Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 074 692

PAGES LUES

7 113 288


MAIS JE DEBLOGUE...

Archives

8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 07:17

Il faut toujours se méfier des journées spécifiquement réservées à un volet de la vie sociale, car en général, si elles existent, c'est qu'elles tentent de régler un problème ou de motiver les gens pour le régler. La mémoire devenant la vertu du monde la moins partagée il vaut mieux en effet médiatiquement rappeler le problème, même si on court toujours après les solutions. On en est donc arrivé à ce qu'il n'y ait plus assez de jours dans une année pour placer toutes les « causes » d'intérêt collectif. Les motifs sont bien différents et se situent à l'échelon national, européen ou mondial, mais ils s'estompent aussi rapidement qu'ils ont été abordés.
Rien qu'au mois de mars, et pour la planète, ont trouve successivement le 4, la journée mondiale contre l'exploitation sexuelle, aujourd'hui la journée de la femme, le 15, celle contre la brutalité policière, le 20, en faveur de la francophonie et celle du conte, le 21 on tentera de sensibiliser à la fois à l'élimination des discriminations raciales, à la poésie, à la trisomie et au sommeil et surtout à la terre, le 22 a été attribué au grave problème de l'eau, le 23, à la météorologie, le 24, à la tuberculose, le 27, au théâtre ! Excusez du peu mais il faut une sacrée santé pour se sentir concerné par tous ces excellents sujets ! En fait, seuls les plus motivés connaissent véritablement l'existence de ces rendez-vous qui finissent par se diluer dans une masse informe, à l'intérêt extrêmement divergent ou mince. Il n'y a plus de hiérarchie dans ces manifestations qui tournent souvent au colloque, à la réunion entre spécialistes et surtout qui ne permettent pas toujours de faire évoluer les mentalités. Tout le monde sait en effet que dès que l'on touche à une opinion dominante sur un thème on doit patienter des années et même des décennies pour espérer changer la donne.

En cette journée mondiale des femmes on peut, par exemple, s'interroger véritablement sur l'efficacité des grandes « messes » destinées à donner au sexe dit « faible » depuis des siècles, la place qu'il mérite. Dans le monde actuel personne ne peut sérieusement affirmer que son statut n'a pas reculé dans bien des pays où la crise sévit et où la religion a repris le pourvoir. Jamais la laïcité n'a constitué la véritable ouverture dont les femmes ont besoin de par le monde. Si certains ont avancé bien d'autres sociétés ont reculé. En fait globalement ce n'est pas certain du tout que les progrès soient aussi évident qu'on veut bien le dire avec des statistiques aussi discutables que l'échelle à laquelle elles sont produites.
L'absence de progrès récents dans la réduction des inégalités professionnelles entre hommes et femmes, tant au sein des salariés qu'à la tête des entreprises, est au cœur cette année de la Journée internationale de la femme du 8 mars, selon féministes, syndicats et économistes. Pour le Collectif national pour les droits des femmes, l'année 2009 risque en effet de voir les inégalités accentuées par la crise économique, dont les femmes pourraient être particulièrement victimes, alors que le chômage des femmes est déjà plus élevé, chez nous, que celui des hommes (9,6% contre 8,1%). L'inquiétude vient d'un rapport du bureau international du travail rendu public jeudi, qui indique que les femmes devraient davantage souffrir du chômage que les hommes en 2009.
Le flot récent des demandeurs d'emploi est depuis plusieurs semaines surtout constitué d'hommes, car les destructions d'emplois sont concentrés dans les secteurs industriels mais les femmes, davantage présentes dans le temps partiel et les contrats précaires, pourraient souffrir plus que les hommes de réductions d'horaires, donc de réductions de salaires, et d'une aggravation de la précarité. Ce constat est bel et bien celui d'un pays qui se croyait il y a encore un an comme une puissance économique incontournable mais à l'échelle planétaire, il existe certainement des situations encore plus dramatiques autour de la faim, de la santé, de la liberté !

Le travail saisonnier en France se féminise en raison du chômage des femmes qui ne faiblit pas et de l'explosion du nombre de femmes seules peu qualifiées. La rupture familiale fragilise souvent beaucoup plus la compagne ou l'épouse, quand elle est en situation de dépendance financière. La crise risque de reléguer au dernier plan la question de l'égalité professionnelle.

COMMENT NOYER LE POISSON

L'annonce, mercredi, par le ministre du Travail Brice Hortefeux, qu'une « mission » suivie d'une concertation allait traiter de l'égalité salariale, promise maintes fois pour 2010, fait craindre à beaucoup que la loi sur les sanctions financières à appliquer aux entreprises récalcitrantes, ne voit pas le jour. Il ne faut pas être naïf, cela veut dire qu'il n'y a pas de volonté politique, pour des sanctions, il faut une loi comme l'affirme Marie-Jo Zimmermann, députée UMP, dont la proposition de loi sur la place des femmes dans les instances dirigeantes des entreprises a été jugée jeudi par Brice Hortefeux « trop en avance ». En fait ce texte ne lui paraît pas assez réactionnaire, ce qui est un comble pour une élue UMP !  
Le mouvement patronal Ethic s'est indigné, de son coté du recul de la parité au sein des entreprises du CAC 40, l'Oréal étant la seule société présentant un taux de mixité supérieur de... 15% à tous les échelons. La situation s'aggrave même puisque, selon une étude de l'agence Capitalcom, la part des femmes dans l'effectif global des dirigeants du CAC 40 a baissé de 3,3 points sur un an.
Les féministes ont d'autres sujets de mécontentement. Elles attendent du gouvernement qu'il s'engage plus avant dans la lutte contre les violences faites aux femmes, demandant une loi-cadre comme en Espagne. Dans un discours prononcé en rapport avec la Journée internationale de la femme du 8 mars, le Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé à accentuer l'action internationale contre la violence faite à l'égard des femmes et des jeunes filles. Et c'est probablement la partie cachée la plus terrible de l'iceberg que l'on essaie de présenter sous son plus beau jour.

