Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 074 692

PAGES LUES

7 113 288


MAIS JE DEBLOGUE...

Archives

6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 07:17
Lorsque les élus locaux parlent de « désengagement » de l'Etat vis-à-vis des multiples transferts qu'il opère vers les collectivités locales, on assiste de plus en plus aux mises au point coordonnées des Préfets. Ils ont probablement pour consigne de refuser que ce constat, pourtant indiscutable, soit médiatisé. Ils jouent sur les mots en parlant de non obligation pour l'Etat de suivre les collectivités à la hauteur de leurs engagements vis-à-vis des services fournis à la population. Que ce soit pour l'APA, l'allocation compensatoire du handicap, l'accueil des personnels de l'ex-DDE, de ceux qui travaillent dans les collèges, des ex-routes nationales, des participations pour les Lignes à Grande Vitesse : on est extrêmement loin du compte ! En Gironde, un observatoire neutre, présidé par un ex-juge à la cour des comptes, a évalué que la somme due s'élève à 150 millions d'euros vis-à-vis du seul département. Bien évidemment, pour sauver les apparences, le Préfet conteste cette évaluation, mais personne ne peut douter qu'il est en service commandé. Pas un seul jour sans que le gouvernement s'arrange pour effectuer des annonces payables par les... autres ! C'est devenu dramatique pour la démocratie, car cette technique place les collectivités territoriales dans une situation intenable. Personne n'a envisagé la réforme de l'Education comme une facette de cette tentative de détruire le principe républicain voulant que l'acte d'enseigner relève de l'Etat et donc de la République. Ce fut même un acte fondateur, voulu par Jules Ferry et ceux qui vinrent achever son œuvre.
La dernière rentrée, sur fond de suppressions massives de postes, et avec une carte scolaire assouplie (avant d'être démantelée), a déjà été un couronnement pour Xavier Darcos. En 1992, alors inspecteur général de l'Education nationale, il a fondé, avec quelques hauts fonctionnaires du ministère, la très droitière association « Créateurs d'école ». Aujourd'hui, il est ministre, son ami Dominique Antoine, autre adhérent de cette association, est le conseiller culture du Président. Quant à Maurice Quénet, qui en faisait partie aussi, il est devenu Recteur de Paris. Mais il est également connu pour avoir occupé dans les années 75, un poste de secrétaire du Club de l'Horloge.
Petit rappel : le rêve de ce club, boîte à idées de l'extrême-droite, était l'intégration du FN dans une alliance de gouvernement ! L'idée d'une suppression de la carte scolaire, dada de Darcos, est d'ailleurs apparue pour la première fois en 1984, dans une lettre de Le Pen aux parents d'élèves. C'est l'un des « détails » que rappellent les auteurs de « Main basse sur l'école publique », un livre, sorti fin août, qui dresse le portrait des mauvaises fréquentations du ministre.

