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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 07:17

Le 7 mars 1966, le général de Gaulle adresse à son homologue américain, Lyndon Johnson, une courte lettre qui aura l'effet d'une bombe. Il y annonce le retrait de la France de l'OTAN : « La France, écrit-il, considère que les changements accomplis ou en voie de l'être, depuis 1949, (...) ainsi que l'évolution de sa propre situation et de ses propres forces, ne justifient plus (...) les dispositions d'ordre militaire prises après la conclusion de l'alliance. (...) La France se propose de recouvrer sur son territoire l'entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d'éléments militaires alliés ou par l'utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à la disposition de l'OTAN. (...) La France croit devoir (...) modifier la forme de notre alliance sans en altérer le fond."
Dans sa brutalité, cette lettre est le fruit d'une évolution, engagée de longue date par le Général, en réalité dès son retour au pouvoir. À y regarder de près, elle constitue un formidable condensé de sa politique étrangère, une politique certes pleine de pragmatisme, mais fondée sur la doctrine de l'indépendance. Une politique à laquelle la France a, peu à peu, tourné le dos.
Le 14 avril 1966, René Pleven s'en prend avec force à la décision du Général, lors d'un débat à l'Assemblée nationale. Il dénonce notamment « la hâte si insolite, les délais si brefs » d'une telle décision. Il accuse le gouvernement : « Vous nous avez trompés sur vos intentions, vous ne les avez pas dites à la nation. » Pleven feint la surprise et joue la comédie. Comment pourrait-il ignorer, lui, l'ancien ministre de la Défense, si attentif à la question, le caractère au contraire continu et progressif de la politique du Général vis-à-vis de l'organisation atlantique ? Comment peut-il s'étonner d'une décision, maintes fois évoquée par le Général et qui fit, de surcroît, l'objet de nombreuses dispositions préparatoires dans les années précédentes ? Cette décision constituait tout sauf une surprise ; elle couronnait l'aboutissement d'une politique.

UN PROCESSUS MUSCLE
En effet, dès le 17 septembre 1958, trois ans à peine après son retour au pouvoir, le général de Gaulle fait parvenir au général Eisenhower, Président des Etats-Unis, et à Harold Macmillan, Premier ministre britannique, un mémorandum dans lequel il constate que « l'organisation actuelle de l'alliance occidentale ne répond plus aux conditions nécessaires de la sécurité » . Il réclame également une direction désormais tripartite de l'Alliance (Etats-Unis, Grande-Bretagne et France) et « y subordonne tout développement de sa participation actuelle à l'OTAN ». Devant le refus poli des Anglo-Saxons, il adapte aussitôt son attitude. Le 11 mars 1959, il décide de soustraire au commandement de l'OTAN nos forces navales de Méditerranée. En juin, il fait savoir son refus de stocker sur le territoire national des armes nucléaires étrangères, ce qui contraint les États-Unis à transférer hors de France deux cent avions militaires... puis tout s'enchaîne !
Ces décisions furent fort mal ressenties par les États-Unis, et critiquées par les autres alliés. Le général de Gaulle affirma que la solidarité de la France n'était aucunement modifiée. La tension sur Berlin en 1961, puis la crise de Cuba en 1962, lui donnèrent l'occasion de préciser au Président Kennedy qu'en cas de guerre, la France serait aux côtés des États-Unis.
Après l'assassinat du Président Kennedy, les relations se tendirent avec l'administration Johnson, qui préparait un renforcement de l'intégration, et adoptait la doctrine de la riposte graduée, rendant douteuse la garantie nucléaire américaine. Ceci incita le général de Gaulle à accepter de moins en moins l'intégration, qui privait la France de moyens autonomes et risquait de l'entraîner dans des conflits qui n'étaient pas les siens, tandis qu'il désapprouvait l'engagement américain au Vietnam qui s'intensifiait.
Le général de Gaulle annonça finalement, par son courrier célèbre du 7 mars 1966 au Président Johnson, le retrait de la France de l'organisation militaire intégrée. Le 1er juillet, les représentants français quittaient les organismes militaires. Ainsi s'était réalisé le dessein du général de Gaulle de voir la France recouvrer toute sa souveraineté. Ce fut une période tendue, avec des manifestations anti-françaises dans de nombreux pays, mais rien n'y fit, et le Président de la République tint bon dans la tempête.

