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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 07:17

Il faut bien reconnaître que les attaques multiples et variées qui fusent vers l'enseignement laïque, de sa base (maternelle) à son sommet (universités), puisent leurs racines dans un concept politique clair : marchandisation absolue de tous les actes de la vie sociale. Le « service public » est une conception que l'Europe de José Barrosso abomine. Tout doit s'acheter, se payer, se vendre, et la Commission européenne veille à ce que la France s'engage, avec le soutien ravi de l'UMP, dans cette voie. Nicolas Sarkozy, pas à pas, réforme après réforme, discours après discours, voyage après voyage, détruit tout le modèle social français, ce qui rendra probablement la démarche irréversible : il laissera le pays en lambeaux, écartelé, déchiré, parcellisé. En ce qui concerne l'éducation, la source de son projet, inspiré par les maîtres à penser du club de l'Horloge, vient du fameux discours de Latran. Tout a donc été mis en œuvre afin de confirmer les engagements pris ce jour-là vis-à-vis de l'électorat catholique.
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » Cette vérité constitutionnelle est précieuse. Le discours prononcé le 20 décembre dernier par le chef de l'Etat au palais du Latran la menace. En condamnant les affrontements qui ont conduit à l'établissement de la laïcité, il demande à notre société de faire demi-tour. Après l'avoir mise en retrait, après l'avoir affaiblie, le chef de l'Etat a pris délibérément le risque de séparer encore davantage notre République de notre société.
« La République a intérêt à ce qu'il existe une réflexion morale inspirée de convictions religieuses », selon le chef de l'Etat. Inspirée de quelles convictions ? « L'Eglise enseigne que le respect envers les personnes homosexuelles ne peut en aucune façon conduire à l'approbation du comportement homosexuel ou à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles » a déjà répondu, en juillet 2003, Joseph Ratzinger; vous savez, celui qui démontre une vision très humaniste de la société : le préservatif, les dignitaires négationnistes, les intégristes, l'avortement des fillettes violées... Depuis, on a pu vérifier que, de ce côté-là, la République avait des leçons à prendre de la part des religions et notamment celle que défend le Chanoine de l'Elysée.

LA BASE DE TOUT
A Latran, Nicolas Sarkozy avait tenu un discours sans ambiguïté, dont on ferait bien de se souvenir ce matin.
« La foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature. [...] Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est un fait incontournable dans notre pays. [...] Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c'est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l'interdiction des signes ostentatoires à l'école. Je partage l'avis du Pape quand il considère, dans sa dernière encyclique, que l'espérance est l'une des questions les plus importantes de notre temps. Un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent.
La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n'ont pas rendu les Français plus heureux. J'appelle de mes voeux l'avènement d'une laïcité positive, c'est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas les religions comme un danger, mais comme un atout.
Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur. »
Cette dernière phrase n'a pas soulevé l'indignation des parents des élèves confiés à l'enseignement public, comme ceux qui avaient des enfants dans diverses institutions. Et pourtant, il résume à lui seul le mépris absolu que le Chef de l'Etat a pour les enseignants du public. « L'instit' » d'antan est son épouvantail, son ennemi intime, son obsession : il faut le détruire ! Il fallait ensuite le démontrer. On a laissé à Bernard Kouchner le soin de revaloriser l'enseignement religieux mais surtout catholique.

