Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 074 692

PAGES LUES

7 113 288


MAIS JE DEBLOGUE...

Archives

2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 07:17
Le débat reste la vertu fondamentale de la démocratie. D'ailleurs, elle a débuté sur des agoras, où l'on pratiquait l'affrontement verbal autour des problèmes de la vie ensemble dans la cité d'Athènes. C'est en effet en 507 avant J.C. qu'est née la démocratie dans la cité. Les grands principes de ce régime politique (littéralement "gouvernement du peuple par le peuple") n'ont aujourd'hui pas changé. À l'époque, environ 40.000 personnes sur les 250.000 qui peuplaient l'Attique étaient des citoyens, c'est-à-dire qu'il avaient obligatoirement plus de 20 ans, qu'ils étaient de sexe masculin, libres (non-esclaves) et nés de parents athéniens. Ceux-là, et ceux-là seulement, avaient le privilège de siéger à "l'Ecclésia" (l'assemblée du peuple). C'est simple : chaque village s'appelait une « dème ». Une de ces dèmes pouvait se trouver dans trois parties distinctes de l'Attique (région d'Athènes) : la partie "polis" (zone urbaine), la partie "paralia" (bord de mer), et la partie "mesogeia" ("terre du milieu", entre le bord de mer et la ville). 100 de ces « dèmes » étaient regroupées en 30 trytties. On formait alors 10 tribus, chacune étant composée  d'un peu de paralia, d'un peu de mesogeia et d'un peu de polis...ainsi, toutes les catégories de citoyens étaient représentées.
Chaque tribu élisait 50 représentants à l'Ecclésia : ils étaient nommés pour un an. Ensuite, chaque dixième d'année, une tribu présidait la Boulè (conseil de l'Ecclésia : cette institution décidait des lois à lui soumettre ; elle comptait 500 membres). Cette permanence était appelée « prytanie ». Puis, chaque jour, un membre de cette tribu était tiré au sort pour présider les débats : il devenait alors épistate. La Boulè décidait des ordres du jour, puis les lois étaient discutées et votées par l'Ecclésia (à main levée). Le tout se déroulait à l'agora d'Athènes ou sur la Pnyx, colline de la ville. Les textes légaux étaient affichés en ville : ainsi, tout le monde pouvait en prendre connaissance... Il semble bien que chaque jour qui passe, nous revenions en arrière, puisque le principe même du débat autour de la vie de la cité au sens large du terme, c'est-à-dire la « politique », est de plus en plus contesté.
Depuis plusieurs années, partout, au nom de l'efficacité, on a supprimé le débat politique, car il est, nous dit-on, inutile et ennuyeux. Il n'y a plus de confrontation idéologique : elle serait « dépassée » car elle reposerait sur des constats n'ayant plus lieu d'être.
En fait, les citoyens croulent sous une surinformation, que l'on se garde bien d'expliciter par des débats tournant autour d'autre chose que les personnes. La personnalisation outrancière vient de l'époque gaulliste, durant laquelle il était quasiment impossible d'aborder la gouvernance du Général sans se mettre en danger. Le débat, qui n'était qu'un affrontement entre idées de gauche et pratiques de droite, évolua progressivement vers un "pour ou contre" de Gaulle...Il faudra attendre mai 68 pour que les principes fondateurs de la démocratie servent de munitions aux véritables artisans de la révolte. Ils se feront finalement déposséder de leur « débat » par la CGT et le PCF qui ne toléraient plus que l'affrontement institutionnel leur échappe. En instituant l'élection présidentielle au suffrage universel, les gaullistes détruisirent définitivement la notion même de débat politique. Celui-ci a donc fini par sombrer dans la « clanification », résultante des outrances du coup d'Etat permanent. La dernière échéance présidentielle a enclenché un processus irréversible : plus question de débattre réellement, car cela ne mobilise absolument pas l'électorat, et c'est dangereux en cas de destruction d'une image personnelle patiemment créée. En fait, Nicolas Sarkozy a tout intérêt à ce que les médias n'offrent plus la moindre confrontation d'idées, puisqu'il a récupéré des symboles de la gauche (citations de Jaurés, lettre de Guy Mocquet, récupération du concept de résistance, fausses attaques contre la suprématie du capital, ouverture ministérielle factice...) pour tenter de toujours déposséder les autres de munitions idéologiques pouvant être utilisables à son profit.