IDEOLOGIE FORCENEE
 Vincent Laarman, par exemple, correspondant français d'un lobby américain intitulé « Alliance for the Separation of School and State » est président de « SOS Education ». Cette association, très influente au Ministère de l'Education, a lancé la campagne pour le service minimum à l'école. Laarman est aussi un fidèle disciple de Philippe Nemo, cofondateur de... « Créateurs d'école »  et pourfendeur du « monopole scolaire » (comprendre l'école publique).Autre source d'inspiration pour Darcos, selon les auteurs du livre, Emmanuelle Mignon, la toute proche conseillère de Sarko qui vient de quitter le Château, et qui, dès 2004, proclamait : « Je suis pour une privatisation totale de l'Education nationale ». En attendant cet heureux jour, l'enseignement privé, à 90 % catho, se taille la part du lion. Le livre dresse la liste impressionnante de tous les petits et gros cadeaux qui lui ont été faits depuis le retour de la droite en 2002. Désormais, Darcos a voulu passer à la vitesse supérieure et transférer sur les communes, les départements ou les régions l'acte d'enseigner.
En fait, pour y parvenir, il tente de détruire à tous les étages le concept fondateur d'éducation. Il revient, à l'école  élémentaire, sur la vision réactionnaire « d'instruction » et à l'école maternelle, il insère la seule notion « d'accueil ». Inutile d'expliquer cette mutation aux parents qui, conditionnés par des statistiques tronquées ou biaisées ne comprennent pas,  dans leur grande majorité, l'énorme écart entre ces termes. La pédagogie, véritable enjeu du système éducatif, est bien évidemment condamnée car dangereuse. Les IUFM disparaîtront afin d'éviter que les enseignants réfléchissent trop à la réalité de l'acte d'enseigner, pour se contenter d'être des transmetteurs de savoirs standardisés. Or, on peut prévoir une crise profonde pour la génération future qui sera victime de ce choix idéologique, puisque jamais la société n'a eu autant besoin de personnes responsables, autonomes et capables de se former seules en permanence. Rien n'y fera, par tous les moyens Darcos arrivera à ses fins et détruira, parfois avec la complicité de certains enseignants (voir plus haut), les fondations de l'enseignement.
La Sarkozye en berne voudrait tuer l'unicité de l'acte d'enseigner et finirait alors, dans une décennie, par confier aux collectivités locales la responsabilité des établissements scolaires et... des personnels qui vont avec. Les professeurs seraient recrutés et rétribués par les mairies, les départements ou les régions ce qui permettrait, une fois encore, de transférer des dépenses avec une compensation en temps « T », que le Préfet considérerait comme immuable et juste. Alors il faut absolument débuter par le secteur où interviennent déjà, sur le temps éducatif, des personnes rémunérées par... les collectivités.

ATTAQUER PAR LA MATERNELLE
Le seul endroit où l'on peut casser l'acte éducatif reste la maternelle, puisque les ATSEM ont été peu à peu, consciemment ou inconsciemment, assimilées à des actrices possibles  par Valorisation des Acquis de l'Expérience (VAE), et considérées comme des enseignantes remplaçantes potentielles. Comme elles sont déjà payées par les mairies, il suffirait de supprimer la fonctionnaire d'Etat pour que le transfert ne coûte pas plus cher... et soit fortement rentable pour le Ministère en terme d'économie de postes. Darcos, par ses déclarations, n'a cessé d'orienter l'opinion vers cette solution. « Est-ce qu'il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits délégués par l'Etat, que nous fassions passer des concours bac +5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? » a-t-il tenté le 3 juillet dernier. Ce n'est que l'expression vraie de son projet,  qui veut qu'à partir du moment où l'on présente la maternelle comme un « lieu d'accueil » mais pas un « lieu d'éducation », on peut déconnecter son Ministère de ces établissements. Si cette prétention se vérifie... les personnels doivent être communaux et le tour est joué. Comme son idée a tout de même un peu de mal à passer, il a décidé de battre en retraite,  mais de faire encore plus fort, en abandonnant son idée de « jardins d'éveil » pour le placer sous l'égide d'une autre ministère.
J'avais été personnellement informé par un fonctionnaire de la CAF de la signature ,dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, d'un accord entre le Président de la Caisse Nationale d'Allocations Familiales et Brice Hortefeux sur la mise en œuvre de ce désengagement de l'Etat. Nadine Morano vient de confirmer que le tuyau n'était pas percé. On va camoufler la fin de la maternelle à la Française (gratuite mais non obligatoire), derrière un apport dans les familles pour l'accueil des 2-3 ans. Facile et d'une incroyable malhonnêteté politique. L'Etat va renforcer ses efforts financiers pour permettre la création de 100.000 places en crèche, a annoncé samedi la secrétaire d'Etat à la Famille au Journal du Dimanche, en indiquant que les jardins d'éveil pour les 2-3 ans seraient expérimentés « dès la rentrée ». Une supercherie supplémentaire, car si l'etat intervient sur les investissements, il compte sur les impôts locaux pour, d'une part payer la majeure partie des constructions, mais surtout pour en assurer ensuite le fonctionnement, puisque la CAF n'a plus les moyens (qui a exempté des milliers d'emplois des cotisations sociales ?) d'accompagner les collectivités gestionnaires, tout en imposant les critères de fonctionnement, et en plafonnant les participations des familles.

