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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 07:17
Le système médiatique, reposant sur la capture des auditoires ou des lectorats par la seule vertu du « sensationnel » plus ou moins établi, connaît actuellement une mutation profonde. Face à l'omniprésence massive de certains, on assiste à la disparition progressive d'autres. Ces deux mouvements renforçant les extrêmes conduisent à jeter un discrédit croissant sur le rôle des journalistes dans la société. Ils ne maîtrisent plus du tout les entreprises dans lesquelles ils travaillent, puisqu'elles sont devenues des pompes à fric ou des gouffres, sans cesse remblayés par de généreux donateurs, désireux de s'en assurer le contrôle. Les rapports avec les pouvoirs ne sont faits que de compromissions reposant sur des notions d'audience, de distribution de publicité, de soutiens matériels divers. L'AFP, qui distribue près de 75 % de ce qui est vu, entendu ou lu dans l'Hexagone a été mise sous tutelle, pour raisons économiques ou politiques, par des déclarations ukases, exprimées au nom de l'UMP et de l'Elysée par Frédéric Lefebvre. Un  fait avait déjà illustré cette mise sous tutelle.
L'affaire de la condamnation de Ségolène Royal pour ses rapports avec ses salariés n'était pas passée, et était restée bloquée en travers de la gorge du chef de l'Etat et des responsables du parti présidentiel : les médias, et en premier lieu l'AFP, avaient censuré leurs commentaires à propos de la condamnation en appel, le 10 avril 2008, de Ségolène Royal à payer des arriérés de salaires à deux anciennes collaboratrices. Devant un parterre de députés UMP, Nicolas Sarkozy avait ainsi, sans ambages et sans nuances, vertement critiqué l'AFP, l'Express et le Parisien pour ne pas avoir suffisamment relayé cette information. Ancien proche conseiller de Nicolas Sarkozy et porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre avait été particulièrement remonté contre l'agence de presse. Il l'accusait d'avoir à quatre reprises "censuré" des... communiqués ou des commentaires de son parti à propos de cette affaire. Le 1er mai dernier, il s'est même fendu d'une lettre ouverte comminatoire au PDG de l'AFP. Elle a été efficace, puisque désormais, Frédéric Lefebvre apparait absolument sur tous les sujets : il n'y a plus un seul de ses communiqués qui ne soit relayé nationalement par l'AFP. L'omniprésence est un choix de communication de l'Elysée, qui essaie avec des proches d'occuper l'essentiel du champ quotidien.
Hier soir, par exemple, lors de la finale de la Coupe de France de football, on a assisté à la caricature de ce dévouement médiatique vis-à-vis des conceptions présidentielles pour ce qui conbcerne leur rôle. La complicité de France Télévisions était caricaturale, puisque avant même que roule le ballon du match, les millions de téléspectateurs avaient eu droit à un entretien complaisant de haute volée avec... Nicolas Sarkozy qui, on le sait, est spécialiste de tout ! Pourquoi avant la rencontre, alors que parfois ces déclarations avaient lieu à la mi-temps (et pas systématiquement)? Parce que le taux d'audience est, on le sait, plus élevé avant le coup d'envoi ! Mais la télé du service public a encore fait mieux, en ouvrant son antenne à la mi-temps au secrétaire d'Etat à l'Europe, Bruno Lemaire, qui bien évidemment, a lancé devant la France du ballon rond la campagne des Européennes.

LE BALLON ROND S'Y MET
En trois jours, entre les cérémonies du 8 mai, le football, et le voyage en Allemagne... on aura eu, sur un week-end excellent pour la télévision, un véritable matraquage sarkozyste, qui ne peut exister qu'avec la complicité des responsables des rédactions ! Et ça marche, car il n'y a plus aucun garde fou à cette dérive qui échappe aux citoyens n'ayant pas une connaissance réelle des pratiques du monde des médias. Impossible en effet de croire que ce montage a pu être effectué sans que la direction de France Télévisions et l'Elysée aient eu un contact direct. Ce n'est pas ce pauvre Daniel Lauclair, porte-micro consentant, qui a eu ces brillantes idées journalistiques. Il mériterait d'entrer chez les Guignols, ou de passer en boucle sur le zapping de Canal Plus comme exemple d'un cire-pompes présidentiel ayant hérité de l'époque de l'ORTF de Peyrefitte ! Cette retransmission de la finale bretonne de la Coupe de France restera dans les annales du Sarkozysme triomphant. Comme ce n'est qu'un début, on peut s'attendre à mieux et à de performances supérieures dans les mois à venir ! Cette soirée aura juste valeur d'exemple pour toutes les rédactions. Il ne faut pas croire, en effet, que ce comportement est parisien, car la presse régionale se déchaîne aussi pour continuer à exister, transformant en événements exceptionnels des papiers de complaisance permanents.
On en arrive également à une caricature même de l'information avec des articles ou des reportages qui sont visiblement seulement faits pour entretenir la présence médiatique de certains. Facile, si l'on connaît le milieu, de constater par exemple que les déplacements sarkozystes en région Provence Alpes Côte d'Azur ne sont pas les fruits du hasard : Nice, la plage du débarquement dans le Var un 8 mai, alors que sa commémoration a lieu le 15 août, Avignon, et bientôt d'autres exploits... Relayées massivement par Le Provençal, Nice-Matin, France 3 et tout le reste, ces visites aux amis lancent tout simplement la campagne des régionales en PACA, qui reposera sur le résultat des européennes. Personne ne moufte dans les médias...locaux. Au contraire, c'est du pain béni ! Par intérêt ? Par complicité ? Par influence ? Par déférence ? Par absence de volonté de décoder ? Peu importe, la réalité est désolante.