VIRE SANS MENAGEMENT
La campagne électorale actuelle prouve à merveille que, désormais, il ne faut plus mettre en balance devant l'opinion publique les affirmations des uns ou des autres. La meilleure manière de gagner un combat c'est de laisser les autres se battre, pour intervenir quand ils seront tellement affaiblis qu'ils seront incapables de s'en remettre. On va donc fermer les robinets médiatiques pour que, cette fois, il ne soit même plus possible de mettre en œuvre des confrontations directes qui valorisent un adversaire ou qui mettent en péril les tenants de la ligne politique dominante. Et comme la télévision joue désormais le rôle d'agora, on apprend qu'elle va être progressivement garrottée.
L'émission de France 5 "Ripostes", présentée par Serge Moati, va donc être supprimée à la rentrée. « L'émission n'a pas démérité, mais il est temps de passer à autre chose » a confirmé le directeur des programmes de France 5. « J'ai reçu Serge Moati en début de semaine dernière pour l'informer de l'arrêt de Ripostes », précise-t-il. C'est donc irréversible : plus de débat « libéré » sur France 5, dont on sait comment a été nommé le directeur.
L'émission dominicale de débat politique sera remplacée par une « émission politique nouvelle », probablement moins dangereuse, et surtout contrôlée par un animateur « maison ». L'émission de Serge Moati était en panne d'audimat, selon la chaîne. « L'arrêt de 'Ripostes' ne s'explique pas par une baisse des audiences, mais par la volonté de renouveler les grilles. Après 10 ans de bons et loyaux services, nous avons décidé de passer à autre chose. Mais il est vrai que moins de 5% de part de marché (dimanche... de Pentecôte), ce n'est pas satisfaisant pour une chaîne du service public... qui n'a pas d'objectif d'audience mais plus exactement un devoir d'animation culturelle vis-à-vis des contribuables qui financent son fonctionnement. Interrogé par Le Figaro, Serge Moati a déclaré d'ailleurs « regretter » et « ne pas comprendre » l'arrêt de Ripostes, mais dans le fond, tout le monde se moque de son avis. Il est viré, un point c'est tout.

PLUS D'ESPACES A LA RENTREE
Au-delà, le cas Moati pourrait bien lancer un grand mouvement de redistribution des cartes à France-Télévisions. La chaîne réfléchit, en effet, à une vaste refonte de sa grille de programmes. La plupart des émissions de débat des chaînes publiques serait en effet sur la sellette. « Ce soir ou jamais », l'émission de France 3 présentée par Frédéric Taddeï pourrait, elle aussi, faire les frais de ces remodelages. Même chose pour « C dans l'air » ou encore « Mots croisés ». Si les rumeurs sont le lot quotidien du mercato télévisuel - on connaît la part d'intox et il est peu probable que toutes se vérifient à la rentrée de septembre - on remarquera que ce sont tous les espaces du débat citoyen qui semblent ici prioritairement remis en cause. Un constat qui ne laissera pas d'étonner, en ces périodes de « turbulences » économiques qui auraient largement mérité des confrontations de points de vue, surtout quand la parole publique est déjà presque réduite à un monologue.
Il devient capital pour le pouvoir actuel qu'à la rentrée il n'y ait plus d'espaces publics offrant des tribunes aux contestataires, puisque depuis l'origine, les chaînes privées se refusent à ce genre : Moati est la première victime, mais pas la dernière. Chaque jour, à la faveur d'un événement douloureux ou tout simplement pour occuper les écrans, le Président se rendra sur les lieux, au milieu de centaines de gardiens musclés de la paix sociale, ou effectuera une déclaration officielle prise pour parole divine. Comme il n'y aura plus aucune possibilité réelle d'exprimer un avis contraire, et que les réformes auront été légitimées par le fait que l'UMP aura « remporté » les Européennes, on entrera dans la seconde moitié du quinquennat avec une démocratie resplendissante. On usera et on abusera de la complicité bienfaisante des copains bien placés, ou fraîchement promus ! La presse écrite, financièrement moribonde, attendra les subsides de la propagande gouvernementale !