UN DON DU CIEL
Le ministre des Affaires étrangères et européennes a en effet reçu, le 18 décembre denier avec les honneurs dus à son rang, Mgr Dominique Mamberti, secrétaire pour les Relations du Saint-Siège avec les Etats. A cette occasion, ils ont signé un accord sur la reconnaissance des grades et diplômes dans l'enseignement supérieur entre la France et le Saint-Siège, dans le cadre de la Convention de Lisbonne du 11 avril 1997 et du processus de Bologne.
Cet accord a pour objet de reconnaître " 
la valeur des grades et des diplômes canoniques (théologie, philosophie, droit canonique) ou profanes délivrés par les établissements d'enseignement supérieur catholiques et reconnus par le Saint-Siège, et de faciliter les différents cursus universitaires. »
Vous avez bien lu : « et profanes » car c'est là la clé de la visite. La catégorisation selon laquelle il existerait des diplômes d'enseignement supérieur canoniques par opposition à d'autres n'ayant pas cette qualité est donc inscrite dans la logique de l'action exécutive et, sans doute, dans l'accord. Il convient cependant de rappeler que l'adjectif qui s'oppose à profane n'est pas « canonique », mais « sacré » ;quant à celui qui s'oppose à canonique, c'est « apocryphe ». Ainsi verrait-on apparaître des diplômes universitaires canoniques et sacrés et d'autres diplômes profanes et apocryphes (on les dirait presque vulgaires). Or, la loi française n'a nullement prévu une telle distinction. On l'a bien remarqué : cette distinction nouvelle, qui va de pair avec une « reconnaissance », ne concerne que l'enseignement supérieur catholique, car on ne sache pas que l'Etat du Vatican ait vocation a représenter la totalité de l'enseignement supérieur privé, ni même l'intégralité de la théologie en tant que science sociale. Or, à ce titre, et au regard des lois régissant l'enseignement supérieur privé, un tel accord est contraire au principe d'égalité, qui ne différencie pas les religions assurant éventuellement cet enseignement.
Par ailleurs, il est clair que cet accord constitue une atteinte directe au monopole de la collation des grades par l'Université au nom de l'Etat. Enfin et surtout, la plupart des commentateurs ont mis en évidence sa caractéristique essentielle : une telle reconnaissance s'oppose au principe de laïcité de la loi de 1905, selon lequel l'Etat ne reconnaît aucune religion, que ce soit pour l'exercice du culte ou pour celui des activités connexes (qui tendent curieusement à se multiplier comme le montrent les arrêts du Conseil d'Etat en matière fiscale). On commence à voir combien le curé, l'imam ou le pasteur finiront bien un jour ou l'autre par être supérieurs à l'instituteur pris au sens générique du terme. C'est entré dans le faits.

UN BEL EXEMPLE DE SUPERIORITE MORALE
Quand à la question de la morale, les religieux sont parfaitement placés, car leur attitude est exemplaire. Dommage que hier en Irlande soit sorti un rapport accablant sur le travail éducatif effectué par des congrégations religieuses bien pensantes. Une commission d'enquête irlandaise a publié un véritable réquisitoire, dénonçant des décennies d'abus sexuels, parfois « endémiques », survenus à partir des années 1930 dans les institutions pour enfants, dirigées par l'Eglise catholique, accusée d'avoir gardé « le silence ».
Après neuf ans d'enquête auprès de plusieurs centaines d'écoles et institutions de l'île et plus d'un millier de victimes interrogées, la Commission, créée par le gouvernement en 2000, a rendu un rapport de 2.500 pages qui accable l'Eglise catholique, toute-puissante dans l'île, mais également le ministère de l'Education.
« Les abus sexuels étaient endémiques dans les institutions pour garçons », écrivent les auteurs du rapport, précisant que les filles étaient quant à elles « soumises à des abus sexuels (qui) n'étaient pas érigés en système ». Pendant la période concernée, de 1936 à la fin des années 90,
« les autorités religieuses savaient que les abus sexuels étaient un problème persistant dans les institutions religieuses masculines ».
L'Eglise catholique « n'a pas écouté les personnes qui se plaignaient d'abus sexuels survenus par le passé ou ne les a pas crues en dépit de preuves recueillies dans des enquêtes policières, de condamnations criminelles ou de témoignages ». Les abus sexuels commis par des membres des ordres religieux étaient « rarement portés à l'attention du ministère de l'Education par les autorités religieuses en raison d'une culture du silence », regrette la Commission d'enquête. « Quand le personnel religieux commettait des abus, le problème était plutôt traité avec des procédures disciplinaires internes et avec la loi canonique. La Gardai (police irlandaise, ndlr) n'était pas mise au courant » ajoute-t-elle, soulignant que « des hommes ayant déjà commis des abus sexuels quand ils étaient membres d'ordres religieux continuaient à exercer en tant qu'enseignants ». Le rapport stigmatise également le ministère de l'Education qui, « dans les rares occasions où il était informé, se rendait complice du silence »
Au fait, qui a déclaré sur la scène internationale : « Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur» ?  Soyez rassurés, dès aujourd'hui l'Elysée va démentir, et publier un communiqué indigné sur les résultats du rapport irlandais, et annoncer que les suppressions des milliers de postes prévues dans l'enseignement public seront annulées.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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