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MAIS JE DEBLOGUE...

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 07:17
Quand vous êtes porte parole de l'UMP et que vous secouez le directeur de l'AFP en l'accusant de ne pas reprendre vos paroles et vos communiqués de presse, vous avez une chance d'être non seulement entendu mais aussi obéi. Drôle de République que celle qui voit un système médiatique français de plus en plus bâillonné, aseptisé, ouvertement partisan ou indifférent. Ce fut à propos d'une affaire qui fut bloquée en travers de la gorge du chef de l'Etat et des responsables du parti présidentiel : les médias, et en premier lieu l'Agence France-Presse, censureraient leurs commentaires à propos de la condamnation en appel, le 10 avril 2008, de Ségolène Royal, à payer des arriérés de salaires à deux anciennes collaboratrices.
Mercredi 7 mai, devant un parterre de députés UMP, Nicolas Sarkozy avait ainsi brutalement critiqué l'AFP, L'Express et le Parisien pour ne pas avoir assez relayé cette information. Ancien proche conseiller de Nicolas Sarkozy et porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre fut particulièrement remonté contre l'agence de presse. Il l'accusa d'avoir à quatre reprises « censuré » des communiqués ou des commentaires de son parti à propos de cette affaire. Le 1er mai dernier, il s'est même fendu d'une lettre ouverte au PDG de l'AFP, Pierre Louette. « Pourquoi y a-t-il un blocage dès qu'on prononce le nom de Ségolène Royal? » s'interrogeait le député des Hauts-de-Seine.
« Notre toute première réaction à la condamnation de Ségolène Royal a été refusée le 10 avril par la personne chargée de suivre l'UMP ce jour-là, explique Frédéric Lefebvre. Elle considérait que ce n'était pas une information. C'est ce qui nous a conduits à convoquer une conférence de presse le 11 avril à 16 heures, que l'AFP a bien voulu annoncer. » Le même jour, une dépêche de l'AFP en propose un compte rendu détaillé.
Le vendredi matin, Pierre Louette a répondu aux critiques, en expliquant que son agence "n'avait pas vocation à devenir une machine à diffuser des communiqués. La rédaction a des règles de fonctionnement qui reposent sur la notion de choix faits en permanence parmi la multiplicité des faits, des événements, des déclarations" estimait-t-il, drapé dans sa dignité.

PERSONNE NE M'ECOUTE
« Je conteste à l'AFP le droit d'avoir une ligne éditoriale sur les dépêches factuelles, ce qui n'est pas le cas pour les papiers d'angle de l'agence, rétorque Frédéric Lefebvre. Si elle revendique une ligne éditoriale pour les dépêches factuelles, compte tenu de sa position dans le paysage médiatique, alors il faut se poser la question de la création d'autres agences de presse en France. »
S'agissant du traitement de la condamnation de Ségolène Royal, « si la presse en avait parlé normalement, on en serait resté là », jure le porte-parole de l'UMP, qui dément tout « acharnement » contre la présidente de la région Poitou-Charentes. « Simplement, Ségolène Royal avait fait des salaires la grande priorité de son programme de candidate et elle ne cesse de donner des leçons à Nicolas Sarkozy sur le droit du travail. Vu sa condamnation, nous trouvons qu'elle est mal placée pour le faire. Vous vous étonnez du soi-disant barouf que fait l'UMP sur cette affaire? Mais personne ne s'étonne du silence assourdissant de Ségolène Royal... »
La violence de la charge de Nicolas Sarkozy et de l'UMP contre les médias fut jugée assez inhabituelle. « Sous la Ve République, on n'avait jamais eu de mise en cause aussi directe de la presse de la part d'un président », notait le chercheur du CNRS, Jean-Marie Charon, spécialiste des médias. « Il y avait bien sûr l'exaspération du Général de Gaulle, mais pas de déclaration comparable à ce qu'a dit Nicolas Sarkozy. C'est son style: une grande proximité avec les médias et leurs dirigeants et cette relation ambivalente avec les journalistes, mélange de séduction et d'exaspération virulente quand il n'est pas satisfait de leurs articles. » Mais, finalement, il aura fallu attendre une dizaine de mois pour constater que le déchaînement a eu une effet bénéfique décalé...

