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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 07:17

Alors que débute la campagne pour les élections européennes, il devient extrêmement difficile de défendre la vision d'un échelon international, apparaissant toujours dans le dialogue social français comme l'empêcheur de tourner en rond. Pas un jour sans que l'Europe actuelle, territoire sur lequel doit jouer une concurrence libre, exacerbée au nom des vertus supposées égalitaires de la loi du marché, apparaisse comme « dangereuse ». Il n'y a aucune valeur ajoutée dans les décisions venues, non pas du Parlement européen, mais de la commission et de ses affidés. Cette perception d'une instance ne rendant absolument pas compte de décisions apparemment techniques va lourdement peser sur la prochaine échéance électorale. Il faut craindre que le vote de rejet du fameux traité constitutionnel s'amplifie, tellement les aspects démocratiques et solidaires ont été absents de toutes les prescriptions émanant de Bruxelles. Mieux, durant la crise et malgré l'agitation sarkozyste reposant sur une « guerre des images », il a fallu constater que les égoïsmes nationaux prenaient souvent le pas sur la volonté d'une réponse massive et coordonnée aux exigences du temps présent.
Tous les milieux professionnels sont impactés par des textes qui instaurent des contraintes nouvelles ou au contraire détruisent des principes spécifiques à chaque nation. Comme en plus, ces prises de position touchent le plus souvent des secteurs en difficulté, l'Europe est devenue l'exutoire de toutes les contestations. D'ailleurs, le gouvernement utilise à son profit cette tendance, en promettant sur le terrain ou dans les négociations des aides, des soutiens, des aménagements, en sachant fort bien qu'ils seront refusés par les commissaires européens. Les meilleurs exemples sont ceux de la réduction de la TVA sur la restauration, ou la Politique Agricole Commune, la disparition de la notion de services publics, la désagrégation des droits sociaux nationaux, l'absence de défense commune... La seule véritable constante politique reste la libéralisation outrancière, via des règlements qui obligent à, justement, ne plus protéger des spécificités ancrées dans les cultures nationales.
Il suffit de se référer à la dernière mesure publiée depuis Bruxelles et qui concerne le vin rosé ! Un épiphénomène à l'échelle européenne, mais la révélation d'une méthode dangereuse pour des pans entiers des économies installées sur les traditions. Dans le cadre européen de la politique agricole commune (PAC), la filière vin fait en effet l'objet d'une organisation commune de marché (OCM vin). Toutes les règles sont négociées par les États membres au niveau bruxellois. Une partie de la nouvelle OCM, actée fin 2007, est rentrée en application l'an dernier, le solde étant prévu pour le 1er août prochain. Avec deux gros morceaux : l'étiquetage et les pratiques œnologiques. C'est évidemment très mince à l'échelle des pays membres, car tous ne sont pas d'abord producteurs de vins, et l'impact économique reste très réduit pour leur très grande majorité.
L'aspect "pratique oenologique" comprend de multiples volets : utilisation des copeaux de chêne, édulcoration, désalcoolisation, limites de sulfitage, vins expérimentaux... et coupage pour obtenir du rosé. Il faut expliquer que le Ministère français de l'Agriculture a été beaucoup plus préoccupé par l'avenir des aides aux céréaliers de l'Ile de France (cherchez pourquoi Barnier était passionné par ce sujet !) que par le rosé !