UNE SEMAINE D'ESSAI
Les annonces vont se succéder avant les vacances. Un ou deux feuilletons à l'eau de rose ou dramatique mettront la France des Juilletistes et des aoûtiens en condition pour qu'ils oublient que la politique reste la clé de leur quotidien. Il n'y aura bientôt plus qu'une pensée unique dominante qui grimpe dans les esprits : droite et gauche c'est bonnet blanc et blanc bonnet !
Les socialistes, pris entre deux feux, et surtout attaqués de tous côtés par des adversaires soucieux de leur tailler des croupières, vont lentement s'enliser dans les querelles de personnes, liées à la désignation de la (du) candidat(e) aux présidentielles.  C'est la rançon de la manière dont on a orienté les modalités de cette désignation , et ce serait encore plus grave s'il était décidé d'élargir le nombre des personnes  appelées à y participer. C'est le piège absolu, surtout après l'échec qui se profile.
La France est devenue une démocratie de petites phrases, d'images sans intérêt réel, de renoncements à exister dans la différence, de passivité grandissante, de pseudos informations sans intérêt. Cette semaine sera révélatrice de ce qui attend la République : accentuer l'abstention, faire voter sur des sujets différents de ceux qui sont concernés par le scrutin, privilégier les combats fratricides plutôt  que les affrontements de classes, et sans cesse pratiquer la fuite en avant, pour masquer le paysage qui se met en place ! Quand le réveil sonnera, la « riposte » sera inutile : le mal est irréversible !
Mais je déblogue...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
commenter cet article

commentaires

Annie+PIETRI 02/06/2009 21:20

"Ripostes" est l'une des rares émissions qui justifie encore la présence d'un poste de télévision chez soi.... Et voilà que la direction de la chaîne décide de la supprimer ! Et tu nous prédis que cette suppression sera suivie de beaucoup d'autres, celles justement que tout un chacun pouvait regarder pour s'informer et prendre part, par la pensée tout au moins, au débat d'idées. La variété des sujets d'actualité traités, et la diversité des participants avait l'immense mérite de faire réflêchir les uns et les autres, et de leur permettre d'échapper, le temps d'un débat, à la pensée unique dispensée par les journaux télévisés et la presse écrite......Oui vraiment, la démocratie républicaine n'est plus qu'un vieux rêve que nos gouvernants s'emploient à éradiquer, jour après jour. Que n'ont-ils pas dit sur les "démocraties populaires" et leurs régimes, sur les républiques bananières et leurs abus? Et bien, ils font pire..... Et personne ou presque ne réagit, ni ne proteste !!Et pour bien faire comprendre que le débat politique ne vaut pas la peine que les téléspectateurs s'y intéressent, on nous annonce ce soir qu'aucune des chaînes du service public (sauf la chaîne parlementaire, mais qui la regarde?) ne rendra compte et ne commentera dimanche soir, les résultats des élections européennes, pour bien faire comprendre au bon peuple que,  décidément, tout cela n'a aucun intérêt et qu'il est parfaitement inutile de gâcher un dimanche, surtout s'il est ensoleillé, à aller perdre son temps dans un bureau de vote.....Vous avez encore envie de payer votre redevance, vous? Moi, plus du tout, puisque je n'aurai plus rien à regarder sur leur télé!!!