MAIS QUI A PAYE
Figurez vous que l'AFP a parfaitement retenu la leçon, et que l'agence n'est véritablement pas devenue une machine à diffuser des... informations. Nicolas Sarkozy aime les milliardaires et leurs invitations. On le savait, mais ce n'est pas la peine de le... dire et surtout d'en informer les autres médias ! L'AFP, hier après-midi, n'avait toujours pas rédigé de dépêche sur cette polémique. En revanche, dimanche, une dépêche a annoncé l'escapade présidentielle. Mais selon le Canard enchaîné, « ne voulant pas troubler le couple présidentiel, ce n'est que dimanche que l'AFP a prévenu de l'escapade paradisiaque », qui avait débuté... vendredi. Inutile d'attirer l'attention sur un événement qui réjouira probablement Paris Match Pravda, dont on peut être certain qu'une photo sur deux pages sera plus parlante qu'un texte sur les conditions du farniente présidentiel.
Après le yacht de Bolloré, et les vacances dans une magnifique villa à Wolfeboro, aux Etats-Unis, le Président s'est-il fait inviter par un milliardaire mexicain pour quelques jours de farniente en marge de sa visite officielle au Mexique le week-end dernier ? Inutile de chercher, car la seule Agence française n'a rien vu, rien entendu, rien su et surtout rien dit ! Alors que l'Elysée assure que les frais de séjour du couple présidentiel ont été pris en charge par l'Etat mexicain, RTL affirme que Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Sarkozy auraient séjourné dans la propriété d'un banquier milliardaire, l'une des plus grosses fortunes du Mexique, Roberto Hernandez Ramirez, membre du conseil d'administration de Citigroup. Ils se sont ensuite rendus dans l'hôtel de luxe El Tamarindo, propriété du milliardaire. Selon RTL, un haut diplomate mexicain, qui requiert l'anonymat, assure que «ce n'est sûrement pas la présidence du Mexique qui a payé pour un séjour hors d'une résidence de l'Etat mexicain ». Toujours sur la radio, le socialiste Mario di Constanzo, une figure de l'opposition mexicaine, annonce avoir saisi les autorités de son pays, pour obtenir des explications. Il aura peut-être plus de chances d'obtenir une réponse que n'importe quel parlementaire français qui le demanderait devant l'Assemblée nationale.

CA VA MANIFESTER DUR
Plus gênant peut-être, pour expliquer la discrétion de l'AFP, le milliardaire Roberto Hernandez Ramirez, qui aurait offert l'hospitalité à Speedy Sarkozy traînerait avec lui une lourde réputation, comme le souligne Rue89. «Dans les années 1990, il a été soupçonné au Mexique de faire transiter par ses propriétés de la cocaïne sud-américaine et de participer au blanchiment de l'argent de la drogue», écrit le site, qui s'appuie sur un article du Boston Phoenix de 1999, intitulé « Clinton et ses copains narcos mexicains ». L'article reprenait une enquête menée par le journal mexicain Por Esto. Mais dans le fond, ça n'intéresse personne, et surtout pas les contribuables français qui ont financé l'aller et le retour de l'escapade exotique !
Selon l'Elysée, Nicolas Sarkozy et Carla Bruni étaient les invités du président Felipe Calderon lors des deux jours et demi de vacances passés au Mexique la semaine dernière avant les deux jours de visite officielle. Aujourd'hui, la présidence de la république française reconnait ne pas savoir qui a effectivement payé le séjour du couple Sarkozy. C'est un détail sans importance. De son côté, la présidence mexicaine a déclaré qu'à Mexico, « personne n'est habilité à évoquer le sujet ».
Comme l'AFP n'a aucun correspondant sur place, et n'avait pas d'envoyé spécial dans les bagages présidentiels, elle se contentera de diffuser un communiqué de Frédéric Lefebvre sur le sujet, puisqu'il a un avis sur tout, et qu'il exige que toute la France le sache ! Comme on se fait virer pour un oui ou pour un non par la Sarkozie exemplaire, il vaut mieux être prudent et... obéir ou au moins ne pas en faire trop !
Et le respect de la vie privée, qu'est-ce que vous en faites ? On a bien le droit d'aller bronzer où on veut, sans pour autant clamer qui vous paye le voyage, et plus encore qui vous héberge ! L'intersyndicale de l'Agence France-Presse avait appelé, après les attaques du porte parole de l'UMP, à un rassemblement devant son siège, place de la Bourse, à Paris. Elle souhaitait protester contre « les attaques répétées contre l'AFP émanant de hauts responsables politiques français ». L'intersyndicale appelle « les personnels des autres médias, et plus largement, tous les citoyens attachés à la liberté de la presse, à participer à ce rassemblement, qui se tiendra sous le mot d'ordre suivant: AFP menacée, presse bâillonnée, libertés en danger ». Là, elle n'a rien à craindre, puisqu'elle n'a rien fait, pour la bonne cause!
Il y a fort à parier que pourtant, dès demain, l'intersyndicale va récidiver, pour démontrer que les journalistes n'ont pas l'intention de céder au chantage actuel. Surveillez bien votre quotidien habituel, il est certain que la révolte va gagner les rangs des journalistes lucides ! A l'AFP et ailleurs !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

marc d'Héré 20/03/2009 23:35

Je ne sais qui est ce Philippe Besson, en colère.  Quand à Saint Thomas il avait l'air d'accorder le plus grand crédit aux ragots de Gala...ragots qui venaient compléter ceux du Canard et de Darmian. C'est une méthode de lutte politique assez peu digne, mais, il est vrai, très répandue chez vos amis.

