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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 07:17
Tout se vend et tout s'achète dans le monde de la loi du marché. Il n'a plus aucun tabou et il suffit d'aller se promener sur des sites spécialisés pour constater que les propositions les plus farfelues ou les plus attractives parcourent le net. Rien ne résiste à la soif, même extrêmement modique, de profit. On en arrive à des excès médiatiques mais symboliques où des personnes mettent même leur vie en vente, comme si tout n'était qu'une question de prix... La morale, le sentiment, la reconnaissance, le respect, s'estompent face à une offre intéressante. Cette marchandisation outrancière ne va pas se démentir avec la crise, puisqu'il faut absolument tirer le meilleur parti de tout !
Cette folie de la vente a fait fureur depuis deux semaines. D'abord avec la collection de Pierre Bergé, qui a mis en évidence les débordements classiques des collectionneurs, prêts à fermer les yeux sur l'origine de leurs biens. Le gouvernement chinois avait nié tout lien avec l'acheteur des deux bronzes de la collection Pierre Bergé et Yves Saint Laurent qui refuse de payer. Le collectionneur chinois Cai Mingchao, avait annoncé avoir acheté la semaine dernière les deux têtes de rat et de lapin, pour 15,7 millions d'euros chacune, tout en indiquant refuser de verser l'argent. En Chine, certains l'avaient célébré comme un patriote, d'autres l'avaient critiqué pour ses méthodes.
Les deux pièces du XVIIIe siècle, devenues le symbole de l'humiliation coloniale aux yeux des Chinois, après avoir été pillées par les troupes franco-britanniques en 1860, faisaient partie des pièces maîtresses de la collection rassemblée pendant 50 ans par Pierre Bergé et Yves Saint Laurent, et dispersée la semaine dernière.
L'usage donne sept jours à l'acquéreur d'un bien aux enchères pour régler les sommes dues, donc jusqu'à mercredi dans le cas des deux têtes. Cependant, dans les faits, la transaction peut prendre plusieurs semaines... et il y a fort à parier qu'elle ne se réalisera pas !
Dans un éditorial publié, le China Daily a fustigé les lois et conventions en vigueur qui empêchent le retour du patrimoine artistique pillé par les puissances coloniales occidentales. « Les règlements actuels vont à l'encontre du principe de la justice naturelle. Si les demandes de retour aux premiers propriétaires des objets sont justifiées, et si les peuples du monde entier les soutiennent, mais que justice n'est pas rendue, c'est que quelque chose ne va pas dans l'ordre mondial actuel » ce qui traduit bien la tendance actuelle, où tout a un prix. Le plus élevé bien entendu.

DES LUNETTES A PRIX D'OR
Hier on a eu une illustration de cette folie de la vente-achat appliquée aussi bien aux organes à transplanter qu'aux objets les plus symboliques, aux vêtements qu'aux bouteilles, aux dérisoires cartes postales qu'aux œuvres d'art, aux jouets comme aux outils...Les lunettes et d'autres objets ayant appartenu au Mahatma Gandhi ont été adjugés, à New York, à un homme d'affaires indien pour... 1,8 million de dollars. Les enchères se sont déroulées, alors que James Otis, le pacifiste américain propriétaire des souvenirs, venait de déclarer qu'il avait demandé à la maison d'enchères de les retirer. En échange, il exigeait l'engagement de New Delhi d'augmenter ses dépenses de santé pour les pauvres. « J'ai décidé, au vu de la controverse, de ne pas vendre les objets », avait-il expliqué avant de faire le contraire.
New Delhi avait protesté avec véhémence, arguant que les différentes « reliques » faisaient partie du patrimoine national indien... Impensable que l'on puisse faire des profits sur des restes de l'homme qui symbolisa la pauvreté mise au service de la révolution, et qui niait la dictature du profit. Les civilisations occidentales ne respectent absolument rien, et elles ont une fâcheuse tendance à transformer les symboles des autres en chèques , avec toujours un cheminement vers l'enfer du profit, pavé de bonnes intentions... humanitaires !
Si le monde de l'art s'est passionné pour la « vente du siècle » de Pierre Bergé, seules ces deux têtes intéressent la Chine, car elles faisaient partie d'une fontaine à eau imaginée au XVIIIe siècle par le jésuite français Michel Benoist. L'ensemble jouait sur le thème des 12 animaux du calendrier chinois, devant un des palais de style occidental de l'empereur Qianlong (1735-1795), construit au Palais d'été, dans le nord-ouest de Pékin.
« Ces têtes chinoises ont été pillées il y a 150 ans en Chine comme ont été pillées les fresques du Parthénon à Athènes qui sont au British Muséum, comme ont été pillées beaucoup de pièces qui se trouvent dans tous les musées du monde », avait déclaré Pierre Bergé. « Là-dessus il y a une législation et une jurisprudence » (NDLR : occidentale évidemment !), avait encore dit l'homme d'affaires, homme de gauche engagé et qui avait financé en 1989... la Maison de la Démocratie Chinoise de Paris, destinée à venir en aide aux dissidents et étudiants chinois ayant fui leur pays après les événements de la place Tiananmen.