PRATIQUE COURANTE
À ce jour, les états membres peuvent concevoir du rosé en mélangeant du vin blanc et du rouge, dès qu'il s'agit de vins d'appellation. En revanche, la pratique est interdite pour les vins de table, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas d'encrage local valorisant (AOC...). En clair, des vins moins contraignants à produire et globalement meilleur marché pour le client, et donc, en période de crise, les plus aisément vendables.
Un paradoxe qui ne s'explique pas du tout pour des raisons qualitatives - ce n'est pas ici le sujet - mais pour des raisons réglementaires. En effet, les vins de table ayant bénéficié pendant longtemps d'aides européennes variables en fonction de la couleur rouge ou blanche du produit, la conception de rosé en les mélangeant, a été interdite, essentiellement pour éviter les risques de fraudes. On peut, en effet gagner, en jouant sur les dosages et en écoulant des stocks invendables autrement.
Donc, logiquement, ces aides disparaissant avec la nouvelle OCM, aucune raison de maintenir cette interdiction, alors que partout dans le monde, la pratique est courante. Voilà comment le paquet des pratiques œnologiques, où d'autres réformes étaient bien plus stratégiques pour la France, se retrouve presque acté en décembre, après des mois de négociations... et que le vin rosé surgit dans le débat, alors qu'il n'est qu'un paragraphe d'un accord global beaucoup plus inquiétant. Cette décision anodine met en cause l'image globale d'un produit dans lequel plus personne n'aura véritablement confiance, et c'est de là que vient la contestation, partie de Provence, et étendue désormais à toute la profession française.
Qu'on le veuille ou non il y aura deux conceptions du produit : le « bon » rosé, élaboré par pressurage direct de raisin rouge ou par saignée (toujours de raisin rouge) ; bichonné et donc « vrai » vin, comme de tradition dans l'Hexagone. En face, le bas de gamme de « coupage », qui pourrait être appelé par un technicien « assemblage » pour rendre l'opération plus acceptable par les professionnels. L'enjeu est économique avant tout, et non pas œnologique.

MEDIOCRITE VALORISEE
Pendant longtemps, le rosé a été, en effet, une affaire purement franco-française. Même les pays limitrophes n'en voulaient pas, tant son image était celle d'un vin médiocre, une sorte de poubelle de la cave, un sous-produit de vignerons ayant manqué leur vinification, une survivance de goûts d'antan pour ce qu'à Bordeaux, dans les campagnes, on appelait la « piquette » (c'est désormais interdit !). Sans que personne ne s'en rende compte vraiment, la part du rosé a commencé à croître en France dès les années 80 avec un changement de la consommation vers des produits festifs moins chers, et plus agréables en période estivale. Cette croissance était passée inaperçue car, comme il n'existe pas de définition légale d'un vin rosé, rouges et rosés cohabitaient dans les statistiques. Par contre, sur les propriétés, malgré la complexité de la production on avait bien senti que le créneau était porteur. Aujourd'hui, le rosé représente 24 % de la consommation française, il croît à raison de 2 % par an, il s'est diffusé depuis une dizaine d'années dans les pays voisins et même dans le monde entier.
Les Etats-Unis, l'Australie ou l'Afrique du Sud n'hésitent pas à recourir au dosage savant pour faire du rosé démocratique avec des reliquats de récolte non écoulés. C'est d'ailleurs pour permettre aux Européens de jouer à jeu égal que Bruxelles veut actualiser les pratiques œnologiques du continent. Fin janvier, lors d'un vote indicatif, le projet est passé haut la main au sein du... Comité de gestion des vins où sont représentés les Etats membres. Le vote définitif aura lieu le 27 avril prochain, mais il y a fort à parier que la France sera isolée et mise en minorité. Pour le premier producteur mondial de rosé, c'est un coup dur. « Le vin rosé ce n'est pas qu'une couleur, c'est un procédé de fabrication qui lui donne un goût spécifique », rappelle la Confédération des coopératives viticoles. Et d'ajouter : « Economiquement, c'est un marché porteur, ce serait dommage de le casser avec des quantités trop importantes et à bas prix .» Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, vient d'envoyer une lettre à la commissaire en charge de l'Agriculture... pour sauver les apparences, avant les élections européennes, car le combat est perdu d'avance.

