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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 13:17

Il y a le feu à tous les étages du système éducatif. En voulant mettre à la raison, uniquement pour des raisons idéologiques, les enseignants de tous poils, le président de ce qui fut une République de l'école publique, laïque et obligatoire a réussi à dresser contre lui tous les membres du corps des fonctionnaires les plus décisifs pour l'avenir de notre pays. La rentrée des vacances, bien qu'échelonnée sur plusieurs semaines, va être compliquée à gérer. A la mi-mars, il est à peu près certain que le climat social va se détériorer sous l'influence des étudiants, des lycéens et des salariés en difficulté. Il n'y a personne qui ait à ce jour réussi un exploit similaire à celui du gouvernement Fillon. Des « poseuses de couches » selon Darcos, aux chercheurs fainéants de Pécresse, tous les niveaux sont prêts à partir au combat.
Hier soir, j'apprenais par exemple que le lycée professionnel des Iris à Lormont avait décidé de se mettre en grève générale illimitée dès le jour de la rentrée... et dans le même temps, le conseil municipal de Créon, unanime, adoptait une motion pour défendre le Rased installé dans les locaux communaux depuis longtemps... Les réunions mobilisent largement au delà du public habituel, et elles se multiplient alors que les cartes scolaires ne sont pourtant pas encore publiées... et que les suppressions massives de postes tombent tout juste dans les lycées et les collèges. Les prises de position enflent. Quelque cent membres de l'Institut universitaire de France, qui vise à favoriser la recherche de haut niveau, ont fait part dans une lettre ouverte au Président, de leur « stupéfaction » devant le « manque de considération » dont fait preuve, selon eux, Nicolas Sarkozy.
Ces gens, qui ne passent pas pour des membres de l'ultra-gauche inventée par MAM, ne mâchent pas leurs mots : « le manque de considération dont vous avez fait preuve à l'égard du monde de la recherche et de l'enseignement supérieur le 22 janvier dernier a eu et aura des effets catastrophiques », indique leur lettre publiée hier. « Il s'écoulera du temps » avant que la majorité des enseignants-chercheurs « retrouve un semblant de confiance en ses dirigeants », ajoute le texte.
Dans son discours, prononcé notamment devant les présidents d'université, le président de la République s'était demandé si les bons résultats de certains chercheurs en France n'étaient pas « l'arbre qui cache la forêt ». Comme à son habitude, il transformait un propos approximatif en vérité populiste !
« A budget comparable, un chercheur français publie de 30% à 50% en moins qu'un chercheur britannique dans certains secteurs », avait-il affirmé, en regrettant que la part de la France en publications scientifiques reste « largement derrière » celle de l'Allemagne et celle de la Grande-Bretagne. Il fait le coup de Darcos avec l'évaluation des CM2 : le niveau est nul, donc les enseignants sont nuls ! C'est une constante. Il n'y a que lui pour sauver le monde et dégainer une réforme à la Lucky Luke, et l'oublier aussi vite qu'il l'a lancée. Il applique la méthode des alchimistes du Moyen Age chargés de transformer le plomb de la médiocrité des arguments, en or de la vérité. Mais ça marche de moins en moins, car dans le système éducatif, on commence à se lasser des coups de knout distribués par les membres anciens ou actuels du Club de l'Horloge, par où sont passés pas mal de penseurs des réformes éducatives.