PILLER, VENDRE, VOLER
Pierre Bergé persistait et signait : « je ne ferai pas de cadeau aux Chinois contrairement à ce qu'ils imaginent. Je suis prêt à donner ces têtes chinoises à la Chine s'ils sont prêts à reconnaître les droits de l'Homme. » comme si le pillage d'œuvres d'art au cours de périples guerriers ne constituaient pas une atteinte grave aux droits de l'Homme. Après le dernier affrontement mondial, tous les biens culturels pillés par les nazis ont été restitués aux propriétaires lorsqu'ils étaient encore vivants ou identifiables. Les nations victorieuses s'arrogent souvent les droits qu'elles réclament quand elles ont perdu ! Elles pillent mais c'est normal. Elles volent mais ce n'est pas un problème. Ce ne devient dangereux que quand c'est l'inverse qui se produit !
On peut considérer que ces objets, quand ils sont exposés dans un lieu public , contribuent de fait à l'éducation culturelle générale et sont donc utile au pays d'où ils sont issus. Par contre, comment peut-on justifier qu'ils entrent dans des espaces privés, pour en ressortir vendus par le marteau d'un commissaire priseur, et remplir un compte en banque ? Les lunettes de Gandhi ou ses vieilles sandales éculées pouvaient-elles être achetées par n'importe qui, au prétexte qu'il suffit d'ajouter des zéros sur un chèque pour les positionner dans une vitrine sécurisée ?
« Les systèmes économiques qui négligent les facteurs moraux et sentimentaux sont comme des statues de cire : ils ont l'air d'être vivants et pourtant il leur manque la vie de l'être en chair et en os ». Ces paroles de Gandhi rappellent opportunément les travers de notre société. Que dirait-il en voyant que l'on puisse mettre 1,8 millions de dollars, en pleine crise, dans des objets qui illustraient la valeur même de la vie de celui qui voulait être respecté uniquement par la simplicité frugale de son apparence. Ces lunettes, seul luxe qu'il acceptait, avaient-elles un prix ? Dans tous les cas, elles ont ouvert les yeux de tous les possesseurs de reliques.

TOUT SE VEND
Impossible de vendre les chaussettes de Albert Einstein puisque ce dernier n'en portait pas ! Une idée a pourtant fait son chemin, certainement inspirée de l'épisode malheureux de la ventes des objets du Mahatma : le diplôme de doctorat d'Albert Einstein sera vendu aux enchères en juin prochain en Suisse, a affirmé hier la Galerie Fischer qui se chargera de la vente. En attendant que le cerveau au formol du scientifique n'apparaisse sur e-bay, ce type de vente va certainement se multiplier dans les prochains mois. Verra-t-on bientôt la vente des cravates de Kennedy, des vestons de Churchill, de la kippa de Ben Gourion, du  képi de de Gaulle, de la laisse du Labrador de Mitterrand ou de  la balle qui a tué Nasser ? La folie des énchères éclipse toute considération morale.
Les mairies commencent même à s'y mettre, à l'image de la ville du Mans qui vend de nombreux objets. Vous pouvez par exemple acheter un tractopelle, 5.000 euros aux enchères ! Les particuliers vendent leur garde robe, les meubles dont ils ne veulent plus, ou encore des objets de plus grande valeur.
Avec la crise, les enchères sont devenues très intéressantes. Les mises en liquidation ou redressements judiciaires ont bondi de 9,2 % en janvier selon l'assureur Euler Hermes Sfac. Autant de voitures, d'ordinateurs, de mobilier à prix très bas que vous pouvez vous procurer. Seul hic: difficile de s'y retrouver devant la multitude d'objets jetés en vrac dans les vides greniers ou sur la toile... On en arrive à des exagérations que les médias adorent !
« Tu auras ma vie, mes biens et mes amis et peut-être mes petites amies... » Sur le célèbre portail d'enchères en ligne eBay, Nicael Holt, un jeune australien de 24 ans, avait décidé de mettre sa vie aux enchères, incluant ses biens matériels et immatériels. Il se trouve que cela avait marché puisque la vie de ce jeune homme avait bien été vendue. En effet, fixée à un prix de réserve de 6.000 dollars australiens, soit 3.576 euros, la vie avait été vendue à 7.500 dollars australiens, soit 4.470 euros, après 48 enchères. A ce prix-là , l'heureux acquéreur - dont l'identité est inconnue - a ainsi obtenu les biens matériels du jeune homme - téléphone, ordinateur, planche de surf, photos d'enfance, 300 CD, etc. - mais également les aspects immatériels de sa vie - amis, parents et ses histoires d'amour potentielles - au nombre de huit. Entendez que l'acheteur sera présenté aux connaissances plus ou moins proches du vendeur. En outre, l'offre comprend un job de vendeur de fruits itinérant, qui débutera en mars prochain. Dans le fond, c'est logique quand on constate que parfois l'Homme n'est respecté que par le profit qu'il génère, autant se vendre de son vivant pour aller faire les enchères !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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