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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 07:17
Il faut bien convenir que les Britanniques ont un art consommé du supplice. Ils se délectent de ce qui fait mal et qui dure...et leur presse écrite adore faire durer ses scoops, en s'acharnant sur celles et ceux qu'ils tiennent. Il est vrai que les habitudes Outre Manche sont bien différentes des nôtres, et le sens de la liberté anglais va jusqu'à laisser aux journaux le soin de régler sur la place publique tout ce qui peut poser problème. Les femmes et les hommes politiques le savent et l'acceptent, car ils sont conscients que rien ne peut influer sur le cours des affaires. Le seul problème, c'est que ces attaques en règle reposent souvent sur des procédés douteux, et qu'il faut souvent se « boucher » le nez ou les yeux pour ne pas voir des évidences détestables.
Ainsi, le feuilleton du remboursement des notes de frais très diversifiées des parlementaires relève de cette méthode, puisque le CDRom aurait été acheté, pour des dizaines de milliers d'euros, avec comme intermédiaire un ancien des services secrets anglais. Mais rassurez-vous, c'est du journalisme efficace. Ce qui, au fond, semble être en cause, ce n'est pas tellement le comportement des élus du Parlement britannique, mais plutôt les largesses de la législation en vigueur, qui leur permet de se faire rembourser tout et n'importe quoi. L'enquête du quotidien anglais qui a révélé des abus ressemblant à un inventaire à la Prévert, montre, en effet, que les remboursements des frais engagés par les élus couvrent à peu près tout et n'importe quoi : les frais de déplacement, les nuits d'hôtel pour les périodes passées hors de leurs circonscriptions, mais aussi des travaux dans leurs résidences secondaires, le nettoyage de leurs piscines privées ou encore leurs arbres de Noël.
En pleine période de crise, et au moment où l'Europe s'enlise de plus en plus dans la récession, on peut juger la récente démission de Shahid Malik, Secrétaire d'Etat à la Justice, comme un moyen de calmer le jeu et d'apaiser la colère de l'opinion publique britannique.
Ce qui est reproché à l'ancien secrétaire d'État, c'est d'avoir demandé le remboursement, aux frais du contribuable, de l'équivalent de 75 000 € sur trois ans pour sa résidence secondaire, à Londres, alors qu'il était déjà locataire pour un loyer modique (moins de 500 € par mois) d'une maison de trois chambres dans sa circonscription. L'argent des contribuables lui aurait également permis de s'offrir un home cinéma d'une valeur de 1 050 livres. Dans ce contexte de crise, et à l'approche des élections législatives au Royaume-Uni, de nombreuses têtes pourraient encore tomber, notamment au sein du Parti travailliste, au pouvoir depuis 1997 avec la victoire de Tony Blair.
L'une des conséquences possibles du scandale serait une inquiétante montée de l'extrême droite en Angleterre, par le biais, notamment, du British National Party (BNP), connu pour ses positons radicales envers l'immigration et surtout envers les musulmans : certains de ses membres n'hésitent pas à les qualifier publiquement de « parasites ». Shahid Malik, musulman d'origine pakistanaise, né en Angleterre et qui a fait ses classes au sein du Parti travailliste a, par ailleurs, été l'un des plus fervents opposants à l'idéologie véhiculée par le BNP. La réalité est différente de ce que les gens veulent y voir, car, à l'arrivée, on se souvient des dérives des années trente dans d'autres pays !

UNE MINE A EXPLOITER
Le quotidien conservateur Daily Telegraph a mis la main sur des  quantités considérables de documents, des milliers de fichiers informatiques contenant le menu détail des notes de frais des 646 membres de la Chambre des communes. Cette mine d'informations explosives avait auparavant été proposée à trois autres journaux.
Dès le mois de mars, le Times et le Sun avaient été approchés par un mystérieux intermédiaire : ils refusèrent de débourser une somme comprise entre 70 000 et 300 000 livres (entre 80 000 et 340 000 €). Ces deux titres du groupe Murdoch ne trouvaient pas l'addition trop salée, mais plutôt manquaient de courage. Ils avaient « peur qu'on les accuse de mettre une bombe sous la Chambre des communes » explique un spécialiste des médias britanniques.
Le tabloïd Daily Express refusa lui aussi de payer, mais publia l'information selon laquelle la ministre de l'Intérieur Jacqui Smith s'était fait rembourser des films X loués par son mari.
La machine était lancée, afin de faire durer le feuilleton destiné à maintenir en haleine un lectorat avide de scandales. Peut-être les journaux étaient-ils aussi réticents à acheter des informations qui devaient de toute façon être publiées par le Parlement en juillet, au terme de longues années de batailles juridiques sur le droit à l'information. Fin avril, le dossier a fini entre les mains du Telegraph, qui a su parfaitement l'exploiter, à la fois pour produire un effet de scoop dès le premier jour, et pour faire durer l'histoire dans le temps. On en est ainsi arrivé à ce que la somme n'ait aucune importance face au côté cocasse de la dépense. Les films X ont fait rire tout le pays alors que la dépense remboursée est dérisoire.