UNANIMITE CONTRE
« La qualité des productions de la recherche universitaire ne se mesure pas systématiquement avec des indicateurs chiffrés et des classements internationaux », répondent les 128 membres de l'IUF. L'institut n'est pas l'arbre qui cache la forêt, car il regroupe des enseignants-chercheurs et des enseignantes-chercheuses représentatifs de la qualité de la recherche développée dans leurs universités, y compris dans celles de taille moyenne ou faible. Le problème a sa source dans la notion de profit que doit absolument procurer le chercheur.
« Si l'Université est construite sur la seule finalité économique, cela ne peut que limiter sa vocation et contribuer à détruire la culture », écrivent encore les signataires. « Nous ne contestons pas le besoin de réformes. Mais celles-ci doivent être construites en concertation et en tenant compte de l'identité universitaire », conclut la missive particulièrement courroucée des femmes et des hommes qui comptent dans le milieu de la Recherche. Mais ont-ils du poids sur un Président très éloigné de leurs préoccupations ? Peuvent-ils influer sur le comportement d'un homme qui ne respecte que ses amis chercheurs... d'or ? Le ministre Xavier Darcos n'a pas grand chose à perdre, en affichant la fermeté qu'il a exprimée sur RMC, face aux présidents d'université. Tout le monde sait que son sort est déjà scellé. Pourtant, si les présidents d'université interpellent à leur tour le gouvernement, via Darcos, c'est qu'il risque vraiment d'y avoir le feu au lac.
Les présidents d'université - qui ne sont pas des têtes brûlées - avaient demandé hier, solennellement, au ministre Darcos le report de la réforme de la formation des maîtres dite de la « masterisation » (passage de bac + 3 à bac + 5). Celle-ci a grandement contribué à mettre en colère les enseignants-chercheurs, vent debout contre la réforme de leur statut. Les présidents sonnent l'alerte, un peu comme Axel Kahn, qui avait estimé ce week-end que la réforme du statut des enseignants-chercheurs était « mal emmanchée ». Et avait appelé Sarkozy à tout remettre à plat, alors même qu'il est, au départ, favorable à la loi Pécresse !
De même, les présidents d'université ne sont pas contre la réforme de la formation des maîtres. Ils sont tout à fait d'accord pour amener à bac + 5 la préparation aux concours. Ils considèrent comme une chance de récupérer la totalité de la formation des maîtres qui se dispensait, auparavant, dans des IUFM, progressivement intégrés dans les universités. Mais ils demandent « solennellement » à Xavier Darcos de repousser à 2011 la mise en place des nouveaux concours de recrutement. Ils parlent de « confusion » et de « précipitation ». En fait, eux qui sont au contact des réalités du terrain voient venir des difficultés insurmontables, comme si les braises couvaient sous la cendre des réformes ! Ils sentent que le mois de mars et surtout d'avril vont tenir leurs promesses.

LA GREVE REVIENT
En fait, tout va être fait pour annoncer le plus tard possible les charettes de fermetures de postes prévues depuis des semaines, afin d'atteindre les milliers de suppressions annoncées ! On va tenter de jouer la montre, avec l'espoir que mai ne sera pas le mois des « marris » du Sarkozysme. Déjà, à l'occasion de la prochaine journée d'action interprofessionnelle, le 19 mars, sept fédérations de l'Education (Faen, Ferc-CGT, FO, FSU, Sgen-CFDT, Sud-Education et Unsa Education) appellent depuis hier à la grève et à manifester. Les confédérations syndicales avaient arrêté lundi le principe de cette deuxième journée interprofessionnelle le 19 mars, après celle du 29 janvier, afin de peser sur le « sommet social » à l'Elysée, le 18 février, et infléchir la politique gouvernementale sur le pouvoir d'achat et le chômage.
Les sept fédérations de l'Education veulent participer à cette journée, car « elles considèrent que les réponses apportées lors de l'intervention du président de la République restent loin des attentes et des exigences portées par la mobilisation du 29 janvier ». Ce ne fut, en fait, qu'un long one man show avec dialogue restreint, truffé de contre vérités et de mesures inapplicables dans le contexte actuel. Un catalogue d'effets d'annonces non préparées et totalement irréalistes.
« Dans le domaine de l'éducation, malgré la puissance de la grève, aucune réponse nouvelle n'a été apportée aux revendications », ajoutent-elles : le président « a au contraire maintenu intégralement les suppressions de postes et les orientations contestées de sa politique et a caricaturé à la fois les revendications et la réalité, qu'il s'agisse de l'Université et de la Recherche ou des moyens consacrés à l'éducation ». Elles demandent donc solennellement au gouvernement de « renoncer enfin à la totalité des suppressions de postes dans les enseignements scolaires et supérieur (...) » et de « répondre positivement et sans attendre à la mobilisation des personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche ». La réponse n'a pas tardé à venir. C'est l'ineffable Christine Lagarde qui joue aux pompiers quand tout brûle, pour annoncer que la situation étant moins grave que prévue, il n'y a pas lieu de s'alarmer.

