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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 07:17

Lorsque l'on observe l'évolution de la vie politique, force est de constater que la démocratie ne sort pas gagnante des réformes successives, paradoxalement proposées pour son amélioration. Mois après mois, le suffrage universel, pilier incontournable d'un système républicain, voit sa signification s'estomper pour laisser place à des aménagements permettant de le contourner. Tout est fait pour qu'une caste d'une centaine de personnes, de tous horizons, maintienne son pouvoir sur l'ensemble des leviers de décision. Certes, ce n'est pas officiel, ce n'est pas évident, car rares sont ceux qui évoquent cette perversion croissante de principes se voulant exemplaires, alors qu'ils ne servent qu'à dissimuler une volonté de contrôle de plus en plus préoccupante.
On a connu une entorse à ce réaménagement des systèmes électoraux consensuels lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen puisque l'élite dirigeante, de tous bords, a fortement critiqué un résultat insultant pour sa sûreté de jugement. Il était impensable que les électrices et les électeurs, pour une fois consultés directement, ne se conforment pas aux arguments de ces grands prêtres jugeant indignes un tel comportement collectif. D'ailleurs, on ne reviendra sûrement pas au référendum de longtemps, car cette consultation a démontré que l'influence des pouvoirs est mise à mal quand elle est portée sans conviction. On reviendra donc, sans états d'âme, à la cuisine parisienne consistant à régler d'éventuels sujets importants, via la voie du Congrès, avec éventuellement un avis du conseil constitutionnel. En fait, il ne faut pas que les décisions échappent au cercle des personnes qui comptent, qui font et défont les carrières, ou qui règnent sur des groupes devenant parfois des clans.
Il n'est plus demandé de bosser, de rester proche du terrain, de s'investir au bénéfice de son idéal, de prendre des initiatives, de militer, ou de bénéficier, dans le système actuel, de l'onction du suffrage universel, mais de jouir de la confiance d'un(e) ami(e) qui peut vous placer où bon lui semble. La démocratie est de fait contournée par des adoubements ou des récompenses pour bons et (dé)loyaux services, qui n'ont plus rien à voir avec la logique démocratique. Les carrières se brisent ou s'accélèrent selon le bon vouloir de Nicolas Sarkozy pour l'UMP, de François Bayrou au Modem, de Martine Aubry, Laurent Fabius, Benoît Hamon, Ségolène Royal et peut-être Bertrand Delanoé au PS. Ce sont eux qui, grâce aux effets de la proportionnelle, décident en fait des élu(e)s, avant même que ne parlent les urnes.
L'exemple de la constitution des listes socialistes pour les élections européennes est révélatrice de cette nouvelle donne. Il est véritablement inutile de penser que cette situation est exclusivement réservée au parti de Martine Aubry, et celles et ceux qui, à droite, se gaussent, doivent attendre que les noms de l'UMP soient désignés directement et personnellement par l'occupant de l'Elysée, pour vérifier que c'est encore pire chez eux. Les courants n'existant pas officiellement, ce sera tout bonnement à la gueule du client et en fonction de sa fidélité au Président Directeur Général de la France ! Promotions ou rétrogradations se décideront sur des critères purement subjectifs.

A L'INSU DE SON PLEIN GRE
L'ineffable Frédéric Lefebvre, qui se croit toujours obligé de l'ouvrir pour se couvrir de ridicule, a évidemment déblatéré sur ce qui s'est passé ce week-end au PS alors que lui-même ne doit son poste de député qu'au fait qu'il a été imposé aux militants UMP par Nicolas Sarkozy. « L'Europe passe au second plan, derrière les petits arrangements d'appareils au PS », a ironisé dans un communiqué le porte-parole de l'UMP. « L'Europe continue d'être la dernière roue du carrosse au PS, qui préfère en faire son nouveau terrain de prédilection pour la guerre des roses », ajoute le député des Hauts-de-Seine. Il pointe des « mécontentements en série chez les candidats » et les « barons ». Bien évidemment ce ne sera pas le cas dans son parti, quand on sait que les têtes de listes ont été désignées dans un esprit de parfaite cordialité, et qu'il n'y a aucun mécontents dans les rangs de ce parti éminemment démocratique ! Il ferait mieux de se taire, mais il ne sait pas le faire !
En fait, ce qui se passe au PS n'est que la résultante d'un comportement qui traverse toute la famille politique. Les rois remerciaient leurs fidèles, ou ceux qui les avaient servis dans les combats pour le contrôle du pouvoir, en leur accordant des titres. Désormais, les Princes décident des places sur les listes selon les mêmes critères : fidélité, efficacité, loyauté à leur service. Chacun arrive avec la liste de ses vassaux, à placer sans trop se soucier des conséquences pour l'électorat interne puis externe qui est censé s'incliner devant ces choix.
L'eurodéputé PS sortant, Vincent Peillon, parle de sa désignation comme tête de liste dans la région Sud Est, alors qu'il a été élu de la Somme, comme d'« un crève-cœur ». « C'est contre mon plein gré », a déclaré ce proche de Ségolène Royal. Il rappelle qu'il aurait souhaité être candidat dans le Nord-Ouest, comme en 2004. « Ce n'était pas le choix que j'avais fait, c'est un choix qui résulte des résultats du congrès », a déclaré celui qui, s'il est tellement abattu par ce parachutage, aurait pu... y renoncer. Rien ne l'oblige, en effet, à s'expatrier, si ce n'est son souci de conserver un mandat qu'il fait perdre à d'autres. Il est sincère quand il parle de l'influence du Congrès, car Ségolène Royal, en préférant le premier secrétaire de l'Aude au sortant Gilles Savary en Gironde, a récompensé une fédération qui lui a apporté des voix précieuses en changeant de camp. Le reste n'est que propos sans intérêt. Et ce sera le cas à l'Ump, au Modem, au PC, au Parti de Gauche ou au NPA ou chez les Verts.