UNE AUBAINE FINANCIERE
Contrairement à un scoop classique qui tient en une information simple, le journal a fait l'acquisition d'une énorme masse de données, l'équivalent de 200 DVD remplis de milliers de justificatifs et de factures patiemment numérisés par les services comptables du Parlement. Avant de sortir les premières révélations accablant Gordon Brown et ses ministres, pas moins de dix journalistes du service politique ont travaillé sur le dossier pendant une dizaine de jours. Pour éviter de griller toutes ses cartouches d'un coup, le journal se focalise chaque jour sur cinq ou six élus différents, respectant son engagement d'indépendance, en épinglant autant les conservateurs que les travaillistes. Pour s'assurer de la reprise de ses informations en bonne place dans les autres médias, le Telegraph communique dès 20 heures le contenu de ses pages à ses concurrents. Et le tour est joué ! La gravité de la situation repose sur la généralisation du mal, qui touche majorité et opposition réunies dans un même panier de crabes. Le scandale touche en effet tous les élus britanniques.
Les 646 parlementaires de Westminster perçoivent une indemnité annuelle de l'ordre de 65 000 livres sterling (73 000 euros), à laquelle s'ajoutent des notes de frais moyennes de 144 000 livres par législateur (160 000 euros). Il faudrait à ce sujet comparer avec les parlementaires français avant d'effectuer des extrapolations faciles. En effet, le « bon » citoyen a vite effectué l'amalgame, car le système français est totalement différent tant dans la méthode de paiement de salaires que de frais fixes dits de représentation. Mais personne n'analysera exactement la forme, puisque la condamnation est déjà acquise sur le fond.
Remboursements sur fonds publics de sommes versées à des jardiniers, des ouvriers ou du personnel de maison... la liste est longue. Du côté des formations politiques aussi, les têtes ont commencé à tomber. Le Parti travailliste a suspendu l'ancien ministre de l'Agriculture, Elliot Morley, soupçonné d'avoir reçu en notes de frais 16 000 livres (18 223 euros) de remboursement pour son crédit immobilier, et ce, plus d'un an et demi après la fin de l'échéancier. Chez les conservateurs, l'un des principaux conseillers économiques de David Cameron a démissionné, l'examen de ses dépenses ayant révélé une « situation inacceptable », selon le porte-parole des Tories.

UN VIRUS DANGEREUX
Selon le Daily Telegraph, des cadres importants du Parti conservateur se sont fait rembourser les frais d'entretien de leurs piscines, ou l'achat d'engrais pour leurs jardins. Pour calmer le jeu, le parti conservateur a assuré que les élus concernés rembourseraient les sommes perçues. David Cameron a précisé que quatre de ses principaux lieutenants, Michael Gove, Oliver Letwin, Andrew Lansley et Alan Duncan, rembourseraient au total quelque 16 000 livres (18 000 euros) de notes de frais indûment perçues. Le chef de file des Tories a ajouté qu'il rembourserait lui aussi une note de frais dont il n'a pas précisé le montant... mais maintenant, le mal est fait, car on peut se demander si les remboursements seront facturés en notes de frais !
En attendant, le débat de fond n'aura pas lieu : jusqu'où peut-on aller pour livrer la démocratie représentative à ses adversaires résolus ?
De la construction d'une « île pour canards » aux astuces comptables pour échapper à l'impôt sur les plus-values, les défraiements excessifs servent d'exutoires à un populisme angoissant.
Les ventes du journal ont grimpé en flèche, comme sa notoriété: au premier jour des révélations, le 8 mai, le journal a vendu quelque 85.000 exemplaires de plus que sa moyenne, d'environ 820.000 en avril, selon des fuites de presse, dans l'attente des chiffres officiels. Mais ce scoop a fait grincer quelques dents. Et pas seulement celles des députés stigmatisés, contraints d'aller se justifier, le rouge au front, devant les caméras des télévisions.
Il y quelque chose de foncièrement peu déontologique dans la façon dont cette information a été obtenue. Ce sera sans conteste le scoop de l'année, même s'il a été obtenu de façon douteuse.
Vendredi, le Telegraph annonçait avoir dépouillé les notes de frais d'environ 180 députés. La chambre des Communes en compte 646...On a encore beaucoup à apprendre des us et coutumes des lords et milords anglais. Mais surtout, que le mal ne gagne pas la France et les autres pays du monde comme une sorte de virus susceptible de provoquer une pandémie anti-parlementaire. Il est vrai que le système est extrêmement grippé.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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