ECONOMIE BIENVENUE
Il faut dire qu'il y a d'autres visionnaires au sein du gouvernement. « En 2008, la France ne connaîtra pas de récession", avait indiqué François Fillon le 14 novembre à Montauban, tout en ajoutant que pour l'année suivante « on va voir ». C'est tout vu, car ce gars là a le sens de la prévision ! « Nous ne savons pas encore quelle sera l'ampleur de la crise internationale en 2009 et encore une fois, nous ne savons pas encore quelles seront ses conséquences sur l'économie française », avait ajouté le chef du gouvernement lors d'une réception d'accueil à la mairie. Peu avant, la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, s'était réjouie sur RTL du fait que la France échappait de peu à la récession. « C'est une bonne nouvelle, ça signifie que la France n'est pas techniquement en récession », avait-elle expliqué, estimant que « la politique du gouvernement est en train de produire ses effets »... Allez, trois mois plus tard, elle joue la Madame Soleil de Bercy. Ce n'est que ce matin que l'Insee devait confirmer la chute de la croissance au quatrième trimestre.
Furieux que la ministre de l'Économie ait, dès mercredi, préparé les esprits en estimant qu'un recul de 1,2% du PIB serait « très probable », le comité de défense de la statistique publique qui parle d'« infraction par rapport au code de bonnes pratiques de la statistique européenne » a décidé de « libérer les chiffres » hier soir. L'Insee a donc officialisé un plongeon de 1,2% du PIB au quatrième trimestre. Cette contraction est la plus forte depuis celle de 1,6% fin 1974, consécutive au premier choc pétrolier. « La France a subi fin 2008, comme ses voisins européens, les effets défavorables de la crise financière qui a éclaté en septembre dernier », a réagi Christine Lagarde, en réfutant avoir brisé l'embargo, « n'ayant eu connaissance de ces statistiques qu'en fin de journée » ...mais les ayant divulguées la veille.
Les enseignants peuvent donc manifester : de toutes les manières, avec tous les boucliers fiscaux, les suppressions d'imposition, les exonérations de charges, les milliards qui valsent vers les banques, les constructeurs automobiles, les filières économiques en chute libre... il n'y aura bientôt plus un euro pour les payer ! Heureusement qu'ils donneront une journée de grève chaque mois à leur Ministre, car il n'aurait aucun crédit pour leur régler les heures supplémentaires qu'il leur demande. A chaque chose malheur est bon !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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PIETRI Annie 14/02/2009 08:16

Eh bien oui,nos gouvernants, à commencer par le premier d'entre eux, ne comprennent rien aux problèmes de l'enseignement supérieur et ignorent, à l'évidence ce que recouvre la dénomination d'"enseignant chercheur" Dans un article intitulé "Université : les fainéants et les mauvais chercheurs, au travail", Pierre Jourde, écrivain et Professeur des Universités à Grenoble III, écrit : "En fait, un universitaire moyen travaille beaucoup trop. Il exerce trois métiers, enseignant, administrateur et chercheur. Autant dire qu'il n'est pas aux 35 heures, ni aux 40, ni aux 50. Donnons une idée rapide de la variété de ses tâches: cours. Préparation des cours. Examens. Correction des copies (par centaines). Direction de mémoires ou de thèses. Lectures de ces mémoires (en sciences humaines, une thèse, c'est entre 300 et 1000 pages). Rapports. Soutenances. Jurys d'examens. Réception et suivi des étudiants. Elaboration des maquettes d'enseignement. Cooptation et évaluation des collègues (dossiers, rapports, réunions). Direction d'année, de département, d'UFR le cas échéant. Réunions de toutes ces instances. Conseils d'UFR, conseils scientifiques, réunions de CEVU, rapports et réunions du CNU et du CNRS, animations et réunions de centres et de laboratoires de recherche, et d'une quantité de conseils, d'instituts et de machins divers.Et puis, la recherche. Pendant les loisirs, s'il en reste. Là, c'estvirtuellement infini: lectures innombrables, rédaction d'articles, delivres, de comptes rendus, direction de revues, de collections, conférences, colloques en France et à l'étranger. Quelle bande de fainéants, en effet." Et il ajoute : "Nicolas Sarkozy, dans son discours du 22 janvier, parle de recherche«médiocre» en France. Elle est tellement médiocre que les publications scientifiques françaises sont classées au 5e rang mondial, alors que la France se situe au 18e rang pour le financement de la recherche. Dans ces conditions, les chercheurs français sont des héros."Alors, les "enseignants-chercheurs" en ont assez aujourd'hui d'être traités comme des paresseux incapables. Et voilà pourquoi ils descendent dans la rue pour dire leur exaspération.