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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 07:17

Ségolène Royal a besoin d'exister en tranchant, par ses propos, dans le paysage médiatique qui détourne ses regards de son parcours. Elle se lance dans la valse des petites phrases que retiennent des médias, plus avides de superficialité que d'explications de fond. Elle a osé une volée de flèches ironiques d'une criante vérité sur son concurrent lors de l'élection présidentielle. « Il peut mentir avec une telle mauvaise foi  qu'il serait capable de « vendre des frigidaires aux esquimaux ». Ségolène Royal a sonné mardi une charge violente contre le chef de l'État, lors d'une intervention sur RMC. L'ex-candidate PS à la présidentielle, qui commentait l'intervention du chef de l'État jeudi dernier, a considéré que Nicolas Sarkozy faisait « à la fois les questions et les réponses ». Et de juger, lapidaire : « Dommage pour les journalistes qui étaient assez inexistants en face ».
« Quand il annonce par exemple des choses qui ne sont pas vraies, il dit tout de suite : 'Je ne suis pas un menteur'. Et en général, il faut dresser l'oreille, parce que c'est précisément là qu'il ne va pas dire la vérité », a fustigé la présidente de la région Poitou-Charentes, qui a pris l'exemple du cas du site d'Arcelor Mittal à Gandrange en Moselle. Les salariés du site sidérurgique lorrain « ont été atterrés » d'entendre le président de la République « mentir avec une telle mauvaise foi ». Dimanche déjà, elle avait estimé que Nicolas Sarkozy serait capable, « dans une cour d'assises, de faire passer des loups pour des agneaux ». Il est vrai qu'il a reçu une formation... d'avocat !
Le pseudo entretien du Président de la République avec des journalistes jouant aux clowns blancs a démontré que, désormais, il pouvait en effet affirmer n'importe quoi, pourvu que ce soit avec aplomb et véhémence. Il excelle dans cet art oratoire consistant à ne jamais douter de lui et donc à persuader les autres qu'il a  une vision extrêmement volontariste des solutions. Il donne à la vérité une apparence comparable à celle du vernis sur les ongles : elle s'écaille avec le temps, et il lui faut donc en remettre une couche en permanence. Pas toujours de la même couleur. Pas toujours avec le même pinceau. Mais toujours avec la volonté de camoufler les ongles acérés.

MENSONGE EN DIRECT
Lors de son dernier passage télévisé, avec un brin d'esprit critique, les journalistes auraient pu relever diverses approximations ou inexactitudes des propos. Comme sur le plumage d'un canard, ces perles ont glissé vers le flot habituel de paroles, et personne ne l'a relevé. Laurent Fabius a démontré plus de sagacité que les préposés au faire-valoir présidentiel, béats d'admiration, et bouffis d'autosatisfaction face à celui qui leur avait fait l'honneur de les convier à sa table.
L'ex-Premier Ministre, qui ne manque jamais une occasion de démontrer qu'il est un véritable Chef d'Etat, capable de mettre le doigt là où ça fait mal (beaucoup de députés socialistes lui doivent leur présence à l'assemblée grâce à la TVA sociale à 5 % extorquée à Borloo) a interrogé  hier François Fillon à propos des déclarations de Nicolas Sarkozy sur la nomination du président de France télévisions, demandant si ce dernier avait « menti » ou effectué un « revirement » en affirmant que l'opposition était désormais associée à cette nomination.
Lors de son intervention télévisée, jeudi, « Nicolas Sarkozy s'est félicité que désormais le président de l'audiovisuel public soit nommé avec l'approbation des 3/5èmes des commissions parlementaires, le problème c'est que c'est absolument faux », a affirmé Laurent Fabius lors des questions au gouvernement. Une déclaration intempestive, car « le Parlement a exclu cette solution que nous avions proposée", a-t-il dit... et l'évangile selon Saint Nicolas l'avait omis. Une contre vérité déclinée sans aucune hésitation devant 15 millions de téléspectateurs selon Médiamétrie et... 5 millions selon la police des ondes !