UNE VIOLENCE CONSTANTE

Le secrétaire général de l'ONU s'est exprimé avec conviction. « La violence contre les femmes ne peut être tolérée, sous aucune forme, dans aucun contexte, aucune circonstance, de la part d'aucun dirigeant politique ou gouvernement ». Il rentrait d'une tournée en Afrique, au cours de laquelle il a fait escale en République Démocratique du Congo, pays où l'on use du viol comme arme de guerre. « La violence contre les femmes est une abomination. Je souhaite la qualifier de crime contre l'humanité » a ajouté M. Ban.
Dans son discours, le secrétaire général de l'ONU a évoqué sa rencontre avec une jeune fille de 18 ans, dans un hôpital de Goma. « Alors qu'elle fuyait les combats qui ont détruit son village, elle a été violemment et brutalement violée par quatre soldats à la pointe d'un revolver. Les médecins de l'hôpital peuvent soigner ses blessures. Mais peuvent-ils soigner son âme ? » a demandé M. Ban.
Le secrétaire général de l'ONU a ajouté avoir évoqué ces atrocités inexprimables lors de sa rencontre avec le président congolais Joseph Kabila. « Le fait est que 80% des violences sexuelles sont le fait de groupes armés ou de rebelles. Mais j'ai dit au président Kabila que ce n'est pas une excuse. En tant que dirigeant du pays - dirigeant souverain d'un pays souverain - il doit être responsable à chaque fois que ces violences sexuelles surviennent » a dit M. Ban. Selon les Nations Unies, une femme sur cinq de par le monde sera violée, ou victime d'une tentative de viol.
Dans certains pays, une femme sur trois est battue ou subit d'autres sévices. Souvent, les coupables restent impunis. S'attaquer aux femmes, c'est comme s'attaquer à la société, a ajouté le secrétaire général de l'ONU, les femmes étant l'un de ses piliers. Et M. Ban a appelé les hommes, comme les femmes, à s'unir pour promouvoir la non-violence. Encore un vœu pieux, dans un contexte de plus en plus tendu, avec une concurrence dramatique pour la nourriture, l'eau, les profits liés aux ressources naturelles, simplement à la survie ! La femme est devenue quantité négligeable dans des sociétés égoïstes, cruelles, misogynes.


RECUL DE L'ESPERANCE

La situation est pourtant paradoxale dans le domaine de la santé. Les femmes ont une espérance de vie très nettement plus élevée que les hommes, notamment parce qu'elles sont plus attentives à leur corps, qu'elles travaillent dans des conditions moins pénibles physiquement (en moyenne), et que le système de santé de prévention est plus attentif aux mères via la protection maternelle et infantile.
L'espérance de vie à la naissance des femmes est de 84,3 ans contre 77,5 pour les hommes, en 2008. Mais les modes de vie des hommes et des femmes se rapprochent, du travail à la consommation de tabac ou d'alcool. Ce qui fait que l'avantage aux femmes se réduit : pour la première fois en 2008, l'espérance de vie des femmes a légèrement diminué, tandis que celle des hommes continue à augmenter. L'écart d'espérance de vie est passé de 8,2 années en 1980 à 6,8 ans en 2008. C'est le seul secteur où elles avaient de l'avance, mais on constate que cettre avance se réduit.
Cette journée de bonne conscience, comme bien d'autres, n'aura pas d'effets réels sur le quotidien de millions et de millions de femmes. Elles se retrouveront demain matin dans une situation identique à celle de la veille. La vie sera encore et toujours plus exigeante vis-à-vis d'elles : double journée de travail, nécessité de prouver beaucoup plus que les hommes, obligation de résultats sous peine d'être vite « déclassées », méfiance permanente dès qu'elles apparaissent dans un secteur social concurrentiel... Les femmes ne sont pas encore au pouvoir, même si on a effectué, grâce aux lois votées par la Gauche, de nombreux progrès. D'ailleurs, le seul fait qu'il faille des textes, des quotas, des obligations, démontre que l'on est encore loin d'admettre ce qui devrait être naturel. Elles sont instrumentalisées par tous les pouvoirs qui cherchent à convaincre l'opinion de leur volonté de changer superficiellement une réalité souterraine pourtant omniprésente. André Vingt-trois, archevêque de Paris, vient d'être « élu » macho de l'année pour sa saillie : « le tout n'est pas d'avoir une jupe, c'est d'avoir quelque chose dans la tête ». Un titre que bien d'autres personnes auraient pu lui disputer, tant ce type de propos redevient à la mode et conforte une opinion dominante, moins visible, mais terriblement efficace.

Mais je déblogue...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
commenter cet article

commentaires