JARDINS A CULTIVER
« Nous (sic) tiendrons les objectifs définis par le président de la République de créer 200.000 offres de garde supplémentaires, a affirmé la secrétaire d'Etat dans l'édition du samedi du JDD. Selon elle, "l'Etat fait un effort considérable en augmentant le Fonds national d'action sociale (Fnas) de 7,5% par an, soit 1,2 milliard d'euros supplémentaires, pour la création de 100.000 places en crèches ». C'est faux, archi-faux, car elle oublie de préciser la somme faramineuse qui restera à la charge des communes qui accepteront de créer ses 100 000 places. La seule mesure qui serait équitable, c'est que l'Etat fasse un
« service public de la petite enfance » et en assume uniformément sur le pays l'accessibilité matérielle et financière. Mais Darcos et ses potes du Club de l'Horloge veillent ! Les autres offres de garde se feront par les "nouvelles dispositions de diversification des modes de garde votées par le Parlement (regroupement d'assistantes maternelles, passage de 3 à 4 enfants par agrément)", et "le développement de l'accueil collectif: crèches classiques, d'entreprise, création... de jardins d'éveil (NDLR : tiens donc, c'est dans le paquet cadeau ), optimisation des places de crèches hospitalières... », a précisé Mme Morano.

Elle ajoute que les jardins d'éveil pour les 2-3 ans seront expérimentés « dès la rentrée » et « intégrés dans les écoles lorsque cela est possible », se substituant à son collègue et  mettant un coin dans le principe de locaux éducatifs transformés en locaux d'accueil. « Le financement de 8.000 places (en jardins d'éveil) est prévu dans la nouvelle convention que nous signerons avec la Caf », a-t-elle ajouté. Il sera assuré par la Caf,... les collectivités locales (les impôts locaux assumeront), les parents en fonction de leurs revenus (NDLR : la maternelle était gratuite), et « les entreprises qui dans le cadre de leur politique familiale pourront financer les places de jardins d'éveil tout comme elles financent des places de berceaux ».
C'est fait (juste avant les vacances : pur hasard !), la maternelle deviendra donc une structure privatisée (familles, entreprises), gérée encore pour quelque temps par les mairies. Ensuite, on verra au fil des ans. Morano et Darcos espèrent que, comme pour le service minimum, les parents vont faire pression sur les élus locaux pour qu'ils répondent à cette offre. L'attaque est sournoise, habile dans une période où le souci des familles est essentiellement financier. La marchandisation de l'école va débuter et se développer. La République ne s'en remettra pas !
Mais je déblogue...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
commenter cet article

commentaires

mathilde 07/04/2009 11:23

Sur ce point je ne suis pas d'accord. Passons sur les intentions de cette équipe de fous car là-dessus tu ne trompes pas souvent, malheureusement. En revanche je ne suis pas pour l'accès des tous petits à la maternelle. Jusqu'à 3 ans il me semble que la crèche, les nounous ou les mamans bien-sûr si elles le peuvent, tiennent bien le rôle qu'elles ont à jouer. Ces tout petits ont besoin d'éveil en effectif réduit et les efforts de la CAF et du CG pour aider à la création des RAM viennent enrichir les compétences des assistantes maternelles, garantissant ainsi une qualité d'accueil pour nos enfants.

J.J. 07/04/2009 09:25

Est-il possible de citer, à part les clients potentiels du Fouquet's, une catégorie de la population qui n'est pas menacée par le tsunami pseudo-libéral ?