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Texte Libre

LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 07:17

L'exagération devient l'ennemie la plus terrible du bien. En effet, tous les principes apparemment valables peuvent sombrer quand ils sont mis en œuvre imbécilement. On en arrive à l'absurdité absolue, au prétexte qu'il faut être intransigeant sur des règles édictées en faveur de l'intérêt général. Peu de monde songerait, par exemple à critiquer les décisions prises contre l'usage du tabac ou celui de l'alcool. Et pourtant, il devient préoccupant de constater la manière dont on arrive au ridicule absolu en matière d'interdictions diverses, comme si une chape prohibitionniste s'abattait sur une société obsédée par le risque zéro. Ainsi, on en arrive à interdire dans le métro parisien des publicités pour des films, au seul prétexte que les photos montrent une actrice, un metteur en scène ou un artiste, cigarette ou pipe aux lèvres. Il faut truquer les clichés afin que les annonces soient « sociétalement correctes » ! Dure réalité dans un monde libéral considérant que l'influence de la pub sur les esprits est nettement supérieure à la réflexion ou la raison individuelle.
La semaine dernière, la régie publicitaire de la RATP avait déjà suscité l'étonnement en modifiant l'affiche d'une exposition consacré à Jacques Tati. Dans le métro parisien, la pipe du personnage de Monsieur Hulot avait été grimée en un ridicule moulin-à-vent au nom de la loi Evin contre le tabagisme, comme si ce malheureux pouvait avoir une influence néfaste sur les voyageurs pressés, accablés de panneaux publicitaires bien plus accrocheurs. Jacques Tati présenté comme un dangereux malfaiteur, sur lequel on aurait pu ajouter un autocollant avec « fumer tue ! » a dû se retourner dans sa tombe, car il adorait l'absurdité des situations. C'est dramatique, car on en arrive à une forme de perversion des réglementations en vigueur.
En effet, c'est une véritable tromperie que celle qui consiste à massacrer inutilement une photographie authentique d'une personne qui a existé bien avant la loi... Evin ! La bêtise devient le mal principal d'un monde qui se réfugie dans la futilité des apparences, pour refuser de se prononcer sur des dérives pourtant beaucoup plus dramatiques. Un homme avec une Kalachnikov à la main est beaucoup moins dangereux pour des esprits faibles qu'un Jacques Tati tirant sur sa bouffarde... Le premier pourra déferler dans le métro, le second sera transformé en clown ridicule !

COCO AU PLACARD
Et comme si cette situation ne suffisait pas, les responsables de cet étalage souvent dévastateur de pubs avec des femmes dénudées, des enfants consommateurs outranciers, des nourritures n'ayant plus rien de terrestres, ne se sont pas arrêtés en si bon chemin. « La cigarette de Coco Chanel a été refusée par Métrobus, la régie publicitaire de la RATP, alors que pour tous les autres afficheurs, elle ne posait aucun problème », a déclaré hier le directeur général adjoint de Warner France, qui a produit le film d'Anne Fontaine. Certes, mais la RATP applique la loi, toute la loi, rien que la loi. La régie publicitaire de la RATP s'en tient à l'application de la loi Evin, qui interdit toute publicité directe, mais aussi indirecte, pour le tabac. En fait, c'est le distributeur de Coco qui a méconnu la loi en proposant des affiches non conformes à la règlementation... Dramatique d'en être arrivé à pareille extrémité.
Tenez, il faut envoyer au pilon toutes les pochettes des disques de Gainsboug dans des volutes de fumée, et interdire d'antenne sa célèbre chanson débutant par « Dieu est un fumeur de Havane », au pilon aussi les clichés de Prévert, et le tableau de Van Gogh avec une pipe, et Maigret doit bien évidemment être interdit d'antenne... Dès qu'ils ont eu connaissance de la suppression de la pipe de Jacques Tati, les esprits se sont réveillés. La Cinémathèque a qualifié d'"incident burlesque" dans "l'esprit de Jacques Tati"  la décision prise par Metrobus, s'indignant du zèle dont feraient preuve, selon elle, les fonctionnaires lorsqu'ils appliquent les textes. Il est vrai que nous vivons des temps où la loi s'accommode au gré des fortunes des uns ou de autres. Le véritable scandale, c'est le mauvais goût le plus total avec lequel on a osé coller un moulin à vent jaune sur une photo célèbre du cinéaste et acteur Jacques Tati. La pâleur des couleurs de ladite photo  fait ressortir encore davantage le jaune de l'objet importun.