LES SPECIFICITES OUBLIEES
Il restera en Bordelais un cas spécifique, celui du Clairet ! En janvier 1949, étant donné la mévente des vins, une vingtaine de propriétaires viticulteurs avait constaté combien était apprécié par les consommateurs parisiens, après les sévères restrictions subies pendant l'occupation, un vin de primeur servi à la mi-novembre dans les bistrots, cafés et restaurants de la capitale : le beaujolais nouveau. Une cave coopérative a donc mis sur le marché, outre le vin rouge traditionnel, un vin jeune et gouleyant, assez rapidement consommable.
C'est dès les vendanges de 1950 que le Clairet apparut : l'appellation "Bordeaux Clairet " a été créée par le décret du 21 janvier 1950, modifié ensuite par le décret du 1er septembre 1977. Le Clairet n'est pas un véritable rosé, mais un rouge très peu coloré, peu chargé en tanins, souple, fruité, pouvant être consommé jeune et froid. Il est obtenu avec des raisins bien mûrs, de Merlot principalement, après une macération de 24 à 36 heures. La durée de macération est fonction de la coloration des baies, et il est toujours très délicat de saisir la couleur recherchée car elle évolue par la suite. Il s'agit donc d'un produit élaboré, soigné, préparé comme le fait, dans le canton de Créon, la cave coopérative du petit village de Quinsac depuis plus de 50 ans. Dès les premières années, le Clairet fut un succès, c'est ainsi que la production déclarée dépassait en moyenne 1900 hectolitres par an entre les années 1951 et 1960 et représentait plus du quart de la production de la Cave.
L'Europe est incapable de prendre en compte ces spécificités véritablement culturelles. Elle se préoccupe de masses globales et d'équilibres concurrentiels mondiaux. Elle oublie de plus en plus les identités et donc se coupe des individus. Un rouleau compresseur écrase les particularismes, pour des raisons strictement économiques. Ce constat sera fait par les électrices et les électeurs qui plutôt que de choisir du « rosé » pâle et savamment dosé, se rabattront, c'est certain, sur du « rouge » parfaitement identifié. C'est probablement l'émergence d'une nouvelle donne, car elle prouvera que les Françaises et les Français préfèrent les appellations d'origine contrôlée, alors que l'Europe ne souhaite que des produits standardisés et aseptisés qui, selon elle, contribueront plus facilement à l'équilibre économique. Le Clairet n'a plus de beaux jours devant lui.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

schmitthaeusler 26/05/2009 14:36

Pourquoi n'a-t-on pas proposé à la commission européenne de donner une appellation différente de celle de "rosé" aux coupages qu'ells se proopose d'autoriser?On aurait pu  mettre en place des'Rosy, Rosié,Rosacé ,Rosité etc" comme cette mêmecommission l'avait imposé aux viticulteurs alsaciens en leur faisant interdire l'utilisation de l'appellation "Tokay d'Alsace" pour ne pas concurrencer le Tokaj hongrois!et ils ont été obligés de mettre à la place 'Pinot Gris' ,ce qui est plus banal,moins vendeur et plus triste que "Tokay".

Gilbert SOULET 12/04/2009 19:57

Oh que non, tu ne déblogues pas cher Jean-Marie.Ta profession de foi est admirable; In vino véritas!Mais il en est de même avec toutes les attaques frontales aux Services Publics mis en coupe réglée.Je suis un fils et petit fils de viticulteurs de l'Hérault, entré à la SNCF à Béziers et ayant fini carrière à Marseille. Alors je connais nos rosés languedociens et ceux de Provence et les bagarres de nos vignerons de Trèbes et de Narbonne; Mais plus encore la déliquescence de notre ex-fleuron ferroviaire de par la volonté de nos Gouvernants et de l'Union Européenne.Aussi, comme en mai 2005 j'avais fait campagne pour le NON au TCE, et qu'au printemps 2008, j'ai pris la précaution de donner mon point de vue militant du PS aux autorités du PS 84 et des Grands élus sur le Traité de Lisbonne, son cousin Germain, je choisirai une autre liste plus en conformité avec mes convictions.Très amicalement, Gilbert de Pertuis en Luberon.