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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 07:17
S'il est un principe économique d'actualité, c'est celui de « la variable d'ajustement ». On explique parfois cette attitude par une autre expression : « adaptation aux contraintes du marché ». Le résultat est le même, et se traduit généralement par une certitude, celle de la fin des emplois. Plus que jamais, pour maintenir les profits, et pire, pour les améliorer, on taille dans l'Humain. Il est certain que si, lors des fermetures d'entreprises,  on multipliait les audits financiers indépendants, on aurait une tout autre approche des plans sociaux consistant à faire payer par la collectivité les conséquences de décisions purement financières. Ce dispositif devrait être obligatoire et devenir décisif lors des licenciements collectifs.
Par exemple, l'usine Molex, qui doit fermer à Villemur-sur-Tarn, près de Toulouse, est économiquement viable, selon le rapport du cabinet d'expertise comptable SYNDEX, qui a été dévoilé hier par le comité d'entreprise.
« Les analyses du cabinet Syndex montrent qu'avec un chiffre d'affaires annuel de 32 millions d'euros (contre 42 en 2008) les performances industrielles du site permettent d'assurer l'équilibre économique et le maintien de 260 emplois sur les 282 actuels », dit le communiqué du CE de Molex. Depuis la fin 2006 et jusqu'en février 2009, le rapport montre, chiffres à l'appui, que « l'usine de Villemur a généré le plus fort taux de résultats parmi l'ensemble des sites de la division auto de Molex » preuve manifeste de la bonne santé de l'entreprise...Et comment peut-on expliquer qu'elle ferme, autrement  que par une volonté de transférer vers d'autres cieux les technologies que ce site possède, et qui le rendent incontournable ?
On apprend même, dans le rapport, que les sites de Kosice en Slovaquie et de Villemur, sont les plus rentables de la division automobile de l'entreprise, ce qui tend à démontrer que les délocalisations, lorsqu'elles sont examinées à la loupe, ne reposent que sur le souci de se délier de contraintes sociales. La plupart des déficits sont en fait enregistrés aux Etats-Unis, et donc, le sauvetage de ces usines américaines passe par la fermeture des autres, au nom du patriotisme capitaliste américain.
D'après le CE, la crise économique actuelle pourrait réduire les résultats de 10 à 15% au maximum. La direction de Molex dénonce, pour sa part, la non-prise en compte du « contexte de crise économique grave » par le rapport. Elle estime que pour atteindre les objectifs présentés par celui-ci « il faudrait une progression de la marge brute de 150% sur 3 ans (...). Or à ce jour le site de Villemur-sur-Tarn enregistre une perte de 3,5 millions d'euros sur les 9 derniers mois. » Il faut bien avouer que cette perte n'est jamais rapprochée des... bénéfices antérieurs ! En effet, il faudrait absolument repositionner la situation actuelle dans le contexte global de la société propriétaire.

ATTENTE INUTILE
Le secrétaire du CE, s'est réjouit de ce rapport qui conforte l'ensemble des salariés. Il ajoute que les « raisons invoquées pour la fermeture » ont été « démontées une par une ». Le délégué syndical attend que la direction reconnaisse « que cela fait partie d'une stratégie » et qu'elle ne prétende pas que « c'est une question de viabilité économique ». Selon le rapport, 48% de la production de Molex (connectique) arrive dans les usines de PSA (Peugeot-Citroën) et 20% chez Renault. Ce sont eux, les véritables patrons de la boîte, car ils imposent probablement des prix de fournitures les plus bas, et ne jouent absolument pas la solidarité dans le cadre de la crise. Les patrons financiers de Molex se contentent donc de prospectives, mais surtout en oubliant que derrière leurs chiffres, il y a des femmes et des hommes. Ces derniers espèrent que l'Etat fera pression sur les constructeurs français pour sauver leur usine... Mais compte tenu des conceptions ultra libérales actuelles, on sait que tout se résumera à des déclarations de principe, aussi fiables que celles faites à Gandrange vis-à-vis des sidérurgistes d'Arcelor Mittal.
Les salariés de Molex s'étaient fait remarquer le mois dernier en séquestrant pendant 24 heures deux dirigeants de leur entreprise. Ils souhaitaient protester contre la fermeture de leur usine, mais aussi contre la décision de créer une usine identique aux Etats-Unis sans que le CE en ait été informé. La justice doit se prononcer sur un éventuel « délit d'entrave » au CE le 19 mai... mais le mal est fait et on ne verra jamais les responsables de ces choix revenir en arrière. Pour eux, un seul mot à de la valeur : profit. Les seuls destinataires de leurs attentions, ce sont les actionnaires, puisque pour arriver à fermer Villemur, ils mettent eux-mêmes en péril la structure pourtant fiable qu'ils devraient au contraire valoriser.
Cette situation est extrêmement révélatrice de ce que la crise génère comme actions plus ou moins bien montées. Quand les leaders de l'UMP avouent qu'elle représente une « chance » pour l'économie, il faut absolument prendre leurs propos au premier degré. Les stratégies financières, qui permettent de récupérer les pertes boursières par le désengagement de l'industrie productive, constituent en effet bel et bien une opportunité masquée pour un certain nombre de décideurs. Elles permettent, de manière purement conjoncturelle, de « rentabiliser » au maximum les placements antérieurs, en réduisant les coûts par ce que l'on appelle une « variable d'ajustement ». Toujours la même : les salariés ou les salaires !