LA VERITE INVERSEE
Jeudi, le chef de l'Etat avait en effet réfuté l'idée que ce soit lui qui décide seul de la nomination des présidents de l'audiovisuel public: « C'est un mensonge », avait-il affirmé. Il avait expliqué que « le nom proposé part aux commissions des affaires culturelles de l'Assemblée nationale et du Sénat où il doit être accepté à la majorité des 3/5e, c'est-à-dire que l'opposition doit être d'accord avec la majorité ». Il a simplement oublié de préciser qu'il reprenait à son compte une proposition socialiste que sa majorité bien pensante avait écartée, puisque la nomination avec l'accord des 3/5e des commissions n'a jamais été prévue dans le projet de loi.
Selon le texte, entériné par le Parlement, c'est exactement le contraire : le nom ne doit pas être accepté à la majorité des 3/5e - qui rendrait nécessaire l'approbation d'une partie de l'opposition - mais peut être refusé à une majorité des 3/5e. Nuance de poids car pour s'opposer à une nomination, l'opposition aurait donc besoin de l'accord d'une partie de la majorité.
Se demandant si le président de la République avait pu « prononcer un énorme mensonge devant 15 millions de personnes », l'ancien premier ministre socialiste a demandé : « Est-ce un revirement ou un mensonge? ». La flèche a fait très mal, mais comme peu des 15 millions de téléspectateurs (et surtout pas les éminents journalistes spécialisés présents face à lui) n'ont relevé cette affirmation aussi péremptoire que fausse, elle n'aura aucun impact. Et c'est là le véritable problème de la démocratie que celui de l'impact médiatique d'un mensonge venant conforter une opinion dominante assoupie. « Le procédé de nomination est une amélioration de la situation existante », a fait valoir, dans sa réponse, François Fillon. « Vous nous reprochez de ne pas vous avoir donné, à vous qui êtes minoritaires, la majorité pour décider de la nomination du président de France Télévisions. Naturellement nous ne sommes pas allés jusque là comme vous ne seriez pas allés jusque là », a-t-il ajouté, reconnaissant implicitement... l'erreur présidentielle mais pas ce qui serait un mensonge d'Etat.

GARANTIES OUBLIEES
Les sociétés de journalistes s'alarmaient hier de la « multiplication des atteintes » au droit et à la liberté d'informer ces derniers jours. Dans un communiqué rendu public, le Forum, qui rassemble 33 Sociétés de journalistes, revient sur plusieurs atteintes, relayées par ses membres. Ainsi, selon le nouvelobs.com, les journalistes du Monde ont dénoncé, la semaine dernière, la suppression d'un article dans le quotidien gratuit Direct Matin, avec qui Le Monde a un partenariat. Cet article portait sur l'utilisation, par la RATP, du passe Navigo. Il est vrai que la RATP est un gros donneur d'ordre en matière de publicité et que les temps sont durs pour les gratuits !
A L'Expansion, les journalistes ont dénoncé une « entrave à la liberté d'informer » après une plainte du Crédit Agricole contre le magazine ( là encore, on ne contrarie pas un annonceur !), tandis que Le Canard Enchaîné a « relayé l'inquiétude de la SDJ de L'Equipe au sujet des directives de la direction du journal » sur le traitement des informations concernant le dopage, rappelle le Forum.
« Le nécessaire renforcement de la qualité de l'information et de la déontologie, sur lesquelles les états généraux (de la presse) ont insisté, sont l'affaire des éditeurs autant que des journalistes », prévient le Forum des SDJ.
L'indépendance des médias étant désormais inscrite dans la Constitution, « le législateur doit à présent décider des moyens à mettre en œuvre pour en assurer l'effectivité », ajoute l'organisation, selon qui « celle-ci passe par des garanties accordées aux rédactions ». Le choix sera alors un peu plus difficile pour le Président de la République. Du moins peut-on le croire !
Il faudra donc attendre la nomination par Nicolas Sarkozy des directeurs des rédactions de France Télévisions et de Radio France, via les PDG qu'il aura désignés, pour que le statut des journalistes soit inscrit dans la Constitution à la majorité des 3/5èmes.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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