LA SYSTEMATISATION ARRIVE
La réforme des collectivités territoriales que propose le comité Balladur va renforcer ce constat. Elle a été pensée pour verrouiller totalement l'accession aux fonctions électives en multipliant, à tous les niveaux, le système de la proportionnelle... et en diminuant le nombre de postes à attribuer. Proportionnelle pour les nouveaux conseillers départementaux en zone urbaine, proportionnelle pour les intercommunalités, proportionnelle dans les métropoles à naître, proportionnelle dans les régions : la proximité sombre, et la voie royale s'ouvre pour les clans constitués. En réduisant d'un tiers le nombre des élus locaux, départementaux, communautaires, territoriaux, la réforme met un terme de fait au principe voulant que n'importe quel citoyen(ne) puisse normalement accéder à une fonction élective. En fait, la professionnalisation des mandats va s'accentuer pour faire disparaître le bénévolat dans l'action publique. Ces deux mesures éclipsent toutes les autres, car il s'agit d'une véritable remise en cause des conquêtes révolutionnaires.
Une élite aura en mains toutes les cartes, et tout se décidera entre "gens qui comptent" au sein des partis politiques. La personnalité, le dévouement , le travail réel, les qualités humaines, les engagements au service des autres, n'auront plus leur place dans un système réservé aux élites passant des cabinets ministériels, présidentiels (à tous les niveaux), à des mandats électifs correspondant à des parachutes dorés ! En sortant de l'ENA il suffira de bien choisir son « écurie » et de choisir ensuite le terrain d'atterrissage. Le scrutin uninominal n'a pas que des qualités, mais il permet au moins à l'électrice ou l'électeur d'exprimer son soutien à une personne en dépassant parfois largement le spectre habituel des engagements politiques. En 2014, on entrera dans une nouvelle dimension, qui obligera les candidat(e)s à faire acte d'allégeance à une personnalité susceptible de leur valoir une reconnaissance ultérieure. Ensuite, il faudra simplement maintenir le lien, pour ne pas être abandonné au prochain renouvellement !

DECEPTIONS EN SERIE
On a pu constater hier qu'après la publication des listes socialistes, toutes les réactions internes ont d'ailleurs porté sur le dévouement que certains témoignent à l'égard de leur parti. Du moment qu'ils ne sont pas en position éligible, ils se retirent de la campagne. Safia Otokoré, vice-présidente PS de la région Bourgogne et proche de Pierre Moscovici, a annoncé se retirer de la liste où elle figurait en 9e position. Elle appelle également les militants à voter contre. Si elle apporte son soutien à la tête de liste Catherine Trautmann, « une femme de qualité », Safia Otokoré a déploré « que la troisième place soit attribuée par le jeu des motions à une députée qui va abandonner ses électeurs ». Une allusion à la députée royaliste de Moselle, Aurélie Filippetti qui, si elle était élue à Strasbourg, devrait abandonner l'un de ses mandats.
Safia Otokoré trouve également « inacceptables les méthodes d'Arnaud Montebourg », député de Saône-et-Loire. Elle lui reproche d'avoir « instrumentalisé la diversité » en « imposant », contre l'eurodéputé sortant Pierre Pribetich, un militant qui habite en Suisse, Mustapha Sadni et qui figure en quatrième position. La chasse est ouverte, et plus encore la dénonciation des effets pervers d'un mode de désignation pourtant accepté par toutes celles et tous ceux qui sont certains d'y gagner la reconnaissance de "leur parrain" ou de leur "marrainne" !
Pierre Pribetich, élu à Dijon, a lui-même refusé sa sixième place. « Surtout que la seconde place a été attribuée à un illustre inconnu travaillant sur Paris » et « que la quatrième place a été affectée à un autre illustre inconnu travaillant sur Lyon, pour plaire à Arnaud Montebourg ». Samedi, deux candidats inscrits par le PS dans le Sud-Est avaient également refusé leur présence sur cette liste. Il s'agit de l'eurodéputé sortant isérois, Bernard Soulage, et du maire du troisième arrondissement de Lyon, Thierry Philip, qui ont été abandonnés par leurs mentors respectifs. Bien évidemment, ils auraient accepté de passer avant les autres, et auraient trouvé la méthode parfaitement honorable. Rassurez-vous, ce sera ainsi pour toutes les listes ! Et si l'UMP prétend le contraire, ce n'est que pour masquer le fait que les listes ne dépendront que du bon vouloir de l'Elysée, ce qui est pire !
Aucun d'entre eux, déjà désigné et élu selon le système de la proportionnelle, ne s'est posé la question de savoir comment il était arrivé sur le mandat qu'il exerce... et au détriment de qui ! Le congrès du PS avait été essentiellement un congrès « local », car il s'agissait pour beaucoup d'élus fraîchement installés d'asseoir leur autorité sur leur territoire, en choisissant la bonne motion pour y parvenir. Cet investissement sur la bourse aux valeurs devait procurer des dividendes. Et quand ils ne sont pas au rendez-vous, on est toujours déçu ! c'est la dure loi du marché
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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