DEVANCER LA DEMANDE
En Gironde, il est également facile de constater que si Alain Juppé ne mange plus de cerises en hiver, il se gave de médias en toute saison. Son livre, qui compile des idées générales que tout le monde, dans tous les camps, défend chaque jour, sert de prétexte à une omniprésence dans le quotidien régional républicain girondin. Le summum a été atteint récemment avec un beau papier expliquant que son bouquin se vend très bien, avec des détails dignes d'un reportage publicitaire pour le compte d'un éditeur... Il est accompagné de multiples autres allusions sur ses signatures, sur son classement au hit parade des ventes, sur le tabac que font ses cerises, alors que l'on sait parfaitement que l'omniprésence médiatique reste le meilleur moyen de vendre des... livres. Dommage pour tous les autres auteurs qui, eux, sont soupçonnés de vouloir se mettre en avant lorsqu'ils proposent un ouvrage du même type !
Alain Juppé est revenu en politique; il a fait oublier ses échecs pourtant énormes en Gironde (une seule victoire électorale depuis son arrivée dans le département : les municipales de 2008) grâce à cette pression indirecte exercée par les médias dominants. Pas une seule semaine sans que deux ou trois papiers soient librement consentis à cette personnalité, qui ne fait pas vendre un seul journal de plus dans un département qui vote à gauche. Un jour, on annonce qu'il va au gouvernement ? Le lendemain on assure qu'il n'y ira pas ? Un jour il est sarkozyste. Le lendemain il n'est plus Sarkozyste. Un jour il fait du vélo. Le lendemain il défend le grand contournement routier. Un jour il va placer une de ses protégées aux Européennes en rang éligible. Quelques jours plus tard un autre papier annonce que ce ne sera plus la cas, mais que c'est dans le fond une victoire. Jamais le moindre répit. Un mitraillage permanent. Mais ainsi, comme l'affirmait récemment un responsable de la rédaction du quotidien : « la différence entre Juppé et les socialistes girondins, c'est que lui ne nous demande jamais rien et qu'il est toujours satisfait de ce que nous faisons ». C'est désormais la règle fondamentale dans les médias  : devancer les désirs de ceux qui détiennent le pouvoir, pour espérer ne pas se faire tancer ou être privé des subsides économiques dont on a absolument besoin !

LE SILENCE DERANGE
Mieux : des journalistes émérites girondins s'extasient dès qu'un Ump éternue sur son blog, mais ils s'extasient encore plus quand il n'a rien à dire ! C'est-à-dire qu'un journal de référence arrive à faire du silence et du refus de critiquer une... indiscrétion de qualité!  Regardez nationalement comment est décodé le fonctionnement du PS, et vous constaterez que cette pratique ne cesse de s'amplifier. Ne pas « tailler » ses amis, refuser de participer au lynchage collectif contre les positions socialistes, ne plus accepter la disparition progressive de la liberté fondamentale de la presse, c'est se condamner à être mis au ban médiatique ! Au niveau national, on pratique donc la même technique. Se taire devient un événement dans ce monde où tout est fait pour exister par des déclarations plus ou moins provocatrices, approximatives, personnalisées ou dénuées de tout fond politique (au sens noble du mot). Le pire, c'est que pour beaucoup, la résignation gagne du terrain, et qu'il faut accepter le sort médiatique qui vous est fait, ne plus exister pour ne pas prendre des coups répétés sur la tête. On arrive au vide, car plus personne n'ose dénoncer ces pratiques constantes, et surtout ne veut défier un système qui, s'il a le pouvoir de vous valoriser, peut encore plus facilement vous détruire.
Mais attention, si ça arrange le camp adverse, les spécialistes se chargent, avec la complicité du réseau qu'ils entretiennent, de vous faire la pub nécessaire pour vous mettre en valeur. C'est ainsi que Dieudonné a remercié, vendredi, la majorité d'avoir évoqué une éventuelle interdiction de sa liste « antisioniste » aux élections européennes, ce qui, selon l'humoriste, a eu pour effet de le placer « au cœur du débat ». Lors d'une conférence de presse pour présenter ses colistiers pour le scrutin du 7 juin, Dieudonné a salué son « attaché de presse » en la personne de Claude Guéant. Le secrétaire général de l'Elysée a été le premier, dimanche dernier, à évoquer cette interdiction, accusant Dieudonné de faire « profession de foi exclusive d'antisémitisme ». Sa campagne a été lancée par une seule phrase du porte parole de l'Elysée, abondamment ressassée médiatiquement. Cherchez l'erreur !
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

damien33 10/05/2009 11:37

rien à dire d'autre que tristement impeccable cet article!....