DECISION DU PRESIDENT
Plus de 40 ans plus tard, la France prend le chemin inverse. Nicolas Sarkozy, alors que la guerre n'est plus au Vietnam mais en Afghanistan, va rattacher la France au commandement unifié de l'OTAN, et renoncer à la lutte menée avec constance par de Gaulle. Le secrétaire Général de l'OTAN, en visite jeudi à l'Elysée, a estimé le « moment (...) venu » pour que Paris reprenne « toute sa place » au sein de l'Alliance, en prenant soin d'ajouter qu'il s'agissait d'une décision « souveraine » de la France et de... son président qui, en l'occurrence, serait considéré comme un décideur unique du sort de la nation.
Avec le rapprochement déjà amorcé ces dernières années, « la France n'a rien perdu de sa souveraineté, pas plus qu'elle n'en perdrait demain si elle décidait de reprendre toute sa place au sein de l'Alliance », a déclaré cette personnalité éminente devant les commissions de la Défense et des Affaires étrangères. Il sait bien que Nicolas Sarkozy a évoqué, à plusieurs reprises, le retour de la France dans la structure militaire intégrée de l'Otan, et qu'il a indiqué que « le moment approche » d'expliquer aux Français que cette perspective ne nuirait pas à l'indépendance du pays. Cette décision devrait être annoncée d'ici au sommet de l'Otan, début avril à Strasbourg et à Kehl ! Le retournement de situation sera alors opéré, et on distribuera quelques postes aux militaires français.
La seule question qui se pose, c'est de savoir si cette décision relève du seul Président de la République ou de la représentation nationale. Il s'agit beaucoup plus que d'un acte symbolique, mais bel et bien d'un engagement pouvant avoir de lourdes conséquences, dans le contexte mondial actuel. Jaap De Hoop Scheffer, secrétaire général de l'OTAN, a ainsi souligné que, dès à présent, « la participation de la France est déterminante » dans les opérations conduites par l'Alliance, en particulier en Afghanistan. « La France est un acteur-clé qui symbolise la complémentarité entre l'Otan et la politique européenne de défense », a-t-il ajouté, ce qui flatte le président de ce noble pays, mais le prépare aussi à aller jouer au gendarme dans tous les conflits engagés par... les Américains !

LE RISQUE D'UN VOTE
Le Président du groupe socialiste au Sénat, Jean-Pierre Bel, s'est associé à la demande des députés PS d'un engagement de la responsabilité du gouvernement sur la question du retour de la France au sein du commandement intégré de l'Otan, voulue par le président Nicolas Sarkozy. Ce serait bien la moindre des choses, quand on mesure l'importance de la décision à prendre.
Dans une lettre à François Fillon, il écrit que « ce revirement de notre politique étrangère et de défense a été pris sans débat, ni consultation parlementaire. Il n'est pas concevable de modifier ainsi les fondements mêmes de notre politique étrangère sans que la représentation nationale se soit exprimée ». Se prenant pour un nouveau de Gaulle, le Président va insister sur son pouvoir régalien en matière de défense et de politique étrangère, pour se passer de cette formalité. D'autant que dans son propre camp, la révolte monte. Rejoignant l'opposition conjuguée de la gauche et du MoDem à ce projet, une partie des députés de la majorité est également hostile à cette décision.
L'ancien premier ministre Dominique de Villepin, dont les proches réclament l'audition par les commissions des affaires étrangères et de la défense, au grand embarras de Jean-François Copé, a estimé sur i-Télé que la France « va se trouver rétrécie sur le plan diplomatique » et « sera plus vulnérable au terrorisme ». Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée, serait d'accord pour l'organisation d'un débat parlementaire fin mars, mais il est resté très évasif sur l'opportunité d'un vote, dont l'issue peut être incertaine... puisque bon nombre dé députés de la majorité ne se voient pas approuver une décision aussi contradictoire avec les valeurs fondatrices du gaullisme ! Les souverainistes Lionel Luca et Jacques Myard ont exprimé leur parfait désaccord avec cette décision qui est « un leurre et une faute diplomatique, car on remet en cause cinquante ans d'indépendance de la France ».
Il est vrai que la crise actuelle rend la notion d'indépendance très relative, quand on constate l'effet domino d'une crise financière, aussi dévastatrice qu'un conflit armé. Et c'est probablement ce qui sauvera encore une fois Nicolas Sarkozy, qui parviendra à éviter une énième crise interne de sa majorité, au nom d'une indispensable solidarité de façade destinée à rassurer des troupes de moins en moins nombreuses.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

marc d Here 15/02/2009 11:44

Le débat est lancé, et, comme souvent, il est biaisé. On parle couramment du retour de la France dans l’OTAN et de la perte d’indépendance que cela signifierait. Bayrou, évidemment et Villepin, bien sûr, sont les premiers à présenter les choses ainsi (alors qu’ils approuvaient Chirac quand celui-ci a voulu faire la même chose et y a renoncé pour une question de nomination militaire.) Il ne s’agit évidemment pas de cela. La France appartient déjà à l’OTAN, elle participe largement aux opérations de l’OTAN, mais elle n’a pas droit à la parole aujourd’hui, car elle ne fait pas partie des organes de direction.La décision qui sera vraisemblablement prise par le Président Sarkozy, ne changera rien à la situation réelle de la France, lui laissera toute latitude d’accepter ou de refuser de participer à des opérations de l’OTAN (des Etats  membres du commandement intégré de l’OTAN ont refusé d’intervenir en Irak par exemple), mais lui donnera la possibilité de participer aux décisions de l‘Alliance. En outre cette intégration dans le commandement de l’OTAN, se fera en contrepartie d’un renforcement et d’une plus grande affirmation de la défense européenne.Cette décision est une bonne décision, qui nous renforce et renforce notre capacité d’influence, malgré ce que prétendent les démagogues, de droite ou de gauche, qui se retrouvent toujours dans la critique systématique et non étayée.

Gilbert SOULET 14/02/2009 08:05

Bonjour Jean-Marie,               "OTAN en emporte la guerre"Un vote du Parlement serait bien le moindre, en effet!                             J'y préfère un référendum.Amicalement, Gilbert de Pertuis en Luberon.