PIETRI Annie 19/03/2009 14:59

Décidément, aucun humour ce M. d'Héré.....Ne peut-il imaginer que lorsque ST THOMAS, dont chacun sait qu'il ne croit que ce qu'il voit, porte Gala au rang de journal  politique, il y met plus qu'un brin de dérision....Oui, vraiment, tous ces transfuges n'ont aucun sens du ridicule..... Il fallait voir la grosse colère de Philippe Besson, hier après midi à l'Assemblée, et le soutien - très affectueux - qu'il a reçu de l'inénarable Karoutchi !!!

marc d'Héré 17/03/2009 09:29

Après les rumeurs et les ragots peu assurés du Canard, on cite maintenant Gala...pourquoi pas Marianne tant qu'on y est!

SAINT THOMAS 14/03/2009 18:41


Dommage pour Marc d'Héré qui lui ne doute de rien (quel homme heureux!) mais voici un extrait du meilleur journal politqiue actuel "Gala" : Comme quoi Marc on n'est véritablement plus dans la rumeur ! "Qui a payé les quelques jours de vacances que s’est offerts le couple présidentiel avant sa visite officielle au Mexique? Qui les héberge? Et pourquoi en profite-t-il pour rester plusieurs jours et ne passer que 12 heures en visite officielle? Autant de questions qui ont suscité la polémique et auxquelles un communiqué émanant du gouvernement mexicain a taché de mettre fin. «Un groupe d’entrepreneurs mexicains à mis à la disposition du président Sarkozy un logement sur la côte dans l’Etat de Jalisco, pour son séjour un week end qui précédait la visite officielle», indiquait hier le communiqué du gouvernement mexicain. Interrogé hier, l’Elysée affirmait au contraire que le couple Nicolas Sarkozy et sa femme, Carle Bruni-Sarkozy, avait été invité par le président Mexicain, et n’avait "par conséquent payé aucune facture"Le leader du PRD Mario Alberto di Costanzo Armenta. Celui-ci interrogeait en effet les autorités mexicaines quant à la facturation de l’hébergement du couple présidentiel français, qui aurait selon lui séjourné chez Roberto Hernandez Ramirez un banquier milliardaire, proche de Calderon. Seulement cet homme d’affaires milliardaire, qui aurait pris en charge le séjour des Sarkozy est soupçonné d’être lié aux cartels de la drogue mexicains. Et évidemment, ça fait tache. Du coup, le gouvernement mexicain s’est empressé de diffuser un communiqué, noyant le poisson dans une eau trouble, au moins autant que celle de l’affaire Florence Cassez, que Nicolas Sarkozy devait aborder avec prudence.

PIETRI Annie 14/03/2009 00:27

Oui, c'est l'évidence même, les français se sont "offert" un président qui leur montre, depuis son accession au trône, qu'il aime le luxe, les bateaux, les résidences somptueuses, les objets coûteux (et pas forcément beaux), le fric, et ceux qui en ont, sans trop se préoccuper de sa provenance. Il lui faut, pour exister, se montrer,s'agiter en tous sens, paraître....Dans le même temps, la crise plonge des tas de gens dans la misère, le nombre de chômeurs ne cesse de s'accroître, le coût de la vie ne cesse d'exploser. Alors, une telle attitude de la part d'un président, élu au suffrage universel, une telle désinvolture, un tel mépris pour ceux qu'il est censé gouverner, et dont il devrait avoir pour seul souci d'améliorer le sort et les conditions de vie, une telle condescendance, une telle morgue, devraient écoeurer même ses plus fidèles supporters....sans qu'il soit nécessaire de chercher qui a payé quoi...Ce n'est pas, à mes yeux, le plus important (encore que....). Non, le plus préoccupant, c'est l'image que ce soi-disant président, menteur, dissimulateur, qui n'hésite pas à museler la presse officielle, donne de la démocratie, et de la France.N'en déplaise à ce cher Marc d'Héré qui n'a décidément rien compris....Et merci à toi, Jean-Marie, d'écrire de telles chroniques.