Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 074 692

PAGES LUES

7 113 288


MAIS JE DEBLOGUE...

Archives

9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 07:17

Si l'on veut connaître l'état moral et matériel d'un pays, il suffit d'examiner ses prisons. Un simple constat objectif permet de vérifier si les démocraties sont en adéquation, dans ce secteur, avec leurs principes, prônés pour les autres. En excluant de son quotidien des femmes et des hommes pour des fautes plus ou moins graves, la société révèle ses propres contradictions. Elle leur inflige des sanctions logiques ou illogiques, des conditions d'accomplissement de leur peine conformes ou non conformes à ce que l'on exige d'eux, des atteintes à l'intégrité humaine plus ou moins terribles. La France, qui se vante sur la scène internationale de son sens historique des droits qu'elle accorde depuis plus de deux siècles à ses citoyens, ne les respecte absolument pas, dès que la justice républicaine a tranché. Il arrive parfois que cette réalité soit mise en lumière, mais elle n'émeut pas grand monde, puisque l'on considère que celle ou celui qui a commis un acte répréhensible ne doit plus être considéré comme un citoyen. L'opinion dominante ressasse que prison ne doit pas rimer avec palace, et que les sanctions doivent absolument s'exécuter dans des conditions matérielles aussi mauvaises que possible. Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté a dressé hier un panorama sans concession de « l'arbitraire » que subit « la France captive » dans les 5.800 lieux d'enfermement de l'Hexagone.
Nommé en juin 2008 pour exercer un contrôle indépendant sur les prisons, locaux de garde à vue, dépôts de palais de justice ou hôpitaux psychiatriques, Jean-Marie Delarue a rendu public son premier rapport annuel. Ce conseiller d'Etat, connu pour ses engagements contre les abus de la détention provisoire, a pris d'emblée à cœur sa nouvelle mission, en multipliant les contrôles, inopinés pour certains. En tout, 52 établissements ont reçu la visite de contrôleurs sur les quatre derniers mois de 2008 : de quoi brosser le premier « portrait de la France captive » et « la description froide d'une réalité qui ne se laisse pas voir », selon les mots de ce fonctionnaire, réputé intègre et sérieux, au cours d'une conférence de presse à Paris.
Cet état des lieux, opéré par une équipe de vingt contrôleurs, a permis de constater « un déséquilibre entre les besoins de sécurité et les droits de la personne » enfermée, source de « tensions, souffrances, rapports de force et violences ». Ce simple constat ravale la France au rang de pays non respectueux des droits fondamentaux des hommes. Il est insupportable d'accepter ce résumé du fonctionnement des prisons françaises. Or il faut bien reconnaître que le simple fait de s'étonner d'une telle situation constitue un scandale pour une majorité de personnes qui confond justice et vengeance. Jean-Marie Delarue a comparé la sécurité à « un ogre jamais rassasié (qui) mange trop les droits de la personne ». Il pose dans cette formule le pire côté de la démocratie.
Le « sentiment d'arbitraire ? ». On le ressent en garde à vue, où on retire lunettes ou soutien-gorge de toute personne arrivant (578.000 en 2008), où aucun budget n'est prévu pour acheter des médicaments en cas de besoin, et où les locaux sont « exigus et mal entretenus ».
« Ce n'est pas digne de la France de 2009 », a jugé le Contrôleur Delarue. Ce gars-là doit être de l'ultra-gauche, pour émettre une telle appréciation. Dans les centres de rétention pour étrangers en situation irrégulière, « le port d'armes par les fonctionnaires (...) ne s'impose pas d'évidence » écrit-il. Plus ubuesque, « on vous retire tout instrument pour écrire ». En revanche, « quand on arrive en prison, on vous remet de quoi écrire »... Souvent à des gens qui ne savent même pas écrire !

ANGOISSE ET DESESPOIR
Dans les établissements pénitentiaires, justement, dominent « les tensions, les menaces, les rackets ». Un paradoxe dans des « lieux où la règle est omniprésente, où la puissance publique est sur votre dos 24 heures sur 24, mais où tout peut arriver ». Qui oserait, dans le monde politique actuel, aller aussi loin ? Peu de respnsables, car ce n'est pas porteur pour l'électorat que de prendre la défense de détenus qui « n'ont que ce qu'ils méritent ! »
Jean-Marie Delarue égrène les suicides (115 en 2008), les tentatives, dix fois plus nombreuses (1.200), les automutilations, « jamais décomptées, pas plus que l'angoisse ou le désespoir », qui saisissent les détenus entassés les uns sur les autres. Il y avait au 1er mars, 62.700 détenus pour 52.535 places dans les 200 prisons françaises. « Le surpeuplement, ce n'est pas seulement les matelas par terre », insiste le Contrôleur. C'est aussi « la croissance de la pauvreté », avec des accès aux activités et au travail « chichement mesurés ». C'est encore « la diminution des parloirs avec les familles », et enfin un accès difficile aux soins. Et aussi, les dépôts de tribunaux, les hôpitaux psychiatriques qui manquent de lits et de personnel... Aucun type de structure n'a échappé aux premiers contrôles. Ceux-ci vont s'intensifier, avec un objectif de 150 par an. Ils seront de plus en plus inopinés et le Contrôleur veillera à ce que soit préservée la sécurité des personnes qui se confient à lui.
C'est un révolutionnaire que ce fonctionnaire, dont on devrait sans doute ne pas prévoir le remplacement quand il partira à la retraite. Les droits des prisonniers ne sont envisageables que quand ils ne mettent pas en évidence les carences du système. Les surveillants se plaignent : c'est entendu. Les prisonniers eux, ne sont que des exclus devant expier leurs fautes. Pour le reste, leur sort est lié à notre conception d'une société juste et équitable.
Pour la CGT-Pénitentiaire, « ce nouveau rapport révèle bien les problématiques récurrentes liées au système pénitentiaire ». Le syndicat « ose espérer qu'il sensibilisera enfin les 'hautes sphères politiques' à la précarité extrême des conditions de détention. En effet, les gouvernements multiplient les lois répressives depuis de nombreuses années. Aussi, le tout carcéral en est l'accablant résultat », dénonce la CGT, mais c'est une vision corporatiste, expliquera le gouvernement, alors qu'elle n'est que le reflet d'un constat. Il reste à savoir ce que deviendra le rapport !