UNE IDIOTIE LEGISLATIVE
L'affaire va loin : l'Observatoire de la liberté de création de la Ligue des droits de l'Homme (LDH) a lancé une pétition en ligne pour le retrait de "la ridicule hélice jaune qui masque" la pipe de Monsieur Hulot, héros des films de Tati. Pour le distributeur de Coco Chanel, pourtant informé de la loi et de l'affaire Tati, la RATP a agi scrupuleusement : "Nous sommes dans des lieux qui sont des services publics, où nous devons respecter la loi. Nous avons donc demandé au distributeur de Coco avant Chanel de nous fournir d'autres visuels, ce qu'il a fait". Ouf ! on aurait mal imaginé Coco Chanel avec un serpentin de réveillon à la bouche. Une dizaine d'épingles de couturières aurait aussi pu faire l'affaire !
La loi Evin est mise en cause, à juste titre, puisqu'elle n'a pas prévu les cas des poses photographiques de personnalités pour lesquelles la cigarette, le cigare ou la pipe, est un accessoire parfois incontournable. C'est la position défendue pour le cas Chanel où la pose naturelle, cigarette à la main, traduirait la forte personnalité et la modernité de Coco Chanel et l'idée de la femme affranchie. Mais la loi n'a pas prévu que les femmes puissent fumer avant la loi sans que ce fût interdit ! Dans un rare éclair de lucidité, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a lancé la semaine dernière : "Ah non, moi, je ne suis pas pour enlever la pipe à Jacques Tati !" Quant à Claude Evin, il jure par tous les saints (...on le donne rejoignant un gouvernement sarkoziste) que sa loi ne dit pas ce qu'il y est écrit. Il a jugé la suppression de la pipe  - "On n'est pas dans cette situation de publicité indirecte, il s'agit d'un patrimoine culturel qui s'inscrit dans notre culture cinématographique" - "ridicule". Pourtant, la loi Evin de 1991 est bien une loi d'une extrême rigueur.
 Les tribunaux l'appliquent d'ailleurs avec sévérité : sanctions lourdes pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement. La jurisprudence est claire : On ne peut représenter une personne avec un produit comme du tabac, pipe, cigarette ou cigare. On comprend dès lors la position prudente de la RATP, qui ménage les deniers du contribuable... qui ne s'aperçoit même plus de la dangerosité de ces manipulations d'images que la loi, par contre, ne condamne pas, puisqu'elle est de plus en plus pratiquée. Jean-Pierre Teyssier, qui préside l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, plaide pour un assouplissement de la loi. "Quand une personne a joué un rôle culturel important, de Gainsbourg à Simenon, que la cigarette ou la pipe est un attribut inséparable de sa personnalité et que l'annonceur est sans rapport avec l'industrie du tabac, il pourrait y avoir une exception", a-t-il dit à l'AFP. On le comprend, mais encore faudrait-il que les députés très trouillards devant les articles de la loi Evin, se mobilisent face à cette initiative dramatiquement idiote !

LE PURITANISME TRIOMPHANT
On a bien vu que leur sensibilité aux lobbies divers n'est pas encore prête à s'estomper. Ils en étaient arrivés à vouloir supprimer les dégustations gratuites de vin dans les foires, les fêtes et les salons, au prétexte que la consommation non payante d'alcool constituait un danger pour la santé. Paradoxalement, la pub pour le Red Bull ou le Coca Cola, boissons éminemment plus dangereuses, ne suscitait pas de prises de position aussi drastiques. La crainte des viticulteurs s'est finalement dissipée : la dégustation, pierre angulaire, de la promotion des vins, continuera. Son interdiction redoutée ne menacera pas les 250 000 emplois d'un secteur qui a produit 43 millions d'hectolitres en 2008.
« La tradition sera donc maintenue, les producteurs sont soulagés », souligne le secrétaire général des vignerons de Bourgogne. « On a mis la pression sur les députés. Apparemment ça a marché !» jubile-t-il. Dommage qu'il ne puisse pas défendre la pipe de Tati et la cigarette élégante de Coco Channel, mais il est vrai que leurs conséquences économiques ne sont pas les mêmes. Le puritanisme prend des formes tellement diverses de par le monde, à cause des percées de la religion, ou de l'obsession santé, que plus rien n'échappe à son influence. Il parait pourtant indispensable que l'on évite les excès de ce type, car nous finirons par ne plus laisser aucune place à l'Histoire, à la création ou à... la liberté simple d'appréciation.
Cette peur de la «prohibition» a-t-elle été attisée par les grands groupes alcooliers pour provoquer un rejet en bloc de la loi avec, en toile de fond, une préoccupation : en France, la consommation de vin par habitant chute. Selon le syndicat Viniflhor, elle serait passée de 76,9 litres par an et par habitant en 1990 à 63,4 litres actuellement. Il est vrai que le film a réalisé un excellent score hier lors de son apparition sur les écrans parisiens. La preuve que l'absence de cigarette n'a pas empêché les cinéphiles de se précipiter, et qu'en revanche elle n'a probablement pas incité beaucoup de monde à aller quérir un paquet pour débuter dans le tabagisme.
En fait, on ne sait plus très bien quel est l'impact réel des lois. Est-ce l'interdiction de la pub qui a fait baisser la consommation, ou plus sûrement le prix des paquets de cigarettes, ou l'affichage des « cancers » potentiels ? Nul ne le sait véritablement, et surtout, il faudrait bel et bien effectuer un tri plus ...sélectif, dans l'ensemble du délire publicitaire, car il y a d'autres images plus dangereuses que Tati en noir et blanc avec sa pipe ou Audrey Tautou avec une clope sur une affiche très surannée !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

PIETRI+Annie 24/04/2009 23:44

Ne dit-on pas que trop de lois tuent La Loi? Et on peut ajouter que le ridicule ne tue pas...sinon, notre monde serait jonché de cadavres ! Remplacer la pipe qui ne quittait pas les lèvres de ce brave Mr Hulot, dont les mésaventures ont charmé tous les jeunes de ma génération, par un jouet d'enfant, un ridicule moulin à vent, jaune de surcroît, il fallait quand même le faire...et ils l'ont fait.Les responsables de cette campagne de publicité ont perdu tout sens de la mesure, tout sens de l'humour, en faisant une application étroite et bornée des termes de la loi Evin, très éloignée des objectifs qu'elle poursuivait....Et Coco Chanel sans sa cigarette, ce ne serait plus Coco Chanel, elle qui est un des exemples les plus triomphants de la lutte pour l'émancipation de la femme!Tout cela est profondément ridicule et dérisoire. Et profondément attristant ! On nous prépare, et on prépare pour les générations futures, un monde policé, uniformisé, sans fantaisie.Que la vie va être triste!

école de communication et publicité rouen 24/04/2009 21:38

Très sympa votre blog!! =)