VERS LE SACRIFICE
Le loueur de voitures Hertz a demandé, par exemple, à ses cadres de renoncer à 5 % de leur salaire brut pendant trois mois dans le cadre d'un « effort de solidarité » pour « préserver au maximum les emplois » dans le contexte de crise. Confirmant une information révélée par le quotidien Libération , le délégué central CGT a indiqué jeudi que cette mesure avait été demandée à environ 150 personnes, et que 67 % d'entre elles auraient accepté. « Celles qui ont dit oui l'ont fait par peur de représailles, celles qui ont dit non sont surtout en région, plus loin de la pression du siège », a commenté le syndicaliste. Dans son édition de jeudi, Libération reproduit la lettre envoyée aux cadres, dans laquelle Hertz précise que la réduction sera effectuée « en pourcentage (du salaire brut) et en fonction du statut (5 ou 7,5 %, ndlr), pour une période de trois mois, soit du 1er avril 2009 jusqu'au 30 juin 2009, et sur la base du volontariat ». De son côté, la direction de Hertz a indiqué « ne pas avoir de commentaire à faire sur la politique salariale de l'entreprise ». La direction de Hertz, détenue par un groupe de trois fonds d'investissement... américains, a annoncé en janvier la suppression de 4.000 postes au niveau mondial. En France, des départs ne seraient pas remplacés.
Interpellé sur Europe 1, Laurent Wauquiez demande à voir, et se dit opposé à « du chantage dans cette période », mais n'a proposé aucune solution pour l'éviter. Et si un audit financier indépendant analysait la situation (une cour des comptes des entreprises qui vérifierait les raisons des mesures sociales prises ) ? Si c'est la même méthode que celle prônée par Renault, qui a dit à ses cadres "faites un effort sur vos congés, les ouvriers font un effort sur les congés et on ne licencie personne, c'est positif" , considère le secrétaire d'État à l'Emploi. Pour cinq jours de chômage partiel, les cadres et ingénieurs du constructeur automobile renoncent à une journée de RTT, ce qui vient alimenter le fonds d'indemnisation du chômage partiel interne à Renault. Encore une fois, les efforts sont demandés toujours aux mêmes, car ce sont eux qui ne pèsent jamais sur les décision prises par les conseils d'administration.

CA NE CADRE PLUS !
Le monde politique ne réagit pas. La gauche y voit une affaire de « privilégiés » alors qu'explosent les suppressions d'emploi (- 138 000 au premier trimestre, autant que sur toute l'année 2008). Mais la majorité ne mesure pas plus l'onde de choc de cette information. Le gouvernement en est encore à se demander quelle est la suite à donner au très mesuré rapport Cotis sur le partage des profits...alors que c'est essentiellement sa « clientèle » qui est concernée. Sarkozy l'a bien compris, puisqu'il tente de la satisfaire par de multiples rencontres avec ses « adhérents » ou ses « fans ». Pourtant, ce mouvement peut provoquer une forte secousse politique qui profitera à Bayrou. Peut-être même dans les urnes du scrutin européen dans un mois. Les cadres, cœur de son électorat, vont être touchés par une baisse sensible de leur pouvoir d'achat en 2009. Leurs rémunérations vont chuter cette année de 10 à 30%, avant impôts... sur les revenus de l'année précédente. Le très porte-voix de l'UMP, Frédéric Lefebvre, réserve sa réponse. Ah ! Si on avait le courage de sortir ses déclarations antérieures sur la croissance, le pouvoir d'achat, l'emploi... la crise ! Avec la complicité médiatique, il a passé des heures à expliquer à l'électorat sarkozyste qu'avec un brin de confiance dans... des déclarations sans lendemain, il serait épargné.
Mais en période de récession - le mot fait partie du vocabulaire officiel depuis vendredi avec une prévision de - 3% pour l'année 2009 - c'est sauve qui peut !  Ce sont d'abord les augmentations individuelles qui sont gelées. Puis les dispositifs d'intéressement : le rapport Cotis, remis mercredi à Nicolas Sarkozy, montre justement que la part des salaires dans la valeur ajoutée n'a pu se maintenir que grâce à une montée des plans d'intéressement et de participation. Leur poids a triplé en dix ans. En période de crise, ces plans sont ramenés à zéro ! Mais le phénomène nouveau, c'est l'arrêt des rémunérations dites « variables », qui permettaient des extras devenus impossibles ! Elles avaient doublé en dix ans. On verra sur les impôts 2010 les conséquences de ces constats en terme de recettes de l'Etat  ! Mais chut! on sait que le déficit ne se creusera pas plus que la récession. Parole de Ministre de l'Economie et des Finances, qui a changé au moins quinze fois de prévisions en un an !
Certes, les réductions de salaires restent soumises à un accord individuel. Mais les salariés ne sont guère en position de refuser. Les syndicalistes parlent de "chantage". Et ils ont raison. En fait, personne ne pose la question des efforts effectués par les détenteurs de capitaux, et les combines bancaires dans lesquelles ils ont sombré. Pour eux, le « paquet fiscal » et son bouclier, les exonérations sociales en tous genres, les défiscalisations toujours présentes, les revenus maintenus à un niveau qui n'est pas plafonné, leur permettent sans vergogne de faire afficher par de dévoués serviteurs des résultats financiers catastrophiques... et de faire jouer la « variable d'ajustement ».
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

Annie PIETRI 17/05/2009 22:23

Le goût immodéré du profit qui, seul, guide les décideurs économiques les éloigne chaque jour un peu plus de l'intérêt général. Cette manière de "gouverner" l'économie, mais aussi la politique ne peut conduire qu'à une catastrophe.... A nous de nous y préparer et de faire mieux que seulement réflêchir aux solutions possibles. Il en va de la crédibilité de la gauche et de sa capacité à gouverner.