LE SUICIDE OMNIPRESENT
Le docteur Louis Albrand est, lui aussi, très remonté. Président de la commission sur la prévention du suicide en milieu carcéral, il a considéré que le rapport qu'il avait remis a été « modifié » par l'administration pénitentiaire. Depuis le début de l'année 2009, on déplore environ un mort par jour dans les prisons françaises. « Ce rapport est modifié, ce n'est pas le rapport de la commission Albrand ». Le Dr Albrand a déclaré qu'il ne rendra pas son rapport définitif, et qu'il n'assistera pas au déjeuner de travail prévu. Car selon lui, le texte présenté officiellement hier ne correspond pas aux conclusions du texte préparatoire qu'il a remis en décembre 2008. « Aucune des recommandations de mon pré-rapport n'ont été mises en œuvre après trois mois », estime-t-il. Il est temps maintenant que les politiques prennent leurs responsabilités et s'engagent, déclare-t-il encore.
L'administration pénitentiaire, avec laquelle les relations ont été distantes pendant la durée de son enquête, aurait édulcoré sa vingtaine de propositions, histoire de ne pas remettre en cause la surpopulation carcérale -62700 détenus pour environ 51000 places - qui, selon lui, est « venue aggraver les conditions de détention et contrarier les mesures de prévention ».
Ces propositions portent essentiellement sur la formation. Il s'agit pour le médecin d'améliorer ce volet. Deux tiers du personnel pénitentiaire doivent en bénéficier, ainsi que les travailleurs sociaux, le personnel médical, et même les codétenus. Il regrette notamment que « certaines préconisations, comme la durée du mitard, ne se retrouvent » plus dans le rapport final. L'Observatoire International des Prisons (OIP) rapporte qu'en France, depuis le 1er janvier 2009, sur les 38 suicides recensés dans les prisons, « huit d'entre eux sont survenus au quartier disciplinaire, soit une proportion de 21 % ». L'OIP exige « la constitution d'une commission d'enquête indépendante placée sous l'égide du contrôleur général des lieux de privation de liberté ». Sur son site, l'organisation constate une hausse de 31% des suicides de prisonniers en 2009 par rapport à l'an passé. Elle rappelle que l'année 2008 s'est terminée avec une augmentation de 20 % des suicides (115) par rapport à l'année 2007 (96). Le psychiatre Jean-Louis Terra avait produit, il y a cinq ans, un rapport qui avait permis une baisse notable du taux des suicides (de 21 pour 10 000 détenus en 2002 à 17 en 2008). Aujourd'hui encore, la France est, en Europe, un des pays les moins bien classés dans ce domaine.
Le Dr Albrand préconisait, afin de détecter le risque suicidaire, d'associer les proches du détenu, ainsi que d'autres acteurs du monde pénitentiaire, comme les aumôniers ou les enseignants. Il est indispensable que la prison transforme positivement les relations entre le personnel et les familles... Cause toujours!
Deux rapports aussi sévères, en quelques semaines, devraient interpeler les citoyens et mettre en évidence le décalage incroyable existant entre l'arrogance de la France en matière de Droits de l'Homme et les réalités sur son territoire. Il est vrai que si on réalisait un sondage, le sort des prisonniers ne paraitrait vraiment pas la priorité actuelle des Français. C'est là que se révèlent au grand jour les limites du principe voulant que la gouvernance doive nécessairement s'appuyer sur l'opinion dominante.
Mais je déblogue...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
commenter cet article

commentaires

PIETRI Annie 09/04/2009 21:22

Il est réconfortant de constater que des hauts fonctionnaires, des magistrats, des médecins, sont, malgré le contexte politique défavorable pour les idées qu'ils défendent, capables de tourner le dos à la pensée dominante  et à la langue de bois. Il est réconfortant qu'il y ait encore des femmes et des hommes qui "pensent", sans se référer nécessairement à l'avis du plus grand nombre, et qui mettent au-dessus de tout la dignité humaine, et le respect des principes de 1789, qui sont le fondement de notre démocratie. Il me semble que nous devons trouver là des raisons d'espérer dans des jours meilleurs pour les Droits de l'Homme dans notre pays.Dans sa chronique du 4 avril, intitulée " Des femmes en première ligne", Jean-Marie Darmian attirait déjà notre attention sur le courage d'une femme, Madame Catherine de Salins, rapporteur public au Conseil d'Etat, qui avait osé considérer que les prises de parole du président de la république devaient être décomptées comme temps de parole à inclure dans celui imparti à la majorité. Sa position, strictement conforme au droit et à l'équité, n'était pas de nature à plaire à nos gouvernants actuels, président en tête.... Et pourtant, le Conseil d'Etat a tranché aujourd'hui, et lui a donné raison....comme quoi, de hauts , de très hauts fonctionnaires gardent encore leur indépendance d'esprit et leurs facultés d'analyse objective, même lorsqu'ils émettent des avis contraires à ceux de notre guide suprême. Cela devrait encourager beaucoup de ceux qui hésitent encore à se faire entendre haut et fort. 

DURAND Gérard 09/04/2009 08:06

N'oublions pas que nous pouvons être directectement concernés, malheureusement, cela n'arrive pas qu'aux autres !