient d'ajouter aujourd'hui, une protection contre les défaillances des banques, la crise de l'immobilier, la protection de leur filière industrielle
La réponse sera partout la même : un état plus fort. À court terme, puisque ni les consommateurs, ni les entreprises n'y sont prêts, c'est au gouvernement de relancer l'économie et on attendra de lui des miracles : dépenser de l'argent qu'il n'a plus ! L'administration Obama est aux prises avec ce paradoxe, et la France progresse de la même manière. En accordant des sommes virtuelles, en exonérant de sommes vraies les entreprises, en refusant de relancer la consommation pour éviter d'avoir à prendre des mesures protectionnistes, en se permettant de limiter les salaires des patrons, les gouvernements les plus libéraux, depuis il y a quelques mois, naviguent à vue. Ils tentent de contrôler une situation qui leur file entre les doigts comme le sable. Obama, et c'est vrai cette fois, prend le même parti que Nicolas Sarkozy : il va tenter de dresser l'opinion publique contre les récalcitrants à son plan de relance. Pour cela, il se lance dans le système des déclarations en des lieux symboliques.

LA FIN D'UN DOGME
Décidé à mobiliser l'opinion et à contre-attaquer après la charge de l'opposition, le chef de l'État américain a tenu la première conférence de presse de sa présidence, très attendue. Il a appelé les parlementaires à adopter « immédiatement » son plan de relance, mettant en garde contre une « catastrophe » plus grande en cas de « paralysie » à Washington.
Le Sénat majoritairement démocrate s'apprêtait à voter l'enveloppe de 827 milliards de dollars prévue par le gouvernement pour enrayer la débâcle financière et le spectre d'un chômage de masse. Mais, en dépit des efforts d'ouverture d'Obama, seuls quelques rares républicains semblaient prêts à se rallier à sa bannière. John McCain avait tablé toute sa campagne sur ce que les Américains étaient censés craindre par dessus tout, et qui est brutalement à l'encontre de leur credo économique: le socialisme ! Il a échoué dans cette croisade, car rare sont ceux qui veulent encore croire en la régulation stricte par le marché.
Avec l'intervention de l'Etat, tout d'abord limitée à la reprise d'actifs douteux des banques par le Trésor, puis renforcée avec des prises de participation et de contrôle, le refus d'une socialisation de l'économie avait pourtant été clairement exprimée, mais elle se profile de manière masquée.
Derrière la plupart des décisions qui ont été à l'origine de la crise, on trouve l'idée que, comme le disait Reagan, à la fin des années 1970, « l'Etat n'est pas la solution mais le problème ». La crise a donc une racine idéologique et le libéralisme - en tout cas la déréglementation et la dérégulation - a montré ses limites. Il a de ce fait perdu son hégémonie intellectuelle. C'est un tournant historique après trente ans de domination sans partage. Et ce n'est pas fini !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

puig 10/02/2009 16:24

Cher JMDpour une fois nous avons une "légére" divergence. Je ne crois pas du tout que les libéraux se convertissent aau socialisme même sans le savoir. Ils sont obligés d'infléchir leur politique mais uniquement dans le but de préserver le systéme capitaliste ainsi que leurs profits. (voir les profits boursiers de 2008).Le socialisme c'est une autre organisation de la société et de ses orientations. Je suis sur que je ne t'apprends rien.Nos puissants s'activent dans tous les sens et collent des rustines un peu partout mais cela ne tiendra pas, il faut un vrai dépassement du systéme capitaliste ( voir l'article dans le monde diplomatique) et ce n'est pas le pouvoir en place qui le fera ni les caciques du PS qui sont convertis à l'économie de marché. La loi de l'offre et de la demande!!! ce postulat est faux à la base puisque l'on cré une demande artificielle; et tu donnes l'exemple pertinent de l'auto que l'on ne pourra de toute maniére pas acheter. J'espére contribuer positivement au débt. Fraternellement.